Première visite du président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz en France

Le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz effectuera mardi et mercredi sa première visite en France depuis son élection en juillet et son arrivée au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat en août 2008, a-t-on appris jeudi à Nouakchott de source officielle. Selon cette source, il quittera Nouakchott lundi soir et s’entretiendra mardi avec son homologue français Nicolas Sarkozy. Parmi les sujets abordés,  la coopération bilatérale entre Paris et son ancienne colonie, cible ces deux dernières années de plusieurs attaques d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), selon la même source.

L’ambassade de France à Nouakchott a été la cible le 8 août d’un attentat suicide attribuée à Aqmi qui avait fait trois blessés légers: deux gendarmes français et une Mauritanienne. Une rencontre récente à Nouakchott de responsables sécuritaires mauritaniens et français a permis la mise en place d’une « feuille de route » pour une coopération aux plans bilatéral et sous-régional, en collaboration avec le Niger et le Mali. Le chef d’état-major de l’armée française, le général Jean-Louis Georgelin, a effectué mi-octobre une visite de trois jours en Mauritanie durant laquelle il a notamment annoncé « des actions de formation qui seront entreprises en commun » au profit de l’armée mauritanienne.

L’opposition mauritanienne continue de réclamer une enquête sur l’élection présidentielle de juillet remportée dès le premier tour par M. Ould Abdel Aziz, en raison selon elle de « fraudes massives ». Le résultat du scrutin a cependant été reconnu par la communauté internationale.

Maroc : La monarchie interdit une édition du journal Le Monde

Les autorités marocaines ont bloqué jeudi la distribution du quotidien français Le Monde qui a publié, dans son édition datée du jeudi 22 octobre, une caricature jugée irrespectueuse de la famille royale, a-t-on appris de source autorisée. Le Monde daté du vendredi 23 octobre sera également interdit à la vente au Maroc pour des raisons similaires, a-t-on ajouté de même source.

Dans son numéro du 22 octobre, Le Monde a publié à la « Une » un dessin du caricaturiste Plantu montrant une main sortant de l’étoile à cinq branches du drapeau marocain et tenant un crayon dessinant un personnage coiffé d’une couronne, tirant la langue et avec ce qui ressemble à un nez de clown. « Procès au Maroc contre le caricaturiste Khalid Gueddar qui a osé dessiner la famille royale marocaine », dit la légende accompagnant cette caricature.

« Nous n’accepterons jamais, au motif de la liberté d’expression, une atteinte systématique aux symboles nationaux », a déclaré à l’AFP un haut responsable marocain sous couvert de l’anonymat. La distribution au Maroc du Monde daté du 23 octobre sera bloquée « dans la même logique » car ce numéro contient une caricature dessinée par Khaled Gueddar, a annoncé ce responsable.

Cette caricature a été publiée par le quotidien Akhbar Al Youm dans son édition datée des 26-27 septembre et fait actuellement l’objet d’un procès au Maroc, intenté par le ministère de l’Intérieur et un membre de la famille royale. Le dessin de Khaled Gueddar fait allusion au mariage (le 25 septembre) du prince Moulay Ismaïl, cousin du roi Mohammed VI, avec Anissa Lehmkuhl, une ressortissante allemande de confession musulmane. Cette caricature, « en relation avec la célébration par la famille royale d’un événement à caractère strictement privé », a été jugée irrespectueuse par les autorités marocaines et le prince Moulay Ismaïl.
Taoufik Bouachrine et Khaled Gueddar, respectivement directeur et caricaturiste d’Akhbar Al Youm, sont poursuivis pour « non respect dû a un membre de la famille royale ». Leur procès, commencé le 12 octobre devant un tribunal de Casablanca, reprendra vendredi.
Début octobre, le ministère de l’Intérieur a posé des scellés au siège du journal, interdisant aux journalistes l’accès à leurs bureaux.

Le 14 octobre, le tribunal administratif de Casablanca a rejeté la demande présentée par la défense du quotidien d’annuler la décision du ministère de l’Intérieur d’empêcher l’accès aux locaux du journal. Le 26 octobre, le même tribunal se prononcera sur une deuxième plainte, déposée par les avocats d’Akhbar Al Yaoum contre le ministère de l’Intérieur pour abus de pouvoir. Le Syndicat national de la presse marocaine (SNPM) a qualifié d' »illégale » la fermeture par les autorités des bureaux du quotidien.

Voir aussi : rubrique Cinéma Casanegra

La Russie soutient la politique de la Serbie à l’égard du Kosovo

Lors de sa visite officielle en Serbie, mardi, le président russe Dmitri Medvedev a assuré son soutien au pays et a remis en question l’indépendance du Kosovo. Le quotidien Delo commente : « Le président serbe Boris Tadi? a raison quand il prétend que l’on ne peut occulter la Russie, ce pays faisant partie des acteurs principaux sur le plan de la politique internationale. De ce point de vue, il est évident que le Kosovo ne deviendra pas membre des Nations Unies tant que la Russie soutiendra l’unité territoriale et la souveraineté de la Serbie, comme Medvedev l’a souligné. Celui-ci a fermement assuré aux Serbes que l’indépendance du Kosovo … ne pouvait être définitivement proclamée tant que la Serbie n’aurait pas dit son dernier mot à ce sujet. Cette promesse en poche, Tadi? a renforcé la position de Belgrade consistant à ne jamais reconnaître l’indépendance du Kosovo. »

Un non-regard

jeveuxvoirJe veux voir. Joana Hadjithomas et Khalil Joreige filment Catherine Deneuve et l’artiste libanais Rabih Mroué dans les décombres de la guerre de 2006.

Présenté dans la section Un Certain Regard du Festival de Cannes, Je veux voir est un projet atypique initié par les réalisateurs Joana Hadjithomas et Khalil Joreige. Le film était projeté au Diagonal dans le cadre de Hiroshima Station, un partenariat qui vise à s’inscrire dans l’actualité événementielle avec la création Hiroshima mon Amour, mis en scène par Julien Bouffier au Théâtre des Treize Vents.

Je veux voir répond à Tu n’as rien vu à Hiroshima, la phrase de Duras dans le film de Resnais. Comme la pièce de Bouffier, le film libanais découle d’une nouvelle mise en contexte et avalise l’impossibilité de saisir ce qui se passe.

Angoissée, soucieuse, Catherine Deneuve porte le film avec la marque de la culpabilité sociale et celle de la peur qu’elle parvient à surmonter – à travers le fait qu’elle n’épouse pas les préjugés et trouve la capacité de se rendre compte par elle-même – dans le cadre d’un parcours sécurisé au Sud-Liban.

Ce pays a certainement besoin de la fiction et du documentaire pour montrer l’inexprimable, mais le parti pris qui porte la confusion entre documentaire et fiction au centre du film, s’avère ambigu. Le spectateur ne peut partager l’aventure cinématographique qu’on lui propose qu’au prix d’abdications. Celles de savoir ce qui se passe réellement, de situer le propos, et d’accéder à un langage décryptable. Le scénario est minimaliste. Certains plans nourrissent l’imaginaire. Le ballet de grues mécaniques enfouissant les traces des bombardements en repoussant les restes d’immeubles dans la mer, est un passage empreint d’une réelle esthétique cinématographique. Mais le déchiffrage des données sensibles ne cesse de se heurter aux contraintes scénarisées du tournage, qui n’apportent rien hormis la désagréable sensation de suivre un documentaire télévisé un peu vite estampillé d’investigation. Les réalisateurs ne renoncent pas à glisser dans la dramatisation narrative du type : deux êtres qui ne sont pas du même monde se rencontrent dans un dîner de gala.

En ce sens, le film exprime une forme d’inachèvement qui tient moins à la neutralité du propos sur le drame historique, qu’au rapport de vraisemblance impliqué par un récit qui contribue à brouiller un peu plus les pistes.

Jean-Marie Dinh

Une mort miroir du processus de déshumanisation

L'un des bulldozers ne s'est pas arrêté. Photo DR

Cinéma . Simone Bitton réalise une enquête cinématographique sur la mort de Rachel à Rafah.

A propos de son film Rachel que l’on peut voir sur les écrans depuis hier, l’invitée du Diagonal, Simone Bitton, cite Mahmoud Darwich :  » Le chemin vers la maison est plus important que la maison.  » Dans la bouche du poète palestinien, la phrase s’applique à la démarche artistique, une vision partagée par la réalisatrice. Et une réflexion qui résonne doublement dans son dernier film, une enquête cinématographique retraçant les circonstances de la mort d’une Américaine de 23 ans à Rafah au sud de la Bande de Gaza. Rachel est morte écrasée par un bulldozer israélien le 16 mars 2003. Elle se trouvait avec d’autres jeunes militants pacifiques sur le chemin d’une maison palestinienne. Simone Bitton fait habilement circuler la parole autour de ce drame que les services d’information de Tsahal nomment un incident.

Ayant nécessité trois ans de travail, le film est très documenté. La réalisatrice a notamment mis la main sur des documents audiovisuel de l’armée israélienne, recueilli des témoignages d’officiers impliqués, de jeunes appelés qui confient s’être amusés à tirer régulièrement sur les maisons des Palestiniens. Rachel ne s’inscrit pas pour autant dans la lignée des enquêtes télévisée. Sans vouloir imposer une thèse, le film pose des questions de fond.  » Le crime intentionnel dont mon film parle, ce n’est pas la mort de Rachel Corrie. C’est la destruction volontaire de quartiers entiers, avec le risque assumé de tuer des gens restés à l’intérieur de leurs maisons ou tentant de les défendre. « 

Ce qui produit l’émotion, c’est l’extrême distance entre la dimension politique et institutionnelle de la situation (l’occupation de la Palestine par Israël et les actes de l’armée d’occupation) et l’absence de dimension politique de la vie et de la mort de la population civile. Dans le film, une camarade de Rachel mentionne la mort d’un Palestinien tué le même jour que son amie par une balle anonyme au moment où il sortait fumer une cigarette devant chez lui. Une mort dont personne ne se soucie, précise-t-elle. La population palestinienne parle de l’accueil chaleureux qu’elle réservait aux jeunes militants internationaux. De la vie qu’ils partageaient au quotidien. On pénètre ainsi dans une autre dimension. Celle de l’engagement d’une jeunesse et de l’espoir que cela peut susciter.  » Ce voyage est la meilleure chose que j’ai faite dans ma vie  » écrit Rachel à ses parents.

Mon film relate  » un épisode tragique qui renvoie à une tragédie beaucoup plus large. Gaza n’est pas seulement le tombeau de Rachel Corrie et des centaines de civils qui sont régulièrement assassinés : c’est un tombeau universel où l’humanisme tout entier est en train de sombrer. « 

Jean-Marie Dinh

Voir aussi : rubrique Israël Raid meurtrier contre les flotilles de la liberté, Le rapport de l’ONU sur Gaza , Le discours de Netanyahu torpille les initiatives de paixconflit israélo-palestinien Repère sur la guerre de Gaza,