Les 20 ans de la réunification Allemande. Entretien avec Walter Momper maire de Berlin ouest en 1989

momper

Walter Momper était maire de Berlin (ouest) au moment de la chute du mur. Membre du Parti social-démocrate (SPD), il est actuellement président de la Chambre des députés (Abgeordnetenhaus) de Berlin, il a également occupé à partir de 1989 le poste de « bourgmestre régnant » de Berlin-Ouest au moment de l’ouverture du mur puis pendant le processus de la réunification de la ville, ce qui fait également de lui le premier maire de la capitale allemande réunifiée, fonction qu’il occupera jusqu’en 1991. C’est lui qui a eu à gérer les immenses mouvements de foules nés de ce grand événement historique et la photo de l’« homme à l’écharpe rouge » aux côtés du chancelier Helmut Kohl et du chef du gouvernement de la RDA Hans Modrow, à la porte de Brandebourg, a fait le tour du monde. Entretien à l’issue d’une conférence organisée par la Maison de Heidelberg à Montpellier.

La réunification est souvent assimilée à l’image de la chute du mur. L’événement ne prend-t-il pas le pas sur sa gestion politique ?

Certainement, cela marque l’importance de la dimension symbolique en politique, mais la chute du mur comporte aussi une dimension politique très importante. N’est ce pas une absurdité de l’histoire que d’emmurer une population?

Etiez-vous en relation avec l’opposition en RDA dans les mois qui ont précédé le 9 novembre ?

Pas personnellement, mais j’étais en relation avec des membres de mon parti qui avaient ouvert le dialogue avec les représentants porteurs des conceptions sociales démocrates en RDA. L’objet des discussions portaient sur le programme des réformes. Nos collègues de l’Est manquaient un peu d’expérience. Ils n’avaient pas de vision globale en matière d’économie.

Y avait-il à l’Ouest une vision qui fasse consensus sur la réunification au sein de la classe politique allemande ?

Le débat concernait l’évolution des réformes mais l’option de la réunification n’était pas sérieusement envisagée chez les politiques. En ce sens on peut dire que le peuple a véritablement pris le pouvoir. En RFA, l’opinion publique était partagée avec un clivage assez net entre les jeunes qui avaient du mal à chambouler leur vision des deux Allemagnes et les anciens qui avaient connu le pays avant la construction du mur. Finalement la pression du réel est venue de l’Est. Je connais la théorie qui avance que la réunification a été poussée par la volonté de grands groupes industriels. Cela ne s’est pas passé ainsi ; Kohl était très prudent. Le Chancelier a avancé à pas de velours. Et l’industrie, qui se battait pour conquérir des marchés bien plus vastes, était assez peu intéressée par celui de la RDA qui comptait 17 millions d’habitants.

Quel regard portez-vous sur la gestion politique de Kohl ?

Le chancelier avait les donnés économiques du coût de la réunification. Mais c’était un vieux renard. Il s’est gardé de dire que l’unité devait se payer. Il a annoncé qu’il n’augmenterait pas les impôts. C’est ainsi qu’il a pu gagner les élections.

Vingt ans après la réunification, il reste toujours des pierres d’achoppement à surmonter. Où voyez-vous les principaux défis ?

Il faut poursuivre les efforts pour faire de l’Etat Est une économie performante. Le taux de chômage y est toujours supérieur de 10 à 15% par rapport à l’Ouest. Il faut investir et restructurer le tissu des PME. L’autre défi concerne la dimension mentale. Depuis la réunification, la réalité de l’Etat providence n’existe plus. C’est important de partager la même base pour faire évoluer la société démocratique.

A vos yeux, quelles sont les valeurs apportées par la population de RDA ?

Ils nous ont apporté un peu de leur histoire en montrant comment résister à une dictature absolue. Comment on peut rester honnête. Cela à travers une révolution pacifique qui est parvenue à transcender le système et qui fait désormais partie de l’histoire Allemande.

Vous présidez le Parlement de Berlin à la tête d’une coalition avec Die Linke. Le parti de la gauche allemande a-t-il plus de points communs avec le SPD qu’avec le FDP ?

Oui, nos affinités sont plus fortes avec la gauche qu’avec les libéraux. Le SPD s’oriente vers une coalition Verts et rouge.

La France prône une gouvernance renforcée face à la crise de l’Euro. Partagez-vous ce point de vue ?

Il nous manque une politique coordonnée du groupe Allemagne – France – Italie. Je souhaiterais que les Britanniques nous rejoignent mais c’est plus difficile.

Recueilli par Jean-Marie Dinh

SPD parti des sociaux démocrates allemands

Commentaire

Le SPD un pas à gauche

Les relations franco- allemandes seront à l’affiche demain. On attend Angela Merkel et Nicolas Sarkozy posant main dans la main tout sourire à l’occasion d’un sommet bilatéral qui tente de colmater les brèches face à la crise de l’Euro. Sur le fond deux visions s’opposent, entre la France qui défend l’instauration d’un gouvernement économique dans une UE plus interventionniste, et l’Allemagne pour qui la BCE doit être uniquement un régulateur économique et monétaire.

Sur sur le terrain de  la politique intérieure, les effets sociaux de la crises sont déjà considérables. Ils pourraient dans un avenir proche, devenir insurmontable pour les tenants du libéralisme au pouvoir dans les deux pays.

En France, l’UMP ne tient plus le centre. En Allemagne avec 23% des voix le parti des sociaux démocrates a perdu un tiers de ses élus lors des élections fédérales de 2009 au profit du parti antilibéral Die Linke.

La participation du SDP à la grande coalition menée par Angela Merkel (CDU) , a permis au parti de gauche allemand de s’établir avec 11,9% lors des élections fédérales. Il est passé à 22% dans certains lands de l’ex Allemagne de l’Est.

Fondé en 1875, le SPD est le plus ancien parti socialiste d’Europe. Il  se retrouve aujourd’hui devant une de ses contradictions historiques entre son programme de gauche est une politique beaucoup moins radicale. Une alliance SPD Verts Rouge parait viable. La dégradation des indicateurs sociaux aidant, il semble que les sociaux démocrate allemands s’orientent dans cette direction. La question pourrait se poser à peut près dans les mêmes termes au centre de l’échiquier politique français à l’horizon 2012.

JMDH

Voir aussi : Rubrique Allemagne Histoire entretien avec Markus Meckel Politique Election législative en Allemagne  Rubrique UE Les Européens protestent contre les mesures d’austérités, Merkel Sarkozy arroseurs arrosés, Sous pression l’UE répond aux marchés,

« Les journalistes font face à l’accélération du temps »

 

Web journalisme, photo Lionel Charrier (Myop)

Qui l’aurait dit il y a dix ans : pour un journaliste, passer au Web est majoritairement perçu comme une opportunité aujourd’hui. Mais la formation pèche. C’est l’un des résultats de l’enquête sur les pratiques et les représentations professionnelles réalisée par l’Observatoire du webjournalisme (1). Une quinzaine de rédactions nationales ou régionales, papier et audiovisuelles, soit 90 journalistes ont répondu. Les questionnaires n’ont pas encore été totalement exploités, mais quelques tendances ont été dévoilées lors des premiers Entretiens du webjournalisme à Metz, organisés lundi et mardi par le Centre de recherche sur les médiations de l’université Paul-Verlaine et par l’Observatoire du récit médiatique de Louvain. «L’objectif est de confronter des universitaires et des professionnels et de faire que l’Obsweb soit un lieu de réflexion des journalistes sur leurs propres pratiques», a expliqué en préambule Arnaud Mercier, l’initiateur du projet.

Stratégies.Dans l’amphi, cette observation de soi-même a son pendant logique. Des caméras et des boîtiers se baladent, les ordinateurs portables sont déployés et les tweets de mise (#obsweb). Il y a là la deuxième promotion de la licence professionnelle journalisme et médias numériques (16 élèves), qui captent les débats et vont alimenter leur webzine école Webullition. Il y a aussi Denis Robert, le parrain de la première promo qui a décidé de faire un docu sur la suivante, parrainée, elle, par John-Paul Lepers. Les cours vont du «Rich Media» à la «datalyse», en passant par l’économie des médias. Côté recherche, les premiers Entretiens s’annoncent comme le prélude à la construction d’un réseau européen et la réalisation d’enquêtes dès 2011 avec Louvain, Genève et Laval sur les stratégies locales et les métiers de l’information numérique.

Desk. Autre enseignement de l’enquête d’Obsweb : «Les directeurs et rédacteurs en chef mettent en avant la nécessité d’être visibles sur les réseaux sociaux», rapporte la chercheuse Brigitte Sebbah, qui précise que les journalistes de base sont plus nuancés. «La majorité ne voit pas l’intérêt de tenir un blog ou d’être sur les réseaux sociaux, considérant leur plus-value utopique.» Cette nécessité de la visibilité et de la différenciation apparaît comme un moteur du personal branding. Pour Steven Jambot, qui collabore notamment au desk de France24.com, «la profession se trouve en plein bouleversement et les jeunes journalistes doivent se faire remarquer. Mais être sur les réseaux ne suffit pas, il faut être un bon journaliste.» L’ utilisation de Facebook ou de Twitter constituent pour certains un laboratoire d’apprentissage pour se protéger et jouer des commentaires.

Journaliste et community manager à France 3-Lorraine, Jean-Christophe Dupuis-Rémond a repris en main le site depuis septembre et demandé aux internautes ce qu’ils en attendaient. La page Facebook a été vivifiée, et a doublé son nombre de fans, dont une surreprésentation des jeunes (70% entre 18 et 44 ans) par rapport au petit écran. Samuel Goldschmidt, journaliste-reporter à RTL, ne se déplace jamais sans Twitter… Il évoque le plaisir d’être le premier à informer. Main sur l’iPhone, prêt à appuyer sur «envoi», il avait préparé le message avant même que le procureur dans l’affaire du petit Grégory n’annonce la réouverture de l’enquête.

(1) http://obsweb.net

Interview Arnaud Mercier

L ‘universitaire, analyse les difficiles conversions des rédactions aux nouveaux modes d’information.Arnaud Mercier, directeur de la licence professionnelle journalisme et médias numériques à l’université Paul-Verlaine à Metz, lancée à la rentrée 2009, explique la montée du webjournalisme.

Pourquoi une formation et un observatoire spécifique au webjournalisme, Obsweb ?

Nous participons tous à un vrai moment internet. Aujourd’hui, quelque chose se joue dans les pratiques, qu’il est nécessaire de restituer dans la recherche. Il faut permettre aux journalistes de descendre de leur vélo pour se regarder pédaler. Personne n’a la recette et n’expérimente le même modèle. Moi aussi, j’ai tâtonné dans l’élaboration de cette formation. Mais je suis parti d’un constat de base. Si un webjournaliste est un journaliste comme un autre, il y a une culture web, une dimension plurimédias, des compétences qui justifient une différenciation.

Qu’on le veuille ou non, un journaliste web dans un média «NEL» [«né en ligne » pour remplacer l’expression « pure player », certains ayant désormais des déclinaisons papier, ndlr], doit acquérir d’autres formes de compétences par rapport à un journaliste traditionnel. Nous dispensons ainsi un cours de datalyse et il faut pour cela bouffer de la ligne de code et savoir se servir d’outils web pour enrichir le contenu. Cela s’apprend et s’acquiert comme un réflexe. Il y a des résistances. Dans le cadre d’Obsweb, un doctorant va ainsi travailler sur les changements dans les rédactions et les résistances à ces changements. Par ailleurs, beaucoup de journalistes, qui se plaignent de ne pas être assez accompagnés dans le passage au Web, sont très critiques vis-à-vis de leur hiérarchie dans la construction de leur stratégie en ligne.

Certains des intervenants aux Entretiens ont avancé que les journalistes étaient réticents au changement, technophobes et nuls en sécurisation de leurs données. Qu’en pensez-vous ?

C’est un retard qui peut être lié à une appréhension du changement. Toute la sociologie de l’innovation montre que les passages s’accompagnent de freins culturels et mentaux. L’autre obstacle évoqué est l’absence de modèle économique pertinent des expériences en ligne. Dans le cadre de notre enquête réalisée dans une quinzaine de rédactions, la hiérarchie de l’une d’elles nous a expliqué ceci : nous avons changé tout le système informatique pour un process multimédia, comme ça nous sommes prêts quand le modèle économique sera là. Mais c’est attendre l’arme au pied ! Est-ce qu’on se lance dans l’eau froide ou on attend qu’elle devienne tiède au risque que la baignoire ait disparu ?

Pourquoi dites-vous «pas de professionnalisation sans déprofessionnalisation»?

Les nouvelles compétences peuvent contribuer à effacer le sentiment de professionnalisation ancré sur leurs anciennes compétences. C’est un défi pour les médias qui doivent continuer à attirer leur public en capitalisant sur la marque, tout s’en adaptant à l’immédiateté et en intégrant les aspirations participatives.

Les journalistes doivent faire face à l’accélération du temps, suivre le rythme des innovations, apprendre à gérer la relation directe avec les internautes, devenir homme-orchestre et être réactif à l’écoute des aspirations du public… Pour la presse quotidienne régionale qui souffre d’un problème de vieillissement de leur lectorat, le Web est le moyen de retrouver un rajeunissement d’une audience. Ce moment-là nécessite un esprit pionnier. Il faut se lancer.

Il n’y a pas de modèle et vous dites qu’il faut foncer…

Le bout du chemin est sûr mais la trajectoire pour l’atteindre ne l’est pas. Tout le monde sait que l’essentiel des pratiques d’information demain se fera par Internet et les supports mobiles. Ne serait-ce que parce que les jeunes générations élevées dans les nouvelles technologies vont vieillir. Je ne crois pas du tout que tout d’un coup, à 40 ans, elles se mettront au papier. La consommation en ligne n’est pas comme les joints qu’on fume à 17 ans et qu’on stoppe en disant j’arrête les bêtises. Ce n’est pas une phase de transition liée à un moment de rébellion. Obsweb accueille aussi un doctorant qui va plancher sur les pratiques d’informations des 15-25 ans. Si on arrive à comprendre leurs usages, on pourra alors trouver les chemins y pour arriver.

Que vous inspire l’événement WikiLeaks ?

Sans le Web, il n’y aurait pas de WikiLeaks. Je suis estomaqué de la réaction frileuse de vieilles bigotes des journalistes traditionnels par rapport à l’idée qu’ils ont des sources confidentielles. Et pourtant, c’est ce qu’ils cherchent à faire au quotidien. C’est peut-être un blocage mental et culturel lié à la modernité de WikiLeaks. Owni a développé un outil qui amène à une valorisation des Warlogs, des données tellement vastes qu’elles ne peuvent pas être exploitées par un journaliste seul. Ce qui est peut-être dur à entendre aussi, c’est que la parole publique n’est plus seulement aux journalistes patentés.

Frederique Roussel ( Libération)

 

Wikileaks : l’Empire contre-attaque

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« Je n’est jamais vu un tel acharnement »

Cédric Manara est professeur de droit à l’Edhec et membre du comité scientifique de Juriscom.net. Depuis 1995, il travaille sur les questions liées à Internet.

La démarche d’Eric Besson, qui a demandé l’arrêt de l’hébergement de WikiLeaks en France, est-elle légitime ?

La communication du ministre, c’est surtout une façon d’attendrir la viande. Il sait très bien que seule une décision de justice peut aboutir à ce résultat. Mais le juge ne peut statuer qu’en fonction d’un texte de loi, et il n’en existe pas qui protège les télégrammes diplomatiques américains. Et quand il n’y a pas de texte, la seule solution, c’est de faire appel au trouble à l’ordre public, qui permet d’interdire un acte contraire aux valeurs portées par la nation. Eric Besson veut donc convaincre l’éventuel futur juge en charge de l’affaire que WikiLeaks entre précisément dans ce cadre. Et il y a des chances pour que ça passe.

C’était aussi une manière de faire pression sur l’hébergeur OVH, qui aurait pu céder et fermer son serveur avant même l’intervention d’un juge…

Oui, ce qui aurait sans doute beaucoup nui à son image. La réaction d’OVH a été très intelligente. Ils savent que selon la loi, ils doivent retirer tout contenu «manifestement illicite» dès qu’ils ont connaissance de son existence. Ils ont appris la présence de WikiLeaks chez eux, mais ils ne pouvaient pas décider du caractère «manifestement illicite», et ils ont donc saisi la justice, qui a finalement refusé de se prononcer, car il faut un débat contradictoire.

Le service de paiement Paypal, qui a clôturé brutalement le compte de WikiLeaks, Amazon, qui a refusé de continuer à les héberger, et EveryDNS qui s’occupait du nom de domaine Wikileaks.org, ont eu moins d’états d’âme…

Ils dépendent du droit américain, qui est très libéral sur le sujet. Dans tous les contrats de ce genre d’entreprises, dans la partie CGU (conditions générales d’utilisation), il y a toujours une clause qui explique, en gros, «on arrête quand on veut, et vous êtes d’accord». Et c’est un des problèmes : Internet, aujourd’hui, est devenu très dépendant de ce droit-là, qui ne garantit pas les droits élémentaires des internautes. Dans le cas présent, il a sans doute suffi d’une pression insistante, directe ou indirecte, du gouvernement des Etats-Unis, et les prestataires se sont très vite exécutés.

Que pensez-vous de l’emballement des derniers jours dans les mesures contre WikiLeaks ?

Ça fait quinze ans que je travaille sur le sujet d’Internet, et je n’ai jamais vu un tel acharnement ! Que ce soit pour des affaires de contrefaçon, pour des ventes aux enchères d’objets nazis, pour le cybersquatting ou pour des sites illégaux de jeux d’argent, les affaires prenaient du temps. On passait soit par l’hébergeur, soit par le fournisseur d’accès, et la justice finissait par se prononcer. Mais pour Assange et WikiLeaks, c’est invraisemblable : on a utilisé en quelques jours tous les leviers possibles. Il ne manque plus que le filtrage, et qu’on interdise l’accès de WikiLeaks aux internautes, et on pourra comparer le tout au modèle chinois. Je trouve cette accélération très inquiétante.

Jusqu’à quel point ?

Jusqu’ici, les problématiques liées à Internet, c’était de la pacotille. Elles répondaient presque exclusivement à une logique économique, comme dans le cas de la contrefaçon. Aujourd’hui, on a l’impression que les Etats viennent de se rendre compte qu’ils ne contrôlent pas vraiment Internet et qu’ils exercent leur pouvoir grâce à des dispositifs techniques qu’ils ne maîtrisent pas totalement. A l’époque des pneumatiques, c’était gérable. Plus maintenant. Quelques jours après le 11 Septembre, les Etats-Unis publiaient un texte d’exception, le Patriot Act, qui mettait en place des mesures liberticides pour, soi-disant, lutter contre le terrorisme. J’ai peur qu’on ait à faire face rapidement à un Patriot Act version Internet pour reprendre la main sur ce qui circule sur le réseau. Et s’affranchir des délais et des contraintes de la justice. Il va sans dire que tous ceux qui réclament plus de contrôle depuis des années, comme les ayants droit, profiteront de cette nouvelle donne.

Les répercussions risquent donc de dépasser le cadre de l’affaire WikiLeaks…

Oui, et finalement on peut penser ce qu’on veut des révélations et du fonctionnement de WikiLeaks. On peut même ne pas avoir d’avis. Mais je crois qu’il faut être plus vigilant que jamais. Ce qui est en train de se passer peut mettre en péril l’Internet que nous connaissons. Et ça peut aller très vite.

Recueilli par Erwan Cario (Libération)

 

Voir aussi : Rubrique Médias , rubrique Rencontre Ignaciao Ramonet l’info ne circule plus à sens unique,


Laurent Gbagbo doit admettre sa défaite

laurent Gbagbo

Il arrive que des élections prennent une importance toute particulière dans l’histoire d’un pays. En Côte d’Ivoire, l’élection présidentielle dont le second tour a eu lieu dimanche 28 novembre en fait partie. Depuis plus de dix ans, le pays est enfermé dans une longue crise. La Côte d’Ivoire a vécu successivement un coup d’Etat, une rébellion, la partition de son territoire national et un climat de grande animosité politique. Pour rompre avec ce cycle mortifère et destructeur, les Ivoiriens ont voté en masse (plus de 80 % de participation) et attendu avec la même ferveur teintée d’inquiétude le résultat de ce scrutin. Vendredi, le pays s’est subitement retrouvé avec, en apparence, deux présidents. L’un, Alassane Ouattara, candidat de l’opposition, a vu sa large victoire annoncée par la Commission électorale indépendante (CEI). Ses 54 % des voix ont été « certifiés » par les Nations unies selon la procédure exceptionnellement mise en place pour ce scrutin particulier. Il a aussitôt été félicité par plusieurs dirigeants internationaux, dont les présidents américain, Barack Obama, et français, Nicolas Sarkozy.

L’autre, Laurent Gbagbo, le président sortant, a été déclaré vainqueur par le Conseil constitutionnel. Cet organisme, qui lui est totalement acquis, affirme avoir examiné, en l’espace de quelques heures, quelque 22 000 procès verbaux émanant des bureaux de vote pour justifier l’annulation des résultats dans neuf départements du pays. Ces annulations permettent d’inverser les chiffres du scrutin. Laurent Gbagbo a été félicité par la Guinée. Cette situation est dangereuse. En 2002, une guerre civile a éclaté en Côte d’Ivoire en raison, déjà, de fortes tensions politiques. A l’époque, l’armée s’était scindée, mais aucun des deux camps ne disposait de forces importantes. Aujourd’hui, les ex-rebelles, qui n’ont pas été désarmés au cours du processus de paix qui a rendu l’élection possible, se trouvent à Abidjan, où les forces loyalistes disposent de matériel et d’hommes. Des miliciens venus de l’ouest pourraient aussi être utilisés si les violences éclatent.

Un homme, à présent, porte la responsabilité du sort de la Côte d’Ivoire : le président sortant, Laurent Gbagbo. Il peut continuer de refuser le verdict des urnes, s’enfermer dans une situation de rupture avec la communauté internationale, mais cela ne pourra pas se passer sans violences. Il peut aussi permettre à un pays divisé de bénéficier de l’effet apaisant d’une élection exemplaire, admettre sa défaite et quitter le pouvoir la tête haute. La période où les coups de force électoraux s’opéraient dans l’indifférence générale est révolue. L’Afrique est en voie d’intégration accélérée dans les échanges de la planète. Cela crée des responsabilités nouvelles.L’histoire, si chère au président Gbagbo, oubliera rapidement les arguties juridiques en cours à Abidjan pour tenter de justifier son hold-up électoral. Elle n’oubliera pas, en revanche, celui qui ferait plonger la Côte d’Ivoire dans le chaos.

Le Monde (éditorial)

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy parleront euro le 10 décembre

La France et l’Allemagne évoqueront la crise de l’euro lors d’un sommet bilatéral prévu le 10 décembre, une semaine avant un Conseil européen régulier, a déclaré vendredi un porte-parole du gouvernement allemand.

sarko-merkelIl n’y a en revanche aucun projet de sommet de l’Union européenne spécialement consacré à la crise de l’euro ce week-end, a ajouté Steffen Seibert. Une source gouvernementale française confirme à Paris que la chancelière Angela Merkel et le président Nicolas Sarkozy parleront « évidemment » à Fribourg des questions financières et de la situation de la zone euro. « Mais il n’y a pas de choses très spécifiques à ce stade » ajoute cette source, selon laquelle « la situation est en train de s’améliorer ».

L’Union européenne s’est accordée dimanche dernier sur un train de mesures pour enrayer la crise de la dette irlandaise et éviter sa contagion au reste de la zone euro, près de sept mois après avoir dû intervenir pour sauver la Grèce de la faillite. Les Vingt-Sept sont aussi convenus de pérenniser, après 2013, le mécanisme de gestion de crise mis en place à la suite de la crise de la dette grecque.

Ces décisions n’ont pas paru suffire, au début de la semaine, à rassurer les marchés. Les places européennes ont cependant clôturé jeudi en forte hausse, après des déclarations rassurantes du président de la Banque centrale européenne (BCE). Jean-Claude Trichet, que le président Nicolas Sarkozy devait recevoir vendredi en fin d’après-midi à l’Elysée avant de partir pour l’Inde, a réaffirmé vendredi matin qu’il n’y avait « pas de crise de l’euro en tant que monnaie ».

Steffen Seibert a pour sa part déclaré qu’il n’y avait ni projet « ni envie » de mettre en place une politique budgétaire commune dans la zone euro. Il a cependant souligné que des réformes étaient en préparation en vue d’une coopération plus étroite entre pays membres en matière de politique économique.

Interrogé sur le Portugal, considéré comme étant potentiellement le prochain pays à devoir solliciter une aide internationale, il a déclaré qu’il revenait à Lisbonne d’en décider le cas échéant.

Reuter

Voir aussi : rubrique Finance Crise rubrique On Line Journée d’action contre le sommet franco-allemand

Egypte : Les Frères musulmans annoncent leur défaite au législative

Les résultats du premier tour des élections législatives égyptiennes n’avaient pas encore été publiés, lundi 29 novembre, que l’issue du scrutin qui s’est tenu dimanche dans un climat de fraude et de violence ne faisait guère de doute : les Frères musulmans se voyaient pratiquement éliminés du Parlement égyptien.

La confrérie, théoriquement interdite par le pouvoir mais tolérée dans les faits, détenait jusqu’à présent un cinquième des sièges dans l’ancienne chambre basse du Parlement et, sous l’étiquette « indépendants », constituait la première force d’opposition au gouvernement du président Hosni Moubarak, avec quatre-vingt-huit élus. Si les résultats officiels du premier tour du scrutin ne sont pas attendus avant mardi, Saad al-Katatni, chef de file des élus islamistes de l’assemblée sortante, a indiqué lundi qu’aucun des cent trente candidats présentés par les Frères musulmans n’avait décroché l’un des cinq cent huit sièges de député en jeu à l’issue du premier tour. Et seule une poignée d’entre eux pourra briguer les suffrages des électeurs lors du second tour prévu le 5 décembre.

« Il y a eu des trucages et nous avons déposé un recours contre les procédures de vote », a indiqué M. Katatni, qui n’a pas conservé son siège de député à Minah, au sud du Caire, un mandat qu’il avait remporté en 2005 avec trente cinq mille voix, contre douze mille pour son principal rival.

« UN GOÛT DE SANG, UNE ODEUR DE POUDRE »

La presse et des observateurs indépendants ont en effet rendu compte de très nombreux cas de fraude et de violences lors du premier tour. Le quotidien indépendant Chourouq citait par exemple le témoignage d’un juge de la région de Guizeh, près du Caire, affirmant avoir vu des officiers de police bourrer des urnes. Selon les sources, deux à quatre égyptiens auraient trouvé la mort dans des affrontements entre militants ou provoqués par des hommes de main recrutés par des candidats, une pratique fréquente en Egypte.

« Ces élections ont un goût de sang et une odeur de poudre. Les citoyens ont été sacrifiés pour que le PND [le Parti national démocratique d’Hosni Moubarak] reste au pouvoir », a affirmé la Coalition indépendante pour l’observation des élections. Cette fédération d’observateurs non gouvernementaux égyptiens a diffusé un dossier décrivant en détail quatre-vingt-trois cas d’irrégularités ou de violences, dans treize des trente gouvernorats d’Egypte. Le PND est mis en cause dans un grand nombre de cas, mais des candidats indépendants ou d’autres partis sont aussi cités. « L’exclusion répétée de représentants de l’opposition et d’observateurs des bureaux de vote, de même que les informations faisant état de violence et de fraude, suggèrent que les citoyens n’ont pas pu prendre part à des élections libres », écrit de son côté un responsable de Human Right Watch, Joe Stork, dans un communiqué.

Le ministre de l’information, Anas al-Feki, s’est en revanche félicité dans un communiqué du « haut degré de transparence » du scrutin. Il a assuré que les incidents, « limités », n’avaient « pas affecté la conduite générale et l’intégrité de l’élection ».

Des analystes avaient prédit que le pouvoir ferait tout pour marginaliser les islamistes sur la scène politique avant l’élection présidentielle de 2011 à propos de laquelle le chef de l’Etat, âgé de 82 ans et de santé fragile, reste muet. « C’est un niveau de fraude entièrement différent, indiquait ainsi Chadi Hamid, du Brookings Doha Center. « Cela laisse penser que le régime s’inquiète de la transition qui arrive et ne compte prendre aucun risque. »

Le Monde et AFP

Voir aussi : Rubrique Egypte Rubrique Rencontre écrivain Khaled Al Khamissi