La réconciliation du PS du Languedoc-Roussillon serait-elle plus ardue que la rénovation du parti au niveau national ? A l’heure où le PS entérinait vendredi, à la quasi-majorité sa rénovation avec primaire et non-cumul des mandats, Martine Aubry qui se propose de » reconstruire « la démocratie et de » réparer la France « des dégâts du Sarkozisme, doit toujours faire face au village gaulois du Languedoc-Roussillon. Le DVG Georges Frêche poursuit son combat indépendamment de Paris en faisant la pluie et le beau temps au sein des fédérations de la Région.
Comme prévu après le scrutin qui a vu le camp Frêche et le PS se déchirer, une délégation du PS s’est rendue en juin dans les cinq départements de la région pour tenter de renouer le dialogue. Le PS a exclu pour deux ans 58 adhérents restés sur les listes de M. Frêche alors que le PS avait investi ses propres candidats. » On verra s’il faut raccourcir le délai pour certains camarades. Je ferai des propositions différenciées au bureau national, selon les départements. Dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales, cela se passe bien. Pas dans l’Hérault « , a déclaré sans autre précision François Lamy, proche de Martine Aubry, mandaté pour cette mission. Un bras de fer se dessine, car le vice-président de Région, Didier Codorniou, a averti que la réintégration des exclus ne pouvait se faire que dans une » démarche collective et solidaire » et qu’il s’opposerait à toute réintégration partielle ou étalée dans le temps.
L’Aude, qui pèse 4.000 cartes, fait figure de bon élève. » On a parlé d’avenir, pas du passé. Nous avons réitéré notre demande de réintégration des exclus. » A indiqué le secrétaire par intérim de la fédération audoise, André Viola qui attend une réponse avant le 14 juillet. » En cas de refus, a-t-il prévenu, il y a un risque de démission massive « .
C’est la puissante fédération de l’Hérault (environ 6.000 adhérents), vilipendée par les opposants à Frêche pour son manque de transparence, qui risque de poser plus de problèmes. La fédération » ne respecte pas les règles, il n’y a pas de réintégration globale en vue « , affirme le membre du bureau national Paul Alliès, Georges Frêche a pour sa part dénoncé une » commission bidon « . Mais Le président de Région s’affiche optimisme » je pense que cetteaffaire finira par se terminer mieux qu’on ne l’imagine « .
Pragmatique, Frêche garde en ligne de mire la course à l’investiture du futur candidat PS en 2012 et mise sur un fléchissement de Martine Aubry pour y concourir au détriment des principes de la maison PS. Une vision politique nihiliste qui néglige l’institution et le retour attendu dune certaine rigueur morale.
Herbie Hancock hors du temps et toujours présent. Photo DR
Festival. Du 12 au 17 juillet, la quatorzième édition de Jazz à Sète creuse un sillon musical essentiel. Six jours de jazz non stop. Herbie Hancock et George Benson en invités légendaires.
Ray Charles, Pacco de Lucia, Hank Jones, Michel Portal…, depuis 1985, les moments musicaux inoubliables de Jazz à Sète font légion. Au point de s’interroger sur ce sentiment de bonheur pas entamé, cette forme de candeur toujours renouvelée qui saisit les fidèles amateurs à l’approche du festival. D’évidence, la magie du lieu tient son rôle. Le majestueux Théâtre de la mer souffle ou aspire, selon les cas, nos esprits vers d’autres rivages, avec cette vertu particulière de faire éclater les sphères individuelles. Ce lieu d’échange est d’autant plus propice à la sérénité quand le goût du jazz se trouve en partage ouvert libre et sans frontières. A l’image de son capitaine Louis Martinez, directeur artistique et musicien qui tient la barre parfois contre les vents. « ?Assurer une programmation c’est autre chose que de mettre un paquet de pognon sur des têtes d’affiches? », a-t-on rappelé lors de la présentation de l’édition 2010.
Celle-ci se tenait à l’Atelier du Garage, espace de travail commun d’Isabelle Marsalla et de Bocaj qui signe l’affiche. Depuis de nombreuses années, les personnages féminins colorés et provocateurs du peintre sont devenus l’emblème du festival. On pourra faire plus ample connaissance avec les muses de Bocaj grâce à l’expo qui s’ouvre salle Tabouriech durant le festival. A découvrir aussi, l’exposition du photographe Eric Morère qui propose une rétrospective du festival au bistrot du marché.
La vie d’un festival se mesure souvent à ce qu’il se passe en dehors de la scène. A l’occasion du centenaire de la naissance de Django Reinhardt, le festival organise cette année une conférence à la Médiathèque qui sera donnée par Francis Couvreux suivie d’un concert manouche sur le parvis. Les instrumentistes pourront parfaire leurs techniques d’impro en suivant les ateliers jazz au conservatoire. A suivre également, l’aboutissement du Tremplin Jazz à Sète permettant aux groupes de jazz non distribués d’ouvrir l’une des soirées phare du festival. Le lauréat 2010 est Riad Klaï Project Un groupe de sept musiciens œuvrant dans un registre allant du jazz à l’Afrobeat. Ils joueront en première partie de George Benson.
En quatorze éditions, Jazz à Sète s’est forgé une identité forte à l’image d’une ville qui n’en manque pas. L’idée d’un off impliquant toute la population est plus que mûre mais ne trouve pas de financement, dommage !
La programmation jazz concoctée par Louis Martinez passe du subtil à l’émotion brute
Avec des mots simples, Louis Martinez a eu le plaisir de dévoiler le programme de Jazz à Sète 2010. « ?Je me dis que cette programmation me serait apparue inespérée il y a quelques années.? » Le temps a, semble-t-il, plaidé pour une reconnaissance qualitative du travail engagé. Et si le budget demeure modeste (300 000 euros dont 65% de fond propre), le festival s’annonce une fois de plus riche est varié. A l’image de son équipe et de ses cinquante bénévoles fous de jazz. A l’image aussi de l’œuvre d’Herbie Hancock qui en assurera l’ouverture lundi 12 juillet. On ne présente plus le maître de l’électro jazz funk tant sa traversée des générations le place hors du temps. Membre du Miles Davis Quintet dans les années 60, le pianiste s’est toujours distingué par la complexité de ses rythmiques autour de la mélodie. Alors qu’il s’apprête à fêter ses 80 ans, son œuvre demeure à la fois expérimentale et populaire, ce qui n’est donné qu’aux géants. Le guitariste Angelo Debarre présentera le 13 juillet le spectacle Manoir de mes rêves en hommage au père spirituel du jazz manouche Django Reinhardt. Le 14 juillet, au moment où les feux de lumière répandront leurs éclats dans le ciel national, un nouveau diamant vocal éblouira le Théâtre de la mer. Nul doute que les imparables mélodies de Melody Garbot auront raison des artificiers à moins que l’ensemble ne se conjugue sur front de mer en clair obscur…
La soirée du jeudi s’intitule Bass Leaders. Le contre bassiste virtuose Diego Imbert en assurera la première partie accompagné de son quartet sans instrument harmonique. La soirée se poursuivra dans le climat arabo-andalou et hébraïque d’Avishai Cohen. Beaucoup de chemins et de cultures se sont croisés entre le premier disque Avishai Cohen produit par Chick Coréa et son dixième album sorti en 2009, où il rejoint le prestigieux label Blue note. Un autre géant est attendu vendredi avec George Benson. Un guitariste de jazz avant que sa rencontre avec Quincy Jones ne l’entraîne dans le tourbillon du funk et de la soul où il a commis quelques tubes planétaire comme « ?Give me the night? ». George Benson n’en demeure pas moins un fameux compositeur de jazz comme le démontrent les instrumentaux de son dernier album. L’influence des chorus du guitaristes légendaires n’est plus à démontrer mais toujours à apprécier.
La clôture s’annonce hot samedi 17 avec Lena and the deep soul et le groupe londonien The Brand New Heavies, l’un des premiers à investir la scène acid jazz, en croisant l’esprit funk des années 1970 au hip hop de la fin des années 1980. Tout est dit ou presque, car traduire en mots l’expérience vécue d’un concert est toujours impossible. Le mieux est de s’y rendre.
Les talibans attaquent la base de l’OTAN de Jalalabad en Afghanistan
Une importante base militaire de la force internationale de l’OTAN à Jalalabad, dans l’est de l’Afghanistan, est la cible d’une attaque revendiquée par les talibans. Selon un porte-parole de la Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan, « les assaillants n’ont pas pu entrer dans l’enceinte de la base ».
Un porte-parole régulier des talibans, Zabihullah Mujahed, a revendiqué l’attaque dans un appel téléphonique à l’AFP. La base de Jalalabad – une base et un aéroport militaires – est l’une des plus importantes de l’Alliance atlantique dans le pays, après celles de Kandahar (Sud) et de Bagram, dans la banlieue de Kaboul, toutes les deux cibles d’attaques d’insurgés, parfois kamikazes, ces derniers mois.
Les talibans ont promis en mai de lancer une série d’opérations de djihad (assauts, attentats et assassinats) visant les forces de l’OTAN et plus généralement les étrangers, en réponse à l’offensive en cours à Kandahar, berceau des talibans.
Cette nouvelle attaque intervient alors que les forces internationales vivent un mois de juin noir avec, pour la première fois depuis la chute des talibans fin 2001, la perte de cent soldats en un seul mois. Ce niveau de violence est comparable à celui qu’ont connu les forces internationales, notamment américaines, en Irak au pire de la guerre en 2007.
La coalition affiche par ailleurs ses dissensions après le limogeage la semaine dernière du général Stanley McChrystal, commandant des forces internationales en Afghanistan. Son successeur, le général américain David Petraeus, a cherché mardi à rassurer sur le cours d’une guerre de plus en plus impopulaire, tout en admettant s’attendre encore à « de rudes combats » dans les prochains mois.
AFP 30/06/10
AFP MUSTAFA TAUSEEF
Etats-Unis : vote du budget pour des renforts en Afghanistan, sur fond d’impopularité
La Chambre des représentants américaine a adopté jeudi soir un projet de budget 2010 supplémentaire pour le financement de renforts pour les opérations en Afghanistan, alors que la guerre devient de plus en plus impopulaire. Le texte, adopté à l’issue d’une série de votes jeudi soir, permet d’injecter plus de 30 milliards de dollars notamment pour financer l’envoi de 30 000 soldats supplémentaires décidé par le président Barack Obama.
L’adoption du texte intervient au lendemain de la confirmation par le Sénat à l’unanimité du général David Petraeus à la tête des forces internationales en Afghanistan. Le Sénat a déjà approuvé les fonds supplémentaires en mai. Mais le rajout par la Chambre de 10 milliards de dollars pour l’éducation, ainsi que pour le financement d’autres mesures non militaires va renvoyer le texte à la Chambre haute où il ne pourra être examiné qu’après les congés parlementaires de juillet, soit à partir du 12 juillet.
Le Congrès ne pourra donc pas approuver le financement des troupes avant le 4 juillet comme le demandait le secrétaire à la défense, Robert Gates, à court de fonds. En outre, le débat à la Chambre a été l’occasion pour les élus opposés à cette guerre, de plus en plus impopulaire dans l’opinion publique, de faire entendre leur voix.
AFP 02/07/10
Un général français convoqué après une interview sur la stratégie américaine
A la suite de l’entretien qu’il a accordé au Monde daté du vendredi 2 juillet, sur les difficultés de la stratégie américaine en Afghanistan, le général Vincent Desportes, directeur du Collège interarmées de défense, l’école de guerre française, a été convoqué par le chef d’état-major des armées, Edouard Guillaud. Celui-ci a demandé au ministre de la défense, Hervé Morin, de se prononcer sur une éventuelle sanction pour cette « faute ».
Dans l’interview, le général jugeait que le limogeage du général McChrystal, commandant de l’OTAN en Afghanistan, « ouvre un débat sur la tactique choisie », au moment où « la situation sur le terrain n’a jamais été pire ».
Expliquant que le président Obama avait « choisi une voie moyenne qui peine à fonctionner », il concluait : « Il faudra bien revoir la stratégie ». A la question de savoir si cela ne devait pas être un débat de la coalition internationale, il répondait : « c’est une guerre américaine ».
« Un premier bilan des résultats de la stratégie et de l’évolution d’ensemble de la situation sur le terrain sera réalisé lors du sommet de l’OTAN en novembre », a réagi le ministère des affaires étrangères. Auteur de nombreux ouvrages et articles, le général Desportes, 38 ans de carrière, doit prendre sa retraite dans quelques semaines.
AFP 02/07/10
Cent soldats étrangers tués en juin en Afghanistan
Juin 2010 a été le mois le plus meurtrier pour les forces internationales en huit ans et demi de guerre, avec cent soldats étrangers tués en Afghanistan, selon un décompte mardi de l’AFP après l’annonce par Washington de la mort d’un militaire américain. Le département de la défense américain a indiqué lundi soir qu’un de ses soldats était mort le 24 juin dans la province de Farah, dans l’est du pays.
Le bilan depuis le 1er juin, avec cent morts, a largement dépassé celui de 77 tués en août 2009, qui était jusqu’alors le mois le plus meurtrier depuis le début de l’offensive des forces internationales pour chasser les talibans du pouvoir fin 2001, selon un décompte basé sur celui du site Internet indépendant icasualties.org.
Les forces internationales n’avaient jamais atteint un tel niveau de pertes en Afghanistan. Le rythme vertigineux des pertes est comparable aux pires mois de la guerre en Irak, entre avril et juin 2007. Durant le mois, les forces internationales ont connu à trois reprises des journées avec dix soldats tués, en majorité dans des explosions de mines artisanales, l’arme de prédilection des talibans. Depuis 2005, l’insurrection des talibans s’intensifie considérablement, et chaque année s’achève sur un nouveau record de pertes dans les rangs des troupes étrangères comme pour les civils afghans.
Mais avec la mise en place d’une nouvelle stratégie de contre-insurrection fin 2009, le lancement d’une vaste offensive en février à Marjah, dans la province du Helmand — la plus importante depuis la chute des talibans — et l’opération en cours à Kandahar, les forces internationales ambitionnent d’inverser le cours de la guerre.
Mais le limogeage du général américain Stanley McChrystal, commandant des forces internationales en Afghanistan, et son remplacement par le général David Petraeus, considéré aux Etats-Unis comme un « héros » de la guerre en Irak, ont assombri le tableau en cette année considérée comme cruciale.
L’enlisement avant la défaite
Neuf ans de guerre en Afghanistan n’y ont rien changé. Les troupes occidentales semblent incapables de regagner le terrain perdu.
Il faut saluer l’esprit de décision dont a fait preuve le président Obama lorsqu’il a limogé, le 23 juin, Stanley McChrystal, un général chroniquement insubordonné. Mais nous avons toujours sur les bras une guerre désastreuse en Afghanistan, qui ne peut être gagnée et que l’ensemble du pays ne soutiendra jamais.
A Washington, personne n’a l’honnêteté d’exposer la situation réelle au peuple américain. On nous rebat les oreilles avec la contre-insurrection. Rien n’indique cependant que cette stratégie marchera en Afghanistan. Jusqu’à présent, elle s’est révélée inefficace. Et, même si nous arrivions à mettre en place les pièces du puzzle, les plus farouches partisans de la contre-insurrection dans l’armée nous diraient qu’il faut entre dix et quinze ans d’efforts soutenus pour qu’elle porte vraiment ses fruits.
Voilà près d’une décennie que nous nous trouvons en Afghanistan. C’est l’un des pays les plus corrompus de la planète et l’épicentre de la production mondiale d’opium. Notre allié officiel, le président Hamid Karzai, est convaincu que les Etats-Unis ne peuvent l’emporter : aussi cherche-t-il à tout prix à s’entendre directement avec l’ennemi taliban. L’opinion américaine ne croit plus à cette guerre depuis longtemps, et il n’est pas du tout certain que, pour le président Obama également, le cœur y soit.
L’idée même que nous puissions envisager de rester quelques années de plus en Afghanistan pour nous battre et mourir est démentielle. D’autant plus que nul ne sait combien de milliards de dollars supplémentaires le contribuable américain devra payer.
Tous ceux que la contre-insurrection fascine tant – au premier chef, son plus ardent défenseur, le général David Petraeus [nommé par Obama pour remplacer McChrystal] – ont visiblement perdu de vue un aspect fondamental de la guerre : on ne fait pas la guerre à moitié. On fait la guerre pour écraser l’ennemi. On la fait à fond et aussi rapidement que possible. Si on s’embarrasse de scrupules ou si on ne sait pas comment la faire, alors on ne la fait pas.
Les soldats qui ont débarqué sur les plages de Normandie n’essayaient pas de gagner le cœur et l’esprit de quiconque. En Afghanistan, nous jouons un jeu dangereux, sans enthousiasme, dans lequel le président Obama dit au peuple américain qu’il s’agit d’une guerre nécessaire et qu’il fera tout ce qu’il faut pour réussir. Puis, dans un même souffle, il veut nous rassurer en promettant que le retrait des troupes américaines commencera selon le calendrier prévu, dans un an. Aucune de ces affirmations n’est conforme à la vérité. En réalité, nous ne sommes pas en train de nous battre avec acharnement. Les partisans de la contre-insurrection ne veulent pas trop malmener l’ennemi parce qu’ils craignent, à juste titre, qu’un nombre excessif de pertes civiles n’aliène “les cœurs et les esprits” et ne sape l’édification d’une nation, deux notions au cœur de cette stratégie.
Nous sombrons de plus en plus profondément dans le fétide bourbier afghan, et ni le président, ni Petraeus, ni personne d’autre n’a la moindre idée de la manière d’en sortir. Les fanatiques de la contre-insurrection réclament des renforts et ils veulent que le président oublie son calendrier, déjà peu plausible, fixant à juillet 2011 le début du retrait des troupes. Nous sommes comme le joueur invétéré qui accumule les dettes pour miser dans un jeu où les dés sont pipés. Il n’y a pas de victoire possible en Afghanistan, seulement des souffrances. Nous sommes en train de raser Detroit, tout en essayant de bâtir des métropoles modèles à Kaboul et à Kandahar. Nous dépensons des milliards pour cette terrible guerre, mais nous ne sommes pas capables de prolonger le versement des allocations chômage pour les Américains en fin de droits.
La différence entre la situation actuelle et un cauchemar, c’est qu’au réveil un mauvais rêve prend fin. Ce que nous vivons actuellement en Afghanistan est malheureusement tragiquement réel.
The New York Times (02/07/10)
» Les civils et une solution politique ne sont pas la priorité des Américains «
Mariam Abou-Zahab, chercheuse rattachée au Centre d’études et de recherches internationales (Ceri), analyse la divulgation par le site Wikileaks de plus de 90.000 fichiers classés sur la guerre en Afghanistan.
Quels éléments ont retenu votre attention dans la gigantesque quantité de données révélées par le site Wikileaks?
Pour ceux qui suivent le conflit en Afghanistan, on n’apprend pas grand chose dans ces «carnets de guerre». Ils viennent confirmer beaucoup d’éléments sur les pertes civiles, et nous révèlent de nouveaux incidents dont on n’avait jamais fait état. Mais beaucoup de cas restent inconnus. Il se passe des choses au fin fond de l’Afghanistan qui ne remontent même pas. Selon les données réunies par le Guardian , au moins 195 civils ont été tués par les soldats de la coalition, en majorité américains. C’est un chiffre sous-estimé.
Les médias, notamment français et américains, mettent en avant le rôle du Pakistan pour ne pas parler du reste (l’allié de Washington est accusé d’autoriser des membres de ses services de renseignement à traiter directement avec les talibans, ndlr). Il est très facile de dire que c’est de la faute des Pakistanais, mais il y a beaucoup d’intox là-dedans. Selon cette version, l’insurrection serait menée de l’extérieur. L’objectif est de justifier les attaques des Américains au Pakistan, notamment avec les drones. Il faut noter que celles-ci sont deux fois plus nombreuses sous Obama que sous Bush.
Je reste donc prudente sur ce qui relève du renseignement. En revanche, il y a des éléments factuels que l’on ne peut pas nier.
Lesquels vous semblent les plus déterminants pour expliquer les difficultés de la coalition en Afghanistan?
D’abord, la question des bombardements aériens. Les troupes y ont recours dès qu’elles sont en difficulté. Le problème, c’est qu’on ne sait pas très bien où les bombes vont tomber. Ce scénario s’est d’ailleurs encore produit dans le Helmand vendredi (au moins 45 civils auraient été tués dans une attaque à la roquette menée depuis un hélicoptère, ndlr). Dans ce genre de cas, la coalition dit au début: «on ne sait pas». Puis, elle détaille et affirme avoir «tué des talibans».
Mais désormais, les journalistes afghans se rendent sur place et peuvent recueillir des témoignages circonstanciés. Cela entraîne une protestation du gouvernement d’Hamid Karzaï. Une enquête est déclenchée, mais elle traîne, et la coalition conclut finalement que les pertes civiles sont de la faute des talibans. Parfois, la coalition propose de l’argent comme dédommagement. Cela mine les relations avec les civils, car c’est reconnaître qu’il y a bien eu bavure.
Les raids de nuit des forces spéciales, notamment ceux de la Task Force 373 (lire l’article du Guardian sur le sujet), posent aussi problème. Leur mission est de tuer – même pas capturer – insurgés, talibans, ou membres d’Al-Qaeda. Ces commandos débarquent de nuit dans les maisons. Mais ils se trompent parfois, car les renseignements ne sont pas toujours fiables. Il peut très bien s’agir d’un règlement de comptes entre voisins. Pour les Afghans, ce genre d’opération est culturellement insupportable. Le traumatisme et l’humiliation provoquent des désirs de vengeance.
Il y avait pourtant eu un changement de stratégie restreignant les règles d’engagement pour les soldats de la coalition, non?
Entre ce qui se décide au niveau du commandement et le terrain, ça ne suit pas forcément. Dans le sud du pays, les Américains et même les Canadiens sont très frustrés de ne pas pouvoir ouvrir le feu quand on leur tire dessus. Et désormais, la priorité de Petraeus (le nouveau commandant en chef de la coalition en Afghanistan, ndlr) semble être de gagner la guerre…
Quel impact ces fuites peuvent-elles avoir?
La sortie des ces informations risque d’ennuyer les Américains, qui ont déjà des relations délicates avec le Pakistan. Cela arrive à un moment où les opinions publiques sont de plus en plus hostiles à cette guerre, en tout cas dans les pays où il y a un débat. Aux Etats-Unis, on s’interroge de plus en plus sur le coût de ce conflit, et il y a fort à parier que certains vont se dire: «voilà une raison de plus pour s’en aller».
D’autant que l’on se rend bien compte que l’armée et la police afghanes ne sont pas du tout au point, et qu’elles sont loin d’être fiables. Aujourd’hui, les Américains cherchent une porte de sortie qui ne dit pas son nom. L’«afghanisation» du conflit, c’est un terme différent, mais ça n’a rien de nouveau: cela veut dire réarmer des milices. On se rend compte que la protection des civils et la recherche de solutions politiques sont loin d’être la priorité des Américains.
Quand, le 25 novembre 2008, Martine Aubry prit les rênes d’un Parti socialiste en pleine crise existentielle, elle n’avait pas fait de la rénovation du vieux « parti d’Epinay », refondé par François Mitterrand en 1971, sa priorité. Cet objectif était porté par sa rivale, Ségolène Royal. Toute l’intelligence politique de la maire de Lille a été de comprendre que si elle voulait être l’artisan d’un « nouvel Epinay », elle devait se saisir de cette rénovation au point de l’incarner.
Avec persévérance et détermination, Mme Aubry a surmonté les résistances de ses propres amis et a conduit le chantier à son terme. La convention nationale du PS, réunie le 3 juillet à Paris, va graver dans ses statuts d’importantes innovations : des « primaires populaires », à l’automne 2011, pour désigner le (la) candidat(e) à l’élection présidentielle de 2012, le non-cumul des mandats, qui sera mis en oeuvre « à chaque renouvellement parlementaire « , la « parité intégrale » et la diversité dans toutes les instances. Le PS inaugure une nouvelle pratique de la politique qui mérite d’être saluée.
Il est toutefois regrettable que cette rénovation n’ait pas suscité d’élan chez les militants du PS. Le 1er octobre 2009, moins d’un adhérent sur deux avait participé au référendum organisé par Mme Aubry. Le 24 juin, seuls 34,16 % des 167 162 socialistes inscrits se sont déplacés pour voter sur le projet de rénovation, approuvé à 77 %. Comme si la rénovation, pourtant si nécessaire, était plus affaire de raison que d’enthousiasme.
Le plus difficile pour le PS sera de conjuguer l’exemplarité démocratique qu’il revendique avec la réalité. Il en est ainsi des « primaires populaires », ce « talisman de la victoire », selon leur concepteur, Arnaud Montebourg. Elles seront ouvertes à tous les électeurs qui s’engageront à « soutenir les valeurs de la gauche », moyennant une obole de 1 euro, soit un corps électoral potentiel de plusieurs millions de citoyens.
Indépendamment du risque de voir des électeurs de droite se glisser dans le scrutin, il y a déjà deux écueils. Au départ, l’idée était d’ouvrir les primaires aux « formations de gauche qui le souhaitent ». Si Daniel Cohn-Bendit est tenté de participer, les Verts y sont hostiles. Jean-Pierre Chevènement a déclaré forfait et songe à se présenter… Les radicaux de gauche se tiennent aussi à l’écart.
Mme Aubry a évoqué elle-même le second écueil, ironisant sur ceux qui craignent que l’unité du PS soit « en train de tuer dans l’oeuf les primaires ». Non, dit-elle, il y aura une « pluralité de candidatures ». Mais elle n’affrontera pas Dominique Strauss-Kahn, s’il se décide, et vice-versa. A son tour, Mme Royal exclut de se présenter contre Mme Aubry et contre « DSK ». François Hollande et les autres candidats s’opposent à tout ce qui pourrait ressembler à un « pacte » préalable.
On sera d’autant plus loin d’une primaire à l’américaine, où deux lignes s’affrontent, que le projet présidentiel du PS sera adopté avant, au printemps 2011. Un PS uni, à la différence de 2007, c’est un atout. Mais il ne faudrait pas que des jeux d’appareil réduisent la portée d’un exercice démocratique aussi novateur.
La Fondation Saramagova proposer la candidature au prix Nobel de la paix du juge espagnol Baltasar Garzon, suspendu de ses fonctions pour avoir voulu enquêter sur les crimes amnistiés du franquisme, a indiqué la veuve de l’écrivain portugais au journal El Pais, vendredi 2 juillet.
La fondation, qui porte le nom du Prix Nobel de littérature portugais José Saramago, mort le 18 juin à l’âge de 87 ans, va proposer la candidature du juge Garzon « pour son engagement en faveur de la défense des droits de l’homme », a précisé Pilar del Rio à El Pais. Selon les règles du comité Nobel, seuls des parlementaires, ministres, précédents lauréats, certains professeurs d’université et le comité lui-même peuvent proposer des candidats pour ce prix prestigieux.
Le juge Garzon, qui « n’a jamais baissé la tête face à aucun subterfuge et aucun pouvoir » mérite cette récompense « pour s’être toujours mis du côté des victimes de n’importe quel continent ou pays », a-t-elle ajouté.
« Il faut résister et aller de l’avant »
Baltasar Garzon doit être prochainement jugé pour « forfaiture » (abus de pouvoir) pour avoir voulu enquêter sur les disparus de la guerre civile (1936-39) et du franquisme (1939-75) malgré l’existence d’une loi d’amnistie. Il est actuellement suspendu de ses fonctions en Espagne et encourt une peine de vingt ans d’interdiction d’exercice de sa fonction de juge.
Il a toutefois été provisoirement autorisé à travailler à la cour pénale internationale de La Haye comme consultant. Le juge Garzon a reçu le soutien de nombreux juristes de par le monde qui estiment que les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles et que la loi d’amnistie espagnole n’est pas conforme au droit international. Son procès pourrait avoir lieu peu après la fin de l’été.
Le juge Garzon et la veuve de Saramago ont participé jeudi soir à Lanzarote à la présentation d’une biographie de l’auteur portugais. « Je suis assez pessimiste concernant mon futur proche, mais cela ne veut pas dire que je renonce au combat », quand « les temps sont durs, il faut résister et aller de l’avant », a déclaré jeudi le juge, qui s’est dit tranquille à l’approche de son procès, ayant la certitude de « n’avoir commis aucun délit ».