Entretien avec Dany Lafferière. Un jardin imaginaire nourri par la réalité

Dany Laferrière. Photo David Maugendre.

Tout bouge autour de moi n’est pas un livre de plus ni un retour sur la vision catastrophique d’un pays détruit par le séisme. Ce pourrait même être tout le contraire. Rencontre avec l’auteur haïtien Dany Laferrière Prix Médicis 2009, pour L’Enigme du retour.

Votre livre apporte un regard nouveau sur la catastrophe à laquelle vous avez assisté en direct. D’où vient cette distance qui imprègne votre récit ?
Au moment du tremblement de terre je me suis tenu à mon carnet de notes. Dès les premières secousses je me suis concentré sur l’écriture, par réflexe. L’homme est un animal. Je pensais maintenir la peur à distance cela a marché jusqu’à ce que la panique intérieure me rattrape. A cet instant, je me disais vraiment que la mort allait me surprendre. Ensuite j’ai pris de la distance en adoptant un ton au plus près de la réalité, là où se situe la dignité du peuple.

Votre livre regorge d’images proprement littéraires. Le séisme s’est attaqué au béton en laissant survivre la fleur dites-vous ?

Ces images me sont venues face à un événement spectaculaire, inattendu, dont la force efface le paysage et les hommes. Dès que j’ai pu retrouver un peu mes esprits, je suis allé dans le jardin de l’hôtel où je me trouvais pour voir l’état des fleurs à longues tiges. Je pensais qu’il n’en resterait rien mais elles étaient là indemnes. Le partage de ces émotions s’adresse au simple lecteur, que je considère comme le plus haut grade de la littérature.

Votre version se présente comme une antithèse de ce qui a été montré à la télé où les Haïtiens semblaient fixés dans leur statut de victimes…
Les médias ont beaucoup filmé les scènes de pillages alors que dans l’ensemble les gens se sont conduits avec beaucoup de sérénité et de pondération. On a focalisé sur les équipes de secours étrangères. Ils ont parlé d’eux-mêmes. Je pense que l’on aurait dû être beaucoup plus attentif à la vie quotidienne, parce que le quotidien dure plus longtemps qu’un tremblement de terre. Et il absorbera le séisme.

La télé transforme tout en fiction, est-ce en travaillant l’imaginaire que l’on parle du réel ?

La TV a filmé les décombres. Moi j’ai voulu mettre les hommes dans leur lumière naturelle. J’ai consacré les trois quart du texte aux gens pour ne pas nourrir le monstre. Le 12 janvier, des milliards ont été envoyés pour la reconstruction. Comment les Haïtiens faisaient-ils avant ? Voilà une question que personne ne pose.

Le séisme semble avoir ramené votre regard sur la force de la culture ?

Je montre un peuple qui souffre dont le vernis culturel n’a pas craqué. Ce n’est pas chaque jour que meurt 300 000 personnes. A Haïti la culture est tout ce qui structure l’individu. Quand on a rien il reste cela. C’est au nom de la culture et à travers elle que les gens vivent. Le confort n’est pas la mesure de toute chose. Toute analyse internationale se fait autour du confort. Je m’efforce de montrer tous ce que les gens ont pu faire sans cela.

Vous assimilez la catastrophe à un instant pivot pour le peuple haïtien…

Il y a une énergie nouvelle dans la jeunesse qui sent que nous sommes arrivés à un moment où les Haïtiens vont pouvoir se faire entendre. Tout le monde a été touché par cette histoire. Haïti a pénétré la conscience universelle. La catastrophe a permis que les gens se renseignent après avoir été touchés. Il y a un grain de tendresse chez les peuples du monde entier pour Haïti qui va se manifester. C’est le début d’une reconnaissance. Celui d’un autre regard.

Que vous évoque le retour de Duvalier ?

Je n’opine même pas sur son retour parce que le séisme l’a basculé dans le passé. Pour moi son dessein n’a aucune importance. Sa dictature fut un séisme, donc il a trouvé à qui parler.
Jean-Marie Dinh
Tout bouge autour de moi, Editrions Grasset, 15 euros

Streaming : pour Peter Sunde, une technologie centralisée qui peut être censurée

Peter Sunde co-fondateur de the pirate bay

Alors que le procès du gestionnaire du site eMule-Paradise, soupçonné d’avoir permis le téléchargement illégal de sept mille films sur le réseau peer-to-peer eMule en 2005 et 2006, s’ouvre lundi 31 janvier à Paris, Peter Sunde, cofondateur de The Pirate Bay, dresse un état des lieux du P2P.

Le service Limewire a dû fermer à la fin de l’année 2010. Après son procès initié par la Recording industry association of America, Napster a été racheté par Bestbuy, et est aujourd’hui un service légal de musique. Kazaa a suivi le même chemin. Le modèle de partage des services de P2P peut-il se maintenir ?

Je pense que si vous gênez les grandes industries, elles finiront par vous combattre, et tenteront de s’en sortir en utilisant leurs importants moyens financiers. Dans un système de distribution comme The Pirate Bay, la valeur se situe dans les gens qui composent son réseau, pas dans le site lui-même.

Pour moi, cela veut dire que The Pirate Bay n’est pas « rachetable », même s’il y a eu des tentatives par le passé. Au final, la seule valeur financière du site est dans son nom – et cette valeur disparaîtra s’il est racheté. The Pirate Bay est un site légal, tout comme Napster le serait probablement s’il était créé aujourd’hui. Ce n’est pas parce que la loi est en retard sur l’évolution technologique et que des gens riches se sentent menacés qu’ils ont raison.

Concernant The Pirate Bay, la justice suédoise a confirmé la condamnation en première instance. Qu’allez-vous faire désormais ?

Nous attendons notre procès en appel devant la Cour suprême. En attendant, rien ne change.

Google vient d’annoncer le blocage des recherches de fichiers Torrent dans ses suggestions de recherche. Va-t-on vers une diabolisation du P2P ?

C’est une pente dangereuse pour Google. J’espère qu’ils vont prendre conscience que c’est une porte ouverte pour d’autres organisations, qui vont être de plus en plus nombreuses à faire pression sur eux pour qu’un système similaire, correspondant à leurs demandes, soit mis en place. Et tout d’un coup, plus personne ne fera confiance à Google. C’est une mauvaise chose pour nous, pour les utilisateurs, pour tout le monde.

La France vient de mettre en place son système de « riposte graduée », avec la loi Hadopi, dans un but « pédagogique », selon le gouvernement. Cela a-t-il eu un impact sur le trafic de The Pirate Bay en provenance de France ?

Je ne sais pas précisément, mais c’est très peu probable. Dans les autres pays qui ont mis en place des mesures similaires, de plus en plus de personnes se sont mises au partage de fichiers, tout simplement parce qu’elles en ont assez de voir des multinationales dicter leurs lois. Ce type de lois ne profite évidemment qu’aux grandes entreprises ; c’est un lobbying révoltant. En Suède, ces entreprises ont dépensé sans compter pour que soit votée une loi sur le téléchargement conforme à leurs attentes, qui n’aurait jamais dû passer au Parlement.

Nous avons vu une légère baisse du trafic en Suède lorsque la loi Ipred a été votée. Nous ne sommes pas sûrs que cette chute ait été directement liée à la loi, car d’autres choses se sont passées au même moment – des fermetures de services, une diminution du nombre de contenus publiés – mais la fréquentation du site est aujourd’hui supérieure à ce qu’elle était avant le vote.

Les FAI français et plusieurs études jugent qu’en France, les utilisateurs se détournent massivement du P2P pour se tourner vers le téléchargement direct et le streaming. Le P2P peut-il faire face à cette « concurrence » ?

La concurrence est une bonne chose. Il est sain qu’il n’y ait pas un seul système permettant d’échanger des informations. La centralisation est un important problème du réseau, j’espère donc que nous verrons apparaître d’autres solutions ! Nous constatons que l’utilisation des services de VPN [réseau privé virtuel, permettant d’utiliser l’Internet de manière anonyme] est également en forte hausse. Quasiment dix pour cent de la population suédoise utilise aujourd’hui un système d’anonymisation, comme IPREDator [édité par The Pirate Bay]. C’est probablement une réponse directe aux nouvelles lois répressives. Les services de téléchargement direct ont une importante faiblesse, cependant : comme ils sont centralisés, ils peuvent facilement être contrôlés.

En décembre, vous avez annoncé le projet d’un système de gestion des noms de domaine, un DNS (Domain Name Server) en P2P. Comment fonctionnerait-il ?

Le but est de créer une alternative au système DNS [qui gère la manière dont les informations sont « orientées » sur Internet]. Nous voulons attirer l’attention des gens sur le fait que la structure actuelle d’Internet, avec quelques nœuds centraux – les serveurs racine et les domaines de premier niveau .com, .net et .org, par exemple – est dangereuse et peut facilement être bloquée par quelqu’un.

Les Etats-Unis envisagent de voter une loi leur permettant de couper Internet en cas d’urgence, et comme l’ensemble des organisations qui gèrent Internet sont sous leur juridiction, nous sommes face à un problème majeur. Si nous pouvions faire en sorte qu’Internet soit géré plutôt par la communauté internationale, ce serait une bonne solution, et nous n’aurions pas autant besoin d’un système de DNS distribué. J’espère que nous y parviendrons.

Le projet semble au point mort.

Il n’est pas abandonné, mais il est vrai qu’il avance lentement. Pour l’instant, nous en sommes à la conception théoriques de systèmes. Nous avons déjà une ou deux solutions possibles, mais elles ne nous satisfont pas entièrement. Nous voulons aboutir à une solution qui soit techniquement irréprochable, nous prenons donc notre temps.

Bram Cohen, le créateur de BitTorrent, a récemment présenté son projet « Pheon », qui vise à utiliser les technologies P2P pour la diffusion en continu (streaming). De tels services sont-ils le futur du P2P ?

Toutes les formes de P2P ont un rôle à jouer sur Internet. Je pense que dans les années à venir, nous verrons plus ou moins toutes les utilisations possibles adaptées au P2P, qui permet de mieux gérer les problèmes d’échelle que les services centralisés. Je suis quelque peu inquiet en ce qui concerne le streaming tel qu’il se pratique aujourd’hui : c’est une technologie massivement centralisée. Si nous pouvions avoir accès à un système de distribution d’informations sans possibilités de contrôle ou de censure, ce serait bien mieux.

Si vous deviez refaire aujourd’hui The Pirate Bay, y a-t-il quelque chose que vous changeriez ?

Pas vraiment. Je suis très content de ce que nous avons fait, et de ce que nous avons appris.

Recueillis par Laurent Checola et Damien Leloup (Le Monde)

Voir aussi : Rubrique Internet Megaupload en plein boom:merci Hadopi ? rubrique On line, L’Hadopi face aux mutations du téléchargement illégal ,

La BM du Seigneur : Quand la lumière descend sur les voyous

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Fred Dorkels dans le film de Jean-Charles-hue : La BM du Seigneur.

Le réalisateur Jean-Charles Hue parle des gitans comme il les filme. Il utilise sa langue et se passe de traduction. Il était l’invité du cinéma Diagonal lundi pour évoquer son dernier opus La BM du Seigneur projeté en avant-première. Après avoir consacré six documentaires aux Yéniches, il signe un long métrage entre documentaire et fiction. Un film brut comme peut l’être la vie de ceux qui vivent sur les routes. L’histoire met en prise les valeurs de Fred Dorkels – un imposant membre du clan respecté pour son savoir-faire en matière de braquage de BM – avec son clan, après que Fred a eu une révélation d’un envoyé du Seigneur.

 » On utilise le terme générique de Rom pour désigner les gitans. Les Roms viennent plutôt de l’Europe de l’Est tandis que les Yéniches sont issus de l’ancienne Allemagne. Ce sont souvent des blonds aux yeux bleus. Au XVIe siècle, les grandes jacqueries qui ont enflammé le Saint empire germanique ont poussé les Yéniches à prendre la route pour fuir la répression qui a fait plus de 100 000 morts. Par la suite c’est devenu un peuple de soldats guerriers qui vendaient leurs services aux seigneurs. Les Yéniches ont conservé leur réputation. Ils restent redoutés, mais sont forts méconnus. On dispose de très peu d’études sur les Yéniches comparés aux Tsiganes, alors qu’ils constituent la communauté gitane la plus nombreuse en France. « 

Jean Charles Hue a pénétré le monde des caravanes en cherchant ses origines gitanes maternelles. Il a était accueilli par une veuve de la famille Dorkels. Durant sept années il a partagé la vie du clan.  » Aujourd’hui on est devenus cousins. Je suis heureux de pouvoir faire un pas de côté avec eux mais je reste un payos. Parce qu’on ne devient pas un voyageur gitan. Etre gitan c’est un vrai métier il faut être mécano, tout savoir sur les caravanes, connaître l’électricité, être hyper performant pour s’installer ou partir à la dernière minute. Ce qu’ils m’ont donné est énorme. Je ne suis plus à la recherche de mes origines, cela va au-delà des liens du sang. « 

En immersion, le réalisateur découvre aussi le lien croissant des Yéniches avec l’Eglise évangélique. Tous les pasteurs sont gitans.  » La plupart étaient des voyous. Ils ont appris la bible sur le bout des doigts durant leur séjour en prison. Son film saisit le contraste entre la ferveur religieuse spontanée qui habite une partie de la communauté et les pratiques délinquantes qui font vivre l’autre. Jean Charles Hue assume ce regard sans concession. Il ne craint pas de renforcer les représentations péjoratives.  » L’image diabolisée ou angélique que l’on se fait des gitans ne reflète pas la réalité qui est diverse et variée selon les personnes. Statistiquement bien sûr, on trouve plus de voleur à la tire chez les gitans parce qu’ils sont plus pauvres que le reste de la population. Mais on trouve aussi plus de champions de boxe issus de la communauté gitane que de celle du XVIe à Paris.

La BM du Seigneur est un film ovni déconnecté du matérialisme social ambiant où les valeurs d’un autre espace temps semblent se perpétuer.  » J’apprécie l’esthétique des terrains vagues qui sont à la fois riches et pauvres. Je me suis dit que si le Christ décidait de venir dans le camp ce soir, il viendrait se poser entre les marmites en BM.  » Passer de la technique à l’émotion, c’est toute la magie du cinéma : Moteur !

Jean-Marie Dinh

Garde-à-vue le projet reste insatisfaisant

Michelle Tisseyre :    . Photo Rédouane Anfoussi.

Michelle Tisseyre : . Photo Rédouane Anfoussi.

Entretien avec Michelle Tisseyre la nouvelle bâtonnière de Montpellier

Réforme de la garde-à-vue, budget de la Justice en baisse, pouvoir du Parquet, solidarité internationale…, la nouvelle bâtonnière du Barreau de Montpellier Michelle Tisseyre a pris ses fonctions le 1er janvier. Elle analyse la situation et son incidence pour les avocats.

On vous dit très attachée aux droits de l’Homme, ce qui vous laisse l’embarras du choix… sur quels dossiers travaillez-vous actuellement ?

Nous organisons le 31 mars prochain une fête des droits de l’Homme. Cette soirée sera consacrée à la défense de la défense. Les droits de l’Homme sont universels et inaltérables. Aujourd’hui, ils doivent de toute évidence être mieux respectés. Pour cela, il faut rappeler partout que tout être humain doit pouvoir avoir recours à un avocat. Le barreau est très mobilisé sur cette question. Nous sommes très attentifs à ce qui se passe en Chine où des confrères sont pourchassés, parfois emprisonnés parce qu’ils sont avocats.

Qu’en est-il de la situation tunisienne ?

Les avocats tunisiens ont été récemment pris à partie. Ils sont régulièrement victimes de violences et d’entraves à leur liberté d’exercice. Le Barreau tunisien a lancé un appel au Conseil national des Barreaux (CNB) qui représente les avocats français pour les alarmer. A Montpellier nous avons voté une motion d’émotion et de soutien, le CNB devrait envoyer une mission sur place.

Vous êtes-vous joints à l’initiative du Syndicat des avocats de France qui vient de demander au président français de condamner le régime tunisien avec plus de fermeté ?

Cette démarche est une action indépendante du SAF. En tant qu’institution, notre engagement est nécessairement différent. Chaque syndicat, il en existe quatre pour les avocats, a sa vie propre et développe ses priorités qui trouvent parfois une expression commune. Nos relations avec les syndicats sont excellentes. Les bâtonniers de Montpellier ont exercé pour la plupart d’entre eux des responsabilités syndicales.

Quelles relations votre ordre entretient-il avec le Parquet ?

D’institution à institution nos relations sont très correctes dans l’exercice de nos métiers respectifs. Nous faisons entendre notre voix afin d’obtenir pour nos confrères pénalistes la reconnaissance de leur place et de leur rôle dans les premières heures d’une garde à vue.

Votre position sur la réforme de la procédure de garde-à-vue dont le réexamen a débuté le 18 janvier ?

Nous sommes très préoccupés. Le projet de réforme a été toiletté mais il n’est toujours pas satisfaisant. Nous nous sommes engagés dans une action pour alerter les parlementaires et leur expliquer en quoi cette réforme n’est pas acceptable. On maintient la possibilité de retarder la présence de l’avocat pour les infractions les plus graves, or justement dans ce cas, si la cible est mal choisie la personne a d’autant plus la nécessité d’être soutenue par un avocat. Il convient aussi de restaurer les droits fondamentaux de toute personne gardée à vue comme le droit de garder le silence. De la même façon, pour assister le gardé à vue l’avocat doit avoir accès aux actes de l’enquête.

Où en est-on sur les questions liées au statut et au pouvoir du Parquet ?

Ce sont les avocats qui ont structuré la critique qu’il y avait lieu de formuler, en soulignant par anticipation que les textes ne seraient pas conformes à la Constitution. A Montpellier, nous avons accueilli Robert Badinter en 2010 qui s’est exprimé sur ces questions. Cela fait partie des règles de notre métier et nous devons les appliquer face à la mise en jeu de la liberté. Avec les arrêts de la Cour de cassation et de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH), les hautes juridictions ont confirmé qu’un procureur n’était pas une autorité judiciaire indépendante du fait de sa subordination à la Chancellerie. Celle-ci est censée revoir sa copie avant le 1er juillet 2011. C’est un vrai casse tête chinois car respecter les injonctions de la Cour de cassation et de la CEDH suppose qu’il faut y mettre les moyens.

Un nouveau besoin pour un système judiciaire qui traverse déjà une crise sans précédent…

Effectivement c’est le débat cornélien chez les juges. D’une inauguration solennelle à l’autre, on retrouve le même discours sur la situation, les réductions budgétaires et le manque d’effectif. Les avocats ne sont pas opposés à des réformes, mais à l’heure où l’on parle d’avoir recours à des jurés populaires dans les complexes audiences correctionnelles, la Cour d’appel de Montpellier affiche entre 25% et 30% de sous effectifs.

La déliquescence de la justice ne touche-t-elle pas en priorité les populations les plus défavorisées ?

Le budget de la justice n’est pas une priorité en France. Il n’est pas en augmentation, cette année, loin s’en faut. A cela s’ajoute la crise qui frappe les catégories sociales les plus fragiles et une augmentation de la TVA. Selon l’exigence de l’UE qui a remis en cause le taux réduit de TVA applicable dans les dossiers bénéficiant de l’aide juridictionnelle, depuis le 1er janvier on est passé de 5,5% à 19,6%. Désormais soit l’avocat peut obtenir du client qu’il accepte l’augmentation, soit il doit la prendre à sa charge.

Menez-vous des actions pour l’égalité des droits ?

Nous sommes toujours présents pour défendre l’égalité de droit à travers différentes initiatives comme l’assistance juridique gratuite mais avec une limite. on ne peut plus supporter toute la charge. Il n’est pas légitime pour les avocats d’assurer la prise en charge du service public. A un moment donné, il doit y avoir un arbitrage, des priorités. La conséquence d’une justice à moindre coût se répercute à travers l’allongement des délais de traitements. Ce qui va à l’encontre des justiciables qu’ils soient victimes ou auteurs.

Votre mandat de deux ans implique un plan d’action rapide. Quelles sont vos priorités ?

Je souhaite m’attacher à faciliter l’exercice professionnel de mes confrères. Il faut davantage expliquer le rôles des avocats dans la démocratie. Notre profession sera toujours debout pour défendre les droits de l’Homme. Je m’efforcerai de valoriser nos règles déontologiques : probité, mesure dignité, respect du secret professionnel. J’entends enfin privilégier un partenariat de coopération avec les institutions, les collectivités, les chambres consulaires dans l’intérêt du justiciable ».

 Recueilli Par Jean-Marie Dinh (La Marseillaise) 

Voir aussi : Rubrique Justice, La garde à vue non conforme au droit européen, Des magistrats dans le mouvement social, Loppsi 2 : un fourre-tout législatif sécuritaire et  illisible ,

 

 

Education : Ce ne sont pas les chiffres qui comptent

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Ils étaient entre 400 et 600 personnes dans les rues de Montpellier hier matin pour dénoncer la sape du système éducatif et la nouvelle suppression de 16 000 postes annoncée pour la rentrée 2012. Le chiffre des manifestants peut paraître peu élevé par rapport à l’ampleur de l’enjeu. Mais cette résistance au projet gouvernemental qui concernait hier quatre vingt dix villes françaises, s’est ancrée en profondeur dans la pratique d’une majorité de citoyens.

Face aux attaques incessantes, directes ou détournées de la droite qui vise à livrer le système éducatif à une gestion privée de la maternelle à l’enseignement supérieur la mobilisation des Français est désormais continue.

Ce combat lancinant dure depuis des années, souligne le président de l’Unef Montpellier Gabriel Holard-Sauvy, et il se maintient pour réduire les suppressions. » Le massacre délibéré n’épargne plus beaucoup de monde. Chacun peut déjà mesurer à son endroit les répercutions néfastes de cette politique. Les études internationales démontrent que le système français figure parmi les plus inégalitaires. Si l’on ajoute à ce désastre les nouvelles coupes prévues on arrive à un système tout bonnement inopérant. Syndicalistes, enseignants, personnel de l’éducation, parents d’élèves, lycéens, étudiants, citoyens, se sont retrouvés autour de valeurs communes pour s’opposer aux conséquences catastrophiques d’une idéologie aveugle à l’avenir.

On l’a vu avec le mouvement contre la réforme des retraites, on le constate avec l’émergence des mouvements de désobéissance, ou l’engouement pour le livre d’Hessel, la résistance a manifestement gagné en conscience. L’attitude autiste du gouvernement qui méprise la voix du peuple, pousse celui ci à s’adapter. Si bien que ce n’est plus au nombre de personnes dans la rue qu’il faut évaluer la teneur du mouvement social mais à sa capacité de rallier les différentes couches de la société. Quand l’institution ne parvient plus à retenir les professeurs les plus investis quand la régression orchestrée par le gouvernement provoque la démission des recteurs et que les lycéens demandent des professeurs suffisamment qualifiés, il est plus que tant de parapher l’acte de décès d’une politique à courte vue.

Collectif L’éducation est notre avenir : « On sent que l’on a passé un cap au niveau du débat citoyen »

Le collectif « L’éducation est notre avenir », qui regroupe 25 organisations au côté d’une intersyndicale, se compose d’un équipage hybride déterminé à croiser le fer avec la piraterie gouvernementale. « On sent que l’on a passé un cap au niveau du débat citoyen, témoigne le secrétaire SDEN-CGT Julien Colet, regardez ce qui se passe en Tunisie, le pays maghrébin qui a le plus investi dans l’éducation renforce la démocratie. Ici, c’est tout le contraire on casse l’éducation pour la faire reculer. L’école n’est pas seulement l’affaire des enseignantsC’est l’affaire de tous. »

Pascal Lesseur secrétaire départemental SNUipp-FSU confirme : « Si tout le monde est là c’est qu’il y a le feu. On n’est pas d’accord sur tout mais on se retrouve pour dire que le système qui souffre déjà d’un lourd déficit de postes ne peut pas supporter cette nouvelle saignée. Dans le premier degré,  il nous manque actuellement 28 postes. On attend 700 élèves supplémentaires soit, au moins 15 postes en plus. Ce qui fait 43 postes alors que selon les chiffres communiqués une école du département sur dix devrait être frappée par une fermeture de classe. »

Les détails attendus dépendent du Comité Technique Paritaire Départemental (CTPD) opportunément reporté au 5 avril, pour que les candidats UMP aux cantonales n’en subissent pas trop les contrecoups. Une pratique que Delphine Powaga (FCPE) estime scandaleuse. Et la représentante des parents d’élèves de souligner : « Les moyens alloués à l’école doivent être considérés comme un investissement, pas comme un déficit supplémentaire. Il faut favoriser la scolarité à deux ans et réduire les effectifs. Les professeurs font de plus en plus d’heures supplémentaires sans être remplacés. Tous les élèves doivent avoir des profs qualifiés. »

Pour le secrétaire départemental du SNES Bernard Dufour, cette première journée tient lieu de tour de chauffe. « L’intérêt citoyen du collectif tient à la largesse de sa composition. Il est temps de poser la question de l’éducation au niveau politique. A la rentrée on va retrouver la réforme des lycées avec la volonté gouvernementale de regrouper les scientifiques et les littéraires qui n’ont pas le même profil. Dans l’Académie on attend 62 000 élèves en plus dans les lycées et 2 270 pour les collèges. Compte tenu des suppressions de postes prévus, on arrive à des effectifs qui atteindront 38 à 40 élèves par classe. C’est simplement ingérable.

Visiblement, le contre-feu allumé par Luc Chatel sur les rythmes scolaires ne trompe plus personne.  » Une franche rigolade, indique Pascal Lesseur, C’est une question importante. Mais dans la bouche du ministre tout le monde s’attend à un nouveau tour de passe passe. La vraie question c’est : A quoi doit servir l’école ? On y répond et ensuite on met les moyens. Le gouvernement part de la démarche inverse. »

Ce débat sur le rythme scolaire apparaît comme une grossière diversion aux yeux de la FCPE :  » Les parents sont pour une amélioration du rythme scolaire mais ce débat dure depuis 20 ans et il ressurgit d’un coup, souligne Delphine Powaga Nous ne sommes pas dupes. Sous couvert du bien vivre des enfants le gouvernement veut faire des économies en transférant les activités culturelles et sportives aux collectivités locales. »

Les prochains rendez-vous auront lieux dans les établissements entre collègues enseignants, dans les Conseils d’établissements avec les parents, dans les Académies pour que les recteurs ne cautionnent plus cette dérive, et avec les politiques pour qu’ils se positionnent. A n’en pas douter, l’éducation devrait tenir une place prépondérante dans les prochaines échéances électorales.

Jean-Marie Dinh (L’Hérault du Jour)

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