La Libre Belgique fait part de sa perplexité après les discussions entre Trump et Macron :
«Imagine-t-on un locataire dont les conditions du bail seraient durcies au gré des humeurs du propriétaire ? C’est pourtant ce que MM. Trump et Macron semblent trouver normal et légitime. A la veille de rencontrer Kim Jong-Un, Donald Trump est occupé à lui montrer qu’un accord passé avec les Etats-Unis ne présente en définitive aucune garantie. Ce n’est certainement pas la meilleure façon de convaincre le dirigeant nord-coréen de renoncer à son arsenal atomique. Quant à Emmanuel Macron, on ignore s’il a été ébloui par les fastes de sa réception à la Maison-Blanche jusqu’à en perdre toute notion de solidarité européenne, voire le simple sens des réalités.»
The Independent (GB)
Pas étonnant que l’Iran veuille l’arme nucléaire
Le cas de la Corée du Nord montre que les Etats-Unis ne respectent un régime rival que si celui-ci dispose de l’arme atomique, juge The Independent :
«Si Iran peut tirer un enseignement des récents développements, c’est bien qu’il vaut la peine de posséder un arsenal nucléaire. Car il est évident que la soudaine disposition de Donald Trump à faire des compromis avec la Corée du Nord est uniquement due à la capacité du pays à développer des armes susceptibles de représenter une menace directe pour les Etats-Unis. Les Américains seraient-ils aussi péremptoires avec les Iraniens si ceux-ci disposaient de têtes nucléaires ? C’est la question qu’on se posera à Téhéran. Le facteur déterminant dans l’actuel accord sur le nucléaire iranien, c’est qu’en dépit de toutes ses faiblesses, il ralentit le processus d’armement atomique de l’Iran.»
Orient XXI
Paris déçoit Téhéran
L’action du président français a de quoi dépiter Téhéran, fait valoir le spécialiste de l’Iran Bernard Hourcade sur le portail Orient XXI :
«L’Iran s’étonne qu’au lieu d’user de son influence pour inciter son allié américain à respecter l’accord et à lever effectivement les sanctions économiques, la France ait pris l’initiative, avec le concours du Royaume-Uni et de l’Allemagne, de demander à l’Union européenne de nouvelles sanctions, en espérant que cela ferait plaisir à Donald Trump. Ces questions font l’objet d’un consensus national à Téhéran. … La population espérait une ouverture économique et internationale depuis longtemps attendue et rejette unanimement la politique du ‘deux poids deux mesures’ quand les monarchies pétrolières ou les alliés de l’Occident sont en jeu.»
Der Standart (At)
Le plan Macron
Il ne sera pas aussi simple de renégocier l’accord sur le nucléaire iranien, analyse Der Standard :
«Le président français Emmanuel Macron a essayé de vendre [à Donald Trump] quelque chose qui n’existe pas encore : un accord auxiliaire censé transformer l’ancien accord en un ‘new deal’, comme l’a nommé Trump. … Macron sait qu’il est irréaliste de déficeler cet accord complexe. Pour le préserver, il entend traiter séparément le programme balistique de Téhéran et son influence politique dans les pays arabes. Sur ce dernier point, une approche plus globale est toutefois nécessaire : car on ne peut parler des Iraniens en Syrie sans consulter la Russie, la Turquie et d’autres Etats, comme l’Arabie saoudite. Juste après les frappes aériennes américaines, françaises et britanniques en Syrie, le 1er avril, Macron avait affirmé vouloir lancer une nouvelle offensive diplomatique en Syrie.»
Jusqu’à présent, le président français n’est pas parvenu à grand-chose avec Donald Trump, fait remarquer The Guardian:
«A ce jour, son action n’a pas été très convaincante. … Il a fait pression sur le président américain pour qu’il renonce à sortir de l’accord de Paris sur le climat, qu’il maintienne l’engagement américain en Syrie pour contenir le régime d’Assad, qu’il s’abstienne d’abroger l’accord sur le nucléaire iranien et qu’il retire son projet de taxation des importations européennes. Aucune de ces tentatives n’a été couronnée de succès. S’il parvient à faire changer Trump d’avis sur l’un de ces points, l’Iran notamment, ce serait une surprise et un coup d’éclat.»
Depuis mars 2017 l’euro s’est apprécié d’environ 20 % face au dollar. Lorsqu’on tient compte du poids de nos partenaires commerciaux dans les échanges de la zone euro, on obtient un « taux de change effectif » qui s’approche de son précédent record, à la veille de la crise de 2008 signalant une appréciation générale de la devise européenne.
Des effets négatifs
Ce mouvement réduit les parts de marché des exportateurs de la zone tout comme celle des producteurs nationaux sur les marchés internes, même si les économies se sont spécialisées et que la zone euro n’est plus en concurrence avec le reste du monde sur de nombreux produits. L’appréciation de la monnaie européenne accroit le pouvoir d’achat des consommateurs – on achète moins cher à l’étranger – tout en réduisant la compétitivité des producteurs : l’exemple du Royaume-Uni montre que ces deux effets peuvent se compenser.
A l’opposé, la difficulté de la France à rétablir sa compétitivité et équilibrer sa position extérieure est accentuée. Après les transferts massifs du CICE et du pacte de responsabilité pour gagner quelques points de compétitivité (autour de 5 points au total), l’appréciation récente de l’euro annule pratiquement tous ces efforts, du moins pour nos échanges en dehors de la zone euro.
Des risques pour la zone euro
Il faut s’inquiéter de cette évolution de l’euro. La nouvelle révolution industrielle fait des coûts salariaux un argument secondaire, la localisation des investissements à venir se fera en partie sur des considérations de taux de change. De plus, l’appréciation de l’euro va peser négativement sur l’inflation et réalimenter les craintes déflationnistes. Et elle n’est pas finie. La zone euro affiche un excédent considérable de ses échanges extérieurs de près de 400 milliards d’euros. Pour les rééquilibrer, il faudrait un taux de change de l’ordre de 1,35 dollar pour un euro. Depuis le début de l’année 2017 nous n’avons fait que la moitié du chemin !
Certes, plus d’inflation aux Etats-Unis obligera la Réserve Fédérale à monter les taux d’intérêt tandis qu’ils resteront bas en zone euro, ce qui pousse à l’appréciation du dollar. Mais si l’excédent de la zone euro n’est pas réduit (par plus de demande en Allemagne, par exemple), alors la pression à la hausse subsistera. En raison de la grande hétérogénéité des situations des pays européens, la conséquence profonde n’en sera pas seulement moins d’investissement en zone euro ou une dépréciation du montant de l’épargne accumulée sur le reste du monde. Ce sera le retour du risque d’éclatement de la zone euro.
La Bourse de New York a terminé, jeudi, sur une forte baisse de 4,15 %. La Bourse de New York a terminé, jeudi, sur une forte baisse de 4,15 %. Bryan R. Smith / AFP
La Bourse de New York s’est repliée de 4,15 % jeudi. Les marchés craignent un retour de l’inflation aux Etats-Unis et un relèvement plus rapide qu’attendu des taux de la Fed.
Volatilité. C’était le nouveau mot employé à Wall Street, pour ne pas avoir à dire que les marchés actions étaient entrés dans une phase baissière. Mais depuis jeudi soir 8 février, les opérateurs boursiers ne peuvent plus nier l’évidence : la Bourse connaît une « correction », c’est-à-dire une baisse supérieure à 10 %.
A New York, le Dow Jones a perdu ce jour 1 032 points à 23 860 points, soit un recul de 4,15 % tandis que le Nasdaq, l’indice riche en valeurs technologiques perdait 3,90 %. Cette chute, qui s’ajoute à deux forts reculs enregistrés les 2 et 5 février, fait que Wall Street se situe désormais 10,3 % en dessous de son record du 26 janvier. On ne peut pas encore parler de bear market – un marché baissier avec un recul supérieur à 20 % –, mais il n’empêche, l’euphorie sur la place new-yorkaise – la cote progressait avec une régularité de métronome depuis l’élection de Donald Trump, en novembre 2016 –, est brisée.
Vendredi 2 février : la hausse des salaires fait craindre un retour de l’inflation
Tout a commencé le 2 février avec la publication des bons chiffres de l’emploi par le département du travail américain. Non seulement les Etats-Unis ont créé 200 000 emplois en janvier, mais surtout les salaires ont augmenté, sur un an, de 2,9 %, contre 2,5 % auparavant.
Cette évolution est décisive. Depuis des trimestres, les économistes ne comprenaient pas pourquoi les rémunérations n’augmentaient pas plus, en dépit d’un taux de chômage tombé à 4,1 % de la population active, son plus bas niveau depuis le début du siècle. C’est désormais chose faite, et les opérateurs ont tendance à estimer que ce chiffre est durable, corroboré par les enquêtes de terrain qui montrent une pénurie de main-d’œuvre.
Deux conséquences, les salariés vont avoir un pouvoir de négociation renforcé et s’attribuer ainsi une part plus importante de la valeur ajoutée américaine, d’autant que la baisse de l’immigration légale et illégale constatée aux Etats-Unis devrait accentuer le manque de main-d’œuvre. Surtout, cette hausse des salaires fait craindre un retour l’inflation, laquelle risque de provoquer une hausse plus rapide qu’attendue des taux d’intérêts.
Lundi 4 : une Fed plus « faucon »
Lundi, justement, était la journée de prestation de serment du nouveau président de la Réserve fédérale américaine (Fed, banque centrale), Jay Powell. Ce républicain modéré n’est pas un macro-économiste keynésien obsédé par le retour au plein-emploi, comme le fut la démocrate Janet Yellen. Ancien avocat et homme de marchés, il veut éviter les bulles financières. C’est en tout cas sa réputation.
Les opérateurs de marché en ont déduit qu’il agirait de manière décisive pour remonter les taux de l’institution monétaire, peut-être à quatre reprises au cours de l’année au lieu de trois, comme l’avait laissé entendre la Fed en décembre 2017. Bank of America Merrill Lynch prévoit qu’in fine, en 2019, les taux de la banque centrale seront compris entre 2,75 % et 3 % (contre 1,25 %-1,50 % aujourd’hui).
Mardi 6 : le rebond, on cherche les coupables
Volatile : la démonstration semble faite mardi alors que le Dow Jones reprend 2,3 %. On cherche les responsables alors que le marché était depuis des mois des plus réguliers. Comme toujours, on incrimine les algorithmes des ordinateurs qui gèrent les fonds des épargnants.
Lorsque la Bourse dévissait, ceux-ci ont réalloué automatiquement des fonds, pour rééquilibrer les risques de leurs clients, en vendant des actions pour acheter des bons du trésor. Phénomène logique. La presse s’est penchée aussi sur des produits financiers qui assurent contre la volatilité des marchés. Et on a découvert que des petits malins avaient choisi de spéculer en vendant ces produits, persuadés que les places boursières resteraient calmes comme une mer d’huile. La volatilité est revenue, et ils ont perdu la moitié de leur mise, ce qui aurait accentué les turbulences.
En réalité, les banques sont ravies : le retour de la volatilité fait peur aux épargnants pères de famille et redonne de la valeur aux hedge funds et autres produits complexes, plus à même de traverser des montagnes russes et qui assurent de fortes commissions.
Mercredi 7 : Trump ouvre grand les vannes budgétaires avec le Congrès
Donald Trump s’agace. Lui qui vantait la Bourse comme étalon de son action positive sermonne les marchés financiers sur Twitter, tel le roi des Perse Xerxès (480 avant Jésus Christ) qui fit fouetter la mer pour avoir détruit un pont, l’empêchant d’envahir la Grèce. « Au bon vieux temps, lorsqu’il y avait des bonnes nouvelles, la Bourse montait. Aujourd’hui, quand il y a une bonne nouvelle, le marché baisse. Grave erreur, alors que nous avons tant de bonne (grandes) nouvelles sur l’économie », a protesté le président américain.
La grande nouvelle, c’est que Donald Trump et les républicains annoncent un compromis qui relève de 300 milliards de dollars (245 milliards d’euros) le plafond de la dette et est censé éviter une fermeture des institutions fédérales jusqu’en mars 2019. Surtout, il ouvre grand les vannes des dépenses budgétaires, militaires (165 milliards de dollars sur deux ans) et civiles (131 milliards de dollars).
Le compromis s’ajoute à la réforme fiscale, qui représentait un stimulus pro-cyclique et jugé inutile voire contre-productif par l’immense majorité des macro-économistes, de l’ordre de 0,7 point du produit intérieur brut (PIB) sur dix ans (1 450 milliards d’euros, financés à moins d’un tiers par d’hypothétiques surcroîts de croissance).
On retrouve donc une Amérique en croissance depuis plus de huit ans, au plein-emploi, avec un déficit budgétaire prévu de 5 % du PIB (il était de 3,5 % pour l’exercice budgétaire clos le 30 septembre 2017). Un chiffre jugé unanimement extravagant à ce stade du cycle économique.
Ce laxisme peut entraîner une hausse des rendements exigés par les marchés financiers et une hausse accrue des taux par la Fed pour lutter contre l’inflation. Certes les Américains sont protégés par le statut de valeur de réserve mondiale du dollar et ne peuvent a priori pas connaître le destin de la Grèce, voire de l’Italie, même si le système de l’étalon dollar de Bretton Woods avait fini par exploser en 1971 et 1 973 à cause des dépenses de la guerre du Vietnam. Il n’empêche, cette surchauffe accentue les risques d’atterrissage brutal de l’économie, voire de récession, alors que la croissance prévue par Merrill Lynch pour 2018 et 2019 est de 2,7 % et 2,2 %.
Jeudi 8, la Banque d’Angleterre sème la panique
Nouvelle baisse en Bourse. L’affaire a été provoquée par la Banque d’Angleterre, qui n’a pas remonté ses taux, les laissant au niveau de 0,5 %, mais qui a annoncé que la remontée amorcée en novembre 2017 pourrait être plus forte et intervenir plus rapidement que prévu pour ramener l’inflation autour de 2 %.
Cette annonce a fait remonter les taux à dix ans sur les bons du trésor américains, qui ont atteint 2,851 % jeudi contre 2,05 % début septembre 2017, et relancé la chute des actions.
Toute une relecture du passé est en cours : les Etats-Unis n’ont jamais connu de déflation, les salaires ont toujours augmenté, même si c’était faiblement. Bref, après n’avoir vu aucune mauvaise nouvelle pendant plus d’un an, les marchés voient le retour de l’inflation partout… et les ennuis qui continuent : jeudi soir, l’attitude de certains républicains, opposés à la dérive des déficits, et de l’aile gauche des démocrates, furieux que n’ait pas été traité le dossier de l’immigration, empêchait le vote du budget par le Congrès, et le pays connaissait son second shutdown en quelques semaines.
Un trader après la clôture de la bourse de New York et la chute de l’indice Dow Jones, le 5 février. Brendan Mcdermid /Reuters
La hausse des salaires aux Etats-Unis a suscité un retour des craintes inflationnistes. Mais il n’est pas encore question de krach boursier.
Sévère correction à Wall Street : l’indice Dow Jones a perdu, lundi 5 février, 1 175 points à 24 345 points, soit un recul de 4,6 % tandis que le Nasdaq, l’indice riche en technologies, perdait 3,8 %. Cette séance, la pire depuis août 2011, fait suite à celle de vendredi où l’indice américain avait déjà perdu 2,54 %.
Ces événements ne font pas l’affaire de Donald Trump, qui n’a eu cesse de citer la Bourse comme juge de paix de son action. Dans un discours dans le MidWest, le président n’a pas évoqué la chute de Wall Street. Mais Sarah Sanders, porte-parole de la Maison Blanche a réagi: « Le président se concentre sur nos fondamentaux économiques à long terme qui restent exceptionnellement forts, avec le renforcement de la croissance économique, un taux de chômage historiquement bas et des salaires en hausse pour les travailleurs américains ».
Le déclencheur de ce mouvement de vente a été la publication vendredi matin par le département du travail américain de chiffres exceptionnellement bons pour l’emploi : non seulement l’économie américaine a créé 200 000 emplois en janvier, soit plus qu’attendu, mais surtout, les salaires ont progressé au rythme annuel de 2,9 %, contre 2,5 %. Du jamais vu depuis la fin de la récession en juin 2009. Cette tension sur les salaires était attendue en vain depuis des années, ceux-ci ne progressant pas aux Etats-Unis en dépit d’un taux chômage au plus bas depuis le début du siècle (4,1 %).
En attente de la nouvelle politique de la Fed
Ce retour à la normale a immédiatement suscité un retour des craintes inflationnistes du côté des opérateurs financiers. Si les actions sont élevées, c’est en raison des taux d’intérêts bas. Il est trop tôt pour parler de krach. Si la Bourse a effacé ses gains depuis le début de l’année et perdu 9 % depuis le plus haut historique atteint le 26 janvier, sa progression sur un an reste de 21,5 % et sur trois ans de 64 %. Visiblement, la baisse a été accélérée par les ventes automatiques.
Hasard du calendrier, ce lundi était le jour où Jerome Powell prêtait serment pour devenir président de la Réserve fédérale. Le successeur de Janet Yellen, dans une allocution podcastée, a assuré qu’« aujourd’hui, le chômage est bas, l’économie est en croissance, et l’inflation est basse. Par nos décisions de politique monétaire, nous soutiendrons une croissance économique continue, un marché du travail sain et la stabilité des prix », a déclaré M. Powell.
Le retour de la hausse des prix pourrait inciter la Réserve Fédérale Américaine à augmenter plus rapidement ses taux que prévu. En décembre, en augmentant ses taux directeurs d’un quart de points (compris entre 1,25 et 1,5 %), elle a laissé entendre qu’elle pourrait procéder à trois resserrements supplémentaires du crédit.
Ce rythme pourrait s’accélérer en période de surchauffe économique, d’autant que les colombes se font rares à la Fed avec le départ de Janet Yellen et de son adjoint Stanley Fischer. Toutefois, il n’y a pas eu de panique sur le marché obligataire. Les taux d’intérêt à dix ans sont retombés lundi à 2,794 % après avoir touché un plus haut de 2,852 vendredi soir. Ce mouvement s’explique parce que des vendeurs d’actions ont réinvesti sur les bons du trésor américain pour limiter leurs risques.
Une hausse du dollar
Dans ce contexte, la crise boursière américaine, qui a fait chuter les autres bourses mondiales (Tokyo a reculé lundi de 2,5 % et reculait mardi de 5,3% tandis quele Stoxx Europe 600 perdait lundi 1,6 %), a conduit à une hausse paradoxale du dollar. En cas de crise, les opérateurs choisissent la devise américaine, qui a gagné 0,2 % vis-à-vis des monnaies extérieures et 0,3 % par rapport à l’euro. Ce phénomène a été amplifié par le discours de Mario Draghi, le président de la banque centrale européenne mettant en garde contre une hausse de l’euro, dans des propos tenus devant le Parlement européen. « La récente volatilité du taux de change a suscité de nouveaux vents contraires et ses implications pour les perspectives de stabilité des prix à moyen terme sont à surveiller de près », a déclaré M. Draghi.
La surchauffe américaine peut s’expliquer par un triple phénomène : la politique monétaire très accommodante depuis des années, mais aussi la réforme fiscale : celle-ci a conduit les entreprises qui regorgeaient de liquidités à les rapatrier aux Etats-Unis et va accentuer le déficit budgétaire des Etats-Unis, qui était encore supérieur à 3 % en 2017. Depuis le début des débats, la plupart des économistes estiment ce stimulus budgétaire inutile, voire dangereux.
Toutefois, sur le fond, la hausse des salaires aux Etats-Unis, si elle était confirmée, est une des meilleures nouvelles économiques engrangée depuis longtemps. Leur stagnation, conjuguée à une hausse des inégalités qu’incarne l’envolée de Wall Street, a conduit à une grave dégradation de la cohésion sociale aux Etats-Unis. Logiquement, ce retour à la normale marquerait la fin de l’argent gratuit et donc une valorisation plus faible des actifs, même si les profits des entreprises restent, pour 80 % des entreprises, supérieurs aux prévisions.
Un tableau répertoriant la chute du Nikkei à Tokyo, au Japon, mardi 5 février. Toru Hanai / Reuters
La Bourse de Tokyo emboîte le pas à Wall Street, dévissant de plus de 4 % à l’ouverture mardi 6 février. Dans les premières minutes des échanges, l’indice Nikkei des 225 valeurs vedettes lâchait jusqu’à 4,41 % (-999,83 points) à 21 682,25 points, et l’indice élargi Topix de tous les titres du premier tableau perdait 4,28 % (-78,01 points) à 1 745,73 points.
Les deux indices avaient déjà lâché plus de 2 % lundi, dans un contexte de nervosité des investisseurs face à la hausse des taux d’intérêt aux Etats-Unis. « Le marché prend acte des inquiétudes sur l’inflation et une possible dégradation de l’économie américaine alors que les taux d’emprunt ont augmenté trop rapidement », a commenté pour l’agence Bloomberg Toshihiko Matsuno, de SMBC Nikko Securities.
La place tokyoïte était en outre affectée par une appréciation du yen, valeur refuge prisée en période d’incertitudes : le dollar s’affichait ainsi à l’ouverture à 109,23 yens, contre 109,91 yens lundi à la fermeture, tandis que l’euro fléchissait à 135,16 yens contre 136,92 yens, des mouvements défavorables aux titres des sociétés exportatrices japonaises.