Florence Aubenas juge les déclarations de Guéant Très blessantes

La journaliste Florence Aubenas, ex-otage en Irak, a jugé lundi « très blessant » le commentaire du secrétaire général de l’Elysée Claude Guéant, qui a estimé, à propos des journalistes de France 3 enlevés en Afghanistan, que le « scoop ne devait pas être recherché à tout prix ». « Je trouve cela très blessant, et pour eux et pour les familles. J’espère très profondément qu’on ne leur fera pas entendre cela, parce que c’est pour eux un motif de désespoir terrible », a-t-elle indiqué lors d’une interview sur Public Sénat. Interrogé dimanche sur le sort des deux journalistes, M. Guéant a assuré qu’ils étaient « en vie ». « Ils font courir des risques aussi à beaucoup de nos forces armées qui, du reste, sont détournées de leurs missions principales », a-t-il ajouté, soulignant le « coût tout à fait considérable » de cet enlèvement.

« On parle de la liberté d’informer et on vient leur dire que l’addition est lourde. Elle est d’abord lourde pour eux (les otages, NDLR) », a réagi Florence Aubenas. « Je suis très surprise parce jusqu’à présent il avait été recommandé à toute la profession d’être très discrète sur ce dossier, et ne même pas donner le nom des journalistes enlevés », a-t-elle ajouté. « Tout le monde s’y est tenu. Je suis très étonnée que cette discrétion soit rompue par ceux qui la demandent, par le gouvernement lui-même, et profitent que deux personnes soient en détention pour instruire un procès contre eux, un procès que je trouve malvenu en ce moment », a-t-elle dit. Florence Aubenas, à l’époque journaliste à Libération, a été enlevée et détenue en otage en Irak de janvier à juin 2005.

AFP

Soutien aux deux journalistes détenus en Afghanistan.

Après les propos controversés de Claude Guéant, sur «l’imprudence coupable» des deux reporters de France 3 enlevés en Afghanistan, leurs amis et confrères demandent aux responsables politiques de «faire preuve de retenue». Le vent se lève soutient cet appel.

«Nous, amis et soutiens des deux journalistes et de leurs accompagnateurs afghans comprenons et respectons les consignes de silence et de discrétion autour de leur enlèvement afin de ne pas gêner les négociations qui s’engageraient avec les ravisseurs. Pour autant, nous ne pouvons pas admettre que des responsables politiques mettent en cause la probité professionnelle de nos confrères et amis. Les journalistes de France Télévision enlevés sont tous deux très expérimentés, avec chacun plus de vingt ans d’expérience professionnelle sur de nombreux théâtres d’opération. Afghanistan, Proche Orient, conflit de l’ex-Yougoslavie, Rwanda, guérillas du Cambodge, ex-URSS, ils ont effectué de nombreux reportages dans des pays en guerre. C’est à ce titre que la rédaction de France 3 leur a confié cette mission d’information en Afghanistan.

Journalistes et amis, nous n’accepterons pas que la réputation de nos confrères soit salie et diminuée alors même qu’ils sont encore aux mains de leurs ravisseurs et qu’ils n’ont pas encore livré le récit de leur enlèvement. Les propos tenus sont outrageants au regard du parcours professionnel de nos confrères, des risques qu’ils ont encourus avec certains d’entre nous pour informer le public lors d’autres conflits et des motivations profondes qui les guident dans l’accomplissement de leur métier. Le dénigrement de nos confrères est en outre très blessant pour les familles. Et puisque la recommandation est à la discrétion, nous aurions souhaité que les responsables politiques soient les premiers à faire preuve de retenue. Loin des contre-vérités et des polémiques. L’Etat doit assistance à tout citoyen français, fût-il journaliste.»

Vous pouvez signer l’appel ici, ou rejoindre le groupe de soutien, .

Voir aussi : Rubrique Médias , Montpellier soutien, rassemblement de soutien aux otages ,exemple pratique d’un petit soldat du journalisme , entretien avec Florence Aubenas,

Hypothèses sur les raisons du moindre attrait des idées du FN

Chronique publiée dans Le Monde (17/01/10)

Les idées du FN perdent du terrain », a titré Le Monde à la « une » de son édition du 15 janvier. Le fait est indéniable, si l’on s’en tient – ce dont il s’agissait alors – aux résultats du sondage TNS Sofres/Logica pour Le Monde et « A vous de juger »/France 2, réalisé les 4 et 5 janvier auprès de 1 000 personnes. Comparé à une enquête similaire effectuée en décembre 2006, il montre que le taux d’adhésion global aux idées de Jean-Marie Le Pen est passé, en trois ans, de 26 % à 18 %. Chacune des propositions suggérées a connu un recul sensible au cours de cette même période, de – 3 points (« Il faut rétablir la peine de mort ») à – 15 points (« Il y a trop d’immigrés en France »).

Le débat commence à s’ouvrir lorsqu’on s’interroge sur les raisons de ce moindre attrait des idées du FN. On peut avancer une explication de type sociétal, qui rejoindrait la thèse récemment développée par le démographe Emmanuel Todd dans ces colonnes (Le Monde du 28 décembre 2009). « La réalité de la France est qu’elle est en train de réussir son processus d’intégration (…) grâce à un taux élevé de mariages mixtes », assurait M. Todd, qui ajoutait : « Le signe de cet apaisement est précisément l’effondrement du Front national. » Si l’on peut penser qu’il est effectivement à l’oeuvre, dans la durée et les tréfonds de la société, ce facteur ne suffit toutefois pas à expliquer l’infléchissement observé après décembre 2006.

Il reste les explications de nature politique. L’usure du Front national, le vieillissement de son chef, ont certes pu contribuer à réduire son champ d’influence. L’hypothèse que l’on retiendra ici est que l’élément moteur est la campagne présidentielle victorieuse menée en 2007 par Nicolas Sarkozy. C’est bien l’ombre de ce dernier qui apparaît en filigrane des courbes du baromètre. Pour se convaincre de son rôle en la matière, il suffit d’observer l’évolution – atypique – de l’adhésion à la proposition « Il faut donner beaucoup plus de pouvoirs à la police », qui est passée de 76 % en mai 2002 à 53 % en novembre 2003, alors que M. Sarkozy était ministre de l’intérieur depuis dix-huit mois. Le futur chef de l’Etat avait alors mis à profit son passage Place Beauvau pour engager ce qui reste, à ce jour, la seule véritable « rupture » qu’il ait menée à bien : être le héraut d’une droite dite « décomplexée ». Traduction : une droite qui ne tourne plus le dos aux électeurs du FN, mais s’efforce, au
contraire, de prendre en compte leurs aspirations et leurs préoccupations, afin de les ramener dans son giron.

Ce fut une volte-face. Jusqu’alors, sous l’impulsion de Jacques Chirac et Alain Juppé, la direction du RPR avait déployé d’intenses efforts pour imposer à ses élus ainsi qu’à une base récalcitrante une stratégie de cordon sanitaire. Le point d’orgue de cette bataille eut lieu lors des élections régionales de 1998, alors que le RPR était présidé par Philippe Séguin, et avait pour secrétaire général… M. Sarkozy. Pour contenir – puis condamner – les alliances nouées avec le FN par certains élus (ex-UDF), comme Charles Millon en Rhône-Alpes, le discours tenu depuis les instances dirigeantes du RPR jusqu’au plus haut sommet de l’Etat fut clair et net. Le 23 mars 1998, dans une allocution télévisée, M. Chirac avait dénoncé la « nature raciste et xénophobe » du parti de Jean-Marie Le Pen, et « désapprouvé » le choix de « celles et ceux qui ont préféré les jeux politiques à la voix de leur conscience ». Non sans courage et abnégation, les lointains héritiers du mouvement gaulliste ont alors fait feu de tout
bois contre l’extrême droite, ses élus, et ses idées. A cette époque, le taux d’adhésion à ces mêmes idées, tel que le mesurait déjà notre baromètre, progresse dans la société française.

Hypothèse : une idée est d’autant plus attrayante qu’elle est dénoncée par le pouvoir en place. Le 23 janvier 2001, mettant un terme à une longue traversée du désert, M. Sarkozy publie un ouvrage, Libre, dans lequel il s’interroge : « Pourquoi donc serait-il noble d’être de gauche, et faudrait-il s’excuser d’être de droite ? » Sa réponse est dans la question. Elle va guider, jusqu’à la présidentielle de 2007, sa conquête de l’électorat de droite ; et d’une bonne partie de celui de l’extrême droite. Electoralement payante, la tactique a un prix. Non pas en termes d’alliances, ni même de programme : un abîme sépare fort heureusement la politique conduite par le gouvernement des préconisations de l’extrême droite. Mais parce que rien n’est gratuit, la facture à payer est sur le terrain des idées et des mots. Pour gagner l’adhésion des anciens électeurs du FN, puis s’employer à ce qu’ils ne quittent pas le navire, M. Sarkozy a dû – et doit encore – leur envoyer des « signes ». L’un des principaux a été la création d’un ministère de l’immigration et de l’identité nationale, puis le lancement d’un « grand débat »
sur ce thème. « On ne se sent plus vraiment chez soi en France » : le taux d’adhésion des Français à cette affirmation a chuté de 9 points depuis décembre 2006. Hypothèse : une idée est nettement moins attrayante dès lors qu’elle semble suggérée par le pouvoir en place. Les idées du FN ont-elles vraiment perdu du terrain ? Le débat reste ouvert.

Jean-Baptiste de Montvalon

Voir aussi : Rubrique politique Sarkozy discours de Latran, Le corpus nationaliste de Sarkozy ,

Sebastian Pinera remporte l’élection présidentielle au Chili

 

Sebastian Pinera

Le milliardaire de droite Sebastian Pinera a remporté dimanche le second tour de l’élection présidentielle au Chili face à Eduardo Frei, mettant fin à 20 ans de domination de centre gauche sur la vie politique du pays. Pinera a récolté près de 52% des suffrages contre à peine plus de 48% à Frei, candidat de la coalition de gauche, qui a rapidement reconnu la victoire de son adversaire. « Je tiens à féliciter Sebastian Pinera », a dit l’ancien président, au pouvoir de 1994 à 2000. « Je lui souhaite de réussir pendant son mandat. » La victoire de Pinera, âgé de 60 ans, marque un retour de la droite sur la scène politique en Amérique du Sud, où la gauche a enchaîné les victoires électorales ces dernières années, de Montevideo à Buenos Aires et de Caracas à La Paz. « Nous avons besoin d’un État fort et efficace avec plein de muscles et peu de graisse », a déclaré Pinera devant des milliers de partisans en liesse dimanche soir à Santiago. « Nous avons besoin d’un État qui aide les gens dans le besoin et les classes moyennes à aller de l’avant », a ajouté le milliardaire, qui prendra ses fonctions au mois de mars.

C’est la première fois que la droite devance la gauche dans une présidentielle au Chili depuis la fin de la dictature du général Augusto Pinochet et le retour de la démocratie en 1990. La très populaire présidente sortante, la socialiste Michelle Bachelet, ne pouvait légalement briguer un nouveau mandat. Mais nombre de Chiliens s’étaient dit déçus par la coalition de centre-gauche « Concertacion », estimant que le gouvernement aurait pu mieux utiliser les milliards de dollars de revenus tirés de l’exploitation du cuivre. Ils semblaient également lassés par la vieille garde politique du pays. « DE L’AIR FRAIS » « Les gens voulaient du changement. Ils voulaient respirer après 20 ans de règne de la Concertacion », a déclaré Patricia Acosta, une publiciste de 39 ans célébrant la victoire de Pinera.

Formé à l’université américaine de Harvard, Pinera est classé 701e fortune mondiale par le magazine Forbes. Il était le favori des marchés financiers. Soucieux de faire entrer « de l’air frais » et d’apporter du « changement » au pays, le candidat de la droite a su se démarquer de l’héritage de la dictature militaire, endeuillée par la mort ou la « disparition » de plus de 3.000 personnes et quelque 28.000 cas de torture. L’un de ses frères fut ministre de Pinochet et une partie de son entourage a travaillé pour la dictature. L’homme d’affaires, qui a fait fortune en introduisant les cartes de crédit au Chili, s’est engagé à relancer l’économie en créant un million d’emplois. Il promet un taux de croissance annuel de 6% grâce à des allègements fiscaux pour inciter les entreprises à recruter. L’économie du Chili, qui repose sur le cuivre et les exportations de saumon, d’agrumes et de vins, émerge de sa première récession en dix ans. Ses détracteurs estiment que le projet de Pinera dépend trop largement de la capacité du secteur bancaire à créer des emplois et d’une reprise générale progressive assortie d’une demande maintenue pour le cuivre. Il risque aussi d’avoir des difficultés à faire adopter ses réformes à un Congrès divisé. Il a promis par ailleurs de céder ses parts dans la compagnie aérienne LAN avant sa prise de fonctions en mars. Certains analystes estiment que le ralliement à Frei du producteur de films Marco Enriquez-Ominami – arrivé en troisième position au premier tour avec 20% des voix -, mercredi, a été trop tardif et trop tiède pour lui permettre une victoire qui aurait été autrement arithmétiquement logique.

Reuter

Voir aussi : Rubrique Amérique Latine , Chili,En finir vraiment avec l’ère Pinochet , On Line, Du retour des Chicago boys,

Venezuela: Chavez exproprie une chaîne d’hypermarchés franco-colombienne

hugo-chavezLe président socialiste du Venezuela Hugo Chavez a ordonné dimanche l’expropriation de la chaîne d’hypermarchés franco-colombienne Exito (groupe Casino), accusée d’avoir augmenté ses prix à des fins « spéculatives » après la dévaluation de la monnaie locale le 8 janvier.
« La chaîne Exito passe sous contrôle de la République, en raison de nombreuses infractions aux lois vénézuéliennes », a déclaré M. Chavez sous les applaudissements lors de son programme radio-télévisé hebdomadaire, « Alo Presidente » (Allo Président). « Jusqu’à quand allons-nous permettre qu’une multinationale vienne faire cela ici? J’ordonne que l’on ouvre une enquête et j’attends la nouvelle loi pour entamer une procédure d’expropriation de la chaîne Exito », a ajouté le chef de file de la gauche radicale latino-américaine. M. Chavez a demandé au parlement, où ses partisans sont largement majoritaires, d’adopter « en urgence » une réforme de la loi de défense du consommateur, afin de permettre à l’Etat d' »exproprier » les commerces qui augmentent leurs prix à des fins « spéculatives ».

La chaîne colombienne Exito, dont l’actionnaire majoritaire est le groupe français Casino, possède plusieurs grands magasins au Venezuela.     « Cela doit passer sous contrôle de la nation. Cela peut faire partie de Comerso », a affirmé M. Chavez, en faisant référence à la Corporation de Marchés socialistes, un nouveau réseau de commerces vendant à des prix cassés divers types de produits. Il y a dix jours, le gouvernement a dévalué le bolivar, qui s’échangeait depuis 2005 au taux de 2,15 bolivars pour un dollar, et instauré un double taux de change pour stimuler la production nationale, dans un pays largement importateur.

Le bolivar s’échange désormais à 2,60 bolivars pour un dollar pour les importations des produits de base (santé, alimentation, équipements) et à 4,30 bolivars pour les autres (voitures, télécommunications, électronique…). Les économistes redoutent que cette dévaluation n’alimente l’inflation dans un pays où les prix ont augmenté de 25% en 2009. Par peur d’une valse des étiquettes, bon nombre de Vénézuéliens se sont rués dans les magasins au lendemain de l’annonce gouvernementale pour acheter notamment des appareils électroménagers importés.     En réaction, le président Hugo Chavez avait menacé d’exproprier les commerçants qui augmenteraient les prix de manière abusive.     Peu après, un hypermarché de Caracas appartenant au groupe Exito avait été le premier magasin investi par la garde nationale. Des dizaines d’autres commerces ont depuis subi le même sort.

M. Chavez, arrivé au pouvoir en 1999, a déjà exproprié plusieurs entreprises vénézuéliennes et étrangères depuis 2007 dans le cadre de sa politique de nationalisations de plusieurs secteurs stratégiques, comme le pétrole, l’électricité, les télécommunications, la sidérurgie, le ciment ou les banques.

Le Miniaturisme ludique de Marie Roanet

tresorUn petit livre très beau de Marie Rouanet paru aux éditions Albin Michel. Son titre, Trésors d’enfance, ne trompe pas sur la marchandise. Après s’être intéressée de près à la provenance des protéines animales qui finissent dans nos assiettes dans Mauvaises nouvelles de la Chair, l’auteure biterroise se penche cette fois sur ce qui a réjoui le cœur de son enfance. De courts textes, simples, mis bout à bout qui constituent le grand univers des petits riens, celui du bonheur de l’enfance. Un espace onirique, pas dénué d’espiègleries s’ouvre avec le mode d’emploi en prime. Du noyau d’abricot dont il faut percer le flan pour en faire un sifflet  » au mot magique de l’enfance Cul !  »  que l’on prononce avec malice pour désigner le fruit du géranium, la nature est omniprésente. Ce parcours surprenant dans l’exploitation enfantine de la botanique régionale évoque les chants poétiques de Lucrèce.Avec ses mots, Marie Rouanet prend le temps de redessiner l’espace épicurien où nos yeux s’étonnent à chaque nouveau regard. Gardez le papier d’argent de vos chocolats, lissez-le soigneusement, nous conseille Marie Rouanet, glissez-y des compliments et autres bonnes surprises de votre invention et offrez-les.  » Le bruit courait que si nous arrivions à en posséder un kilo, notre fortune serait faite, car nous ne doutions pas que ce papier fût du métal mais son poids presque inexistant décourageait nos désirs de fortune. « 

Jean-Marie Dinh

Trésor d’enfance , éditions Albin Michel 12,9 euros