La Chine traduit ses paroles en actes avec un cours du yuan en hausse

Conformément à ses engagements du week-end, la Chine a introduit une première dose de souplesse dans son système de taux de change, avec un cours pivot du yuan en nette hausse face au dollar mardi, à quelques jours de l’ouverture du sommet du G20.

La Banque centrale a fixé un cours pivot de 6,7980 yuans contre le dollar, après 6,8275 lundi –soit une hausse du yuan de 0,43%. Ce cours représente le seuil autour duquel la monnaie chinoise fluctue quotidiennement, dans une limite de plus ou moins 0,5% en ce qui concerne le dollar. Il est basé sur la moyenne des taux évalués par des teneurs de marché mais reste déterminé par la Banque centrale, qui a averti dimanche qu’elle continuerait de privilégier la stabilité de sa monnaie. La veille, l’institut avait aussi affirmé son intention de poursuivre la réforme de son taux de change et d’insuffler plus de souplesse au système.

 Pour les analystes, Pékin a assorti ses promesses de son premier geste concret mardi, sans pour autant lâcher la bride ni être prêt à une appréciation trop forte pour le bien-être de ses exportateurs. « La Chine a soutenu ses paroles par des actions et le président Hu (Jintao) va arriver à Toronto avec la preuve tangible que le pays est sérieux sur la question d’une souplesse accrue du taux de change », a commenté Brian Jackson de Royal Bank of Canada, qui prévoit des gains « limités » et néanmoins « significatifs » face au dollar dans les prochaines semaines.

Nombre d’analystes avaient estimé que les déclarations de la Banque centrale visaient à apaiser les critiques étrangères avant le sommet du G20 de Toronto (26 et 27 juin). Les partenaires commerciaux de la Chine, surtout les Etats-Unis, ont renouvelé leurs pressions ces derniers mois en faveur de l’appréciation du yuan. Ils fustigent sa sous-évaluation, estimant qu’elle baisse artificiellement le prix des exportations de la Chine et induit des déséquilibres dans l’économie mondiale.

Les annonces de la Banque centrale ont aussi été considérées comme le signe que le yuan allait de nouveau pouvoir s’apprécier face au dollar, après deux ans de stagnation. Cela a propulsé la monnaie chinoise sur le marché interbancaire lundi à son plus fort niveau contre le dollar depuis la réforme du sytème chinois de taux de change de juillet 2005, qui avait désarrimé le yuan du dollar pour l’adosser à un panier de devises.

« Nous nous attendons à des mouvements d’envergure, dans les deux sens, avec un déplacement global vers un yuan plus fort. Mais le G20 terminé, le rythme d’appréciation devrait se ralentir », a estimé Mark Williams, de Capital Economics dans une note. Mardi, sur le marché interbancaire, le yuan s’est tout d’abord encore renforcé avant de retomber à 6,82 contre le dollar, en raison, selon l’agence Dow Jones Newswires, d’une forte demande pour la monnaie américaine. L’agence fait état de spéculations selon lesquelles des banques chinoises, à l’origine de cette demande de dollars, auraient pu être encouragées par la Banque centrale, décidée à montrer qu’un taux de change plus souple veut dire des mouvements dans les deux sens.

Le fait est que le yuan profite depuis lundi de l’amplitude de la bande de fluctuation, après ses mouvements étriqués des deux dernières années, qui l’ont vu de facto re-chevillé au billet vert. Et en fixant mardi un cours pivot au niveau de la clôture la veille sur le marché interbancaire, « les autorités ont confirmé qu’elles avalisaient » les mouvements vers le haut de la bande de fluctuation, a souligné Mitul Kotecha, analyste de Crédit agricole à Hong Kong. « Mais il n’y aura pas de mouvement d’appréciation agressif d’ici à la fin de l’année ».

AFP

Pour une critique de l’édition dominante

Parce que le livre est un média, il ne peut pas échapper à la critique des médias. Son industrie est concernée par des problématiques similaires à celles de la presse écrite ou de la télévision : exigence de rentabilité et de rapidité. Etouffée par un puissant oligopole qui fabrique, diffuse et promeut une grande partie des livres, l’édition alternative doit se retrousser les manches pour survivre. Nous reproduisons ci-dessous l’intervention d’Antoine Schwartz lors du jeudi d’Acrimed du 27 mai 2010 consacré à ce sujet. (Acrimed)

En 1999, l’éditeur franco-américain André Schiffrin publiait un ouvrage au titre équivoque (et fort bien trouvé) : L’édition sans éditeurs [1] (La Fabrique). Il y racontait la manière dont la maison à laquelle il appartenait, Pantheon Books, s’était fait racheter par des géants du secteur. Réputée pour son catalogue exigeant, elle avait alors subi une restructuration drastique au point que Schiffrin décide de la quitter pour fonder sa propre boutique, indépendante et engagée, The New Press.

La même année, Pierre Bourdieu publiait dans la revue scientifique, Actes de la recherche en sciences sociales, un article intitulé « Révolution conservatrice dans l’édition » (n°126-127, année 1999). Le sociologue y décrivait le secteur de l’édition comme un espace autonome organisé selon des logiques à la fois économiques et symboliques : tout oppose, par exemple, la grande maison d’édition commerciale qui privilégie les best-sellers américains au petit éditeur qui met un point d’honneur à publier des écrivains difficile d’accès, et à la diffusion restreinte. Bourdieu soulignait en conclusion l’emprise croissante des logiques économiques sur le secteur, et le risque pour l’édition française de subir une normalisation menée au nom des diktats de la rentabilité.

Les faits donnaient raison à ces inquiétudes. Un processus de concentration était à l’œuvre : en 2004, il devait prendre un tour spectaculaire avec, d’une part le rachat du Seuil par La Martinière, et d’autre part celui de la majeure partie du géant de l’édition, Editis, propriété de Vivendi, par Wendel Investissement. Tout un symbole : Wendel Investissement était en effet, non pas un groupe d’édition, mais un holding financier – à ce titre peu préoccupé de poésie –, qui plus est dirigé par une personnalité bien connue, le baron Ernest Antoine Seillière, alors président du MEDEF (Mouvement des entreprises de France).

Qu’en est-il aujourd’hui ? « La situation actuelle est bien pire que ce que je dépeignais [il y a dix ans], pire que ce à quoi je m’attendais », écrit Schiffrin en ouverture de son nouvel ouvrage L’argent et les mots [2]. Le diagnostic critique formulé à l’époque par cet auteur (et d’autres [3]) conserverait, à l’entendre, toute son actualité. On se propose donc d’y revenir, brièvement, en quatre points.

L’étau de la rentabilité

Le premier problème se trouve être, bien sûr, celui de la concentration, qui soumet des pans entiers du secteur à des grandes multinationales qui, pour certaines, contrôlent toute la chaîne du livre, depuis sa conception jusqu’à sa distribution dans les points de vente. Aujourd’hui, en France, deux mastodontes dominent le secteur. Le premier est Hachette Livre, qui appartient au groupe Lagardère. Avec un chiffre d’affaire de 2 159 millions d’euros en 2008 (et près de 20% de part de marché), il est le premier éditeur français et le 2e groupe d’édition au niveau mondial. Il possède des dizaines de « marques » – selon l’expression des gestionnaires – telles Armand Colin, Calmann-Lévy, Stock, Fayard, Grasset, Hachette, Hatier, Lattès, Larousse, etc. Le deuxième géant est Editis, acheté 650 millions d’euros par Wendel Investissement et revendu pour plus d’un milliard à Planeta, une entreprise espagnole – une opération dont le bénéfice fait figure de record en la matière. Editis comprend, entre autres, La Découverte, Le Cherche-midi, Perrin, Plon, Robert Laffont, XO, Nathan, etc. D’autres groupes (un peu) moins puissants pèsent également de tout leur poids, tels Albin Michel, Flammarion (RSC Mediagroup), Gallimard, France Loisirs (Bertelsmann), La Martinière et Médias-participation. Aux marges de l’oligopole, les petites et moyennes maisons d’éditions se comptent en revanche par centaines, et même par milliers.

Cette concentration traduit en fait quelque chose de plus profond : l’emprise croissante de la logique financière sur le secteur. C’est le deuxième point. Ce n’est pas que les éditeurs rechignaient par le passé à faire du profit – publier des livres est un commerce, et aucun éditeur ne saurait se soustraire à ces contraintes, sous peine de péricliter. Mais en exigeant des taux de rentabilité toujours plus élevés, on a bouleversé insensiblement toute l’économie du secteur. « Pendant tout le XIXe siècle et l’essentiel du XXe siècle, le bénéfice moyen des maisons d’édition en Europe et aux États-Unis se situait autour de 3-4% par an » indique Schiffrin, qui précise que « ce rendement paraissait tout à fait normal [4] ». Dans les grands groupes, on peut exiger désormais des taux s’élevant à 10, 15, voir 25 %. Or, quand la logique de la rentabilité prime, toute une série de livres exigeants, qui se vendent peu et nécessitent du temps pour trouver leur public, deviennent problématiques. La course au best-seller imprime ses marques, celle du temps court et du succès commercial – contrairement au temps long des livres qui se vendent moins mais fondent un catalogue digne de ce nom.

Cette observation ne signifie aucunement que les grandes maisons ne publient que des livres de piètre intérêt ou de grande consommation. Quiconque, par exemple, apprécie les ouvrages de sciences humaines et sociales, n’ignore certainement pas que Fayard (qui appartient à Lagardère) ou La Découverte (propriété d’Editis), en publient d’excellents dans ces domaines – y compris des ouvrages engagés à gauche. Simplement, de fait, l’audace en matière de création littéraire, et la critique sociale en matière de politique, se situent essentiellement du côté des petits éditeurs indépendants.

Des « documents choc » vite oubliés

Troisième point : qui dit logique commerciale dit aussi ingérence des logiques de marketing pour démultiplier les ventes. On observe ainsi, de manière croissante, une profusion de livres qui sont (plus ou moins) conçus à la va-vite, pensés comme des coups marketings, et promus comme tels dans les grands médias. Les auteurs de romans de gare à succès (type Dan Brown ou Marc Lévy) ne sont pas seuls en cause. Il faut aussi avoir à l’esprit tous ces essais (généralement inconsistants) publiés par des éditorialistes ou des intellectuels médiatiques, systématiquement présentés dans la grande presse comme des chefs d’œuvre de la pensée. Ce n’est pas un hasard si parmi les secteurs très lucratifs figure celui du « document d’actualité », dont le succès repose souvent sur du sensationnel : de 1990 à 2005, son chiffre d’affaire a augmenté de 124 % [5]. Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, et la profusion de livres le concernant, tout laisse à penser que le phénomène s’est poursuivi, et même amplifié. C’est aujourd’hui le genre de livre qui recouvre les étalages des libraires.

Car la promotion marketing fait vendre et rapporte gros. Un exemple, celui l’ouvrage de Florence Aubenas, intitulé le Quai de Ouistreham (éditions de l’Olivier), dans lequel la journaliste raconte son expédition de Paris à Caen, des quartiers cossus de la capitale au monde des travailleurs précaires – une intrépidité que le gratin du journalisme parisien a jugée digne des reportages d’Albert Londres ou de Joseph Kessel… en oubliant cependant que l’année précédente, une jeune journaliste avait déjà mené une enquête de ce type, dans des conditions très semblables, sans que le milieu ne s’en émeuve [casino greece pourtant je me suis levée tôt… Une immersion dans le quotidien (…) » rel= »footnote » href= »http://www.acrimed.org/article3395.html#nb6″>6]. Il est vrai que tous les ouvrages ne bénéficient pas, comme le document choc d’Aubenas, d’un plan de lancement aussi soigné : tandis que Le Nouvel Observateur, où officie la journaliste, y consacre sa Une et en a publié les bonnes feuilles, les autres rédactions, afin de créer la surprise, ne reçoivent le livre que quelques jours avant sa parution ; campagne de promotion oblige, Aubenas se lance ensuite dans une tournée frénétique, multipliant les interviews dans les journaux, la télévision et la radio [7]. Résultat, à peine sorti, le livre se trouve propulsé en tête des meilleures ventes. Deux mois après sa sortie, les ventes atteignent 120 000 exemplaires (Le Parisien, 12 avril 2010) – un chiffre certainement supérieur à la diffusion du fameux Quai de Wigan de George Orwell, auquel le titre de l’ouvrage de Aubenas fait (malheureusement) référence.

Remarquons, en passant, qu’il arrive (certes rarement !) que la promotion médiatique échoue : Le Parisien révélait ainsi que Bernard-Henri Lévy, malgré une campagne médiatique proprement phénoménale [8], n’avait vendu « que » 3 700 exemplaires de ses Pièces d’identités (Grasset), et 5 000 exemplaires de sa Guerre en philosophie [9] (Grasset) – un ouvrage pourtant mémorable en ce qu’il évoque un philosophe, M. Botul… qui n’existe pas. Pour « BHL », c’est peu de dire que de tels chiffres sonnent comme une déconfiture.

Le dernier point concerne la distribution et la diffusion des livres. En ces domaines également, la concentration a imprimé sa marque puisque le 1er distributeur n’est autre que Hachette-Livre, le 1er éditeur – son Centre de Distribution du livre à Maurepas verrait passer chaque années plus 180 millions de volumes à destination de 20 000 points de vente. S’agissant des ces points de vente, on estime, en ordre de grandeur, que 80% du chiffre d’affaire est réalisé par seulement 20 % des librairies. Si le prix unique du livre constitue un garde-fou essentiel, il n’en reste pas moins que la santé financière des librairies indépendantes – auquel le sort de la petite édition est intimement lié – apparait très fragile, tant la concurrence avec les grandes enseignes et internet (la librairie Amazon notamment) s’avère rude. D’autant qu’une incertitude réelle règne quant aux effets de la révolution numérique sur le commerce de livre, qu’il s’agisse de l’introduction des liseuses numériques ou des visées gargantuesques de Google [10].

Toutefois, au-delà des spéculations sur le futur, il est un effet immédiat, très visible et particulièrement néfaste, causé par les transformations économiques : la surproduction de livres, qui enrichit les distributeurs et permet aux grands éditeurs d’asseoir leur présence sur le marché et les chances de succès. En 2009, sont parues 63 000 nouveautés et rééditions [11]. Cinq années auparavant, en 2004, c’était environ 10 000 titres de moins – dix ans avant, 25 000 de moins ! Cela implique concrètement que tous les livres ne peuvent figurer sur les étalages des librairies et qu’il existe une rotation très importante diminuant d’autant les chances pour le livre de trouver son public.

Quelle audience pour les éditeurs engagés ?

Que retenir de ces quatre points ? Essentiellement que le renforcement général des logiques commerciales dans le milieu de l’édition exerce des effets puissants, à la fois sur les types de livres susceptibles d’être publiés et sur les types de livre qui ont une chance de trouver un large public. Le problème se pose tout particulièrement pour les ouvrages publiés par les maisons d’éditions engagées. Les idées dissidentes, on le sait, sont structurellement marginalisées dans le débat politique ; leurs chances de se faire connaître d’une large audience et de peser dans le débat public sont relativement minces. C’est peu dire, par exemple, que les livres contestataires sont à peu près invisibles dans l’espace médiatique dominant ; ou qu’ils subissent les censures insensibles du système de distribution des livres, avec la surproduction et la rotation rapide qui le caractérisent. Au mieux, ces ouvrages sont emportés, pour ne pas dire noyés, dans le grand flux des nouveautés, des livres de bric-et-de broc qui alimentent la grande chaudière de la surconsommation médiatique.

Face à cette situation, il importe toujours de rappeler, comme le fait André Schiffrin au début de L’édition sans éditeurs, «  qu’il n’a pas toujours été admis que le grand public ne souhaite que du divertissement » – qui plus est, du mauvais divertissement [12]. De nombreuses expériences historiques témoignent que rien n’oblige les marchands de culture – hormis la recherche inconsidérée du profit – à concevoir les livres exigeants et porteurs de critique sociale au seul bénéfice des classes favorisées. Schiffrin cite, entre autres, les exemples de Penguin Books, dont l’ambition, à ses débuts, était d’offrir à un public populaire à la fois savoir et délassement, ou du Left Book Club – qui avait publié en son temps The Road to Wigan Peer, de George Orwell, déjà mentionné :

« […] le Left Book Club mettait à la disposition d’un vaste public une phénoménale quantité de travaux et d’études importante. Sous leur marque parurent les livres d’Edgar Snow sur la révolution chinoise et les principaux textes analysant la montée du nazisme et l’imminence du conflit en Europe. Ces livres qui se vendaient par dizaines de milliers d’exemplaires, à des prix comparables à ceux de Penguin, ont contribué à créer une opinion publique de gauche extrêmement bien informée. Il est intéressant de noter que les livres du même type publiés aujourd’hui sortent de presses universitaires avec des tirages minuscules et des prix prohibitifs, sous le prétexte qu’il n’y a pas de public pour ce genre d’ouvrages. Pourtant cette expérience des années trente, évidemment appuyée sur un autre contexte politique, montre qu’il a été possible de trouver alors une grande masse de lecteurs pour des livres exigeants, sur des sujets qui devaient souvent paraître très éloignés des préoccupations quotidiennes de la plupart des Anglais. » [13]

En France, cette conception du travail d’éditeur, beaucoup l’ont partagée. Mentionnons seulement deux maisons emblématiques de la gauche communiste d’après-guerre : les éditions Maspero et les Editions sociales. Leur expérience respective, rappelons-le, apparait étroitement liée à l’existence d’un tissu de librairies militantes – on peut lire quelques bribes de cette histoire dans un bel ouvrage, l’Histoire de la librairie [14]. On y apprend, par exemple, comment le Parti communiste français a construit au sortir de la guerre un grand réseau de librairies (dit de La Renaissance française) attachées aux fédérations du parti ; ou bien, comment l’organisation avait créé son propre système de diffusion dans le but de ne pas dépendre d’Hachette ; on y découvre aussi comment ces librairies se trouvaient associés à tous les relais culturels des villes communistes, ainsi qu’aux entreprises qui, par le biais des syndicats, faisaient acheter des quantités de livres par les comités d’entreprises.

Au milieu des années 1970 on comptait ainsi une quarantaine de librairies dans ce réseau – sans compter le club Diderot qui assurait la vente par courtage. Au tournant des années 1980, le groupe Messidor fait même partie des dix plus grands groupes de l’édition française. L’histoire des éditions Maspero s’avère, évidemment, très différente : on ne saurait, toutefois, oublier que la célèbre librairie fondée par François Maspero au quartier latin (« La Joie de lire ») représente une sorte de modèle des dizaines de libraires militantes qui fleurirent dans les années 1960 et 1970, à travers toute la France. Ces librairies ont constitué des outils essentiels de formation des militants, ainsi qu’un vecteur important de politisation des étudiants. La plupart toutefois ne devaient pas survivre à la réaction conservatrice des années 1980.

***Ce genre d’expériences rappelle le rôle que jouent aujourd’hui les librairies engagées et les libraires consciencieux dans la diffusion des livres exigeants, et en particulier des livres porteurs de pensées rétives à l’ordre établi. Néanmoins, la façon de s’attaquer réellement au problème est certainement tout autre. Il convient d’imaginer – et d’imposer – des mesures qui permettraient de desserrer l’étau de la contrainte économique qui pèse si fortement sur le secteur de l’édition. Ce peut être un encouragement donné par les pouvoirs publics – grâce à la modulation des aides publiques – au développement de statuts du type « sociétés à but non lucratif ». Ce pourrait être aussi, un jour, le vote par ces mêmes pouvoirs publics de lois anti-concentration qui viseraient à restreindre considérablement la puissance des grands groupes.

Publié le 16 juin 2010 par Antoine Schwartz

Notes

[1] En réalité, ce titre reprenait celui d’un article de Jérome Lindon dans Le Monde du 9 juin 1998.

[2] André Schiffrin, L’argent et les mots, Paris, La Fabrique, 2010, p.9.

[3] cf. en particulier l’ouvrage de Janine et Greg Brémond, L’édition sous influence, Paris, Ed. Liris, 2002. (2004). A ce sujet voir l’introduction au jeudi d’Acrimed, du 19 décembre 2002, consacré à la concentration dans l’édition.

[4] André Schiffrin, L’argent et les mots, op. cit., p.17.

[5] Cité par Martine Prosper, Edition, l’envers du décor, Paris, Lignes, 2009, p. 19.

[6] Elsa Fayner, Et pourtant je me suis levée tôt… Une immersion dans le quotidien des travailleurs précaires, Paris, éditions du Panama, 2008. Cet ouvrage n’a rien du coup de tête d’une diva : pour preuve, son auteur tient un blog consacré à ces questions, intitulé : « Et voilà le travail, chroniques de l’humain en entreprise ».

[7] Voir l’article d’Acrimed : « La médiatisation de l’enquête de Florence Aubenas : un cache-misère ? ».

[8] Voir l’article d’Acrimed : Le lynchage médiatique de Bernard-Henri Lévy : c’est assez !.

[9] « Ils rêvaient d’un best-seller… », Le Parisien, 12 avril 2010.

[10] Sur le cas Google, lire Robert Darnton, « La bibliothèque universelle, de Voltaire à Google », Le Monde diplomatique, mars 2009.

[11] D’après le Centre national du Livre.

[14] Patricia Sorel et Frédérique Leblanc (dir.), Histoire de la librairie, Paris, éditions du Cercle de la Librairie, 2008 ; voir les contributions de Julien Hage.

Arroseurs arrosés

Ils veulent aller plus vite

La chancelière allemande Angela Merkel et le président Nicolas Sarkozy ont appelé la commission européenne à «accélérer ses travaux» pour un «encadrement renforcé» des marchés financiers, dans une lettre commune à José Manuel Barroso, rendue publique mercredi par l’Elysée.

Mme Merkel et M. Sarkozy soulignent que «des mesures fortes sont déjà entrées en vigueur». «Les sévères turbulences sur les marchés financiers dans les derniers mois suscitent cependant de fortes préoccupations de la part des Etats membres de l’Union européenne et de l’ensemble de nos concitoyens», ajoutent-ils.

Selon les deux dirigeants, «le retour d’une forte volatilité des marchés rend légitime de s’interroger spécifiquement sur certaines techniques financières et l’utilisation de certains produits dérivés comme les ventes à découvert et les « crédit default swaps » (CDS)».

«Nous estimons qu’il existe un besoin urgent que la commission puisse accélérer ses travaux s’agissant de l’encadrement renforcé du marché des CDS souverains et des ventes à découvert, et présente avant l’ECOFIN de juillet l’ensemble des pistes d’action envisageables», estiment-ils dans leur lettre adressée au président de la commission européenne.

AFP

Grèce: les transports et la poste privatisés

Les manifestants traites aux gaz lacrimogenes devant le parlement

Tandis que la population  grecque est mise au régime sec, les multinationales débutent leur banquet !

Le ministre grec des Finances, Georges Papaconstantinou, a annoncé, ce mercredi, un vaste programme de privatisations sur trois ans dans les secteurs des transports, de la poste et de l’énergie qui devrait rapporter environ un milliard d’euros par an.«La décision du gouvernement est d’accélerer les procédures de privatisation de ces secteurs afin de valoriser l’importante fortune de l’Etat», a expliqué le ministre lors d’une conférence de presse.

Le gouvernement veut vendre «très prochainement» 49% de Trainose, la filiale transport du groupe ferroviaire public OSE, 10% des parts des eaux d’Athènes (Eydap) et 23% des eaux de Salonique, ville dans le nord (Eyath), ainsi que 39% des Postes helléniques (Elta). Les recettes prévues par ce programme doivent «s’élever à environ un milliard d’euros par an d’ici 2013», conformément au memorandum signé en mai par la Grèce avec l’Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI) pour redresser les finances publiques, a affirmé le ministre.

AFP

Une erreur informatique fait plonger les Bourses japonaises

Photo Reuter.

La société de courtage Deutsche Securities a reconnu ce mercredi avoir émis la veille, par mégarde, un ordre de vente pour un montant de 16.700 milliards de yens (150 milliards d’euros) à la Bourse japonaise d’Osaka, une erreur qui a provoqué une baisse des marchés japonais. Cette filiale de la banque allemande Deutsche Bank a lancé sans le vouloir mardi, juste après l’ouverture de la Bourse d’Osaka, une instruction de cession de près de 6 millions de contrats à terme.

«Il y a eu une erreur informatique dans notre système automatique et un ordre de vente a été envoyé de façon répétée», a expliqué Aston Bridgman, un porte-parole de Deutsche Bank. Le volume immense des offres cumulées a représenté dix fois le montant moyen des échanges quotidiens à la Bourse d’Osaka, la deuxième du pays. Atteint par répercussion, l’indice Nikkei 225 des valeurs à terme de la Bourse de Tokyo a perdu 110 points lors de la prise en compte de cet ordre, soit plus de 1%.

Les gendarmes des Bourses japonaises ont ouvert une enquête. «Dès que l’erreur a été identifiée, nous avons immédiatement annulé l’ordre pour 99,7% du montant de l’opération. Nous cherchons actuellement les raisons du problème du logiciel», a précisé Bridgman. Finalement, 55 milliards de yens (500 millions d’euros) de contrats seulement ont été effectivement vendus. La banque a procédé à cette opération en son nom propre, et pas pour le compte de clients.

Il y a un mois, la Bourse de New York avait émis l’hypothèse d’une possible erreur humaine, après le brusque décrochage, d’une ampleur historique. Vingt minutes, montre en main, de chute vertigineuse dans un contexte boursier déjà tendu suite à la faillite grecque et à celle de l’euro en général.

Conséquence directe de ce bug inattendu, des centaines de milliers d’ordres de vente ont été passés sans aucune raison, et les valeurs du Nasdaq et du New York Stock Exchange ont durement accusé le coup. Première touchée, l’action de Procter & Gamble, bien sûr, qui a dégringolé sans prévenir de 37% avant de finir en baisse à 2,3%. L’indice des trente plus grandes valeurs américaines s’est ensuite repris pour finir en recul de 347,80 points (-3,20%).

Cette nouvelle affaire met en tout cas au jour la fragilité d’un marché dont les transactions sont gérées à vitesse grand V par des outils informatiques complexes de trading, qui autorisent une spéculation plus rapide que l’éclair. Une réalité qui fait peser sur les courtiers une pression d’autant plus forte.

AFP

Voir aussi : rubrique Finance Le grand Krach automatique, la City zen, Sous pression L’UE, répond aux marchés,