L’Europe doit écouter la rue

Manifestation contre les programmes d'austérité à Bruxelles, 29 septembre 2010.

Il est facile de ne voir dans les manifestations qui ont eu lieu à Bruxelles et dans toute l’Europe le 29 septembre dernier que d’inutiles soupapes à la colère des impuissants. Il est vrai que pour la plupart des décisions en matière de budget, d’emploi dans la fonction publique ou d’âge de la retraite, les rues de Bruxelles ne sont pas le bon lieu où protester. De plus, les différences nationales compliquent la construction d’une argumentation convaincante contre les mesures d’austérité.

Prenons juste trois exemples. La chancelière allemande Angela Merkel, de droite, s’est montrée plus à gauche que ses homologues britannique, français et espagnol en offrant aux entreprises des aides financières au maintien de l’emploi. La France, qui affiche la plus longue retraite d’Europe et un déficit de 42 milliards d’euros à l’horizon 2018, avait des difficultés à financer son régime de retraites bien avant que la crise financière. Après une période d’essor économique sans précédent, suivie d’une récession tout aussi spectaculaire qui s’est accompagnée de fermetures d’hôpitaux et d’écoles, les travailleurs lettons n’ont pour ainsi dire pas bronché : l’économie est revenue quelques années en arrière, sans pour autant régresser jusqu’à son état de 1991, l’année zéro pour l’Europe de l’Est.

Et pourtant John Monks, le secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats, a incontestablement raison lorsqu’il souligne que les gouvernements européens doivent écouter leurs travailleurs autant que les marchés, et que le tournant de l’austérité risque de faire basculer une reprise fragile dans la récession ou la stagnation. C’est ce qui se profile d’ailleurs en Espagne, où les économistes prévoient un taux de croissance de 0,5 % alors qu’a été adopté un budget qui divise quasiment par deux le déficit sur deux ans. Le plus gros problème de l’économie européenne n’est pas l’explosion des dépenses publiques, mais l’effondrement de la demande et des revenus. Les gouvernements qui imposent à leurs fonctionnaires de travailler plus longtemps et pour moins d’argent devraient d’abord faire en sorte que ces emplois existent.

Ceux qui soutiennent que ces grèves sont insignifiantes devraient aussi mesurer ce qu’il en coûtera de les ignorer. Une Union européenne dirigée pour et par ses élites est vouée à connaître des chocs populistes du genre de celui qui lui a été administré quand elle a tenté de se doter d’une Constitution. La démocratie n’est pas une expérience qui n’existe qu’une fois tous les cinq ans. Les gouvernements, à commencer par le britannique, doivent écouter leur électorat lorsqu’il exprime sa souffrance. Et la controverse macro-économique sur lls conséquences des politiques d’austérité en est une vraie.

Le Guardian

La piètre image de la France

sarkozy-extremiste

Le Président français fait la Une

L’Elysée s’est lancé la semaine dernière dans une opération visant à limiter les dégâts et à redorer le blason du président à l’étranger, après les vives critiques suscitées par les expulsions de Roms. Dans un long discours prononcé à New York [à la tribune de l’ONU], Nicolas Sarkozy a promis de faire plus pour la lutte contre le sida et l’aide à l’Afrique. Il a réussi à se faire photographier, tout sourire, aux côtés d’Angela Merkel quelques jours à peine après leur violent différend à Bruxelles [Sarkozy avait affirmé avoir le soutien de Merkel dans sa politique d’expulsions de Roms, ce que la chancelière allemande a démenti]. Même son épouse, Carla Bruni-Sarkozy, s’est jointe à cette offensive de charme avec une élégante prestation, en anglais, sur CNN.

Malgré l’attitude combative du président, les Français ont été ébranlés par les réactions à la polémique sur les Roms. D’après un sondage [publié le 19 septembre dans Sud-Ouest Dimanche], 71 % entre eux estiment que l’image de la France à l’étranger a été ternie. Le pire fut la déclaration de Viviane Reding, la commissaire européenne à la Justice, qui s’est dite consternée” par l’expulsion d’un groupe ethnique, une chose dont elle pensait que “l’Europe ne serait jamais plus témoin après la Seconde Guerre mondiale”. M. Sarkozy a contre-attaqué à Bruxelles, en se faisant habilement passer pour la victime de commentaires “scandaleux” et “profondément insultants”, détournant ainsi l’attention de sa politique elle-même. Mais les reproches sous-jacents demeurent.

Tenir tête à la Commission européenne a généralement bonne presse en France, où les électeurs entretiennent des sentiments mitigés à l’égard de l’Europe. Cette polémique peut donc être bénéfique à M. Sarkozy sur le plan intérieur. Le problème, ce sont les dégâts au niveau international. Les Français y sont sensibles. D’innombrables émissions de radio et de télévision sont consacrées à la détérioration de l’image de la France à l’étranger, non seulement à propos des Roms, mais aussi de l’affaire Bettencourt. Le Monde a parlé d' »un double abaissement : de l’autorité de Nicolas Sarkozy et de l’image de la France en Europe et dans le monde » [chronique de Gérard Courtois datée du 20 septembre].

Les prochains mois permettront à nouveau de tester l’image de M. Sarkozy. A la mi-novembre, la France prendra pour douze mois la présidence du G20, et elle présidera également le G8 en 2011. M. Sarkozy espère pouvoir utiliser ces tribunes pour redorer son prestige à l’étranger et améliorer ses résultats dans les sondages en France, comme cela s’était passé lorsque la France avait assuré la présidence de l’Union européenne dans la seconde moitié de l’année 2008. Il ne manque pas d’idées audacieuses, parmi lesquelles une taxe financière mondiale.

L’an prochain, l’élection présidentielle de 2012 sera proche. Plus M. Sarkozy s’assurera le soutien des Français par une position dure sur la sécurité et l’immigration, plus il courra le risque d’être à nouveau désapprouvé à l’étranger.

The Economist

Les Européens protestent contre les mesures d’austérité

manif-europe

Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté mercredi dans plusieurs pays de l’UE contre les mesures d’austérité de leurs gouvernements. La peur du démantèlement du système social et du chômage renforcera l’influence des syndicats européens, estiment les commentateurs.

Le Quotidien – Luxembourg

Une solidarité sans frontières

Face aux protestations dans toute l’Europe des dizaines de milliers de travailleurs contre les mesures d’austérité de leurs gouvernements, le journal Le Quotidien parle d’une Europe des syndicats : « Parallèlement à la construction de l’Union européenne, celle de la Commission européenne de Barroso et du traité de Lisbonne, on voit donc également émerger depuis quelques années une autre Europe, celle de la lutte syndicale et de la défense des intérêts des salariés. … Les syndicats ont d’ailleurs déjà pris une longueur d’avance sur les Etats-nations qui composent aujourd’hui l’UE. La Confédération des syndicats européens compte ainsi déjà parmi ses membres les grands syndicats turcs et suisse. Cette solidarité syndicale transfrontalière constitue un phénomène nouveau avec lequel les politiques devront donc désormais composer à l’avenir. Et si le ‘diviser pour mieux régner’ a un sens, les syndicats européens ont certainement trouvé là une nouvelle force de frappe face à cette Europe libérale qui se construit sous leurs yeux. » (29.09.2010)

Delo – Slovénie

La peur du chômage

Les propositions de la Commission européenne concernant la réforme du pacte de stabilité européen sont préoccupantes pour les populations européennes, estime le quotidien Delo suite à la manifestation de mercredi à Bruxelles : « Le rassemblement dans la capitale de l’eurocratie s’explique par la crainte des syndicats que les mesures d’austérité entraînent également une diminution de l’emploi dans l’UE. … La Confédération européenne des syndicats (CES) considère toutefois que la panique est exagérée. Plutôt que de se serrer encore la ceinture, celle-ci propose aux gouvernements des pays membres d’orienter les dépenses publiques vers l’investissement, l’emploi des jeunes, des stratégies industrielles et l’économie verte. Les dernières mesures prises sont loin d’être un signal positif pour la foule réunie à Bruxelles, laquelle a attiré l’attention sur les inconvénients de cette politique pour l’emploi et sur ses graves conséquences sociales. » (30.09.2010)

Rzeczpospolita – Pologne

Les demandes insensées des syndicats

Les mouvements de protestation des syndicats dans plusieurs pays de l’UE sont insensés, écrit Marek Magierowski dans le quotidien conservateur Rzeczpospolita : « La volonté du peuple, c’est de travailler le moins possible pour gagner le plus possible, et ce de préférence dans la fonction publique. Il faudrait en outre que le même Etat finance les commodités quotidiennes : du rendez-vous chez le dentiste à l’école des enfants. Il n’y a pas d’argent ? Quoi ? Pas d’argent ? Prenons-le aux banquiers, aux Conseils d’administration et autres ! Déficit budgétaire ? … Ce genre de choses existe-t-il ? Les héros du travail ont adressé des messages clairs aux dirigeants européens. Il est encore temps de ne pas se serrer davantage la ceinture, … a déclaré hier le secrétaire général des syndicats européens John Monks … à Bruxelles. J’ai l’impression que l’un de ses ancêtres devait jouer dans l’orchestre du Titanic. » (30.09.2010)

ABC – Espagne

La mauvaise conscience de Zapatero

La grève générale qui a eu lieu en Espagne hier, mercredi, pourrait amener le Premier ministre socialiste José Luis Rodríguez Zapatero a retirer une partie de ces réformes en raison de sa mauvaise conscience, redoute le quotidien conservateur ABC : « Dans des conditions normales, le gouvernement poursuivrait ses réformes sans se soucier de la pression sociale et les syndicats devraient s’asseoir à la table des négociations en faisant profil bas. Toutefois, il existe une réelle possibilité que Zapatero leur accorde de nouvelles concessions qu’ils n’ont pas obtenues, parce qu’il est effrayé à l’idée de s’éloigner de sa base. … Sa célèbre carte de membre du syndicat UGT … lui sert de miroir moral, dans lequel il se regarde sans se reconnaître. » (30.09.2010)

Du brassage social et politique

Revue. Les temps nouveaux s’intéresse au mouvement social et à la lutte politique dans la perspective de construire une alternative.

les-temps-nouveauxL’idée de croiser les réflexions de responsables syndicaux et associatifs, intellectuels engagés et acteurs du mouvement social, qui enragent de l’atonie du débat sur les alternatives nécessaires, résonne bien avec le sentiment d’urgence qui se repend dans les têtes et dans les rues. Après trois décennies de politique libérale, la libération des forces du marché a développé à l’échelle de la planète des politiques destructrices de progrès social et de liberté, accompagnées d’une normalisation de la pensée et de la culture, constatent les protagonistes. Claude Debons, du Parti de gauche, pose dans l’éditorial l’ambition affichée d’élaborer une réponse associative, syndicale et politique à la hauteur des enjeux, et de construire dans un même temps des rapports de forces nécessaires à leur mise en œuvre.

Ce premier numéro de la revue publié par les éditions Au bord de l’eau, rassemble un bel éventail de pensées critiques. Chacun dans leur domaine, les contributeurs se retrouvent pour dénoncer les règles actuelles du pouvoir financier. De la montée en puissance de la stigmatisation, à l’enjeu social de la réforme des retraites, une cohérence se tisse.

La première partie fait le point sur l’actualité des mouvements, avec un regard sociologique mettant en perspective la grève des travailleurs sans papiers, qui trace les contours d’un droit de grève pour les salariés les plus précaires. Le dossier central aborde l’acuité de la crise en sondant en profondeur les contradictions du capitalisme financier, sans oublier de révéler sa face cachée.

La dégradation salariale et la montée de la souffrance au travail qui vont immanquablement s’intensifier invite ardemment à trouver une nouvelle issue. Après avoir dressé un état des lieux du chantier, l’économiste Michel Husson, membre de la fondation Copernic envisage des réponses progressistes en situant l’enjeu crucial : « quelle est sur l’échelle du radicalisme, la position du curseur qui permet le mieux de mobiliser ?

Une revue à découvrir où l’on ne renonce pas à l’exigence du sens, et où l’on se garde de confondre La gauche radicale de rupture avec le social-libéralisme d’accompagnement.

Jean-Marie Dinh

Les Temps Nouveaux, automne 2010, éd Le Bord de l’Eau, 14 euros.

Aucune date » pour une rencontre entre le pape et Nicolas Sarkozy

Aucune date n’a encore été fixée pour une éventuelle rencontre entre le pape Benoît XVI et Nicolas Sarkozy, évoquée mercredi par le président français, a indiqué vendredi le Vatican. »S’il y a une demande du président français, elle sera prise en considération, selon la procédure habituelle« , a déclaré à l’AFP le père Federico Lombardi, porte-parole du Vatican.

Mercredi, M. Sarkozy avait confié à des députés UMP qu’il devrait revoir « prochainement » Benoît XVI, dont les récents propos sur l’accueil des « légitimes diversités humaines » ont été interprétés comme une critique des expulsions de Roms par son gouvernement.

« Des contacts sont en cours pour une prochaine rencontre », a confirmé jeudi la présidence française, sans précision de date. Le secrétaire général de la présidence, Claude Guéant, a indiqué jeudi au quotidien La Croix que ce rendez-vous devrait avoir lieu « dans la première quinzaine du mois d’octobre ».

Le père Lombardi n’a pas pu préciser si une demande pour une audience privée avait déjà été présentée « de manière formelle et explicite » à la secrétairerie d’Etat du Vatican.

Le 22 août, quelques jours après le rapatriement par la France de plus de 200 Roms vers la Roumanie et la Bulgarie, Benoît XVI avait publiquement rappelé, en français, la nécessité de « savoir accueillir les légitimes diversités humaines ».

Alors que les démantèlements de camps illégaux et expulsions de Roms par Paris suscitaient de nombreuses réactions indignées en Europe et dans la classe politique française, ces propos avaient été largement considérés comme une critique de plus à l’encontre de la politique du gouvernement français.

Deux jours plus tôt, le responsable du Vatican en charge de l’immigration, Mgr Agostino Marchetto, qui a depuis quitté ses fonctions, avait affirmé que « les expulsions en masse de Roms vont à l’encontre des normes européennes ».

La dernière rencontre entre Benoît XVI et Nicolas Sarkozy remonte à septembre 2008, lors du voyage du pape en France.

AFP

Voir aussi : : Rubrique Religion, Rubrique Politique, Sarkozy le discours de Latran, Aubry s’étonne, Entretien avec Daniel Bensaïd, Rubrique Education,