Au Sénégal, Abdoulaye Wade admet sa défaite face à Macky Sall

Macky Sall a été félicité par son adversaire, le président sortant Abdoulaye Wade, pour sa victoire à la présidentielle sénégalaise.

« Un démocratie Majeure »

« Ceci montre que notre pays est une démocratie majeure. Nous avons une population mature qui est capable de choisir de manière lucide et responsable, et cela est un encouragement pour moi », a déclaré de son côté Macky Sall après avoir voté, commentant le bon déroulement du scrutin.

Son programme électoral prévoit un renforcement des institutions démocratiques du pays et une réorganisation du secteur de l’énergie pour lutter contre les pannes de courant chroniques. Il promet aussi de réduire les taxes sur les produits de première nécessité, tels que le riz.

Macky Sall veut également relancer les initiatives visant à mettre un terme à la rébellion rampante en Casamance, naguère destination touristique de premier choix.

Le futur président sénégalais est un ancien proche d’Abdoulaye Wade, dont il fut tour à tour ministre de l’Energie et des Mines puis de l’Intérieur avant d’être nommé Premier ministre et de devenir, après la réélection de Wade en 2007, président de l’Assemblée nationale.

Il était tombé en disgrâce après s’être publiquement heurté au fils du président sortant, Karim Wade. Il est entré dans l’opposition en créant son propre parti, l’Alliance pour la République (APR-Yakaar).

Ce géologue et géophysicien de formation, qui a étudié à Dakar et à Paris, s’apprête désormais à devenir le quatrième président du Sénégal depuis l’indépendance, après Léopold Sédar Senghor (1960-1981), Abdou Diouf (1981-2000) et Abdoulaye Wade.

Jean-Loup Fiévet et Henri-Pierre André (Reuter)

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Coup d’Etat au Mali :les première sanctions économiques

La banque africaine de développement et la Banque mondiale ont conjointement suspendu leur aide au Mali, alors que la Commission européenne a mis entre parenthèses ses activités dans le pays.

Après les condamnations unanimes de la communauté internationale, les premières sanctions économiques. Au lendemain du putsch militaire dont a été victime le président malien Amadou Toumani Touré, la Banque africaine de développement (BAD) et le Groupe de la Banque mondiale ont annoncé vendredi 23 mars dans un communiqué commun qu’elles suspendaient leurs opérations dans le pays à l’exception de l’aide d’urgence.

> > Lire le récit des événements de la journée du jeudi 22 mars, et une synthèse de la situation au début de la journée de vendredi.

Les deux institutions « se joignent à l’Union africaine et à la Cedeao dans leur condamnation du coup d’État militaire ; ils en appellent à une résolution rapide de la crise et au rétablissement d’un gouvernement constitutionnel, en vue de préserver les acquis en matière de développement de ce pays et de son peuple », indique le communiqué.

Le commissaire au Développement de la Commission de l’Union européenne, Andris Piebalgs a de son côté  « décidé de suspendre temporairement les opérations de développement de la Commission européenne dans le pays jusqu’à ce que la situation se clarifie ». Mais « cette décision ne concerne pas l’aide humanitaire », a indiqué le commissaire au Développement, rapporte l’AFP.

Washington réexamine son aide

Bruxelles avait décidé d’allouer 583 millions d’euros d’assistance au développement pour le Mali sur la période 2008-2013. Une aide destinée à des programmes de lutte contre la pauvreté, d’amélioration de l’accès à l’eau potable, ainsi que de soutien au renforcement de la sécurité. Jeudi, les États-Unis ont annoncé avoir avoir débuté le réexamen de leur aide annuelle de 137 millions de dollars (près de 103,5 millions d’euros), dont la moitié est humanitaire. Selon la porte-parole du département d’État, Victoria Nuland, aucune décision n’est pour le moment arrêtée.

Sur le plan politique, le Niger a ajouté son nom à la longue liste de pays condamnant l’action des putschistes. « Le Niger suit avec préoccupation et une totale désapprobation l’évolution de la situation au Mali (…) condamne tout changement anticonstitutionnel et en l’occurrence la remise en cause du processus démocratique en république sœur du Mali », déclare le communiqué du gouvernement lu à la radio publique nigérienne.

« Le gouvernement du Niger exige le retour de l’ordre constitutionnel, la libération des personnalités arrêtées, l’arrêt des violences et la préservation de la sécurité publique » au Mali, ajoute le texte.

AFP
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Les nègres : Le grotesque salvateur

 

Après sa relecture des Nègres, le metteur en scène Emmanuel Daumas, parle de mise en abîme à l’infini, à propos du texte de Genet. Ce qui l’a poussé à aller chercher ses comédiens en Afrique. Il a rencontré au Bénin des comédiens prêts à donner suite à l’idée qui le taraudait : mettre en scène des jeunes qui puissent dire leur quotidien urbain en faisant paraître leur ressenti sur la manière dont les blancs les perçoivent et « qu’ils déconnent avec ça ».

Le résultat sur scène nous entraîne sur un fil sensible. La puissante présence des comédiens qui campent le plateau en appuyant sur le mauvais goût s’écarte des critères de la bienséance. On néglige la diction chère au théâtre classique au profit d’un langage corporel, tout paraît plus libre. Étrange sensation que d’éprouver un autre monde qui est pourtant le nôtre, celui de la cruauté et de la barbarie, celui de l’absurdité, de la honte, celui des célébrations travesties…

On est bien dans l’esprit de l’auteur qui voulait prendre les blancs à leur propre jeu. Genet a écrit ce texte à la fin des années 50, dans les années 70, il s’est investi aux côtés des Black Panthers. C’était un type convaincu et peu fréquentable qui mettait du blanc sur les visages noirs et du noir sur la peau noire en faisant ressortir la bouche bien rouge et les dents bien blanches, comme dans The Very Black Show de Spike Lee.

Cinquante ans plus tard, la confrontation entre le noir africain et le blanc français demeure ambiguë. La décolonisation institutionnelle s’est bien accomplie, mais elle n’a pas été suivie d’une décolonisation des esprits. Est-ce au théâtre d’en chercher les raisons ? Peut-être pas, mais le théâtre, pour Genet en tout cas, reste un art provocateur et subversif. Dans la pièce les nègres parlent aux morts.

Jean-Marie Dinh

Théâtre des 13 Vents, jusqu’à vendredi, résa 04 67 99 25 00.

Théâtre Trioletto

Hb Project, Les Européens d’Howard Barker

Howard Barker

Nous n’aurons pas peur des monstres ; nous serons capables d’être monstrueux et de mon(s)trer les monstres. Auteur anglais contemporain sulfureux, Barker décrit une humanité cruelle par nature et, paradoxalement, toujours séduisante d’intelligence et de lucidité. Dans les années 80, sa langue prend un tournant radical en rompant définitivement avec la narration et le sens, explorant avec rigueur l’effondrement du discours. Les thèmes très présents de la mutilation, et des violences spectaculaires ou invisibles font de son théâtre une œuvre puissante. Mise en scène de Stefan Delon

Au Théâtre Trioletto jusqu’au 23 mars à 20h30, entrée libre Résa Crous : 04 67 41 50 09.

Démocratie locale : Le T A juge illégales deux mentions du règlement intérieur de la région

Le tribunal administratif de Montpellier a fait annuler le 28 février 2012 deux mentions du règlement intérieur du conseil régional Languedoc-Roussillon restreignant les droits d’amendement et d’expression des conseillers régionaux.

France Jamet, présidente du groupe d’élus Front National au conseil régional Languedoc-Roussillon, demandait depuis août 2010 à la justice administrative l’abrogation de quatre paragraphes de l’article 27 du règlement intérieur du conseil régional du 13 avril 2010. Le 28 février, le tribunal administratif de Montpellier a considéré que certains des points contestés permettaient la « rationalisation » des travaux des commissions et du débat en assemblée mais il a jugé illégaux deux passages et exigé leur abrogation dans les deux mois. « Le droit d’amendement, rappelle le tribunal, est un droit inhérent au pouvoir de délibérer des élus locaux. S’il appartient à la collectivité territoriale de réglementer ce droit, il ne saurait légalement le faire qu’à la condition de ne pas porter atteinte à son exercice effectif. »

Inscription des amendements – Selon le règlement intérieur contesté, le président décide de l’inscription des amendements examinés par les commissions à l’ordre du jour de la session plénière, et si un amendement peut être présenté directement en séance, le président a le droit de le renvoyer en commission. Le règlement ne précise pas, relève le tribunal, si le texte concerné est alors renvoyé ou examiné… Ces éléments combinés donnent au président de la région la « maîtrise totale sur les projets d’amendement pouvant être admis à la délibération », ce qui « porte une atteinte excessive au droit d’amendement des conseillers régionaux ». A aussi été jugée illégal un alinéa interdisant toute explication de vote sur un amendement, pour méconnaissance du droit d’expression des conseillers régionaux.

La région n’a pas tardé à obtempérer : elle a fait voter l’abrogation du paragraphe et de l’alinéa illégaux à sa session du 2 mars.

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Tueries de Toulouse et Montauban : « l’Oslo » de la France

Stage commando de l'équipe de France

Les crimes de Toulouse, Montauban, et de nouveau Toulouse, coïncidant avec la campagne électorale, risquent de générer emballements et récupérations de toutes sortes. Il y a suffisamment d’horreur dans ces drames pour tenter d’échapper à ces pièges qui sont tendus aux Français et à leurs représentants politiques.

Un caractère « communautaire »

Le lien a été établi par les enquêteurs entre ces trois actes criminels.

Il y avait déjà un point commun à toutes les victimes de cette série noire de meurtres froids : elles ont toutes un caractère « communautaire », issues de « minorités » au sein de la communauté nationale. Les tués sont d’origine maghrébine, ou antillais, musulmans ou juifs

Qu’ils portent l’uniforme de l’armée française, ou qu’il s’agisse d’enfants, cette « différence » en a fait semble-t-il des cibles, et c’est déjà en soi insupportable.

Sans tenter, à ce stade, d’identifier le ou les auteurs, ni de tirer trop vite des conclusions, cet événement m’a immédiatement fait penser à la tuerie d’Oslo l’été dernier, la vengeance contre la société d’un extrémiste isolé, allé jusqu’au bout de sa folie.

Oslo, c’était une agression terrifiante contre la société norvégienne toute entière, et celle-ci a réagi avec force, unité, sans récupération de la douleur ou tentative de tirer la couverture à soi. Elle en est sortie meurtrie mais pas affaiblie.

Une épreuve et un test

Il faut espérer, malgré le contexte électoral qui exacerbe toutes les passions, que la réaction sera de même nature : une solidarité sans faille avec les victimes et leurs familles, toutes les victimes sans choisir la « sienne », une cohésion autour des valeurs de la République, une réaffirmation du refus de l’exclusion de ceux qui seraient « différents ».

Ces meurtres sont une épreuve et un test. Pour la société française autant que pour les candidats à la présidence qui seront jugés, jaugés, à l’aune de leurs réactions, de leurs émotions, de leurs positionnements passés ou présents.

Comme à Oslo, il faut espérer que le pays en sortira plus fort, et saura mettre en échec le ou les tueurs de Toulouse et Montauban, quelles que soient leurs véritables motivations.

Pierre Haski (Rue 89)

Voir aussi : Rubrique Norvège Démocratie après les attentats d’Oslo,