Le Sinaï, terre de torture des migrants de la Corne de l’Afrique

Extrait  du documentaire

C’est un trafic d’êtres humains d’une ampleur considérable. Depuis 2009, environ 50 000 Erythréens ont été torturés dans le désert du Sinaï. Fuyant la dictature, ils sont enlevés à la sortie de leur pays puis déportés à 3 000 kilomètres dans ce désert coincé entre l’Egypte et Israël. Enchaînés les uns aux autres, ils sont alors torturés quotidiennement afin de pousser leurs familles à payer une rançon atteignant jusqu’à 50 000 dollars. Ceux qui n’y parviennent pas ou qui ne survivent pas aux sévices qu’ils subissent sont jetés dans des fosses communes. Les journalistes Cécile Allegra et Delphine Deloget ont enquêté sur ce trafic d’êtres humains qui se développe au Soudan, en Libye ou encore au Yémen. Cécile Allegra est l’invité de RFI.

RFI : Les séances de tortures se déroulent d’une façon très précise, à savoir qu’elles se déroulent avec un téléphone portable allumé. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ?

Cécile Allegra  : Effectivement, la méthode est particulière. On appelle un proche sur un téléphone, sur un portable, et au moment où le proche décroche, la torture commence en direct au téléphone. Il faut bien comprendre que les chefs bédouins ne prennent que rarement part à ces séances de torture qui sont en général pratiquées par des petites mains, qui sont payées au migrant et qui donc torturent d’autant plus violemment qu’ils ont besoin d’un turn-over pour gagner leur vie.

Ils ont besoin que la famille paye plus rapidement pour ensuite libérer le prisonnier et en prendre un autre…

Absolument. Ensuite, plus on avance dans les mois de détention, plus les tortionnaires deviennent nerveux, ont envie de récupérer leur argent et s’ils ne voient pas leur argent venir, la torture s’intensifie. Il faut bien comprendre que ce ne sont pas des gens qui sont torturés une fois par jour, ils sont torturés toutes les heures quand ils sont en détention, toutes les heures. Nuit et jour. Ce sont des gens qui deviennent une sorte de bouillie de chair humaine, ils sont complètement à vif à force d’être torturés. Et quand ils n’arrivent pas à payer rapidement, les tortionnaires basculent dans une forme de folie. C’est là qu’ont lieu les pires atrocités, dont très souvent les détenus ne se remettent pas, c’est-à-dire qu’ils meurent des suites de leurs blessures bien sûr.

Comment expliquer une telle cruauté ?

C’est la question centrale de notre enquête. Pourquoi est-ce qu’ils les torturent à ce point ? Il y a deux éléments de réponse à cette question. La première, elle tient à la spécificité des personnes qui dirigent ces camps de torture. Ce sont des Bédouins du Sinaï qui appartiennent à la tribu des Sawarka. Ce sont des personnes qui ont été très longtemps persécutées après la rétrocession du Sinaï à l’Egypte parce que ce sont des personnes qui sont bloquées dans un no man’s land, qui font du trafic qui dérange l’Egypte, qui dérange Israël.

Les descentes armées, les séquestrations d’hommes, les viols de femmes, ce sont des choses qu’ils connaissent. Quand on a rencontré avec Delphine les tortionnaires, puisqu’on en a rencontré, ils nous ont dit : « Mais écoutez, on leur met une balle dans le pied, mais on les soigne, on n’est pas des tortionnaires ». Ce qui vous donne une idée en fait du degré de violence qu’eux-mêmes sont capables d’endurer.

Deuxième élément, il faut que les détenus payent très rapidement parce que sinon on ne peut pas en faire venir d’autres. Il faut retrouver la mise. Un tortionnaire nous disait : « Moi tout ce que je veux, c’est retrouver mon argent. J’ai payé pour les faire venir, je veux faire ma plus-value et qu’ensuite ils s’en aillent. Moi je ne leur veux rien de mal, je veux juste retrouver mon argent ».

Cécile Allegra avec Delphine Deloget, vous avez rencontré des trafiquants, notamment un trafiquant repenti. Dans le documentaire, pourquoi dit-il que « les Erythréens valent de l’or » ?

Les Erythréens valent de l’or pour les Bédouins du Sinaï parce qu’ils savent parfaitement que c’est la principale population en fuite dans la Corne de l’Afrique. Vous avez des Soudanais qui sont en mouvement, des Ethiopiens également, des Somaliens, mais les Erythréens quittent massivement le pays. Il y en a 3 000 à 4 000 par mois qui quittent l’Erythrée parce qu’ils fuient la dictature. Issayas Afeworki est un dictateur complètement paranoïaque, alcoolique, qui enferme les gens dans un service militaire à vie. Les Erythréens savent ce qui les attend quand ils partent au service militaire, donc ils fuient. Et les Bédouins savent que les Erythréens fuient massivement et ils savent aussi qu’il y a une forte diaspora à l’étranger. Donc ils savent qu’ils peuvent récupérer de l’argent. Et ça les a même surpris d’ailleurs. Les tortionnaires nous le disaient : « On ne s’imaginait pas  qu’on pouvait en tirer autant ».

Comment font les familles pour récolter de l’argent ?

C’est une catastrophe parce que les Erythréens de l’étranger sont très solidaires entre eux. Ils essaient de ramasser l’argent puisque les rançons sont exorbitantes. On parle de 30 000, 40 000, parfois 50 000 dollars en Erythrée par prisonnier et personne n’a cette somme sauf des proches du régime, on va dire. Ce qui fait en fait que toute la communauté érythréenne est mobilisée pour récolter cette somme.

Simplement ça fait tellement longtemps que cette situation dure, les sommes récoltées deviennent de plus en plus importantes. Les rançons deviennent de plus en plus salées, ce qui fait que ça déstructure toute une communauté qui vit à l’étranger. Les gens se ruinent sur plusieurs générations, ce qui est un fardeau terrible à porter pour les rescapés du Sinaï qui vivent avec la culpabilité d’avoir détruit financièrement leur famille, mais aussi les proches de leur famille, et les proches des proches de leur famille.

Où va l’argent qui est ainsi extorqué à ces Erythréens ?

C’est une très bonne question et c’est une grande question. Pour l’instant, on n’a que des hypothèses de travail. D’abord, il est utilisé à des fins d’enrichissement personnel par les tortionnaires. Et ensuite, pour le reste ce sont des hypothèses. Certains experts de la région mettent en évidence un lien direct avec les cellules jihadistes qui opèrent dans le Sinaï. Enfin la dernière hypothèse la plus importante qui a été soulevée depuis un an par l’ONU, c’est que l’état-major du dictateur Issayas Afeworki a des parts directes dans le trafic d’Erythréens.

Ce qui serait quelque chose d’historique, puisque si cette hypothèse était vérifiée et c’est ce à quoi s’emploient les enquêteurs de l’ONU, les enquêteurs de l’Union européenne dans les années à venir, ça serait le premier cas de tortures hors les murs organisé par un dictateur lui-même. Donc une superbe trouvaille puisque ça lui permettrait de torturer les fuyards, mais pas sur son propre sol, donc en évitant les observateurs internationaux, et ça lui permettrait par la même occasion de faire revenir de l’argent à l’intérieur des frontières de l’Erythrée. Et c’est cette hypothèse-là qui en ce moment fait l’objet de toutes les attentions de la communauté internationale.

Donc ils sous-traiteraient la torture à l’étranger et c’est le chef d’état-major d’Issayas Afeworki qui serait à l’origine de ce trafic, c’est-à-dire qu’il les laisserait volontairement fuir leur pays ?

Il y a pire que ça, c’est-à-dire que dans la dernière année il y a eu des cas avérés où la police et l’armée sont allées chercher des Erythréens et les ont eux-mêmes déportés et remis entre les mains des trafiquants d’êtres humains. C’est une mécanique qui commence à aller très loin.

Comment expliquer le développement de ce trafic dans le Sinaï notamment, en particulier le fait que le Sinaï, ce désert entre l’Egypte et Israël, est une zone totalement abandonnée. D’ailleurs le trafiquant le dit…

Les deux tortionnaires nous ont dit : « vous comprenez, ici c’est un no man’s land. On a fait de nous une zone tampon, puis on nous a dit, on vous donne une maison, on vous donne un bout de désert et vous vous débrouillez. Vous vivez là. Comment voulez-vous qu’on survive ? On fait ce qu’on peut, donc on fait du trafic, donc du trafic d’êtres humains comme on pourrait faire du trafic de lait concentré, ou du trafic d’armes, de drogue. On fait ce type de trafic parce qu’on n’a pas le choix ».

Et que fait le gouvernement égyptien dans cette affaire ?

Absolument rien. Le gouvernement égyptien a une position très fautive dans cette histoire puisque les trafiquants franchissent la frontière égyptienne comme ils veulent et en versant moult bakchichs. En plus de cela, dans le Sinaï, l’Etat égyptien n’a jamais mené aucune opération de recherche de déportés. Et pour finir, une fois que les rescapés du Sinaï sont relâchés et qu’ils arrivent pour certains par miracle jusqu’au Caire, au Caire ils ont une vie extrêmement dure. Personne ne vient à leur secours. Il y a un fort racisme envers les Erythréens.

On pense évidemment à une accusation de crimes contre l’humanité derrière tout ce que vous racontez. Est-ce que la Cour pénale internationale pourrait se saisir de ce problème ?

Bien sûr, ils pourraient se saisir de ce problème et en Europe, il y a des militants qui y travaillent. C’est principalement des militants érythréens. Il y a Fessaha Alganesh qui est une militante italienne, qui se rend sur place en Egypte, au Soudan, en Ethiopie, pour recueillir des preuves qui reconstituent un petit peu tous les maillons de ce terrible trafic. Il y a Meron Estefanos qui depuis la Suède collecte les témoignages, travaille pour l’Union européenne, essaie de constituer un corpus de preuves pour condamner les trafiquants.

Mais c’est vrai qu’ils ne sont pas nombreux. Ils ne sont pas nombreux parce qu’on est sur une problématique qui est transnationale. Vous avez plusieurs pays impliqués dans le trafic avec des populations très différentes avec peut-être un pays d’origine lui-même impliqué, c’est une enquête extrêmement longue. Et pour arriver jusque La Haye, il manque encore quelques étapes, mais on en est proche.

Ce trafic commence à se développer dans d’autres pays de la région, dans quelles proportions ?

Dans des proportions absolument tragiques. Vous avez des dizaines, des dizaines de maisons de torture en Libye déjà, il y en a plusieurs dizaines également au Soudan, le Yémen commence à s’y mettre. Partout où vous avez des migrants de la Corne de l’Afrique qui affluent, les gens ont compris : vous les parquez, vous les séquestrez, vous les torturez terriblement, et ils finissent par cracher un peu d’argent. Donc forcément, ça fait des petits.

Et il ne faut pas qu’on oublie que si ce système de camps de torture se propage à tout le Maghreb, on va voir le Maghreb transformé en antichambre de la torture avant le passage des migrants par la Méditerranée. Donc nous, Européens, on a une responsabilité dans la manière dont on traite ces gens une fois qu’ils arrivent sur notre territoire parce que, ce qu’ils vivent ce n’est plus simplement une migration économique, mais c’est un drame épouvantable.

Anthony Lattier

Source ; RFI 09/11/2014


Le documentaire « Voyage en barbarie » de Cécile Allegra et Delphine Deloget a été diffusé sur la chaîne française Public Sénat et leur enquête est publiée en plusieurs volets dans le journal Le Monde.

Voir aussi : Torture,

Hédi Sraïeb : « En Tunisie, islamo-libéraux et sociaux-libéraux occultent la question sociale »

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Entretien réalisé par Rosa Moussaoui

À quelques jours du scrutin présidentiel, l’économiste tunisien Hédi Sraieb dépeint un paysage politique dominé par le consensus sur les options économiques. L’insécurité sociale, insiste-t-il, reste pourtant au premier rang des préoccupations.

Quels sont à votre avis les ressorts de la victoire de Nidaa Tounès aux élections législatives du 26 octobre ?

Hédi Sraïeb. Nidaa Tounès a progressivement construit sa légitimité après la cuisante défaite en 2011 des partis sécularistes, opposés à l’arrivée au pouvoir du parti islamiste. Devant l’émiettement des partis progressistes, le laxisme des nouvelles autorités face de la montée des mouvements salafistes mais aussi l’incapacité manifeste du gouvernement à conduire les affaires du pays, la toute jeune formation de Béji Caid Essebsi a su surfer sur la vague de mécontentement. Ce parti composite, à défaut d’innover, a su réveiller les idéaux du mouvement national d’indépendance, avec ses acquis ultérieurs : un Etat civil moderne, un code du statut personnel consacrant, pour les femmes, des droits sans équivalent dans le monde arabe. Il a su réunir sous sa bannière diverses sensibilités, de la gauche syndicale aux  figures de l’ancien régime. Les peurs réelles ou fantasmées du retour possible aux affaires des islamistes ont fait le reste. Mais Nidaa Tounès aura aussi bénéficié d’amitiés extérieures et de l’appui de réseaux de l’ancien régime.

La formation de Béji Caïd Essebsi n’obtient pourtant pas la majorité absolue. Sur quelles forces s’appuiera-t-elle pour gouverner ? Peut-elle être tentée par des compromis avec les islamistes ?

Hédi Sraïeb. L’hypothèse d’une cohabitation à la tunisienne avec le parti islamiste est une option. Cela ne constituerait d’ailleurs pas une surprise. Nous l’avons même écrit dans les colonnes de « L’Humanité » avant le scrutin. L’opinion aura vu les frères ennemis se rencontrer à plusieurs reprises même si chacun continue à diaboliser l’autre : retour de l’ancien régime d’un coté, épouvantail théocratique et menace sur les libertés de l’autre. Le scénario apparaît d’autant plus plausible que l’islamo-libéralisme d’Ennahdha n’est pas incompatible avec le social-libéralisme de Nidaa Tounès en matière de choix économiques. Une telle alliance heurterait toutefois les franges authentiquement démocratiques et progressistes de l’électorat et relèverait d’un pari risqué à 12 ou 18 mois d’élections locales et régionales. Un autre scénario est envisageable, il consisterait à reconduire, sous une forme renouvelée, un gouvernement technocratique et/ou dirigé par une personnalité indépendante sur fond de pacte national. Une sorte de neutralisation provisoire, un cessez le feu sur les questions majeures qui divisent. Les deux formations ont un intérêt fort à un retour à la normale et à une reprise de l’activité.

L’inscription d’Ennahdha dans le jeu démocratique lui a-t-elle fait perdre une partie de sa base électorale salafiste?

Hédi Sraïeb. La formation islamiste semble avoir tiré quelques enseignements de son absence de compétences et d’expérience. « Nous ne comprenons rien à l’économie », a même admis l’un de ses dignitaires. Plus sérieusement, la restauration brutale d’un régime militaire en Egypte  et la puissance du mouvement social et politique du Bardo qui a contraint les islamistes à la démission ont fini par infléchir la posture politique d’Ennahdha. Symptôme de cette prise de conscience, le majliss choura (parlement des islamistes) aura écarté les faucons et renouvelé ses cadres dirigeants comme ses têtes de liste aux élections. Cela témoigne d’un souci évident d’insertion dans la vie politique. Reste que la longue période de troubles et de terrorisme aux frontières laisse intactes des forces (salafistes, djihadistes) à la loyauté très variable. Des vases communicants entre toutes les sensibilités islamistes demeurent. Au-delà des discontinuités organisationnelles apparentes, il y a continuum subtil et élastique, celui d’un socle idéologique partagé. La religiosité reste un ciment fort !

Comment expliquer la sanction électorale infligée aux partis composant la troïka?

Hédi Sraïeb. La Troïka a fédéré contre elles toutes leurs peurs, mais aussi toutes les attentes déçues en l’absence de réponses pertinentes aux revendications portées par la révolution. Le parti Ettakatol, membre de l’Internationale socialiste, a vu gronder sa base sociale-démocrate traditionnelle qui a fini par le quitter. Il en va de même pour le CPR du président Marzouki. L’incapacité à tenir les  promesses de justice transitionnelle, dont la loi d’exclusion des responsables de l’ancien régime aura finalement  débouché sur un éclatement du parti.

La gauche progressiste s’effondre. Au delà du « vote utile » pour Nidaa Tounès, que manifeste ce lourd revers électoral ?

Hédi Sraïeb. En termes arithmétiques, cela ne fait aucun doute. Je serais plus nuancé en termes politiques. D’une part les idées de gauche sont loin d’avoir disparu du paysage idéologique, politique ou culturel. La gauche tunisienne dispose d’un capital de sympathie qui va au-delà des ses scores électoraux. Elle dispose encore d’importants ressorts. L’éclatante victoire à Sidi Bouzid de M’barka Brahmi, la veuve d’un dirigeant de gauche assassiné,  en témoigne. C’est une figure encore peu connue du grand public, un mélange détonnant de patriotisme, d’appui indéfectible aux revendications sociales, de piété contenue. Les revers de la gauche résultent, une nouvelle fois, de ses errements stratégiques, de l’émiettement de ses positionnements et de ses alliances. La gauche hérite aussi de vieux contentieux. Toutes choses qui empêchent un rapprochement plus rapide entre ses différentes composantes. Toutefois, il ne faudrait pas oublier le résultat du Front populaire qui assoit une présence importante, précisément dans les régions déshéritées. À y regarder de plus près, ce n’est pas un simple succès d’estime, mais une réelle performance qui affirme les potentialités d’une alternative.

Le Front populaire remporte en effet une quinzaine de députés. Mais est-ce suffisant pour peser sur le débat politique?

Hédi Sraïeb. Le Front populaire remporte tous ses sièges dans les régions de l’intérieur, théâtres de luttes sociales importantes et d’une véritable fronde contre la troïka. Trop longtemps exclues des débats politiques, ces régions ont enfin d’authentiques et sincères  représentants. Le Front Populaire a réussi en peu de temps à se défaire de cette étiquette d’extrémiste que l’on tentait de lui coller. Par ses prises de positions remarquées, par exemple dur la « dette odieuse », par une approche responsable, avec l’élaboration d’un budget alternatif, le Front Populaire a marqué des points dans l’opinion. Il dispose d’une solide assise sociale. Tout cela est certes encore fragile, mais augure d’une recomposition du paysage à gauche.

Posée par les franges les plus démunies de la société tunisienne, la question de l’insécurité sociale a tout de même été la grande absente du débat électoral entre partis. Pourquoi?

Hédi Sraïeb. Les questions de mode de vie, de démocratie formelle ont occulté les questions lancinantes du chômage massif des jeunes, de la précarité de la condition salariale. Sans doute parce qu’elles sont portées par des couches moyennes urbaines,  ces questions sociétales ont littéralement étouffé les enjeux d’un autre vivre ensemble, d’un autre modèle économique et social. L’insécurité sociale est à son comble, mais trop peu de responsables politiques portent cette question. Oubliés aussi, les enjeux éducatifs, l’ascenseur social en panne. Que dire des flagrantes inégalités et injustices, qui soit dit en passant n’ont qu’un lointain rapport avec la « prédation de la famille », a contrario de ce que répandent conservateurs et centristes à l’unisson !

À quelles conditions une alternative de justice économique et sociale peut-elle émerger en Tunisie ?

Hédi Sraïeb. La gauche est en pleine recomposition. Elle est seule porteuse de cet immense espoir qui a jailli avec la révolution, même si elle doit encore vaincre les préjugés culturels à son égard. Cette gauche dans sa diversité doit s’atteler à l’élaboration d’une plateforme commune de sortie d’un système en crise et non, comme l’envisagent les forces conservatrices (séculariste et islamiste), de sortie de la crise du système. C’est une différence de taille ! La gauche tunisienne doit aussi se montrer capable de rassembler les souverainistes et les progressistes qui s’opposent aux diktats des bailleurs de fonds internationaux, comme à ceux qui encouragent la poursuite des privatisations rampantes et la vente à la découpe de nos entreprises et services publics, au profit des multinationales. La recomposition du paysage politique, j’en suis convaincu, va se poursuivre dans les années à venir.

 Source : L’Humanité 7/11/2014

Voir aussi : Rubrique  Tunisie, Les espoirs du peuple tunisien toujours d’actualité, La faiblesse du président Marzouki, Les éditocrates repartent en guerre, rubrique PolitiqueMoyen Orient, Agiter le peuple avant de s’en servir, rubrique Rencontre, Nadia El Fani,

Nasrallah : Ce n’est pas vrai que nous voulons entraîner le pays vers le vide…

p01-5-------------------5_650949_273031_largeHassan Nasrallah a déploré, dans un discours public dans la banlieue sud, « les accusations à notre encontre, selon lesquelles nous voulons entraîner le pays vers le vide ».

Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a déploré « les accusations à notre encontre, selon lesquelles nous voulons entraîner le pays vers le vide ». « Nous ne sommes pas prêts à plonger le pays dans le vide. Nous rejetons totalement cette option. Nous sommes pour toute solution empêchant cela », a souligné le leader du Hezbollah, qui a fait hier une rare apparition en public devant des milliers de ses partisans à Roueiss, dans la banlieue sud de Beyrouth, à la veille de la Achoura.

Le périmètre de la banlieue a d’ailleurs été totalement bouclé dans la nuit, pour des considérations sécuritaires, et il le sera aujourd’hui, le temps que la commémoration prenne fin.

« Il y a trois options : les élections, la prorogation ou le vide », a affirmé Hassan Nasrallah concernant la prorogation du mandat de la Chambre. « S’il n’y a pas d’élection ou de prorogation, c’est le sort de l’institution qui est en jeu, et nous sommes disposés à aider le président Berry à sortir le pays de cette impasse, a-t-il poursuivi. « En ce qui concerne les élections, certaines forces politiques sunnites n’en veulent pas », a-t-il ajouté. « La prorogation, parce qu’elle est rejetée par certaines forces chrétiennes, entraînerait une violation du pacte national », a-t-il encore dit.

« Nous avons prévenu tous ceux qui nous ont contactés : vous voulez des élections, nous sommes prêts à en faire. Si vous voulez la prorogation, nous ne la contesterons pas. Mais nous rejetons le vide », a noté le leader hezbollahi.

Le dossier présidentiel
« Personne ne veut la vacance présidentielle, personne ne complote pour cette vacance, nous n’accusons personne, que ce soit dans notre camp ou dans l’autre », a poursuivi Hassan Nasrallah au sujet de l’échéance présidentielle. « Nous voulons l’élection d’un président au plus tôt. L’Iran, au bout du compte, souhaite que cette échéance ait lieu. Nous sommes donc à l’aise par rapport à la position de notre camp régional, a-t-il noté.

Certains ont tenté de lier la présidence au dossier du nucléaire, mais c’est une erreur. L’Iran refuse de lier le dossier du nucléaire à quelque autre dossier », a-t-il souligné.

« Notre camp possède un pouvoir de décision au plan national, ainsi qu’un mandat régional. C’est ce que l’autre camp doit réussir à faire. Nous sommes en faveur d’un candidat bien déterminé, tout le monde le sait, et il bénéficie de la meilleure représentation chrétienne et nationale. Les premières lettres de son nom sont… le général Michel Aoun », a poursuivi le leader du Hezbollah. « Certains nous disent de cesser notre soutien à cette candidature, mais ce serait injuste », a-t-il ajouté.

S’adressant aux responsables libanais, il a lancé : « Si vous attendez des changements régionaux et internationaux, vous attendrez longtemps. Le dialogue fondamental doit se poursuivre avec le candidat naturel adopté par notre camp politique. »

(Pour mémoire : Lorsque Nasrallah désigne l’Arabie comme « source de la pensée takfiriste »… Le décryptage de Scarlett Haddad)

Satisfecit au Futur
Revenant sur les derniers affrontements de Tripoli, Hassan Nasrallah a salué la position des habitants de la ville et du Liban-Nord, ainsi que celle des responsables religieux et politiques « sans qui les événements auraient pris un tour différent ». Il a notamment salué le courant du Futur et ses prises de position à cette occasion. « Nous devons saluer le rôle majeur joué, lors des événements du Nord, par le courant du Futur et la présidence du courant du Futur, a-t-il souligné. Nous sommes prêts à discuter avec le courant du Futur, nous n’avons pas peur ; c’est le faible qui a peur du dialogue et qui le fuit. Nous sommes prêts au dialogue », a-t-il également lancé.

Le leader du Hezbollah a également souligné que l’armée libanaise « a assumé ses responsabilités nationales ». « Personne d’autre que l’armée ne peut maintenir la sécurité et la stabilité au Liban. Nous, en tant que résistance, nous ne nous sommes jamais présentés comme responsables de la sécurité et de la stabilité du pays », a-t-il poursuivi, exprimant son soutien total à l’armée. « Durant toute la période écoulée, on disait que l’Iran n’avait rien offert à l’armée. C’est pourquoi une délégation iranienne est venue faire ce don, qui ouvrira la voie à d’autres, similaires, et il s’agit d’un soutien inconditionnel », a-t-il ajouté.
Il a enfin abordé la question des militaires otages, estimant qu’il s’agit d’une question compliquée, surtout si les autres parties (les jihadistes) ne respectent pas les règles de base de la négociation : « Le secret », a-t-il dit, et accusant les groupes jihadistes de tout publier dans les médias et les réseaux sociaux. Il a appelé, dans ce cadre, les familles des otages à plus de patience et à soutenir le gouvernement libanais dans ses démarches pour obtenir la libération des otages.

Hassan Nasrallah a enfin rejeté toute analyse des événements régionaux en termes de conflit sunnito-chiite.
« Il y a un grand danger dans la région, de grands conflits. Le plus facile est de justifier ces conflits en évoquant un conflit sunnito-chiite, c’est une grande erreur, a-t-il souligné. « Où est le conflit sunnito-chiite en Libye ? Est-ce que la lutte entre Daech et le front al-Nosra est un conflit sunnito-chiite ? Est-ce que la guerre à Aïn el-Arab/Kobané est un conflit sunnito-chiite ? Est-ce que la persécution des chrétiens en Irak est un conflit sunnito-chiite ? Ce qui se passe dans la région est un conflit politique par excellence », a indiqué le leader du Hezbollah. S’adressant aux chiites, il les a invités à considérer le conflit comme opposant les takfiristes à tous ceux qui ne leur ressemblent pas, et non les chiites à la communauté sunnite.

(Lire aussi : Le mufti Deriane : Il n’y aura pas de discorde entre sunnites et chiites au Liban)

Le périmètre de la banlieue sud bouclé
En raison du contexte sécuritaire particulièrement tendu au Liban et dans la région, le périmètre de la banlieue sud a été totalement bouclé dans la nuit, et ce jusqu’à ce que la commémoration prenne fin aujourd’hui, mardi. Le Hezbollah doit en effet organiser un grand rassemblement ce matin dans la banlieue sud. Selon des habitants de cette zone, c’est la première fois que des mesures aussi draconiennes sont prises depuis la série d’attentats qui ont frappé en 2013 les fiefs du Hezbollah.

Dans un climat de tension lié aux répercussions du conflit syrien au Liban, les ressortissants syriens ont été par ailleurs interdits, à partir d’hier, de circulation pour une durée de 24 heures à Baalbeck et au Hermel. Les municipalités de Baalbeck et du Hermel ont publié des communiqués demandant aux « frères syriens de rester chez eux et de ne pas circuler à partir de ce soir (lundi) et jusqu’à mardi soir ».

OLJ
Source : L’Orient du Jour 04/11/2014

La Tunisie confirme la victoire de Nidaa Tounès aux législatives

618192-seance-speciale-a-l-assemblee-nationale-tunisienne-le-7-fevrier-2014-en-presence-de-chefs-d-etat-etrLe parti anti-islamiste tunisien Nidaa Tounès a remporté les législatives de dimanche, devançant ses rivaux d’Ennahda, selon les résultats officiels préliminaires annoncés dans la nuit de mercredi à jeudi par l’instance chargée d’organiser le scrutin, l’ISIE. Nidaa Tounès a remporté 85 des 217 sièges de l’Assemblée des représentants du peuple, tandis qu’Ennahda en a engrangé 69, a annoncé l’ISIE lors d’une conférence de presse.

L’Union patriotique libre (UPL), le parti du richissime homme d’affaires et président du Club africain, l’un des principaux clubs de Tunisie, Slim Riahi, arrive en troisième position avec 16 sièges. Il est suivi par le Front populaire, coalition de gauche et d’extrême gauche dont deux responsables ont été assassinés en 2013, qui remporte 15 sièges, et par le parti Afek Tounes (huit sièges). Ces législatives, ainsi que la présidentielle prévue le 23 novembre, doivent enfin doter la Tunisie d’institutions pérennes près de quatre ans après la révolution qui mit fin en janvier 2011 à la dictature de Zine Ben Ali.

Nidaa Tounès, une formation hétéroclite créée en 2012 et regroupant aussi bien des personnalités de gauche, de centre droit, des opposants et des caciques du régime déchu de Ben Ali, a mené une campagne virulente contre les islamistes d’Ennahda. Le parti s’était dès dimanche soir dit confiant dans sa victoire, tandis qu’Ennahda a très rapidement reconnu être arrivé deuxième. Son président Rached Ghannouchi a appelé lundi le chef de Nidaa Tounès, Béji Caïd Essebsi, pour le féliciter.

Vainqueur des premières élections libres de l’histoire de la Tunisie en octobre 2011, très critiqué pour son bilan controversé après deux ans au pouvoir, Ennahda perd 20 des sièges qu’il occupait jusqu’ici dans l’Assemblée constituante, mais il reste la deuxième force politique du pays. Ennahda a tenté tout au long de sa campagne de répondre aux critiques en mettant en avant une image consensuelle et n’évoquant que rarement la question de l’islam. Nidaa Tounès a, lui, notamment capitalisé sur le ras-le-bol des Tunisiens en promettant de rétablir «le prestige» de l’Etat.

La Tunisie a en effet vécu des années difficiles depuis la révolution, l’économie ayant été durement affectée par l’instabilité. Le pays a connu une année 2013 particulièrement terrible, marquée par l’essor de groupes jihadistes, et une interminable crise politique.

Un gouvernement de coalition ?

Avant même l’annonce des résultats officiels, les Tunisiens s’interrogeaient sur les contours de la future majorité gouvernementale. Nidaa Tounès sera en effet contraint de former une coalition pour avoir une majorité de 109 sièges sur 217. «Nous gouvernerons avec les plus proches de nous, la famille démocratique, entre guillemets», a affirmé Béji Caïd Essebsi dans une interview à la chaîne privée Al-Hiwar Ettounsi, en allusion à d’autres partis séculiers. Pendant la campagne, Caïd Essebsi n’avait toutefois pas écarté une collaboration de circonstance avec Ennahda si les résultats l’exigeaient.

Les journaux tunisiens avaient évoqué mercredi une union des deux principales forces politiques dans une grande coalition. «Le meilleur parmi ces scénarios serait une coalition Nidaa Tounès-Ennahda qui garantirait un gouvernement stable durant les cinq prochaines années», a ainsi jugé La Presse, premier quotidien francophone du pays. Le Temps a noté de son côté que Nidaa Tounès serait confronté à un véritable dilemme, car les partis considérés comme ses alliés naturels n’auront qu’une représentation limitée au Parlement, tandis qu’une alliance avec le Front populaire, une coalition de gauche, est improbable au regard des divergences sur le plan économique.

En dépit des spéculations, les tractations vont sans doute se faire attendre, laTunisie devant entrer samedi en campagne électorale pour la présidentielle du 23 novembre. Malgré son grand âge, Béji Caïd Essebsi, 87 ans, en est le favori face à 26 autres candidats, dont l’actuel chef de l’Etat Moncef Marzouki. Ennahda n’a de son côté pas présenté de candidat, indiquant vouloir soutenir le plus «consensuel». Le parti doit se réunir pour discuter de cette question dans les jours à venir.

Le scrutin de dimanche a été qualifié de «crédible et transparent» par la mission d’observation électorale de l’Union européenne. La France et les Etats-Unis, notamment, ont salué ces élections qui tranchent avec les autres pays du Printemps arabe, qui ont basculé dans le chaos ou la répression.

Source AFP 30/10/2014

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Les espoirs du peuple tunisien toujours d’actualité

L’implication totale des femmes tunisiennes a été et reste déterminant pour la démocratie. Photo DR.

Le réalisateur Christophe Cotteret présente en avant-Première « Démocratie année zéro » qui retrace la fulgurante révolution du jasmin, des révoltes de 2008 aux premières élections libres.

A quelques jours des élections législatives tunisiennes qui se tiendront dimanche prochain, le documentaire Démocratie Année zéro réalisé par Christophe Cotteret sera projeté ce jeudi 23 octobre en avant-première à Montpellier. En deux chapitres et un an d’investigation le film distribué par Les films des deux rives s’appuie sur le regard des principaux opposants et acteurs à l’origine de la révolution tunisienne. Il apporte un éclairage nécessaire à la compréhension des événements.

Le réalisateur belge retrace l’histoire contemporaine depuis les révoltes du bassin minier de Gafsa en janvier 2008 aux premières élections libres d’octobre 2011 en passant par l’immolation de Mohamed Bouazizi le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid qui a embrasé le monde arabe en précipitant la chute de Ben Ali, Moubarak et Kadhafi et en portant l’incendie à Bahreïn, au Yémen et en Syrie. Avec ce récit au long court du combat contre la corruption d’un pouvoir népotique jusqu’au processus de transition, Christophe Cotteret osculte la réalité tunisienne tout en interrogeant la capacité universelle d’un modèle révolutionnaire au XXIe siècle.

Trois ans plus tard, où en sont la liberté, la démocratie et la justice sociale revendiquées ? Dimanche, les Tunisiens sont appelés à choisir les 217 membres de leur première Chambre des représentants du peuple, élue en vertu de la Constitution du 27 janvier 2014. 1327 listes électorales se disputent la sympathie de 5 236 244 électeurs. Ce nombre colossal de listes candidates fait planer le risque d’une dispersion des voix, comme ce fut le cas en 2011.

On s’attend à un fort taux d’abstention qui s’explique en partie par la non-inscription sur les listes électorales mais surtout par la pauvreté des propositions politiques. Le parti musulman Ennahdha et le parti social- démocrate de Nida Tounes devraient se partager la majorité des suffrages mais aucun n’obtiendra la majorité absolue.

Le peu d’intérêt des Tunisiens pour ces élections pourrait paraître inquiétant dans une démocratie naissante mais comme l’analyse l’écrivain Gilbert Naccache* dans le film c’est une révolution de la société civile contre la société politique toute entière, la première du XXI siècle.

Jean-Marie Dinh

* voir les propos de Gilbert Naccache dans la bande annonce du film.

Entretien avec Christophe Cotteret

f1Unzka6D’où est partie l’idée du film ?

Je me trouvais à Tunis quelques mois avant le déclenchement de la révolution. On sentait les événements venir. J’ai rencontré plusieurs futurs protagonistes de la révolution avant le 17 décembre avec qui je suis resté en contact. Cela m’a donné envie de travailler sur cette histoire en revenant sur les bases pour restituer un récit sur le long terme.

Le film démarre en 2008 avec la révolte des mineurs de la région Gafsa, épicentre du mouvement, qui cumule deux problèmes majeurs, disparité régionale et pauvreté…

Dans le sud-ouest, la ville de Redeyef est un bastion ouvrier dont le pouvoir s’est toujours méfié. Ce n’est pas la région la plus pauvre mais elle rencontre de grandes difficultés en partie liées à l’exode lybien. Les événements de 2008 sont très importants. Ils annoncent des transformations dans la lutte sociale comme l’occupation par de jeunes chômeurs du siège régional de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) qui débouche sur une transformation de l’action syndicale.

L’unité de la population et notamment l’action des femmes s’est avérée déterminante …

Oui, ouvriers, chômeurs, lycéens et habitants ont multipliés les grèves et les actions. A propos de la Tunisie, on a parlé de révolution de palais et de manipulation américaine mais tout est parti d’un petit noyau d’activistes. Quatre personnes entraînent quatre autres personnes et si la police, envoyée sur place pour réprimer, tue cela passe à 400 personnes puis 800 et le mouvement s’étend rapidement passant des révoltes à une révolution.

Dans la seconde partie, vous suivez les jeunes acteurs de la transition politique dont l’arme la plus redoutable a été la circulation de l’info. Elle a aujourd’hui trouvé ses limites ?

Cette jeunesse est dépossédée de son pouvoir politique et elle peine aujourd’hui à réunir 100 personnes mais elle a grandement contribué à sortir de la dictature. Durant le mouvement ce ne sont pas les réseaux sociaux qui ont permis la chute de Ben Ali, ce sont les activistes qui ont utilisé ce médium. Après le renversement du régime les réseaux sociaux sont devenus un lieu de désinformation utilisé par tous les partis. Le problème de l’information concerne aussi la formation des journalistes. Quand vous avez relayé les infos du ministère de l’Intérieur pendant des décennies, vous ne devenez pas du jour au lendemain un journaliste d’investigation.

Avec l’entrée médiatisée d’Ennahdha dans la campagne vous évoquez la remise sur le devant de la scène d’une problématique qui arrange tous les partis et rassure sur la portée des réformes…

Dans un pays où la majorité de la population se déclare religieuse, cette question doit être abordée globalement. Ennahdha regroupe des franges de la population qui correspondent à un vrai électorat. Pour les partis musulmans radicaux ce parti s’éloigne de la pratique des «bons musulmans», pour les laïques il va restreindre dangereusement les libertés tandis que les libéraux y voit un cheval de Troie potentiel pour le retour de l’ancien régime.

Mais la vraie question c’est de réduire le chômage et relancer l’économie partout dans le pays.

Recueilli par JMDH

Source : La Marseillaise 23/10/2014

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