L’Allemagne renonce au nucléaire

L'Allemagne renonce au nucléaire

 

Dans la nuit de dimanche à lundi, la coalition libérale-conservatrice allemande s’est entendue sur une sortie du nucléaire. D’ici 2022 au plus tard, la dernière des 17 centrales nucléaires allemandes devra avoir fermé ses portes. Une initiative visionnaire qui profitera à l’économie allemande pour certains commentateurs, une mise en péril de l’approvisionnement énergétique européen pour d’autres.

Aftonbladet – Suède 

Berlin montre la voie

En décidant de sortir du nucléaire, l’Allemagne assume au moins dans le domaine de l’énergie la position de précurseur qui lui échoit en Europe, salue le journal à sensation de gauche Aftonbladet : « L’Allemagne est la quatrième nation industrialisée de la planète, la première économie européenne et vient de décider de prendre les devants. La décision d’hier constitue une avancée inédite pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. Le Financial Times écrit que la liquidation du nucléaire allemand déclenchera un boom en Europe pour l’utilisation des énergies renouvelables et la réalisation d’économies d’énergie. … Ce changement nécessite des investissements massifs mais générera aussi des coûts d’électricité plus élevés. L’efficacité énergétique revêt donc une importance primordiale. Les études montrent que l’Allemagne pourrait réduire ses coûts énergétiques de 10 à 20 pour cent en améliorant son efficacité. … Ces derniers temps, l’Allemagne n’a cessé de temporiser et de refuser à assumer le rôle de leader que l’Europe attend de son meilleur représentant. C’est précisément ce que fait le pays aujourd’hui dans le domaine de l’énergie. » (31.05.2011)


Polityka – Pologne 

Les énergies vertes à la place du nucléaire

Sortir du nucléaire en Allemagne d’ici 2022 est véritablement audacieux mais faisable du fait de l’économie innovante du pays, estime l’édition en ligne du magazine d’information Polityka : « L’Allemagne s’est donc décidée à mettre fin à l’ère du nucléaire sur son territoire et ce bien qu’elle ait construit 17 centrales qui couvrent 23 pour cent des besoins en électricité du pays. Ils ont eu le courage de prendre cette grande initiative mais on ignore encore comment les choses se poursuivront. L’objectif est clair et décrit du reste précisément depuis longtemps : miser sur les énergies vertes. Cela est-il possible ? Dans le cas de l’Allemagne, il semble que oui. L’Allemagne est aujourd’hui déjà le leader incontesté du marché en Europe dans l’exploitation des sources d’énergie renouvelables. » (31.05.2011)

 

De Tijd – Belgique 

Une décision bénéfique à l’économie

La décision de l’Allemagne de sortir du nucléaire est légitime mais constitue aussi un défi pour l’économie, estime le journal économique De Tijd : « L’accident de Fukushima a montré que l’énergie nucléaire n’est pas fiable à 100 pour cent. Les tests de résistance peuvent au mieux réduire les risques de catastrophe nucléaire sans toutefois complètement les exclure. Si la population allemande n’est pas prête à prendre ce risque, elle est dans son bon droit. Mais le pays doit alors accepter toutes les conséquences. Ce sera un défi important de garantir l’approvisionnement énergétique à un prix acceptable sans affaiblir la position concurrentielle des entreprises allemandes. La décision de sortir du nucléaire d’ici 2022 a le mérite d’être claire. Cela pourrait constituer une formidable impulsion pour le secteur des énergies renouvelables et pour la recherche de techniques permettant de rendre les centrales conventionnelles plus écologiques. Si l’Allemagne y parvient, elle aura une longueur d’avance sur les autres pays. » (31.05.2011)


Blog Géopolitique – France 

Les écolos allemands importeront du nucléaire

La sortie du nucléaire en Allemagne est une initiative électoraliste et hypocrite qui affaiblira l’Europe, estime Pierre Rousselin dans son blog Géopolitique : « Face à l’effondrement de ses alliés libéraux du FDP, Angela Merkel parie sur une alliance avec les Verts. Cette équation politique a des répercussions pour toute l’Europe. Notre continent renonce pour longtemps à toute indépendance énergétique. Sa dépendance à l’égard de la Russie et de son gaz va s’aggraver. La France, elle, exportera davantage de son électricité. Comble de l’hypocrisie?: ce sont nos centrales qui éclaireront et chaufferont les écolos allemands. Quant à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, ce n’est déjà plus une priorité. » (31.05.2011)

» article intégral (lien externe, français)

Die Welt – Allemagne 

La pression écologique menace la démocratie

Deux mois après l’accident de Fukushima, le gouvernement allemand a décidé de sortir définitivement du nucléaire. Le quotidien conservateur Die Welt s’irrite d’un rythme décisionnel qui nuira selon lui à la démocratie : « Hans-Jürgen Papier, ex-président de la Cour constitutionnelle, juge ‘illégal’ le moratoire que la magicienne Angela Merkel a sorti de son chapeau quelques jours après Fukushima. … Et cela ne semble choquer personne que l’instance établie par Merkel pour imposer la sortie du nucléaire ait été effrontément nommée ‘Commission d’éthique’. … Si un membre fondateur de l’UE aussi puissant que la République fédérale d’Allemagne souhaite autant une nouvelle voie énergétique pour l’Europe et la planète, il aurait été indispensable de mener cette entreprise au niveau européen. … Il se forme déjà une alliance impie entre ceux qui veulent enfin pouvoir gouverner comme ils l’entendent et ceux qui souhaitent occulter le Parlement et l’opinion publique en exerçant une pression écologique ‘morale’. » (31.05.2011)

Voir aussi : Rubrique Ecologie, rubrique Politique24 réacteurs nucléaires à fermer, rubrique UEParlement européen et corruption, rubrique internationale Fukushima désinformation,

Investiture de Ouattara: Sarkozy, Ban Ki-moon, Compaoré à l’applaudimètre

Nicolas Sarkozy, Ban Ki-Moon et Blaise Compaoré. A l’applaudimètre, c’était le tiercé dans l’ordre, ce samedi, à Yamoussoukro, lors de la cérémonie d’investiture d’Alassane Ouattara qui a parfois semblé tourner à la cérémonie des remerciements.

La France, qui est intervenue militairement, sous mandat de l’Onu, pour obliger le président sortant Laurent Gbagbo à quitter le pouvoir, bénéficie d’un retour en grâce dans son ancienne colonie après y avoir été vilipendée durant des années.

Alain Juppé a été ovationné par les invités lorsqu’il est apparu dans la grande salle de la Fondation Houphouët-Boigny. Quelques minutes plus tard, des «Sarko! Sarko! Sarko!» ont retenti dans les travées.

Les entreprises tricolores pourraient rapidement toucher les dividendes de cette nouvelle lune de miel. Ce samedi, deux industriels français très présents en Côte d’Ivoire depuis des années avaient fait le déplacement de Yamoussoukro: Vincent Bolloré, très proche de l’ancien régime mais désireux visiblement de tourner la page rapidement, et Martin Bouygues. L’ancien ministre de Jacques Chirac, Michel Roussin, qui travaille pour le groupe Veolia, était également là.

Devant la communauté française, à Abidjan, Nicolas Sarkozy s’est engagé à maintenir une présence militaire française pour protéger les ressortissants de l’Hexagone. Et du même coup, leurs intérêts en Côte d’Ivoire.

A Yamoussoukro, le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a lui aussi eu droit à sa salve d’applaudissements nourris, quand bien même les Casques bleus ont souvent été critiqués durant la crise post-électorale pour leur passivité face aux violations des droits de l’Homme. Mais les invités ont semblé ne vouloir retenir que la certification de la victoire du rival de Gbagbo, début décembre, la protection de l’hôtel du Golfe par 800 Casques bleus où a trouvé asile Ouattara durant des semaines et l’engagement militaire de l’Onu à la toute fin de la crise.

Parmi la vingtaine de dirigeants africains présents, le président du Burkina Faso a été chaleurement acclamé. Ces dernières années, Blaise Compaoré a joué un rôle aussi ambigu que central en Côte d’Ivoire. Il est soupçonné d’avoir été fortement impliqué dans la tentative de coup d’Etat contre Gbagbo en septembre 2002, qui a déclenché la crise. Mais, en 2007, il n’en a pas moins été nommé «facilitateur» pour le dialogue entre les frères ennemis ivoiriens.

Les présidents du Burkina, du Sénégal, du Nigeria? Tous des amis

Un dialogue qui s’est fracassé lors de l’élection de novembre dernier. Compaoré a-t-il fourni des armes aux forces pro-Ouattara, comme beaucoup le murmurent à Abidjan? On ne prête qu’aux riches…

Pour les partisans du nouveau président ivoirien, Blaise Compaoré est incontestablement un ami. Tout comme le sont le président du Sénégal Abdoulaye Wade, celui du Nigeria, Goodluck Jonathan ou encore le Premier ministre kenyan, Raile Odinga. Ces derniers mois, tous trois ont multiplié les déclarations de soutien à Ouattara au nom du respect du verdict des urnes. A Dakar, où des élections auront lieu l’année prochaine, le premier sera attendu au tournant.

Les observateurs auront aussi noté la présence à Yamoussoukro des dirigeants de trois pays de la «sous-région» qui, selon des sources concordantes, abritent d’anciens responsables du camp Gbagbo: le Togo, le Bénin et le Ghana. Ces personnalités ont été moins chaleureusement accueillies par la foule. Le nouveau président ivoirien, qui a promis la réconciliation mais aussi la justice, leur a-t-il demandé leur coopération?

Enfin, petite curiosité pour les Français: les présidents des trois pays impliqués dans l’enquête sur les biens mal acquis ouverte à Paris -le gabonais Ali Bongo, l’équato-guinéen Teodoro Obiang et le congolais Denis Sassou Nguesso – assistaient à la cérémonie de Yamoussoukro. Leur présence est passée largement inaperçue, tout comme celle du Premier ministre ivoirien, Guillaume Soro, très en retrait.

Les défis pour sortir du kaos

Depuis près de deux mois, Franck vit reclus dans sa maison du quartier de Yopougon, à Abidjan. Début avril, ce trentenaire timide a cru voir sa dernière heure arriver quand des hommes des Forces républicaines de Côte-d’Ivoire (FRCI), fidèles à Alassane Ouattara, ont pris d’assaut ce bastion de l’ex-président Laurent Gbagbo, à la tombée de la nuit. «Ils étaient accompagnés, raconte-t-il à mi-voix. J’ai entendu quelqu’un leur dire :« C’est là que les Bétés [l’ethnie de Laurent Gbagbo, ndlr]vivent. »» Des militaires escaladent le mur d’enceinte de sa cour et pénètrent dans la maison. Quand il décline sa profession – «musicien» -, l’un d’entre eux croit entendre «milicien».«Tu es un homme mort !» hurle un soldat, en le poussant dehors. Franck doit s’agenouiller, il commence à prier, mais sera miraculeusement épargné, les soudards pillant sa maison avant de déguerpir.

Pillards. Dans ce secteur baptisé «Toits rouges», de nombreuses maisons ont les volets clos… et les portes enfoncées par les pillards. Elles appartiennent pour la plupart à des Bétés, mais pas seulement. «Je connais des Dioulas [ethnies du Nord, acquises à Alassane Ouattara, ndlr] qui sont partis, susurre Franck. Ils ont peur que les miliciens pro-Gbagbo ou les mercenaires libériens reviennent.»

Réconcilier des communautés profondément divisées par plus d’une décennie de crise sera l’un des principaux défis d’Alassane Ouattara, le nouveau président de Côte-d’Ivoire. Ce dernier ne manquera pas d’évoquer cette priorité durant la cérémonie d’investiture, ce samedi, à Yamoussoukro, en présence de nombreux dirigeants étrangers : une vingtaine de chefs d’Etat africains, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, et Nicolas Sarkozy. La visite – rapide – de ce dernier sera la première d’un président français en terre ivoirienne depuis les funérailles de Félix Houphouët-Boigny, le «père de la nation», auxquelles avait assisté François Mitterrand en février 1994.

Le nouveau président a promis de nommer rapidement un gouvernement d’union nationale, faisant la part belle aux proches de l’ancien président Henri Konan Bédié, qui a assuré la victoire de Ouattara en appelant ses partisans à voter pour lui, et en intégrant – si possible – d’anciens proches de Gbagbo. Par ailleurs, Ouattara a annoncé la mise en place d’une commission Dialogue, vérité et réconciliation, présidée par l’ex-Premier ministre, Charles Konan Banny. Mais Ouattara parviendra-t-il à briser le cycle de l’impunité dans son pays, qui dure depuis plus de dix ans, en évitant le piège d’une justice des vainqueurs ? Pour l’heure, seuls des responsables de l’ancien régime sont arrêtés ou assignés à résidence, tel Laurent Gbagbo, dans des conditions juridiques floues.

«Signal». Or l’ONU s’apprête à publier, dans les jours à venir, un rapport accablant sur les massacres commis à Duékoué, fin mars par les FRCI, dirigées par le Premier ministre, Guillaume Soro, et placées théoriquement sous l’autorité de Ouattara : plusieurs centaines de victimes, dont des femmes, assassinées en raison de leur simple appartenance à l’ethnie guéré, majoritairement acquise à Gbagbo. «Ouattara, qui a promis de juger les auteurs des crimes les plus graves commis lors de la crise postélectorale, est très embarrassé : il a besoin des FRCI le temps de consolider son pouvoir», dit un diplomate. Pour ne pas donner l’impression de trahir ceux qui se sont battus pour lui, il vient de demander à la Cour pénale internationale d’entrer en action. «C’est un signal très positif, la preuve que Ouattara veut tenir ses engagements», ajoute le diplomate.

A Yopougon, Franck, lui, ne partage pas cet avis : «Si on va en justice, on va tous finir en prison. Tous les camps ont tué.» Dans son quartier, comme partout à Abidjan, ce sont les FRCI qui sont censées assurer la sécurité. Leurs commandants, les nouveaux maîtres d’Abidjan, ont mis la ville en coupe réglée. Leurs hommes – souvent des jeunes en tenue dépenaillée – rackettent les automobilistes et n’hésitent pas à passer dans les maisons des quartiers résidentiels pour obtenir de l’argent en échange de leur protection. «Les FRCI sont la plus grande société de gardiennage d’Abidjan, lâche un Français. Les gens commencent à s’agacer, il faut que Ouattara réagisse.» Or, cette situation a toutes les chances de perdurer : très méfiants, malgré le ralliement de leurs chefs au camp Ouattara, les policiers et les gendarmes sont quasiment invisibles en ville.

S’il est un domaine où le nouveau président peut, en revanche, obtenir des résultats tangibles, c’est sur le plan économique. Ancien directeur adjoint du FMI, Alassane Ouattara a promis aux jeunes de créer rapidement des emplois et de remettre le pays au travail. La France et l’Union européenne ont déjà débloqué des fonds, et une délégation du FMI séjournait cette semaine à Abidjan. De son côté, Ouattara ne devrait pas se montrer ingrat avec les entreprises de l’ancienne puissance coloniale, qui a joué un rôle crucial dans la chute de son prédécesseur, le 11 avril.

Thomas Hofnung ( Libération)

Fukushima, de mal en pis

 

Malaise au sommet de l’Etat japonais. Les effets de la catastrophe de Fukushima sont «plus graves que prévu et plus importants qu’annoncé». C’est l’une des conclusions alarmantes tirées en toute discrétion, la semaine passée, par un panel de professeurs et de scientifiques de la prestigieuse université de Tokyo, consulté par la commission nucléaire du Parlement et par un comité interministériel. Pour l’un de ces scientifiques, soucieux d’anonymat, il y a pire : «On ment aux Japonais. Les données du ministère de l’Education, des Sciences et de la Technologie [qui annonce les relevés de radiations autour de Fukushima, ndlr], qui sont reprises chaque jour par les médias de notre pays, semblent incorrectes. Les relevés de nombreux scientifiques et laboratoires indépendants diffèrent quasi systématiquement des siens. Y a-t-il manipulation des chiffres ?»

Ce week-end, dans le quartier de Shinjuku, à Tokyo, tandis que les autorités annonçaient une mesure de 0,064 microsieverts de l’heure, le compteur Geiger de Libération indiquait entre 0,16 et 0,23 microsievert de l’heure, selon les rues du quartier – des résultats ne posant pas de danger. Critiquant «l’autisme du pouvoir» et «les incapacités de Tepco [l’exploitant des réacteurs de Fukushima, ndlr]», un scientifique a quitté une réunion en larmes. Un autre a démissionné. Des éléments troublants corroborent l’idée qu’en haut lieu, dans les ministères, des hauts fonctionnaires cachent des faits et couvrent les intérêts du lobby nucléaire et du géant Tepco.

En annonçant la venue d’une vingtaine d’enquêteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), du 24 mai au 2 juin, le porte-parole du gouvernement nippon, Yukio Edano, a d’ailleurs gaffé avant-hier, en reconnaissant que le Japon faisait «tout son possible pour garantir la transparence» de l’information. Reconnaissant ainsi une certaine opacité…

Tétanisés. L’objectif est clair : éviter toute panique excessive des populations résidant autour des réacteurs. Soumis psychologiquement à rude épreuve depuis le 11 mars, des Japonais feignent d’y vivre normalement mais sont en vérité tétanisés. «Le problème est que les rejets radioactifs dans l’air, dans le sol et l’eau continuent. Or, plus ils se poursuivent, plus les rejets volatiles de césium menacent la santé des populations. Des centaines de milliers de personnes sont concernées dans un rayon de 100 kilomètres autour des réacteurs», assure-t-on à l’université de Tokyo. Quant aux risques posés par la contamination de la chaîne alimentaire, ils sont confirmés «dans un rayon de 300 kilomètres».

La semaine passée, les producteurs de thé de Kanagawa (à 270 km au sud de Fukushima) ont annoncé que leurs plantations étaient «contaminées» et impropres à la consommation. Pour Atsushi Kasai, un ancien membre de l’Institut de recherche de l’énergie atomique du Japon, «la catastrophe de Fukushima est plus grave que celle de Tchernobyl car cette fois, personne ne peut prédire comment la situation va évoluer». «Elle est aussi plus sérieuse, renchérit un expert, faisant allusion au million de personnes vivant à Sendai, à 80 km au nord des réacteurs. Or, nous constatons, ces jours-ci, de nouveaux dépôts de césium. Idéalement, pour un souci de santé publique, il faudrait pouvoir évacuer les enfants et les jeunes femmes de Sendai.»

Au même moment, Tepco, qui vient d’annoncer qu’il faudra encore «six à huit mois» pour sécuriser ses réacteurs, est une fois de plus montré du doigt pour sa gestion calamiteuse de la crise. «Le gouvernement et Tepco sont moins intéressés par le souci de protéger les gens que par celui de préserver le monopole de l’industrie nucléaire», dénonce le mensuel Sentaku, qui constate qu’on cherche à faire payer la facture au public. Tepco a en effet accepté six conditions menant à sa quasi-nationalisation. Les milieux d’affaires nippons et le Keidanren (le cercle du patronat) – dont le PDG de Tepco, Masataka Shimizu, est l’un des responsables – essaient quant à eux d’éviter la descente aux enfers du géant électrique.

Rescousse. Après avoir dévissé de 2 100 yens (18 euros) à 292 après le 11 mars, l’action Tepco vaut à peine 500 yens aujourd’hui. L’Etat nippon a décidé malgré tout de voler à sa rescousse, alors que ses avoirs sont estimés à 60 milliards d’euros. Surprenant ? A peine. Ils sont en effet détenus par les grandes compagnies d’assurance et institutions financières – privées ou publiques – du pays . Le premier financier de Tepco, la Banque de développement du Japon (propriété de l’Etat à 100%) lui a prêté, à ce jour, 300 milliards de yens. Après le 11 mars, les banques Sumitomo et Mitsui lui ont versé des lignes de crédit de 600 milliards de yens. Le capital de Tepco est détenu par 600 000 actionnaires, parmi lesquels de nombreux fonds de pension. 20% de ses avoirs sont détenus par des investisseurs étrangers. Jusqu’aux Etats-Unis, où certains se mordent les doigts d’avoir investi dans ce géant synonyme de fiasco.

Michel Temman (Libération)

Voir aussi :  Rubrique Japon, Fukushima désinformation, Comment vivre après Fukushima ?, Une légende à réinventer, L’accident nucléaire, On Line, Adieu Japon, Ça va bien aller

Chine : Vers l’abandon de l’enfant unique ?

Une publicité vantant les mérites de la politique de l'enfant unique, à Guangzhou dans le sud de la Chine, en 2002. REUTERS

Ces jeunes Chinoises qui ne veulent plus de la politique de l’enfant unique

Quand on demande à Ran si elle a des frères et sœurs, la jeune Chinoise répond, lapidaire: «Non: politique de l’enfant unique.». A Pékin, où elle est née il y a 23 ans, ses parents ont dû se soumettre au «planning familial» strict mis en place par l’Etat à partir de 1979. Au grand regret de sa mère: «Elle rêvait d’une maison remplie d’enfants, mais cela lui aurait causé trop de problèmes.»

Malgré les effets pervers récemment soulignés par de grands démographes chinois (vieillissement de la population, déséquilibre à la naissance du ratio garçons-filles en faveur du sexe masculin), le président Hu Jintao a annoncé le 27 avril dernier que la politique de contrôle des naissances actuelle serait conservée. Ainsi que les moyens pour la faire respecter, comme les amendes pour les familles concevant un enfant «surnuméraire».
«Grosses sommes»

«Il s’agissait déjà de grosses sommes à l’époque», se souvient Ran. «Ma famille n’aurait jamais pu les payer». En plus de ces pénalités, ils auraient pu y laisser leur emploi. « Quand on travaille dans le service public en Chine, l’administration vérifie régulièrement le nombre d’enfants des employés. Si on découvre que vous avez fait un enfant en plus, ils peuvent vous renvoyer.»

Pendant deux ans, Ran a étudié le journalisme en France: «Ici, la plupart des gens ont des frères et sœurs. Je n’avais pas l’habitude car tous mes amis sont enfants uniques en Chine. J’avoue que ça m’a fait envie.» A la fin de l’été, Ran sera diplômée. Elle retournera en Chine, où elle compte faire sa vie…et des enfants. «J’en aimerais deux», confie-t-elle.

En tant que fille unique, Ran pourra bénéficier d’un régime particulier. En 1997, le gouvernement chinois a assoupli sa politique en permettant aux couples composés de deux enfants uniques d’avoir un second bébé. «Quand j’ai appris ça, j’ai été rassurée.»

Autre possibilité pour Ran: payer. Depuis 2002, il est possible d’avoir un enfant «hors quota» légalement, mais il faut pour cela verser 5 000 yuans (près de 550 euros). Une somme à ramener à un salaire moyen urbain mensuel avoisinant les 1200 yuans. «C’est énorme», commente Ran. «D’autant qu’il est déjà très cher d’élever un enfant dans les grandes villes chinoises», précise-t-elle.
«Hors normes»

«Quand on vit en Chine, c’est vrai qu’on ne se pose pas ce genre de questions», témoigne Lulu, 30 ans. «Avoir un seul enfant, c’est normal, c’est comme ça, surtout en milieu urbain.» Cette jeune chinoise a vécu à Shanghai jusqu’a ses 20 ans, avant de s’installer en France. «La jeune génération chinoise voyage plus, et se rend compte de la relativité de cette politique», analyse-t-elle.

Il y a un an, Lulu a épousé un Français. D’ici un an,  ils iront vivre en Chine. «Evidemment, on a  abordé la question des enfants. On y a réfléchi ensemble. Et on s’est dit qu’on en voulait deux», confie-t-elle. Non négociable. Et tant pis pour les regards réprobateurs. «Quand j’étais petite, je me souviens d’une fille à l’école qui nous a raconté qu’elle avait un petit frère. Tout le monde était étonné: « Ah bon, comment ça se fait? Comment vous avez fait? » Ensuite, elle a été considérée comme quelqu’un de bizarre. Cela voulait dire que sa famille n’avait pas respecté la législation chinoise, qu’elle était hors norme».

Selon la presse officielle chinoise, la politique de l’enfant unique aurait évité 400 millions de naissances depuis 1980. «C’est quand même une bonne chose pour le développement durable de la société chinoise», affirme Cheng, 24 ans. Originaire d’un petit village de la province du Henan (Est de la Chine), Cheng n’est pas fille unique. «J’ai un petit frère, pour lequel mes parents ont payé l’amende, même si la politique est moins stricte dans les campagnes», raconte-t-elle. Pourtant, cette jeune femme  fera probablement le choix de la raison: «J’aurais bien aimé avoir plusieurs enfants, mais si la politique ne change pas d’ici là, je crois que je m’arrêterai à un

Lulu, elle, ne compte pas sacrifier ses envies sur l’autel de la politique chinoise. Quitte à user du système D. «Avec mon mari, on s’est dit qu’on rentrerait en France pour mon second accouchement. Comme ça, mon enfant échappera à la législation chinoise

Jeanne Fernet, Libération

L’abandon de l’enfant unique ?

La politique de l’enfant unique est devenue néfaste… et il est d’ailleurs probable qu’elle n’a servi à rien depuis son lancement, voilà trente ans. Tel est le point de vue tranché d’un groupe de démographes issu des universités les plus prestigieuses de Chine. Ji Baocheng, président de l’université du Peuple de Pékin, préconise l’abolition pure et simple de cette politique draconienne. «Il faut supprimer la politique de l’enfant unique le plus vite possible», plaide également Wang Feng, de l’université Qinghua. «A l’heure actuelle, pour des raisons économiques, la population n’est pas incitée à avoir beaucoup d’enfants. Si on persiste à contrôler les naissances de manière aussi extrémiste que par le passé, le vieillissement de la population va encore s’accélérer. Réduire davantage la population est inutile et portera préjudice à l’économie», explique Wang Feng à Libération, en évoquant les pénuries de main-d’œuvre chroniques qui touchent depuis un an les bassins industriels du pays.

Main-d’œuvre.

Le tout dernier recensement, réalisé en 2010 et publié il y a deux semaines, semble donner raison à ces audacieux démographes. Selon ces derniers chiffres officiels, la population chinoise, qui est passée de 1,27 milliard en 2000 à 1,34 milliard en 2010, est en train de vieillir à un rythme accéléré : 13,3% des Chinois ont plus de 60 ans, alors qu’ils n’étaient que 10,3% en 2000. Le taux de fertilité, qui comptabilise le nombre moyen d’enfants par femme en état de procréer, n’est plus que de 1,4 : c’est nettement moins que le seuil de remplacement des générations (2,1). La réserve de main-d’œuvre a considérablement décliné : les moins de 14 ans sont passés de 23% à 17%. «En 1987 en Chine, 26 millions d’enfants sont nés, mais il n’y en a plus que 15 millions en 2010 – soit 10 millions de moins ! constate le démographe. Quand une courbe de natalité baisse aussi rapidement, l’impact sur la main-d’œuvre disponible est considérable… Cela signifie que l’export massif de produits bon marché fabriqués par une main-d’œuvre abondante et sous-payée ne sera bientôt plus possible.»

Commentant les résultats du recensement, le président chinois, Hu Jintao, a vaguement reconnu qu’il fallait «améliorer» les orientations du planning familial, «mais tout en maintenant un taux de naissances bas». Autant dire statu quo. «Les dirigeants ont une compréhension trop lente de la réalité des changements sociaux, et sont très vieux jeu, commente le démographe. Ils ont peur d’une soudaine explosion démographique et se comportent comme s’ils avaient un gros nuage noir au-dessus de leur tête.»

La nébuleuse bureaucratie mise en place depuis 1980 pour appliquer la politique de l’enfant unique, souvent de manière très brutale, n’est pas encline à se dissoudre. La Commission d’Etat du contrôle des naissances emploie un demi-million de fonctionnaires à temps plein, auxquels s’ajoutent 6 millions d’employés à temps partiel. Elle est en grande partie financée par les sanctions pécuniaires infligées aux familles qui ont des enfants hors quotas. Une autre partie de ce revenu alimente les caisses des gouvernements locaux, qui n’ont pas intérêt à voir disparaître ces ressources. Mais c’est à Pékin que se prennent les décisions, au sein du bureau politique du Parti communiste : celui-ci n’écoute-t-il pas les recommandations des démographes ?

Forbans.

C’est la Commission d’Etat du contrôle des naissances qui a l’oreille des dirigeants, déplore un démographe, accusant celle-ci de recourir à des méthodes de forbans : «Certains officiels de la commission agissent de manière irresponsable. Ils présentent depuis des années aux hauts dirigeants des chiffres et des informations trompeuses.» Et de citer un exemple : «Affirmer comme ils le font dans la presse officielle que leur politique a permis d’éviter 400 millions de naissances depuis 1980 est totalement faux. Ça n’a pas la moindre base scientifique.» Pour Wang Feng, le contrôle des naissances semi-volontaire instauré à partir de 1970 (encouragement au mariage tardif, diffusion de moyens contraceptifs) a été «efficace et utile». En revanche, la politique de l’enfant unique qui lui a succédé en 1980 n’aurait pas servi à grand-chose. D’autres pays de la région, tels l’Indonésie et Taiwan, ont enregistré une baisse identique du taux de fertilité en rendant tout simplement les contraceptifs plus faciles d’accès. «La Thaïlande, où le niveau de vie est comparable à celui de la Chine, et où il n’y a pas de politique de l’enfant unique, constate Wang Feng, est arrivée au même résultat : leur taux de natalité est exactement identique au nôtre.»

Philippe Grangereau Libération

Voir aussi : Rubrique Chine

Crise grecque : l’Europe libérale s’inquiète

Des experts de l’Union européenne, du Fonds monétaire international et de la Banque centrale européenne sont arrivés mardi à Athènes pour examiner les comptes de la Grèce toujours sous la pression des marchés alors qu’un nouveau plan de sauvetage est envisagé.

La « troïka », comme les Grecs appellent ces experts de la Commission et de la Banque centrale européennes, ainsi que du FMI, doit évaluer les progrès réalisés dans la mise en oeuvre du plan de redressement des finances grecques instauré il y a un an après une première crise grave, mais qui marque le pas et a aggravé la récession. Devant l’ampleur des difficultés rencontrées par le pays, dont la dette doit dépasser 150% du PIB en 2011, les Européens n’excluent pas un nouveau soutien au pays. D’autant plus que l’envolée des taux grecs sur les marchés d’obligations, au-dessus du taux prohibitif de 15%, présage pour le moment de l’incapacité d’Athènes à revenir sur les marchés en 2012, comme le gouvernement grec et les institutions internationales l’avaient initialement prévu.

Pour emprunter mardi 1,625 milliard d’euros à six mois, la Grèce a ainsi dû se soumettre mardi à un taux de 4,88%, en légère hausse par rapport à celui qu’elle avait obtenu lors de la dernière émission similaire d’obligations le 8 mars, à 4,75%. L’émission a toutefois été sursouscrite plus de trois fois. La chancelière allemande Angela Merkel a déclaré mardi attendre « les résultats » de la mission de la troïka avant de tirer des conclusions sur l’éventualité d’un nouveau plan de sauvetage.Pour sa part, le Premier ministre grec, Georges Papandreou, s’est prévalu du « soutien d’une grande majorité des Grecs » pour faire part, au cours d’une rencontre avec le chef de l’Etat, Carolos Papoulias, de sa « détermination à poursuivre les grands changements » en chantier.

Les experts de l’UE, du FMI et de la BCE doivent rester à Athènes au moins une semaine et doivent s’entretenir entre autres à partir de mercredi avec les ministres des Finances, Georges Papaconstantinou, de la Santé, Andreas Loverdos, et de l’Emploi, Louka Katseli. Cette expertise, précédée d’une première mission technique d’experts la semaine dernière, intervient avant le versement début juin de la cinquième tranche du prêt accordé au pays en 2010 d’un montant total de 110 milliards d’euros.

Le quotidien financier grec Naftemporiki titrait ainsi mardi sur « l’option d’un nouveau prêt accompagné de nouvelles mesures » tandis qu’Eleftherotypia (gauche) parlait d' »un nouveau prêt de 50 à 60 milliards d’euros ». Le chef économiste de la BCE Jürgen Stark a estimé mardi que l’aide à la Grèce n’était « pas un puits sans fond » et que le pays « n’était pas insolvable », dans un entretien à une radio régionale allemande.

Quant à une restructuration de la dette souveraine grecque, le gouvernement grec ainsi que l’UE et la BCE, elle-même détentrice d’obligations publiques émises par Athènes, rejettent catégoriquement une telle éventualité. Bini Smaghi, membre du directoire de la BCE, a indiqué dans un entretien paru mardi dans le journal italien La Stampa, qu’une telle opération ferait s’écrouler l’économie du pays et aurait un impact sur l’ensemble de la zone euro, y compris sur l’Allemagne. Cela n’a pas empêché l’agence de notation Standard & Poor’s d’abaisser à nouveau lundi la note de la Grèce, en invoquant, à la suite de la révision à la hausse du déficit public du pays et dans la perspective d’un nouveau soutien européen, le risque croissant d’une restructuration.

Déplorant la « cacophonie » prévalant actuellement à l’étranger sur le sort du pays, M. Papandreou a aussi appelé les Grecs à faire preuve de sang-froid face « aux nombreux scénarios ».

AFP (10/05/11)

Dans la presse européenne

Les ministres des Finances de plusieurs Etats membres de la zone euro ont tenu une réunion secrète vendredi 6 mai à Luxembourg pour évoquer l’assainissement du budget grec. Le pays pourrait nécessiter à l’avenir davantage d’aides financières de l’UE. Athènes ne pourra pas s’en sortir seule, estime la presse qui juge erronée une éventuelle exclusion du pays de l’Union monétaire.

Tiroler Tageszeitung – Autriche

Après la rencontre secrète des représentants des grands pays de la zone euro vendredi dernier, le quotidien Tiroler Tageszeitung critique la communication opaque de l’Union et estime que l’exclusion du pays de l’Union n’est pas une bonne idée : « Avec une telle politique d’information, les ragots fusent de toutes parts et il n’est guère étonnant que l’on évoque même une sortie de la Grèce de la zone euro. … Le fait est que la Grèce n’a jamais été prête à adhérer à l’Union financière et qu’elle n’est parvenue à introduire l’euro qu’au moyen de folles combines financières. Cela montre une fois de plus que les contrôles et les droits d’intervention sont insuffisants dans l’UE. Aujourd’hui, la Grèce est pratiquement en situation d’insolvabilité et ne pourra éviter la faillite qu’avec les milliards de l’UE. Le caractère légal d’une éventuelle exclusion de la zone euro est sujet à controverse. En pratique, cela reviendrait à un hara-kiri économique qui plongerait les Grecs dans un chaos encore plus grand. La confiance des marchés financiers est déjà proche de zéro actuellement. » (08.05.2011)

De Tijd – Belgique

Les discussions secrètes sur la crise de la dette de la Grèce montrent que le pays ne parviendra pas à surmonter seul la crise, estime le journal économique De Tijd : « Il est grand temps que Bruxelles et Francfort admettent que leur programme d’urgence pour la Grèce et l’Irlande ne résoudra pas le nœud du problème. L’Irlande et la Grèce n’ont pas un problème de liquidités, mais un problème de solvabilité. Dans les prochaines années, Athènes et Dublin ne pourront jamais soutirer suffisamment à leurs contribuables pour rembourser leurs dettes. Et dans un futur pas si lointain viendra certainement un moment où les citoyens grecs et irlandais en auront assez de ce travail de Sisyphe. … Un qualificatif qui résume aussi parfaitement le cœur du problème grec – et irlandais. … Une dette publique écrasante et une position concurrentielle catastrophique. … Les Grecs et les Irlandais ne parviendront jamais à résorber d’eux-mêmes leurs dettes publiques et bancaires. » (09.05.2011)

Die Welt – Allemagne

La crise de la dette de la Grèce et du Portugal coûtera beaucoup d’argent au contribuable européen et pourrait entraîner l’effondrement de l’euro, estime le quotidien conservateur Die Welt : « Il n’est pas donc pas étonnant qu’aucun politique responsable ne veuille risquer une telle chose. Mais cela ne durera pas éternellement. Si les Grecs et les Portugais ne maîtrisent pas leurs problèmes avec l’aide de l’UE, il n’y a que peu d’alternatives : soit les contribuables nord-européens, par crainte pour leur propre prospérité, proposent leurs milliards aux pays pauvres du sud, soit des mouvements comme les Vrais Finlandais font en sorte que l’UE ferme sa manne financière et contraignent ces Etats à sortir de l’UE. Ces deux alternatives coûteront des milliards aux contribuables européens. La politique européenne devra se montrer sage et patiente si elle veut surmonter cette crise. » (09.05.2011)

Il Sole 24 Ore – Italie

Par sa position ambiguë concernant le sauvetage de la Grèce, la chancelière allemande Angela Merkel augmente la pression sur le pays fortement endetté, estime le journal économique Il Sole 24 Ore : « L’Europe est une nouvelle fois l’otage de la politique intérieure allemande. … Les uns menacent de rejeter les aides de l’UE, les autres évoquent une restructuration de la dette. La chancelière allemande Angela Merkel mise sur l’ambivalence. … Cela jette des interrogations préoccupantes sur sa véritable opinion. … Les échéances électorales de cette année et les faiblesses de la majorité libérale-démocrate dans les sondages ne contribuent pas à clarifier les choses. … De nombreux politiques, dont Merkel, savent très bien que ni une restructuration de la dette ni une sortie de la Grèce de la zone euro ne sont des options indiquées. Mais en agitant la menace de telles éventualités, ils espèrent contraindre la Grèce à des efforts plus efficaces dans l’assainissement de son budget. » (08.05.2011)

Euro/topics

 

10 000 personnes dans la rue selon la police

 

Manifestation à Athène le 11 mai 2011

Des milliers de Grecs ont manifesté mercredi, jour de grève générale, contre les mesures d’austérité et les privatisations décidées par le gouvernement socialiste qui cherche à obtenir une nouvelle aide internationale afin d’éviter une restructuration de la dette grecque.

Environ 10.000 personnes selon la police ont battu le pavé à Athènes contre les sacrifices imposés au pays. Les deux compagnies grecques, Olympic Air et Aegean, ont annulé des vols. Les ferries vers les îles sont restés à quai, et les trains en gare. Pour la deuxième fois depuis le début de l’année, les syndicats – GSEE pour le privé, Adedy pour les fonctionnaires ainsi que le front syndical communiste Pame – protestaient contre un durcissement de la cure d’austérité, assorti d’une intensification des privatisations (50 milliards d’euros d’ici 2015), un plan qui est actuellement évalué et discuté avec les représentants des bailleurs de fonds du pays (zone euro et FMI), présents à Athènes.

« Les nouvelles mesures frappent unilatéralement les travailleurs et l’emploi et pas les possédants ni les banquiers, ni tous ceux qui ont fait la crise et en profitent » a déclaré à l’AFP Stathis Anestis, secrétaire général adjoint de la GSEE. « Après un an (d’aide internationale), nous sommes hélas dans une situation pire, le chômage a explosé, les salaires sont au plus bas niveau et le pire c’est qu’il n’y a aucune perspective d’issue, » a-t-il ajouté.

« On veut nous supprimer des acquis sociaux de plusieurs siècles » a renchéri Vangelis Papadoyannis, 46 ans, employé d’Intracom, une société de nouvelles technologies. « Dans mon entreprise, on a eu une vague de licenciements, une centaine en janvier, ils nous ont changé nos conditions de travail, ils nous ont baissé le salaire de 15% et ça continue (…) Ce prêt qui selon le gouvernement devait nous sauver, est allé aux banques », a-t-il regretté. « Non au bradage » indiquaient certaines banderoles critiquant le programme de privatisations qui prévoit d’ouvrir le capital des grands groupes publics (électricité, eau…) afin de réduire la dette, qui a explosé au dessus de 340 milliards d’euros et doit atteindre 152% du PIB d’ici la fin de l’année.

AFP 11/05/11

 

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