Le Syndicat de la Magistrature (SM) et le Syndicat des Avocats de France (SAF) ont dénoncé mardi la création par décrets de deux nouveaux fichiers de police, dans lesquels ils voient une atteinte « patente » aux libertés publiques.
« Fidèle à sa stratégie d’exploitation politique des faits divers, ce gouvernement a pris prétexte des récents événements de Poitiers pour sortir des tiroirs deux décrets, à l’évidence prêts de longue date, qui se substituent au tristement célèbre décret Edvige », ont regretté dans un communiqué commun le SM et le SAF.
« L’atteinte aux libertés publiques est toujours patente », ont-ils estimé, soulignant qu' »il est une nouvelle fois prévu de ficher les enfants (à partir de 13 ou 16 ans), et de viser les activités politiques, religieuses, philosophiques ou syndicales ». « Quant à la mention de +l’origine géographique+, elle porte en germe une stigmatisation de certains quartiers et ne constitue qu’une manière détournée d’intégrer l’origine ethnique, réelle ou supposée », ont-ils estimé.
« Le Syndicat des avocats de France et le Syndicat de la magistrature s’associeront, dans le cadre du collectif +Non à Edvige+, à toutes les actions publiques et judiciaires qui pourront être entreprises », ont-ils assuré.
Deux nouvelles « bases de données » destinées à renforcer les moyens d’enquête de la police ont été créées par des décrets publiés dimanche au Journal Officiel.
Depuis la création du « classement mondial de la liberté de la presse » de RSF en 2002, la France n’a cessé de dégringoler (de la 11ème à la 43ème place en 2009) en raison de « l’ingérence des politiques, des perquisitions à répétition et de la faible protection des sources ».
Lors de la mise en place du classement de Reporters sans frontières, la France (11ème) figurait dans le prestigieux top 20 des pays respectant le mieux la liberté de la presse, devant l’Australie, la Belgique et la Suisse et juste derrière le Danemark, la Suède ou l’Allemagne.
A la 43ème place sur 175 cette année, la France est désormais bien loin du Danemark, de la Suède, de la Suisse, de la Belgique ou de l’Australie, restés dans le top 20. Elle se retrouve également derrière les Etats-Unis, mais aussi le Ghana, le Costa Rica, Trinidad et Tobago ou le Mali.
« Nous sommes forcément plus sévères avec la France, parce que c’est un Etat membre de l’Union européenne et qu’à ce titre elle doit être scrupuleuse en matière de respect de la presse », explique à l’AFP Jean-François Julliard, secrétaire général de RSF.
La dégringolade de la France en 2009 est notamment liée à l’interpellation controversée de l’ancien directeur de la publication de Libération, Vittorio de Filippis, à son domicile dans une affaire de diffamation. RSF rappelle également une plainte de France 3 contre le directeur du site d’information Rue89, Pierre Haski, suite à une diffusion de propos tenus hors antenne par le président Nicolas Sarkozy.
Globalement, la descente de la France dans le classement de RSF depuis 2002 est liée à la multiplication des perquisitions des locaux de médias, des gardes à vue ou des mises en examen des journalistes et du manque de garanties concernant la protection du secret des sources.
Le projet de loi sur la protection des sources n’est toujours pas adopté, malgré une « promesse de campagne de M. Sarkozy », rappelle M. Julliard. RSF s’inquiète en outre de « l’ingérence des autorités politiques, notamment du chef de l’Etat ». « Un chef d’Etat ne doit pas porter plainte lui-même contre un média, c’est un signal fort aux juges et aux procureurs qui croient ensuite avoir toute la liberté pour envoyer la police » chez un journaliste, estime M. Julliard. En référence à une plainte, finalement retirée, de Nicolas Sarkozy contre le site internet du Nouvel Observateur, qui avait publié un supposé SMS adressé à son ex-épouse, Cécilia Albeniz-Ciganer.
Une journaliste française du quotidien parisien Le Monde qui souhaitait couvrir les élections du 25 octobre en Tunisie a été refoulée à son arrivée mardi soir à l’aéroport de Tunis-Carthage, a-t-on appris de source gouvernementale. « Mme Florence Beaugé a été interdite d’accès au territoire tunisien », a indiqué cette source dans un communiqué transmis à l’AFP, précisant que l’envoyée spéciale du quotidien français avait été « avisée qu’elle ne serait pas admise sur le territoire tunisien ». « Il s’agit d’une décision souveraine prise par les autorités tunisiennes », vis-à-vis d’une journaliste qui « a toujours fait preuve de malveillance patente à l’égard de la Tunisie et de partis pris systématiquement hostiles », a-t-on affirmé de même source. Aucune indication n’a pu être obtenue sur les raisons précises ayant motivé le refoulement de la journaliste, qui avait effectué récemment une mission en Tunisie.
AFP 23 10 10 (suite) : L’expulsion de la journaliste : « un acte souverain qui n’a pas à être expliqué » selon le ministre tunisien de la Justice et des droits de l’Homme.
L’expulsion de Tunisie d’une journaliste du quotidien français le Monde est un « acte souverain qui n’a pas besoin d’être expliqué », a affirmé Béchir Tekkari, ministre tunisien de la Justice et des droits de l’Homme. « Nous sommes libres, après plus de 50 ans d’indépendance, d’accepter ou de refouler qui l’on veut », a-t-il déclaré jeudi soir lors d’une conférence de presse. Le ministre était interrogé sur l’explusion mardi soir de Florence Beaugé, envoyée du Monde à Tunis pour la couverture des élections présidentielle et législatives de dimanche. « On l’a avertie qu’elle était indésirable, elle a insisté pour venir, elle a été expulsée (…), un acte souverain qui n’a pas à être expliqué ni motivé », a-t-il dit. La France a effectué une démarche « infructueuse » auprès de la Tunisie pour qu’elle autorise l’entrée de la journaliste, avait indiqué le porte-parole du Quai d’Orsay Bernard Valero.
Florence Beaugé avait été refoulée à son arrivée mardi soir à l’aéroport de Tunis-Carthage. Une source gouvernementale tunisienne lui a ensuite reproché, d' »avoir toujours fait preuve de malveillance patente à l’égard de la Tunisie et de parti-pris systématiquement hostiles ». L’envoyée du Monde a effectué récemment un séjour en Tunisie durant lequel elle a interrogé des opposants particulièrement critiques à l’égard du régime, notamment l’avocate Radia Nasraoui et de son époux Hamma Hammami, chef du Parti communiste ouvrier (PCOT, interdit).
S’agissant de l’interdiction de voyage faite à Me Nasraoui, M. Tekkari a indiqué qu’elle était « sous le coup de poursuites judiciaires ». « Appartenir à un mouvement politique ou être écouté par certains médias n’exonère pas quelqu’un de la loi », a-t-il dit. Me Nasraoui a été empêchée mardi de se rendre à Strasbourg où elle devait participer à une rencontre au Parlement européen. M. Tekkari a fait état de « grandes avancées » en matière de libertés et droits de l’Homme. « Si des cas isolés ont été enregistrés, cela ne veut pas dire qu’il y a une violation continue », a-t-il dit.
La disparition d’une société, celle de la RDA, est explorée et mise en scène dans « Berlin: l’effacement de traces, 1989-2009 », exposition originale qui s’ouvre mercredi aux Invalides. Le musée de la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC) a commandé des oeuvres à des artistes contemporains, afin d’illustrer les procédures de destruction de la capitale de la RDA et leur inscription dans un paysage urbain reconstruit.
L’historienne Sonia Combe, une des commissaires, explique qu' »il ne s’agit ni de faire l’apologie de la RDA, ni de faire une exposition historique. C’est le point de vue de l’artiste sur l’effacement de cet Etat singulier », avertit-elle. Fil conducteur de la déambulation du visiteur: le mur de Berlin, no man’s land photographié pendant 20 ans par Jean-Claude Mouton, devenu souvenir avec un travelling grandeur nature. Empiétant sur cette projection, une installation du plasticien Wolf Leo reproduit les banderoles de la manifestation du 4 novembre 1989 qui avait réuni un million d’Est-allemands, prélude à la destruction du mur quatre jours plus tard.
Un groupe de graffeurs, mené par Gérard Zlotykamien et ses « éphémères », silhouettes évoquant la disparition, ont réinterprété le mur, tandis qu’une voix féminine chantant a cappella, en tremblant, l’hymne national est-allemand, invite à l’émotion.
Les commissaires ont distingué trois modalités d’effacement des traces de RDA: disparition et destruction, détournement et réécriture de l’histoire, muséification. Les rues débaptisées, la destruction de l’énorme Palais de la République, les reconstructions sont évoquées en photos, films et installations, mais aussi la réécriture de l’histoire avec la restauration du Neue Wache, monument dédié « aux victimes du fascisme et du militarisme » sous la RDA puis, après la réunification, « aux victimes de la guerre et de la dictature », mettant sur le même plan SS et victimes juives, soldats de la Wermacht et militants anti-fascistes.
L’exposition montre aussi « la muséification » de la RDA avec un « cabinet des curiosités » où s’amoncellent Trabant en jouet, équipement d’agent de la Stasi (police secrète), cahier de jeune pionnier. Mais « tout n’a pas pu être démoli et l’urbanité spécifique de Berlin Est est encore visible », soulignent les commissaires, ainsi les Amperlmännchen, ces petits bonhommes des feux de signalisation, personnages symboliques de la RDA et qui sont en passe de se substituer à l’ours berlinois comme emblème de Berlin. Ils se tiennent à l’entrée de l’exposition.
« Berlin: l’effacement des traces, 1989-2009 » 21 octobre-31 décembre 2009- hôtel national des Invalides
L’UMP présente mardi à l’Assemblée ses propositions dans le cadre d’une convention sur le « grand emprunt » voulu par Nicolas Sarkozy, alors que la commission ad hoc présidée par Alain Juppé et Michel Rocard doit rendre sa copie avant le 1er novembre.
Cet emprunt, annoncé le 22 juin par le chef de l’Etat devant le Congrès à Versailles, vise, parallèlement au plan de relance, à doper l’économie à plus long terme, en faisant financer par l’Etat des « investissements stratégiques » pour les « générations futures ».
C’est une « ardente obligation nationale », affirment dans les colonnes du quotidien Le Monde, mardi, le secrétaire général Xavier Bertrand et son adjoint, Eric Besson, alors que l’idée fait craindre à droite comme à gauche un alourdissement de la dette publique.
Prévu pour 2010, l' »emprunt national » doit permettre de fixer les « priorités de long terme » de la France, selon les deux hauts responsables de l’UMP qui préfèrent reléguer « en dernière instance » les questions épineuses du montant et des modalités.
Le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, est resté évasif sur ces deux points. « Il faut un investissement massif, donc un grand emprunt, à la hauteur des enjeux », a-t-il dit sans le chiffrer.
Quant à savoir si cet emprunt sera lancé auprès des institutions financières ou du public (ou bien les deux), « la question n’est pas encore tranchée », selon M. Guaino, qui semble néanmoins écarter l’appel aux particuliers, pour des raisons de coût. « Il va falloir choisir les priorités les plus prioritaires », a-t-il ajouté, évoquant plusieurs pistes (développement durable, réindustrialisation des bassins d’emploi en déclin, recherche, santé…).
Il faudra donc attendre la fin du processus des consultations pour avoir une idée du montant, après des hypothèses allant d’environ 30 milliards (avancée notamment par Michel Rocard, ndlr) jusqu’à 100 milliards d’euros, évoquée par certains proches de Nicolas Sarkozy mais jugée disproportionnée par la plupart des économistes au regard de la dette publique.
Les organisations patronales et syndicales, comme la CFDT, reçues dans le cadre des consultations engagées par le gouvernement, ont elles aussi appelé à agir avec prudence face au risque d’aggravation de la dette.
Le critère prioritaire pour sélectionner les projets financés par cet emprunt doit être « la rentabilité » et « le retour sur investissement », a averti la présidente du Medef, Laurence Parisot, invitée mardi à la convention de l’UMP.
« Toutes les ressources » de l’emprunt public devront être affectées à « des dépenses clairement identifiées comme porteuses de croissance et d’emploi » a précisé le Premier ministre François Fillon, citant « la croissance verte », « l’université de demain et l’économie de la connaissance ».
Des secteurs privilégiés également par MM. Bertrand et Besson qui préconisent des « efforts » particuliers dans le « véhicule électrique, le solaire, le nucléaire de 4ème génération » ou encore la création de « grands campus ».
Les décisions devraient être prises « dans la première quinzaine de novembre », selon M. Guaino. Mais ce sont « les parlementaires qui, in fine, voteront », a rappelé Jean-François Copé, chef de file des députés UMP.
Après avoir sondé leurs circonscriptions, ces derniers ont listé leurs propres priorités : « les technologies de la dépollution », « les nouvelles technologies culturelles » (jeux vidéo en 3D, télévision holographique), ou encore « la recherche sur les implants médicaux avec puces ».