Le printemps de toutes les promesses à gauche

Parti socialiste

L’exercice n’était pas réussi d’avance, mais dans la course d’obstacles qui conduit le PS à la présidentielle, l’élaboration du projet n’était pas le plus difficile. Pour preuve, le processus arrive à son terme sans qu’il n’ait été accompagné d’un de ces débats byzantins dont les socialistes ont l’habitude. Adopté samedi à l’unanimité par le Conseil national, le texte se veut la feuille de route de la gauche social-démocrate pour l’échéance de 2012. Pourtant il ne devrait être qu’un rapport d’étape avant que les choses sérieuses ne débutent enfin : le lancement des primaires qui, à l’automne prochain, désigneront le champion socialiste dans la course à l’Elysée.

C’est là tout l’ambiguïté de la stratégie élaborée par Martine Aubry et l’actuelle direction du PS. D’un côté, un projet très consensuel qui vise à cimenter l’unité du parti, de l’autre, une machine à désigner le candidat qui ne pourra qu’aiguiser les oppositions internes. Pour autant, tel qu’il est conçu, le projet du PS propose un état des lieux significatif de la pensée socialiste. Cette gauche qui se revendique « ambitieuse et sérieuse » inscrit ses pas dans la vieille histoire d’un réformisme tiède, capable d’innovations progressistes mais réticent à affronter les logiques du libéralisme économique. Malgré les défaites politiques de 2002 ou de 2007, le projet du PS reprend globalement des recettes qui ont montré leurs limites dans le contexte de la crise du capitalisme mondialisé. La cohabitation d’inspirations généreuses et de propositions timides caractérise les limites de l’exercice. Qui a au moins un mérite : rassembler toutes les sensibilités du parti. « Il a l’avantage de parler à tous », estime Henri Emmanuelli, figure de proue de la gauche du parti. « Un ensemble cohérent et crédible », ajoute Pierre Moscovici, strauss-kahnien pur et dur. « Crédibilité » aussi pour le hollandais Michel Sapin.

Chacun des candidats potentiels pourra ainsi utiliser cette boîte à outils programmatique. Que restera-t-il pour les différencier ? Et si les écarts idéologiques entre eux n’étaient pas aussi grands que la mise en scène de l’opposition des ambitions ne le laisse supposer ? Martine Aubry apporte des éléments de réponse en affirmant qu’un pacte existe entre elle et le patron du FMI, Dominique Strauss-Kahn. Manière de souligner que peu de choses les sépare sur leur vision respective de l’alternative à la droite.

Le Front de gauche
Pour cette objet politique né lors des européennes de 2009, l’heure de vérité approche. Le Front de gauche est-il en mesure de « révolutionner la gauche » comme le souligne ses fondateurs ? Ou ne restera-t-il que comme une énième tentative avortée de redonner des couleurs à la gauche radicale ? La présidentielle et les législatives de 2012 vont apporter la réponse. Pour l’heure, le parcours est prometteur même s’il reste très tortueux et semé d’embûches. Au plan électoral, les messages envoyés par les urnes ont ratifié l’esprit de cette nouvelle construction politique sans pour autant signé un chèque en blanc à ces initiateurs. « Du potentiel, mais peut mieux faire » ont affirmé les électeurs. Lancé à l’automne, le travail sur « un projet partagé » est sur de bons rails. Même si toutes les questions n’ont pas encore été tranchées.

Reste la question des candidatures : à la présidentielle et aux législatives. Le Parti de gauche et la gauche unitaire se sont prononcés en faveur de Jean-Luc Mélenchon. Pour sa part, la position énoncée ce week-end par la direction nationale du PCF muscle les fondations du Front de gauche. Sans ambiguïté, elle confirme la pérennité de cette expérience. « Le Front de gauche est pour nous la meilleure chance de relancer la gauche et de contribuer à son rassemblement pour gagner une majorité de gauche à la hauteur de ces attentes » affirme la résolution adoptée par une large majorité du Conseil national du PCF. A cet appel s’ajoute la prise de position courageuse du secrétaire national, Pierre Laurent, estimant « que la candidature de Jean-Luc Mélenchon peut être envisagée par notre parti dans le cadre d’un accord d’ensemble avec nos partenaires, un accord qui garantisse le respect d’engagements collectifs à la hauteur des enjeux de la situation politique inédite que nous vivons, la diversité de notre rassemblement et la place majeure de notre parti ».

Il revient désormais à l’ensemble des adhérents communistes de se prononcer sur la candidature soutenue par le PCF et surtout à confirmer ou pas cette stratégie du Front de gauche que conteste une partie  des responsables et des militants. Un choix essentiel pour le Parti communiste. Si l’heure de vérité va sonner pour le Front de gauche, elle concernera tout autant le PCF parvenu à un tournant majeur de sa longue histoire.

Europe-Ecologie-les Verts
Le contexte change mais l’histoire se répète pour l’écologie politique. Les poussées électorales et la naissance d’un nouveau parti n’ont pas empêché le retour des querelles de chapelle. Qui traduisent, en fait, l’ambiguïté du positionnement politique d’EE-Les Verts sur l’alternative au libéralisme ou encore sur les alliances politiques.

Plus encore que celle d’Eva Joly, la candidature annoncée de Nicolas Hulot renforcent ces zones d’ombre. L’animateur d’Ushuaïa et de TF1 devrait s’exprimer cette semaine. Choisira-t-il d’aller seul à la bataille ou acceptera-t-il le cadre des primaires vertes ? Son entourage entretien le doute.  Les supporters d’Eva Joly évoque la nécessité de « travailler ensemble » mais exprime leur scepticisme sur la ligne choisie par Nicolas Hulot.

Christian Digne (La Marseillaise)

Les soldats français en Côte d’Ivoire… pour la « bonne cause » ?

Les hélicoptères « MI-24 » blancs de l’ONU qui tirent des roquettes sur les derniers réduits de Laurent Gbagbo… Les « Gazelle » françaises qui détruisent au canon les chars et batteries des forces restées fidèles au président sortant… La « bataille d’Abidjan », déclenchée après quatre mois de contestations, blocages, médiations, palabres, puis dans un contexte de guerre civile larvée, de massacres interethniques, et de chaos urbain, s’est jouée au final sur cet engagement soudain de la « communauté internationale », jusque-là réputée « impuissante ». Et de l’ancienne puissance coloniale, qui pourtant se jurait de ne plus jamais rééditer les « exploits » du passé. Tout cela au prix d’une dangereuse tombée des masques… même si c’est en principe pour la « bonne cause ».

Un engagement français chasse l’autre. « Quitte ou double » ? « Tournant majeur » ? « Engrenage fatal » ? « Paris à l’assaut du camp Gbagbo » [1] ? En tout cas, ces salves dans la nuit de lundi à mardi, contre certains des armements de supériorité dont disposait encore le président déchu, ont constitué un sacré coup de main en faveur du camp Ouattara, dont les combattants butaient depuis samedi sur les défenses des unités restées fidèles à Laurent Gbagbo.

Le porte-parole de l’état-major français a précisé que ses soldats n’avaient pris pour cibles que « des casernes, des armes lourdes et des véhicules blindés », en vertu du mandat de l’ONU. Les blindés du camp de gendarmerie d’Agban, la poudrière et le camp d’Akouedo (qui abrite trois bataillons de l’armée pro-Gbagbo), le quartier général de la garde républicaine, ainsi que des batteries autour de la résidence présidentielle et du palais semblent avoir été pulvérisés.

A la faveur des frappes aériennes qu’elles attendaient depuis plusieurs jours, les Forces républicaines (pro-Ouattara) ont pu progresser dans les quartiers d’Abidjan. Selon la plupart des observateurs, mardi à la mi-journée, ce n’était plus « qu’une question d’heures ». Le général Philippe Mangou, chef d’état-major de l’armée de M. Gbagbo, affirmait alors que ses troupes ont « arrêté les combats » contre les forces d’Alassane Ouattara et il « demandait un cessez-le-feu » à l’Onuci, pour « protéger les populations, les militaires, partant la Garde républicaine commise à la sécurité du président de la République, le président de la République lui-même et sa famille, et les membres du gouvernement ». Ces derniers négociaient, disait-on, leur reddition…
« Forces impartiales » Retour à la table des matières

Durcissement des moyens de l’ONU. A la mi-février, l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci) – forte d’une dizaine de milliers de casques bleus, mais peu armée – avait révélé que des hélicoptères de combat avaient été mis à sa disposition pour lui permettre de renforcer son dispositif de sécurisation, afin d’assurer « la protection des civils, la protection de l’hôtel Golf (où se trouve retranché le vainqueur de la présidentielle ivoirienne selon la communauté internationale Alassane Ouattara), ainsi que la sauvegarde des résultats de l’élection présidentielle du 28 novembre ». En outre, le mandat des 500 Casques bleus issus de la Mission des Nations unies au Libéria (MINUL), qui avaient été mis à la disposition de l’Onuci pendant l’élection présidentielle, avait été renouvelé pour trois mois, dans l’attente du renfort de 2 000 soldats supplémentaires promis par le Conseil de sécurité (mais dont une partie seulement avaient pu être acheminés en Côte d’Ivoire).

La force Licorne, à puissance variable. Cette force militaire française, dont les effectifs avaient été réduits ces dernières années, passant de 2 600 à 900 hommes, était restée en attente pour assurer la protection de l’importante communauté française (12 000 personnes, dont plus de la moitié de double-nationalités) et servir de force de réaction rapide, au profit de l’Onuci. Elle faisait partie, avec les casques bleus, de ce qu’on appelait les « forces impartiales », pour les distinguer des forcés belligérantes ivoiriennes. Dans la pratique, elle s’était retirée de l’ancienne ligne de front qui avait séparé le nord et le sud de la Côte d’Ivoire à partir de 2002 ; elle restait cantonnée à Abidjan, et n’avait jamais été sollicitée par l’Onuci.

Au fil de la dégradation du climat politique, ces derniers mois, Licorne avait été à nouveau renforcée, passant à 1200 hommes fin janvier ; et complétée ces derniers jours par trois compagnies de légionnaires, de parachutistes, et d’éléments des forces spéciales, prélevées notamment sur les bases françaises au Gabon et au Tchad – jusqu’à constituer un effectif total de 1 650 hommes. Ainsi se vérifie, à nouveau, qu’avec ce réseau de bases en Afrique, actuellement en cours de démontage au moins partiel, Paris dispose – sur un plan technique ou politique – d’une « boîte à outils » militaire qui n’a pas d’équivalent dans le genre.
Vide sécuritaire Retour à la table des matières

Engagement glissant. C’est, une fois de plus, ce que l’on constate dans les cas où une force étrangère est en place dans un pays (comme la force dite « Licorne » [2] en Côte d’Ivoire), avec le souci de la protection des ressortissants étrangers (c’est la mission numéro un de Licorne, détachement provisoire, depuis la dissolution du 43e Bataillon d’infanterie de marine à la demande des anciennes autorités ivoiriennes), mais se retrouvant de proche en proche à faire le coup de feu (soit pour assurer l’exfiltration, dans des conditions parfois périlleuses, d’étrangers dont la sécurité est menacée ; soit pour modifier un rapport de forces, et faire pencher une balance, en application de directives politiques).

Au siècle dernier de nombreuses interventions françaises d’urgence en Afrique, menées sous couvert du sauvetage de ressortissants, avaient débouché sur des processus de « pacification », de présence sur le long terme (avec accusation « d’occupation »), de coopération militaire plus ou moins clandestine, etc., comme au Zaïre, au Congo, en Centrafrique, au Rwanda, au Tchad…

L’inévitable engrenage. Cette participation, même limitée dans le temps, aux combats contre les irrédentistes ivoiriens, a valu aux militaires français d’être à nouveau accusés par les partisans de l’ancien président de vouloir la mort de Laurent Gbagbo, d’occuper la Côte d’Ivoire, etc. L’avocat Jacques Vergès, qui affirmait lundi vouloir porter plainte contre les responsables français pour « crimes contre l’humanité » et « crimes de guerre », a été jusqu’à souhaiter qu’Abidjan devienne « le tombeau des envahisseurs » !

La France s’est retrouvée « aspirée » par le conflit ivoirien, alors qu’elle avait la hantise du scénario de 2004, qui avait débouché sur un affrontement direct. Mais, cette fois, il n’y a pas eu d’engagement au sol face à la foule ou aux combattants pro-Gbagbo, les seuls soldats déployés dans les quartiers ayant été chargés de l’exfiltration des ressortissants étrangers se sentant menacés.
Des obus dans la ville Retour à la table des matières

Paris, comme l’ONU, s’est défendu « d’entrer en guerre » contre la Côte d’Ivoire, comme n’ont pas manqué de l’en accuser les partisans de Gbagbo. Côté français, la justification « politique » de l’intervention a été appuyée sur une série de constatations :

— les troupes de Laurent Gbagbo tiraient, depuis plusieurs semaines, des obus en pleine ville, notamment dans le grand quartier d’Abobo (une des places-fortes des partisans d’Alassane Ouattara) ;

— elles s’en prenaient également, depuis quelques jours, aux soldats, puis au siège de l’Onuci ;

— le vide sécuritaire, et le chaos s’installaient dans la capitale économique, ainsi que dans certaines villes de province, comme Duékué, dont la prise par les forces pro-Ouattara avait donné lieu à des massacres interethniques ayant fait plusieurs centaines de victimes ;

— le président sortant avait promis, naguère, de « braiser » la capitale, s’il son régime était attaqué, il a commencé au milieu de la semaine dernière à armer ses jeunes patriotes – le plus souvent des désœuvrés des quartiers, invités à servir de « boucliers » en cas d’attaque contre leurs champions, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé (son ministre de la jeunesse, qui avait déjà mené en 2004 des expéditions punitives contre la communauté française) ;

— l’exécutif ivoirien régulièrement élu (sous les auspices de l’ONU) restait assiégé depuis plus de trois mois dans l’hôtel Golf, à Abidjan, où il résidait depuis le scrutin, sans pouvoir exercer la plénitude de ses pouvoirs ;

— en outre, depuis plusieurs semaines, les accusations pointaient sans cesse le « double discours » de la dite communauté internationale : offensive en Libye, mais attentiste en Côte d’Ivoire …
Demande urgente Retour à la table des matières

L’habillage politico-juridique. Il est celui de la légalité internationale : les résolutions successives du Conseil de sécurité mandatent la force des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci) pour faire respecter cette légalité. Ban Ki-Moon, le secrétaire général de l’ONU, avait adressé dans une lettre datée du 3 avril une demande d’aide à Nicolas Sarkozy :

« Il est urgent de lancer les opérations militaires nécessaires pour mettre hors d’état de nuire les armes lourdes qui sont utilisées contre les populations civiles et les casques bleus. L’Onuci a identifié de multiples emplacements concernant ces armes. Etant donnés la nécessité de lancer les opérations contre tous ces emplacements de façon simultanée et les moyens militaires limités de l’Onuci, je vous serais reconnaissant de bien vouloir autoriser, de façon urgente, la force « Licorne », qui est mandatée par le Conseil de sécurité pour appuyer l’Onuci, à exécuter ces opérations conjointement avec l’Onuci. »

« Les hélicoptères des forces françaises visent des armes lourdes et des détachements de blindés utilisés contre la population civile », expliquait donc lundi l’état-major des armées à Paris, en réponse à la demande de l’ONU : des armes qui ont été utilisées ainsi ou pourraient l’être, mais qui dans l’immédiat sont bien des armes d’un belligérant contre un autre. Les frappes lancées par les troupes françaises et celles de l’ONU « visaient à protéger les civils et non à s’attaquer au président sortant Laurent Gbagbo », assurait le secrétaire général des Nations unies : certes, mais – comme dans le cas libyen – l’objectif final non-dit était bien de se débarrasser, d’une manière ou d’une autre, du fauteur de trouble du moment… ce qui semble avoir été fait.

Les Européens et les Américains s’en sont lavé les mains. Le président américain Barack Obama a simplement exhorté à nouveau lundi le président ivoirien sortant à respecter la volonté de ses compatriotes, et à « cesser de revendiquer la présidence ». Et Catherine Ashton s’est contentée, au nom de l’Union européenne, de répéter son message consensuel, mais qui n’implique aucune modalité pratique : « Alassane Ouattara est le président démocratiquement élu de la Côte d’Ivoire et Laurent Gbagbo (doit donc) se retirer immédiatement et se livrer aux autorités légales. La mission des Nations unies en Côte d’Ivoire doit pouvoir pleinement exercer son mandat de protéger la population civile. »

Des Européens tentés – comme le souligne notre confrère du site Bruxelles2 – de laisser la France se débrouiller, pour le meilleur ou pour le pire : elle a des relations historiques et encore des intérêts en Côte d’Ivoire, et connaît mieux le terrain. Les armées de ces pays sont occupées en Afghanistan, voire en Irak, et certaines en Libye : elles sont donc à la limite de leurs capacités. Certaines ont en outre des limites constitutionnelles à leur engagement sur le terrain : Allemagne, Autriche, Irlande. Et toutes doivent compter avec des restrictions budgétaires …

Quelques questions en suspens, parmi beaucoup d’autres :

— par qui sont pilotés ces hélicoptères armés de l’ONU [3] et quel est leur statut : sont-ils des « casques bleus » dépendants d’un pays, ou des sortes de mercenaires, l’ONU ayant pris le tournant de la « privatisation » de sa propre armée ?

— comment les « forces nouvelles » des ex-rebelles du nord ont-elles pu se reconstituer aussi vite et bien, au point de faire figure – sous le nom de Forces républicaines – d’une véritable armée-bis, avec équipement, encadrement, etc. ?

— comment Laurent Gbagbo, malgré quatre mois de sanctions économiques et autres, a-t-il fait pour fidéliser auprès de lui, jusqu’au bout, certaines unités d’élite de son armée ?

Et des interrogations majeures :

— comment la Côte d’Ivoire, où la légitimité est imposée à coups de canon (tout comme la « liberté » en Libye l’est en ce moment par le truchement des chasseurs de l’OTAN), va-t-elle pouvoir se relever ?

— l’arrivée au pouvoir de Ouattara, au surplus dans ces conditions dramatiques, marque-t-elle un basculement géopolitique, avec une Côte d’Ivoire plus nordiste et musulmane, ou la coupure entre les deux Cote d’Ivoire va-t-elle rester sensible, malgré le règlement du contentieux politique ?

— faut-il craindre, comme prix de ce rétablissement nécessaire d’une légalité internationale bafouée, le retour à une instabilité de fait, qui achèverait de mettre la Côte d’Ivoire à genoux, et ne serait pas sans conséquences sur toute cette fragile région ouest-africaine (Liberia, Guinée, Burkina) ?

 

Voir aussi : Rubrique Afrique, Côte d’Ivoire, La France pyromane, rubrique Politique internationale, Le maintient de l’ordre un savoir-faire français,  La Françafrique se porte bien,

Petit Bard : ACM responsable du retard du projet selon un rapport

Commandé par l’ANRU, l’agence nationale qui finance la rénovation du quartier, le document démontre que l’office HLM de l’agglo de Montpellier ne fait pas suffisamment d’efforts pour reloger les habitants. Les bisbilles politiques entre frêchistes et anti-Frêche ont donc aussi des conséquences sur des citoyens bien éloignés de la bataille pour le pouvoir. Montpellier journal publie le rapport et la note de synthèse.

Voir aussi : Rubrique Politique locale   Petit Bard Pergola rénovation urbaine rubrique Société Médias & banlieue, rubrique Justice Les rois du Petit bard, Délinquance en col Blanc

L’Egypte : une littérature d’idées

 

par Jean-Marie Dinh

La Marseillaise 07/04/11

 

Temple de Ramsès II

Une littérature captivante de l’ancienne civilisation aux chroniques urbaines contemporaines

Culture politique et esthétique populaire

L’Egypte a toujours tenu une grande place dans l’imaginaire collectif. Le dynamisme de la culture du pays traverse les millénaires. De Ramsès à Cléopâtre en passant par le panarabisme de Nasser et son rôle dans le mouvement des non alignés. Avec sa tirade «  Soldat du haut de ces pyramides quarante siècles vous contemplent», Napoléon himself, décrit avec étonnement le tableau qui se trouve devant lui. Mais ce que retient l’histoire prête toujours à caution. Les collections égyptiennes du Louvre ne doivent rien à l’expédition de Bonaparte. Dans  la petite histoire on apprend que battus par les soldats de la couronne britannique, les Français remirent aux vainqueurs toutes les antiquités. Dans Turbans et chapeaux, Sonallah Ibrahim offre une vision égyptienne de la campagne napoléonienne avec la profondeur et le sens de l’ironie qui lui est propre.

Après le retrait de l’armée napoléonienne, les échanges culturels entre les deux pays se poursuivent dans  le mouvement égyptien de « la renaissance ». Beaucoup d’étudiants égyptiens prennent le chemin de Paris, ce qui contribue à un important mouvement de traduction. A partir de 1882, la domination politique anglaise va renforcer l’influence culturelle française sous forme de protestations nationalistes des intellectuels.

Suivent la prise de conscience nationale qui voit l’abdication du roi Farouk en 1952 et l’arrivée de Nasser deux ans plus tard. Puis une succession de guerres : 1956, 1967 et 1973. Durant cette période, c’est dans ce pays en mutation que les écrivains égyptiens décrivent la société pour contribuer à la changer. Ce qui participe avec des auteurs comme Mahfouz a reconfigurer l’expression de langue arabe. L’aspiration à la liberté du peuple égyptien trouve sa place dans la littérature mondiale.

Auteurs contemporains

Il y a quelque temps, à l’occasion de la sortie de son roman Taxi,  Khaled Al Khamissi avançait que le bouillonnement des rues du Caire traduisait l’échec total du système politique. Face à cette impasse,  il s’inspire de  la colère collective, des émeutes, et des grèves dans les usines qui se multipliaient et  transpose cette matière littéraire à travers la réflexion des chauffeurs de taxi. Ce sont finalement les chauffeurs du Caire  qui dessinent la personnalité égyptienne de la rue. Le livre annonçait clairement ce qui vient de ce passer.

Alaa El Aswahny nous avait plongé lui au cœur du Caire dans un immeuble naguère prestigieux qui a perdu sa splendeur, où cohabitent toutes les classes sociales. L’immeuble Yacoubian a été porté à l’écran par Marwan Hamed. Alaa El Aswahny a signé depuis  : « J’aurais voulu être égyptien ». Un roman interdit où la fiction ne se départit pas d’une ironie très modérément appréciée par le pouvoir. « Le destin décide de notre sort de la même façon  que la main dirige la marionnette d’une poigne solide. »

En ce début de XXIe siècle la littérature exprime encore, avec une certaine sagesse, la colère l’humour et la désillusion, liés aux difficultés de vivre du peuple égyptien. Elle ouvre aussi les fenêtres sur l’espoir des Egyptiens d’être respectés en tant que citoyens. Reste à espérer que le départ de Moubarak permette à ses successeurs de libérer la culture du pays vers le destin qui lui est promis.

 

Livre. Redécouvrir Naguib Mahfouz avec Karnak Café.

Modernité boulversée et roman

La littérature égyptienne va chercher dans ses fissures identitaires. Comme dans toutes les nations du monde dont la culture fait partie de l’histoire universelle, elle permet de mieux comprendre l’âme humaine d’un peuple. A l’aube d’un nouveau jour égyptien, on se replonge avec plaisir dans l’œuvre de Mahfouz qui compte une cinquantaine de romans.  Prix Nobel de littérature en 1988, l’écrivain fait partie des auteurs que l’on garde en mémoire. Dans ses premières œuvres, il peint minutieusement la société traditionnelle en dressant un panorama qui porte le souffle patriotique d’une Egypte marqué du sceau de l’humain.  La démarche d’écriture a recours au réalisme, parfois cruel, qui recherche dans le passé pharaonique les raisons de la fierté d’un peuple. L’auteur de L’impasse des deux palais rend compte avec ses romans des bouleversements sociaux et politiques de son pays.  L’engagement descriptif de l’écrivain traduit aussi l’esprit de révolte si décisif dans l’histoire moderne du pays. Il appartient à une génération qui a vécu l’écrasement de l’armée égyptienne dans le conflit contre Israël en 1967. Les années 60 et l’échec des politiques post-révolutionnaires, marquent d’ailleurs un tournant dans son œuvre. L’auteur débouche sur un constat inquiet de l’évolution de la société.

Les éditions Actes Sud  viennent de traduire pour la première fois en français « Karnak Café ». Ecrit en 1971 et publié en 1974, cet audacieux roman de Naguib Mahfouz livre la chronique sociale d’une génération perdue. Le livre qui pointe la répression policière a eu un grand retentissement. L’action se passe au Caire au milieu des années 1960. Le narrateur entre au Al Karnak café géré par Qurunfula, une ancienne star de danse orientale dont il a reconnu l’éclat mué en beauté mélancolique. Dans ce lieu populaire se retrouvent trois étudiants. Tous se disent les enfants de la révolution de 1952. Il va faire leur connaissance mais un jour ils disparaissent. La guerre n’est jamais très loin et les petites histoires ouvrent sur la grande tragédie d’un peuple. Le roman dépeint la tyrannie du présent impérialiste et l’oubli qui pèse sur le passé. A travers l’ambiance d’un petit café où se confrontent les idées politiques  de trois étudiants, on découvre le microcosme d’une Egypte en train de perdre ses repères.

Décédé en 2006, Naguib Mahfouz est à l’origine d’un roman typiquement égyptien dont on trouve toujours trace chez les auteurs contemporains.

Karnak Café, éditions Actes Sud, 16 euro

 

Livre. Turbans et Chapeaux : Une histoire romancée de la présence française en Egypte qui dura trois ans et vingt et un jours.

Récit d’une relation orageuse

Sonallah Ibrahim a écrit ce roman en 2003 lors de l’invasion américaine en Irak

« Chaleur étouffante, atmosphère chargée de poussière. Je me jette dans la foule en furie. Dégoulinant de sueur, je trébuche sur un obstacle au milieu de la rue : un amoncellement d’ordures. » Ce moment pourrait avoir eu lieu à la suite de la charge à dos de chameaux des partisans de Moubarak. Sur la place Tharir où les mamelouks modernes du souverain ont brandi leur sabre devant un peuple affamé de démocratie. Mais il se déroule à midi le 22 juillet 1798. On  vient d’apprendre la défaite de Moura Bey et d’Ibrahim Bey. Les deux émirs rivaux sont en fuite et l’on annonce l’entrée imminente de Napoléon au Caire.

Le journaliste égyptien Sonallah Ibrahim signe avec Turban et chapeaux un récit parallèle aux chroniques de l’historien Jabarti témoin oculaire de la conquête de son pays par Bonaparte. On suit l’itinéraire d’un jeune disciple égyptien recruté comme aide bibliothécaire par L’Institut des arts et des sciences d’Egypte. Celui-ci tisse une relation avec Pauline Fourès, connue pour avoir été la maîtresse de Napoléon. C’est la fille d’une comtesse guillotinée pendant la Révolution française. Dans cette petite histoire qui côtoie la grande, le jeune Egyptien s’imprègne de son odeur de savon et Pauline lui apprend entre autre, à jouer du piano.

Sonallah Ibrahim qui a séjourné dans les prisons égyptiennes entre 1959 et 1964 a écrit ce roman historique en 2003 lors de l’invasion américaine en Irak. En toile de fond se propage la relation orageuse entre les Arabes et l’Occident. Il est vrai que l’idée de Bonaparte selon laquelle la guerre offensive soutient l’économie ne diffère en rien de celle de Bush père. La technique brutale s’enrobe de beaux principes. Avec une malice toute égyptienne, l’auteur ne manque pas de souligner qu’elle fait appel à la collaboration du pouvoir local. Et le lecteur prend toute la mesure de la propagande politique qui sévissait déjà à l’époque. « A la mosquée aujourd’hui, il se disait que le Prophète est apparu à Bonaparte et lui a demandé d’annoncer publiquement sa foi dans les piliers de la religion d’Allah. Bonaparte lui aurait alors demandé un délai d’un an, le temps de préparer son armée, ce que le Prophète lui aurait accordé. » Comme quoi les professions de foi politiques appellent toujours  des contre-enquêtes.

Turbans et Chapeaux, éditions Actes-Sud 22 euros.

 

Actualité éditoriale


Actualité Internationale

Deux mois après la chute de Moubarak, les manifestants protestent au Caire contre l’armée et à sa tête le maréchal Hussein Tantaoui, accusé de freiner les réformes. Plus d’un millier de manifestants occupait toujours dimanche 10 avril la place Tahrir au Caire au lendemain d’affrontements qui ont fait un mort, mettant en évidence les tensions autour de l’armée accusée de freiner les réformes, deux mois après la chute du président Moubarak.

Amnesty International a dénoncé dans un communiqué « l’usage excessif de la force par l’armée égyptienne », citant sur la foi de témoignages l’usage de matraques électriques et l’envoi de véhicules blindés qui ont fait de nombreux blessés en entrant dans la foule. L’armée a nié avoir agi avec brutalité et démenti des accusations selon lesquelles elle aurait ouvert le feu sur des manifestants. Elle les a qualifiés de « hors-la-loi » en laissant entendre qu’ils pourraient agir à l’instigation de partisans de Moubarak.

Ces événements témoignent d’une récente montée des tensions autour du rôle de l’armée, après une période de large consensus sur son action pour stabiliser le pays et organiser le retour à un pouvoir civil élu promis pour la fin de l’année.

AFP 10/04/11

 

Voir aussi : Rubrique Littérature Arabe, rubrique Egypte cinéma Egypte foisonnante, rubrique Histoire Histoire de l’Egypte chronologie, On Line Egypte une renaissance récusée, Rencontre Khald Al Khamissi,

Emmanuel Zemmour élu président de l’UNEF

Le 82e  congrès de l’UNEF  qui s’achève à Montpellier s’est conclu par l’élection de son président en la personne d’Emmanuel Zemmour de la tendance Majorité nationale. Celui-ci succède à Jean-Baptiste Prévos étudiant en Normal sup réélu en avril 2009. Âgé de 23 ans, Emmanuel Zemmour est étudiants à l’ENS (école normale supérieur) en master 1 économie. Il est adhérent à l’UNEF depuis quatre ans et membre du bureau national depuis deux ans où il a d’abord été en charge des questions universitaires avant d’être élu vice-président de l’Unef le 30 janvier dernier.

Seule candidat en lice pour prendre la tête du premier syndicat étudiant (L’UNEF dit compter 31.000 adhérents sur 2,2 millions d’étudiants au total, contre 30.000 en 2009), le nouveau président avait ouvert le congrès de Montpellier en marquant son attachement à imposer les aspirations des jeunes dans le débat public. « En refusant de nous écouter le gouvernement enfonce de plus en plus le pays dans la crise démocratique. »

Après avoir débattu du statut social de la jeunesse, des perspectives d’avenir syndicale et des moyens pour y parvenir, les 900 délégués étudiants ont approuvé les orientations du syndicat. La tendance Majorité national remporte 81,79% des voix, la tendance pour un UNEF unitaire et démocratique regroupe 11,78% des votes exprimés et la tendance refondation syndicale 6,43%. Elu à la proportionnelle, le nouveau bureau national a désigné sans surprise Luc Zémmour qui accède à la présidence pour deux ans.

Ce congrès est l’occasion d’affirmer que l’UNEF est une force de proposition mais aussi, et surtout, un moyen d’agir notamment sur l’emploi des jeunes. « Il faut tordre le coup à l’idée qui veut que les jeunes soient inemployables. Les entreprises raffolent des jeunes quand il s’agit de remplacer un CDI par un contrat précaire. Nous ne réclamons pas un statut dérogatoire comme les gouvernements successifs nous l’ont proposé. Nous réclamons le droit commun, un CDI pour tous avec une rémunération à la hauteur de nos qualifications. » a martelé le président en ouverture du Congrès. Vie étudiante, rénovation du diplôme de la licence, suivi critique de la loi LRU sur l’autonomie des universités, grand emprunt, les chantiers qui attendent M. Zemmour sont désormais nombreux.

Surtout, un an avant l’élection présidentielle. « Avec Emmanuel, c’est le changement dans la continuité », assure son prédécesseur Jean-Baptiste Prévost.

Jean-Marie Dinh

Voir aussi : Rubrique Education, rubrique Politique La part de vérité des acteurs du PSU,

Emmanuel Zemmour s’exprime  sur la dynamique qu’il compte insuffler à l’UNEF.