Mali élections bidon mais profit béton

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28, c’est le nombre de candidats qui se présentent aux élections présidentielles du Mali qui doivent se tenir fin juillet. Des élections qui restent largement contestées au regard de l’impréparation à quelques semaines des échéances. L’accord de paix signé à Ouagadougou, qui permet l’entrée de l’armée malienne dans la région de Kidal par le cantonnement des miliciens du MNLA, reste des plus précaires. Des incidents quotidiens surviennent avec, parfois, des blessés graves entre partisans du MNLA et les soldats de la MINUSA. De plus, l’insécurité reste importante dans la région du nord, l’administration et défaillante et parfois totalement absente, les listes électorales ne sont pas fiables et la distribution des cartes électorales reste hasardeuse d’autant que le nombre estimé, par le Haut-Commissariat aux Réfugiés(HCR), est de 353.455 déplacés à l’intérieur du pays et 174.394 réfugiés dans les pays limitrophes .

Plusieurs candidats à la magistrature suprême, dont Tiébilé Dramé qui est l’ancien négociateur pour Bamako des accords de Ouagadougou, appellent à un report des élections. Mais Dioncounta Traoré, président par intérim, refuse parce que François Hollande reste intransigeant sur la date. Comme souvent, le calendrier des occupants est rarement en phase avec les échéances des occupés. En effet, pour les puissances occidentales, le Mali doit retrouver sa normalité constitutionnelle, peu importe que ce soit totalement factice, cela permettra de légitimer les opérations de l’ONU et de formaliser la coopération des Etats-Unis avec les nouvelles autorités.

Des élections, pour écarter les populations

La question du report des élections n’est pas seulement motivée par les difficultés techniques, elle est aussi politique car ce pays a vécu l’une de ses plus graves crises depuis son existence. Cette crise a mis en lumière la faillite de l’Etat, la corruption et l’incurie des dirigeants, elle a aussi permis que les djihadistes et les trafiquants prennent le contrôle des trois quart du territoire. Elle a également provoqué de profondes divisions entre les communautés, allant parfois même jusqu’aux affrontements. Il est révélateur que les populations réfugiées refusent toujours de revenir chez elles. Les tensions exacerbées, le discrédit des dirigeants du pays parmi les populations, devraient pousser à un profond processus de rénovation politique. Le premier impératif serait que les populations puissent s’exprimer, se retrouver à l’échelon du quartier ou du village, pour définir quelles devraient être les priorités de l’Etat et définir un nouveau mode de gouvernance. C’est précisément ce que ne veut, ni la France, ni le pouvoir en place au risque de retomber dans les mêmes travers avec une élection présidentielle bâclée qui apparaîtra comme illégitime aux yeux de bon nombre de Maliens et Maliennes.

Alors, pour prévenir toutes contestations ultérieures des élections, Dioncounta Traoré lorsqu’il a reçu les 28 candidats a déclaré que : « Tous les candidats sont à égalité sur les insuffisances et les imperfections relevées ici et là ». Pas si sûr, car les carences dans le processus électoral facilitent grandement les fraudes électorales du pouvoir en place qui est loin d’être novice en la matière. Le ministre chargé des élections, le général Kafougouna Koné, est le même qui avait organisé, le dernier scrutin électoral entaché de multiples fraudes permettant de porter au pouvoir Amadou Toumani Touré qui sera renversé par le coup d’état du 22 mars 2012.

D’autant que le dernier remaniement ministériel, à en croire une note confidentielle du FMI qui a fuitée, a pour seul but de faire profiter les dirigeants durant ce dernier mois de pouvoir pour s’enrichir à l’occasion d’investissements importants de l’Etat. Et dans le même temps, Michel Roussin (ex. des services secrets et ancien ministre de la coopération de Chirac) a conduit pour le MEDEF, une délégation d’une trentaine de chefs d’entreprises afin de participer à la reconstruction du Mali dont le financement est à hauteur de trois milliards de dollars par les bailleurs de fonds. Comme quoi le hasard fait bien les choses … !

Paul Martial

Source Afrique en Lutte 18/07/13

Voir aussi : Rubrique Afrique, rubrique Mali, Aggravation de la situation néo coloniale, rubrique Politique internationale,

Contre les professionnels de la politique

egoiste-revue-francaise-elitiste-retour-L-15r4RUPar Jacques Julliard

Avec la multiplication des instruments d’information et d’expression propre aux techniques modernes – médias, Internet -, la confiscation de la démocratie est désormais ressentie comme intolérable par la masse des citoyens.

« Rejet ! », c’était notre une il y a deux semaines. Rejet de la droite. Rejet de la gauche. Rejet de la politique. Mais pourquoi donc ? Parce que la masse des citoyens, toutes tendances confondues, ne veut plus de l’exercice du pouvoir en bandes organisées.

Ces bandes s’appellent les partis. Leur fonction est la collecte des suffrages au profit d’eux-mêmes et de leurs caciques. Alors que tout les oppose, ils sont au moins d’accord sur un point : la monopolisation du suffrage universel au profit du réseau qu’ils constituent ensemble. Quitte à accepter de revoir à chaque scrutin la clé de répartition des revenus – pardon, des suffrages ! – entre les bandes.

Ce n’est pas pour rien que la plupart des démocraties naissantes ont banni les partis comme des organes de corruption du suffrage populaire. Mieux, sous la Révolution, faire acte de candidature était considéré comme un délit, que certains voulaient même punir de la peine de mort…

Les propos que je viens de tenir pourraient facilement être taxés par un esprit malveillant de poujadisme, de populisme, voire de lepénisme. La situation qu’ils décrivent n’est pourtant que la conséquence directe de la démocratie représentative. La démocratie est en effet le seul système qui, à la faveur de scrutins réguliers, remet périodiquement en jeu le pouvoir lui-même. Il est donc naturel, il est donc inévitable, il est donc indispensable que se constituent à l’intérieur du corps politique des organismes qui se proposent de recueillir et de regrouper les suffrages à leur profit, pour accéder le plus légitimement du monde au pouvoir. Rien à redire à cela.

Sauf que, dans la pratique, ces organismes se constituent en monopoles pour confisquer à leur profit exclusif les volontés du suffrage universel. Les partis deviennent ainsi à la politique ce que les trusts, les ententes, les cartels sont à la vie économique : des organismes d’accaparement, qui font obstacle au libre-échange. Avec la multiplication des instruments d’information et d’expression propres aux techniques modernes – médias, Internet -, cette confiscation de la démocratie est désormais ressentie comme intolérable par la masse des citoyens.

D’où, partout à travers le monde, ces mouvements d’« indignés », ces révoltes populaires à l’écart des partis politiques qui surgissent hier en Espagne, aujourd’hui en Turquie, en Egypte, au Brésil. Qui aurait en effet imaginé ce soulèvement contre le football au pays de Pelé ?

En France, cette révolte a pris – pour le moment – la forme du vote de protestation en faveur du Front national. Eh oui ! c’est un peu dur à avaler et surtout à comprendre chez les démocrates les plus sincères, mais c’est ainsi : le vote pour le Front national n’a plus pour ressort principal l’immigration ou l’insécurité, mais la défiance à l’égard des formes traditionnelles de la démocratie et de son accaparement par la classe politique.

Les plus lucides commencent à le comprendre : ils savent que leur âge d’or est désormais révolu, et qu’il va falloir progressivement se résoudre à déprofessionnaliser la carrière politique. C’est à quoi correspondent les propositions actuellement en discussion au Parlement : limitation du cumul des mandats et du nombre de mandats successifs, réduction des avantages propres aux élus, qui visent presque tous à échapper à l’impôt. Car ceux-là mêmes dont la fonction principale est de voter l’impôt n’ont rien eu de plus pressé que de se mettre à l’abri des mesures qu’ils appliquent aux autres.

Qu’il s’agisse de leurs rémunérations, de leurs retraites et des divers avantages en nature dont ils bénéficient, le « hors impôt » est chez les parlementaires l’équivalent du « sans dot ! » de Harpagon dans l’Avare de Molière. Là où le citoyen ordinaire a recours à la fraude pour échapper à l’impôt, le député peut se permettre de recourir à une loi en sa propre faveur. Loi privée, autrement dit privilège, c’est-à-dire négation même de l’ordre démocratique.

Voilà des années, et même des décennies, que l’abolition du cumul des mandats, cette anomalie française, se heurte à la résistance acharnée de la classe politique prise dans son ensemble. On déploie depuis lors des trésors d’ingéniosité et même d’intelligence pour défendre l’indéfendable, c’est-à-dire le verrouillage du suffrage universel au profit d’un seul individu dans un « fief » donné. En refusant de « partager », cette classe politique est en train de se suicider.

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La mesure la plus efficace contre l’accaparement serait la limitation du nombre des mandats successifs autorisés à un seul individu. La commission des Lois de l’Assemblée nationale s’est prononcée, sans aucune chance d’être suivie, pour un maximum de trois mandats successifs. La mesure ne serait efficace que si un tel maximum était réduit à deux. Faut-il rappeler que toutes les assemblées qui ont fait œuvre utile et fait progresser la démocratie étaient composées d’hommes nouveaux et « inexpérimentés » ? Ce fut le cas de la Constituante de 1789, de l’Assemblée de 1848, et à nouveau de la Constituante de 1945, à la faveur de circonstances exceptionnelles.

L’avantage d’une telle mesure est qu’elle interdirait de faire de la politique un métier, ou une «carrière», comme c’est le cas aujourd’hui. Les sociologues de la politique du début du XXe siècle appelés « machiavéliens », Robert Michels, Gaetano Mosca, ou Vilfredo Pareto, ont montré, à la suite des thèses fondamentales de Max Weber sur la professionnalisation de la politique à l’ère démocratique, que le jeu finit par opposer deux « élites»  rivales, en laissant de côté le peuple lui-même, réduit au rôle d’arbitre dérisoire et impuissant.

Ce qui se passe aujourd’hui ? Le peuple est en train de réclamer sa place en politique, c’est-à-dire dans le lieu même où se décident ses propres destinées. Il ne faut donc pas voir dans la critique actuelle de la profession politique par la population un déclin de la passion démocratique mais, au contraire, une nouvelle exigence de cette passion. Il serait grave pour l’avenir d’en laisser le monopole au Front national.

Après de Gaulle, qui avait justement vu dans le mouvement de 1968 une aspiration à la « participation » des citoyens à la vie politique, Ségolène Royal, lors de sa campagne de 2007, avait fait le même diagnostic. Ce que nous constatons jour après jour, c’est l’appel d’une « démocratie gouvernée » à une « démocratie gouvernante ». Permettez-moi de reprendre ici une formule qui m’est chère : pour que la politique devienne quelque chose pour tous, il faut qu’elle cesse d’être le tout de quelques-uns.

Source : Marianne 16/0713

Voir aussi : Rubrique Politique, Société civile, rubrique Société, Citoyenneté,

Gleizes et Metzinger : Approfondir le cubisme au Musée Fleury

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Peinture. Le Musée de Lodève consacre son exposition d’été à deux figures marquantes du mouvement : Gleizes et Metzinger. Du 22 juin au 3 novembre.

Le cubisme s’expose sous tous les angles au Musée de Lodève jusqu’au 3 novembre. Entre 1907 et 1914, ce mouvement bouleverse la notion de représentation. Il renvoie généralement à Picasso et à Braque : « Mais ce que retient l’histoire de l’art et ici lié au cé- lébre marchant Kahnweiler qui avait signé un contrat d’exclusivité avec ces deux artistes, précise la conservatrice du Musée Fleury, Ivonne Papin-Drastik, la notoriété de Gleizes et Metzinger en a un peu pâti alors que ces deux peintres dont nous présentons 80 oeuvres
jouèrent un rôle prépondérant dans la propagation du cubisme. » L’exposition de Lodève retrace les trois périodes clés des deux artistes. Leurs premiers pas dans le cubisme à travers un choix des œuvres réalisées avant 1911. Les deux artistes qui ont des parcours forts différents se rencontrent en 1910, date à partir de laquelle ils ne cesseront de confronter leur travaux.

La seconde partie de l’expo rend compte de la diversité du cubisme. Après la formation du groupe de Puteaux qui fédère les artistes autours des frères Duchamps (Raymond et Marcel), Metzinger développe les préoccupations psychologiques liées au cubisme qui s’exprime par l’interpénétration et la transparence des êtres et des choses. De cette confrontation naîtra l’exposition de la Section d’Or. Gleizes et Metzinger qui en sont les chefs de file publieront leur traité sur le cubisme en 1912. Ce manifeste a été suivi en 1913 par les Peintres cubistes dont l’exposition donne un aperçu. Une collection de réflexions et de commentaires de Guillaume Apollinaire montre l’attention qu’il portait à Metzinger, Gleizes, comme à Delaunay, Picabia et Duchamp.

La troisième section de l’expo s’attache à la trajectoire des deux artistes après 1914. Durant l’Entre deux-guerres, les deux artistes suivent le mouvement général qui se traduit par une forme de retour à l’ordre. Gleizes dont les influences pré-cubistes tendaient vers l’impressionnisme évolue vers l’abstraction tandis que Metzinger plus influencé par le fau- visme se réorientera vers la figuration.

JMDH

Source : L’Hérault du Jour 22/05/2013

Voir aussi : Rubrique Expositions, rubrique Art,

Une « grande réforme fiscale » est-elle possible ?

le ministre du budget-Bernard Cazeneuve

le ministre du budget-Bernard Cazeneuve le 2 juillet à l’Assemblée. Photo AFP

Alors que le gouvernement défendait, mardi 2 juillet, son budget 2014 devant l’Assemblée nationale, quatre « sensibilités » du PS représentant un tiers des députés socialistes ont tenté de relancer la question de la réforme fiscale, promesse du candidat Hollande disparue durant la campagne présidentielle de 2012.

Maintenant la gauche et Un monde d’avance, les deux courants de l’aile gauche du PS, ainsi que les clubs parlementaires Gauche durable et Gauche populaire veulent « démontrer que la gauche n’est pas synonyme de ‘matraquage fiscal' » et rendre du pouvoir d’achat aux « couches populaires ».

Ces parlementaires veulent une réforme d’ici à 2017, avec une première étape dès 2014. Le chef de file des députés PS, Bruno Le Roux, s’est prononcé aussi pour une réforme, mais à l’automne 2015. A court terme, ces élus veulent peser dans les débats de la loi de finances, notamment par le biais d’amendements au projet de loi gouvernemental. Leur proposition a été accueillie fraîchement par le gouvernement.

Pourquoi une réforme fiscale ?

François Hollande en avait fait l’un de ses projets clés durant la primaire socialiste. C’était l’engagement 14 de son programme : une « grande réforme fiscale redistributive » qui reviendrait à créer un nouvel impôt sur le revenu (IR), plus égalitaire et plus efficace, en le fondant avec la CSG. Candidat du PS, M. Hollande l’avait écartée progressivement durant la campagne présidentielle, en faisant un simple objectif « à terme ».

L’impôt sur le revenu représente aujourd’hui plus de 50 milliards d’euros. Il n’est payé que par un foyer sur deux et son assiette est trouée de niches fiscales. La CSG rapporte plus : environ 85 milliards de contribution au budget de la sécurité sociale. Elle est prélevée sur la quasi-totalité des revenus au paiement du salaire plutôt qu’en fin d’année, de façon individuelle (et non par foyer fiscal) et est imposée à presque tous les contribuables au même taux : 7,5 % (les retraités, eux, paient une CSG plus faible).

Fusionnée avec l’impôt sur le revenu, la CSG deviendrait graduée : les Français aux plus faibles revenus y contribueraient proportionnellement moins que les plus riches, à recette constante pour l’Etat, selon les promoteurs de ce projet. Dans le même temps, elle rendrait à l’impôt sur le revenu une « assiette fiscale large qui comprendrait tous les revenus quelle que soit leur nature », expliquait au Monde, à la veille de la présidentielle, l’économiste Thomas Piketty, qui avait largement inspiré le projet de M. Hollande. Il y aurait moins de souplesses pour faire échapper une partie des revenus du capital à l’impôt.

La réforme en continu

Les quatre sensibilités du PS ne souhaitent pas toucher, pour l’heure, à l’impôt sur le revenu. Seule la CSG serait rendue « plus progressive », par une baisse de deux points (à 5,5 %) pour plus de 50 % des Français. La baisse serait compensée par des hausses symétriques pour les revenus supérieurs. Le gain mensuel pour un salarié au smic serait, selon leur calcul, de 30 euros.

Mardi, le ministre délégué au budget, Bernard Cazeneuve, répondait dans Le Monde (abonnés) à cette proposition en affirmant que « le grand soir fiscal n’existe pas (…). La réforme a commencé hier et a vocation à se poursuivre demain. » Autrement dit : il n’y aura pas de grande réforme, mais une évolution au fur et à mesure du quinquennat.

M. Cazeneuve atténuait ainsi, sans le récuser, un argument énoncé en janvier par l’ancien ministre du budget, Jérôme Cahuzac, lors d’un débat en direct sur France 2 avec Jean-Luc Mélenchon. La réforme « est faite », avait tout bonnement déclaré M. Cahuzac à son adversaire.

Mardi, M. Cazeneuve citait, pour expliquer qu’une réforme était bien en cours, le principe d’égale taxation des revenus de l’épargne (intérêts, dividendes et plus-values) et du travail qui figurait au budget 2013 et la nouvelle tranche d’imposition sur le revenu à 45 %. Il ajoutait la réforme des successions, le rééquilibrage de la fiscalité des grandes entreprises et celle des PME et la lutte contre la fraude fiscale.

Laurent Baumel, député PS et membre de la Gauche populaire, à l’origine de la proposition, voit dans cette approche très progressive, qui ne remet pas en cause l’architecture de l’impôt à la française, « une plaisanterie ». Pour lui, « une vraie réforme fiscale, c’est une modification de la redistribution. Cela n’est pas aller chercher de l’argent par tous les bouts pour combler les déficits en affirmant qu’on fait le contraire. »

  • Quels obstacles ?

Rendre la CSG progressive pose deux problèmes. Le premier est le précédent Jospin. En 2000, le Conseil constitutionnel avait censuré un projet d’allègement de la CSG pour les bas salaires du gouvernement socialiste. Il exigeait qu’un impôt progressif tienne compte de toutes les ressources du contribuable, y compris celles de sa famille. Sans cela, l’allègement rompait, selon le Conseil, le principe d’égalité des citoyens devant l’impôt.

On retombe ici sur les quotients conjugal et familial, qui réduisent l’impôt sur le revenu des couples et des familles, selon le nombre d’enfants, alors que la CSG est un prélévement individuel, sur salaire. De plus, pour intégrer un tel calcul avant le paiement du salaire, le contribuable devrait communiquer à son employeur des informations sur sa famille, le nombre de ses enfants, ce qui pose des problèmes de confidentialité.

La solution proposée par ces parlementaires consiste à graduer le prélèvement de la CSG sur le salaire et à corriger selon la situation familiale au moment du paiement de l’impôt sur le revenu, une fois par an.

La fusion des deux impôts, elle, pose des questions plus difficilement solubles. Le projet des parlementaires socialistes prévoit un prélèvement à la source pour les revenus du travail et un calcul de l’impôt individuel, plutôt que par foyer fiscal : deux changements majeurs. « Ils se trompent, critique un ministre auprès de l’AFP. Les gens vont croire que les impôts augmentent pour tout le monde. »

« Mais cette méthode n’est pas une obligation : tout cela peut être débattu, précise Vincent Drezet, secrétaire général du syndicat Solidaires finances publiques. Ce qu’il faut, c’est redonner une direction claire à la réforme, avec un objectif et un calendrier, pour qu’elle puisse être comprise et acceptée. »

Il faudrait alors définir l’allocation des recettes de cet impôt fusionné : actuellement, l’impôt sur le revenu alimente les caisses de l’Etat et la CSG, elle, participe au financement de la Sécurité sociale. Il faudrait également définir la progressivité de l’impôt (quelle échelle, et à partir de quels seuils augmente-t-il ?) et son assiette : cela veut dire faire la liste des niches fiscales utiles et de celles à supprimer, et reformuler la façon dont sont calculées les réductions d’impôt pour les couples et pour chaque enfant.

Louis Imbert

Source Le Monde.fr |

Voir aussi : Rubrique Politique économique,

Hausse incontrolée de la fiscalité affectée

Dépendant de la Cour des Comptes, le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO) a remis dernièrement un rapport complet sur les taxes affectées aux opérateurs de l’Etat intitulé « La fiscalité affectée : constats, enjeux et réformes », et le bilan est extrêmement sombre puisqu’il pointe le fait que le montant collecté a augmenté de façon phénoménale et, qui plus est, de façon incontrôlée.

Fiscalité affectée = fiscalité incontrôlée ?

La fiscalité affectée regroupe l’ensemble des impositions de toute nature affectées à des tiers autres que les collectivités territoriales et les organismes de sécurité sociale, dont les CCI, l’Ademe, le Centre National du Cinéma…

Le CPO a recensé pas moins de 309 taxes représentent plus de 112 milliards d’euros, pointant le fait que la fiscalité affectée a augmenté de plus de 28% entre 2007 et 2011 alors que sur la même période l’ensemble des prélèvements obligatoires progressait de 7%.

Le rapport dénonce également la hausse des effectifs au sein de ces organismes alors même qu’au sein des entités contrôlées par l’Etat la tendance est à la baisse depuis plusieurs années.

Le CPO conseille à l’Etat d’intervenir afin de revoir 214 taxes affectées à 543 organismes qui représentent 28 milliards d’euros annuellement, ces milliards étant bien évidemment financés par les contribuables français.
Il s’agit pour l’essentiel des taxes bénéficiant aux agences de l’Etat (14,6 Md€), aux chambres consulaires (1,9 Md€), aux organismes techniques ou professionnels (1,4 Md€) et aux dispositifs de solidarité nationale tels que la contribution au service public de l’électricité, le fonds national d’aide au logement ou le fonds national des solidarités actives (10 Md€).

Le CPO estime que le développement de la fiscalité affectée finit par créer des difficultés budgétaires et économiques et qu’une part importante de ces taxes doit être mieux contrôlée par l’Etat, es taxes restantes devant être plafonnées.

Il est aujourd’hui urgent que l’Etat régule cette fiscalité affectée qui est actuellement exonérée de tout contrôle et ne se prive pas de faire usage de cette liberté accordée, au dépend des contribuables qui les financent.

De plus, les contribuables attendent avec impatience que le gouvernement tienne ses engagement à réaliser des économies plutôt que de continuer à les faire payer toujours un peu plus. Si seulement ces taxes affectées étaient mieux maitrisées peut-être que le gouvernement pourrait alors revenir sur la hausse des impôts prévue pour 2014.

Source : La Fiscalité 06/07/2013

Rapport du CPO La fiscalité affectée : constats, enjeux et réformes sur le site de la Cour des Comptes.