Une bibliothèque hors les murs et dans les murs

L’offre de lecture publique est une pierre angulaire de la démocratisation culturelle. C’est peut-être pour cela que l’onde de la société résonne dans le monde des bibliothécaires. Boostés par les nouvelles technologies de l’information, les nouveaux usages du public sont au cœur du questionnement de la profession. A l’air du tout numérique la démarche ne s’avère pas de tout repos, mais le secteur est en même temps plein de vitalité. Avec la montée en puissance des communautés d’agglomération, les médiathèques ont fleuri partout en zone urbaine. La tendance est au regroupement. A une extrémité on peut parler de concentration, avec la centralisation de la gestion. A l’autre bout, on observe une volonté d’adaptation pour faire face à la situation dans un secteur en pleine mutation.

Huit ans après la création de la Médiathèque centrale Emile Zola, l’Agglo de Montpellier s’est, pour l’essentiel, dotée des infrastructures. Elle dispose d’un réseau d’une dizaine d’établissements auxquels viendront s’ajouter les médiathèques de Pérols et Clapiers. Il faut maintenant penser au futur et aborder la dimension du projet. Un plan de modernisation sur 15 ans a été adopté il y a peu. Il devra tenir compte tout à la fois de la chute de la fréquentation, -13% en deux ans, du nouveau mode d’utilisation des visiteurs qui demandent une plus grande amplitude horaire et de la furieuse avancée technologique dans le secteur de l’information.

La problématique est nationale, avec un million d’entrées en 2007, (700 000 pour la seule médiathèque centrale), le réseau de l’agglo n’est pas à la traîne. Il demeure le lieu le plus fréquenté après le cinéma et le zoo du Lunaret. Il a su développer une offre très diversifiée qui va de la ludothèque aux salles d’actualité en passant par le patrimoine et l’offre de formation en informatique. L’aspect technologique n’est pas en reste avec les robots bien utiles qui transportent un tiers des ouvrages dans la vaste bibliothèque centrale, 100m de long sur 35m de large et près de 30m de haut. Les 49 000 abonnés peuvent déjà interroger le catalogue à distance, consulter leur compte pour savoir ce qu’ils ont emprunté. A terme, ils pourront consulter les documents en ligne et même jouer. Une étude sur le système d’information sera lancée cette année pour améliorer tous les services de gestion des sites, ainsi que les services à distance pour répondre aux nouveaux usages.

Lieux de solidarité

La difficulté réside dans la diversité des usages et des publics concernés. Une étude du Credoc démontre que le public qui se rend sur place se compose essentiellement de demandeurs d’emploi, de temps partiel et d’étudiants, en d’autres termes les couches de la population les plus précarisées d’où l’importance du maintien de la solidarité. Les médiathèques sont plus que jamais un lieu de démocratisation culturelle. Le volet action culturelle a accueilli 40 0000 personnes en 2007. Auxquelles s’ajoutent 25 000 scolaires. Des partenariats sont en cours pour travailler avec la cité de la musique et l’orchestre de Montpellier. Cela souligne la vocation de service public de ces établissements.

La modernisation du réseau doit être à la fois technologique afin de développer tous les services externes, et humaine pour mieux conseiller, tout en s’adaptant aux demandes. La phase de réflexion qui débute devra en outre déterminer s’il faut encore construire ou s’orienter vers un service aux citoyens. Mais une autre question entre en jeu, celle de l’élargissement qui conditionne la grandeur du futur territoire de l’Agglo.

Jean-Marie Dinh

Entretien avec Armand Mattelard : Société sécuritaire

Armand Mattelard

Armand Mattelard est professeur émérite de sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris VIII. Il était l’invité de la Librairie Sauramps pour un débat sur La globalisation de la surveillance et la décadence sécuritaire

Vidéo surveillance, cartes à puce, tests ADN… nous assistons à une inflation de dispositifs de surveillance. Y a-t-il pour autant moins de violence ?

 » Hélas non, la première mission des technologies de surveillance est de construire le contexte de l’insécurité. Les experts en industrie de surveillance savent très bien que le foisonnement des dispositifs ne garantit jamais un résultat à 100%. Il y a une surenchère des technologies de surveillance et à mesure que l’on progresse, rien n’atteste d’un résultat plus positif du point de vue de la culture du résultat évidemment.

Quels sont les instruments de mesure proposés ?

Des statistiques judiciaires qui reproduisent le flou de la définition de délinquance. A partir du moment où vous ouvrez la brèche vers une définition extrêmement étendue de subversifs, de terroristes, d’incivils, toute personne est susceptible de rentrer dans le registre de la suspicion. C’est une vieille histoire, la contre insurrection doit étendre la sphère des coupables.

Vous faites émerger dans votre essai (1), la mise en place des concepts sécuritaires dans l’histoire…

En France, la doctrine sécuritaire apparaît dans les années 60 et prend forme dans les années 70 au moment où l’on stoppe le flux migratoire et où apparaissent d’autres éléments de crise, comme le premier choc pétrolier. A l’époque, Giscard et Peyrefitte élaborent des documents essentiels pour sensibiliser l’opinion publique au problème de l’insécurité. C’est là qu’on commence à manipuler les statistiques. On peut parler d’un resserrement qui correspond à la confrontation de l’Etat nation à des logiques internationales.

Cette intrusion libérale et sécuritaire ne se limite pas à l’hexagone, ce qui suppose une compréhension des différentes cultures…

Oui, aujourd’hui le paradoxe est que les représentations collectives nous poussent à reconnaître la diversité des cultures, et en même temps, la mise en place de logiques d’uniformisation des normes qui nous gèrent. La gestion sécuritaire se situe en surplomb des cultures particulières qu’elle infiltre.

Vous démontrez aussi comment la société sécuritaire en tant que projet de société globale se confond avec le projet de société libérale…

Sur les cinq continents, le secteur de la finance et celui de la sécurité constituent le flux tendu entre les sociétés et lient des réalités très différentes. La logique sécuritaire est le fruit de la tension et des rapports de force entre la société et l’Etat. État qui dispose du monopole de la violence légitime et illégitime. Chaque fois qu’il y a une impasse dans le rapport entre l’Etat et la société, les régimes d’exception apportent à l’idéologie sécuritaire des éléments qui font sauter des étapes. Historiquement, la Révolution française a occupé le débat du XIXe. Au XXe, c’est le phénomène colonial sans lequel on ne peut comprendre l’idéologie de la contre insurrection, du nettoyage ethnique et du Kärcher.

Où en est la prise de conscience de la classe moyenne française ?

Ce qui est en train de se jouer dans le monde, c’est la déroute des classes populaires par le système néolibéral. C’est sur cette déroute que se construit l’hégémonie d’une nouvelle classe. Dans les classes moyennes, le groupe social des technocrates, inséré dans la structure économique, s’empare du pouvoir. A tous les niveaux règnent des ingénieurs de l’assentiment, du consentement. Une partie de la classe moyenne se trouve embarquée, une autre est rejetée…

Les embarqués sont-ils prêts à abandonner les principes de la démocratie ?

Il reste des zones de négociation. Le problème de la rébellion face au modèle néolibéral est qu’il se focalise sur des points particuliers. Il est difficile de faire le lien pour avoir une appréhension globale du système. Ce qui fait que la question de la sécurité n’est touchée que de façon superficielle.

Comment s’explique la faiblesse de la critique ?

Il n’y a que certains groupes qui sont à l’intérieur de l’institution qui puissent comprendre où cela nous mène, par exemple les magistrats, les universitaires, certains citoyens en prise. Mais dans l’ensemble, nous avons une critique trop corporative. La construction d’alternatives passe aussi par un changement radical de la façon dont ceux qui ont un peu de pouvoir et de connaissance imaginent leurs rôles par rapport à ceux qui ne connaissent pas. Aujourd’hui le problème est le rapport au savoir, pas le savoir abstrait, le savoir qui permet de transformer la société. Mais il faut dépasser le cadre du terrorisme ou de l’antiterrorisme, le délabrement moral qui légitime la torture. Et l’addiction mondiale aux émissions de télé réalité qui privilégient l’humiliation des autres et l’humiliation de soi-même. Le défi est là. La vraie victoire du libéralisme s’est faite au niveau de l’individu. Chacun a du boulot à faire. On ne peut pas se défausser sur les autres. Cette prise de conscience peut être fructueuse si des individus qui pensent la société de façon critique essayent de s’unir en abandonnant leur égotisme. C’est un défaut magistral que nous a insufflé la société de consommation. Nous avons perdu la notion de solidarité au profit de l’idée de concurrence et l’idée de concurrence fonctionne très bien avec l’idée de sécurité. « 

Armand Mattelard La globalisation de la surveillance, La Découverte, 15 euros.
Voir aussi : Rubrique Médias La télé explore ses limites,


La démocratie d’opinion va-t-elle court-circuiter la démocratie représentative ?

Source France Culture 11.01.2008

Pierre Rosanvallon a montré récemment dans « la Contre-démocratie » comment la défiance envers les gouvernants, des procédures de surveillance des élus avaient progressivement débouché sur une sorte de « magistère parallèle ». De là, cette toute nouvelle « souveraineté d’empêchement » dont est créditée l’opinion publique. On l’a vu se manifester encore tout récemment face au CPE. Votée tout ce qu’il y a plus de régulièrement par le Parlement, le projet de loi du gouvernement a été retoqué par l’opinion, guidée par la rue. Dans « la Reine du monde », Jacques Julliard enfonce le clou. Le système de représentation classique, fondé sur une délégation de la souveraineté populaire à un petit nombre d’élus n’est pas condamné, mais il aurait définitivement cessé d’être hégémonique. Déjà, il y a dix ans, dans « la Faute aux élites », l’historien éditorialiste à L’Obs avait diagnostiqué la profondeur du divorce entre le peuple et les élites. Cette fois, il entreprend de cerner cette démocratie d’opinion ou « doxocratie » qui est en train de porter au pouvoir le nouveau prince, l’Opinion. Et d’en faire l’archéologie. Cette doxocratie, d’après Jacques Julliard, elle est médiatique, directe et permanente. Médiatique, parce qu’elle coïncide avec la généralisation des nouveaux médias. On sait le rôle qu’ont joué les blogs dans la victoire du « non » au référendum européen de 2005. Directe, parce qu’elle court-circuite ces corps intermédiaires qui, traditionnellement, interprétaient la volonté populaire et organisaient les débats publics. Permanente, parce que les électeurs ne supportent plus la démocratie qui leur donne la parole les jours d’élection, pour mieux la reprendre dés le lendemain. Michel Wieviorka a mis en cause de son côté, dans des tribunes parues dans la presse, la manière dont le nouveau président de la République a miné l’autorité de son propre gouvernement, mis au pas le Parlement, marginalisé l’opposition, mis les syndicats en porte-à-faux – chaque fois, en en appelant, via les média, à l’opinion, par-dessus la tête de ces « institutions intermédiaires ». Si la bonne vieille démocratie parlementaire, qui a fait ses preuves, devait céder la place à la dictature des sondages et à la politique-spectacle, devrions-nous nous en réjouir ? La démocratie d’opinion prospère sur l’humus des frustrations et des rancoeurs – qui ne sont pas les meilleures conseillères. « Célébrer le règne de l’opinion », écrit Alain Duhamel dans « Le Point » de cette semaine, « c’est encourager la religion de l’inconstance, de l’émotion et – trop souvent – de l’ignorance. » Dans la mesure où comme le reconnaît Jacques Julliard, le média qui façonne l’opinion publique, les télévisions grand public, ont pour idéologie l’apologie de la violence et de la force, l’argent acquis par n’importe quel moyen ne doit-on pas s’inquiéter de voir les politiques professionnels remplacés par des bateleurs et des amuseurs ?

Jacques Julliard, historien, auteur, journaliste
Michel Wieviorka, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, et administrateur de la Fondation Maison des sciences de l’homme. Il a été le président de l’Association internationale de sociologie (2006-2010).
Yves Sintomer, membre de l’Institut Universitaire de France , professeur de science politique, chercheur au CSU-CRESPPA (CNRS/Université de Paris 8)

Discours de Latran de Nicolas Sarkozy

Messieurs les Cardinaux,
Mesdames et Messieurs,
Et si vous le permettez, Chers Amis,

Permettez-moi d’adresser mes premières paroles au cardinal Ruini, pour le remercier très chaleureusement de la cérémonie qu’il vient de présider. J’ai été sensible aux prières qu’il a bien voulu offrir pour la France et le bonheur de son peuple. Je veux le remercier également pour l’accueil qu’il m’a réservé dans cette cathédrale de Rome, au sein de son chapitre.

Je vous serais également reconnaissant, Eminence, de bien vouloir transmettre à sa Sainteté Benoît XVI mes sincères remerciements pour l’ouverture de son palais pontifical qui nous permet de nous retrouver ce soir. L’audience que le Saint Père m’a accordée ce matin a été pour moi un moment d’émotion et de grand intérêt. Je renouvelle au Saint Père l’attachement que je porte à son projet de déplacement en France au deuxième semestre de l’année 2008. En tant que président de tous les Français, je suis comptable des espoirs que cette perspective suscite chez mes concitoyens catholiques et dans de nombreux diocèses. Quelles que soient les étapes de son séjour, Benoît XVI sera le bienvenu en France.

***

En me rendant ce soir à Saint-Jean de Latran, en acceptant le titre de chanoine d’honneur de cette basilique, qui fut conféré pour la première fois à Henri IV et qui s’est transmis depuis lors à presque tous les chefs d’Etat français, j’assume pleinement le passé de la France et ce lien si particulier qui a si longtemps uni notre nation à l’Eglise.

C’est par le baptême de Clovis que la France est devenue Fille aînée de l’Eglise. Les faits sont là. En faisant de Clovis le premier souverain chrétien, cet événement a eu des conséquences importantes sur le destin de la France et sur la christianisation de l’Europe. A de multiples reprises ensuite, tout au long de son histoire, les souverains français ont eu l’occasion de manifester la profondeur de l’attachement qui les liait à l’Eglise et aux successeurs de Pierre. Ce fut le cas – de la conquête par Pépin le Bref, des premiers Etats pontificaux ou de la création auprès du Pape de notre plus ancienne représentation diplomatique.

Au-delà de ces faits historiques, c’est surtout parce que la foi chrétienne a pénétré en profondeur la société française, sa culture, ses paysages, sa façon de vivre, son architecture, sa littérature, que la France entretient avec le siège apostolique une relation si particulière. Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes. Et la France a apporté au rayonnement du christianisme une contribution exceptionnelle. Contribution spirituelle, contribution morale par le foisonnement de saints et de saintes de portée universelle : saint Bernard de Clairvaux, saint Louis, saint Vincent de Paul, sainte Bernadette de Lourdes, sainte Thérèse de Lisieux, saint Jean-Marie Vianney, Frédéric Ozanam, Charles de Foucauld… Contribution littéraire, contribution artistique : de Couperin à Péguy, de Claudel à Bernanos, Vierne, Poulenc, Duruflé, Mauriac ou encore Messiaen. Contribution intellectuelle, si chère à Benoît XVI, Blaise Pascal, Bossuet, Maritain, Emmanuel Mounier, Henri de Lubac, Yves Congar, René Girard… Qu’il me soit permis de mentionner également l’apport déterminant de la France à l’archéologie biblique et ecclésiale, ici à Rome, mais aussi en Terre sainte, ainsi qu’à l’exégèse biblique, avec en particulier l’Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem.

Je veux évoquer parmi vous ce soir la figure du cardinal Jean-Marie Lustiger qui nous a quittés cet été. Je veux dire que son rayonnement et son influence ont eux aussi très largement dépassé les frontières de la France. J’ai tenu à participer à ses obsèques car aucun Français, je l’affirme, n’est resté indifférent au témoignage de sa vie, à la force de ses écrits, et permettez-moi de le dire, au mystère de sa conversion. Pour moi et pour tous les catholiques, sa disparition a représenté une grande peine. Debout à côté de son cercueil, j’ai vu défilé ses frères dans l’épiscopat et les nombreux prêtres de son diocèse, et j’ai été touché par l’émotion qui se lisait sur le visage de chacun.

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Cette profondeur de l’inscription du christianisme dans notre histoire et dans notre culture, se manifeste ici à Rome par la présence jamais interrompue de Français au sein de la Curie et aux responsabilités les plus éminentes. Je veux saluer ce soir le cardinal Etchegaray, le cardinal Poupard, le cardinal Tauran, Monseigneur Mamberti, dont l’action, je n’hésite pas à le dire, honore la France.

Les racines chrétiennes de la France sont aussi visibles dans ces symboles que sont les Pieux établissements, la messe annuelle de la Sainte-Lucie et celle de la chapelle Sainte-Pétronille. Et puis il y a bien sûr cette tradition qui fait du président de la République française le chanoine d’honneur de Saint-Jean de Latran. Saint-Jean de Latran, ce n’est pas rien, tout de même. C’est la cathédrale du Pape, c’est la « tête et la mère de toutes les églises de Rome et du monde », c’est une église chère au cœur des Romains. Que la France soit liée à l’Eglise catholique par ce titre symbolique, c’est la trace de cette histoire commune où le christianisme a beaucoup compté pour la France et la France beaucoup compté pour le christianisme Et c’est donc tout naturellement, comme le général de Gaulle, comme Valéry Giscard d’Estaing, comme Jacques Chirac, que je suis venu m’inscrire avec bonheur dans cette tradition.

***

Tout autant que le baptême de Clovis, la laïcité est également un fait incontournable dans notre pays. Je sais les souffrances que sa mise en œuvre a provoquées en France chez les catholiques, chez les prêtres, dans les congrégations, avant comme après 1905. Je sais que l’interprétation de la loi de 1905 comme un texte de liberté, de tolérance, de neutralité est en partie, reconnaissons le, cher Max Gallo, une reconstruction rétrospective du passé. C’est surtout par leur sacrifice dans les tranchées de la Grande guerre, par le partage de leurs souffrances, que les prêtres et les religieux de France ont désarmé l’anticléricalisme ; et c’est leur intelligence commune qui a permis à la France et au Saint-Siège de dépasser leurs querelles et de rétablir leurs relations.

Pour autant, il n’est plus contesté par personne que le régime français de la laïcité est aujourd’hui une liberté : la liberté de croire ou de ne pas croire, la liberté de pratiquer une religion et la liberté d’en changer, de religion, la liberté de ne pas être heurté dans sa conscience par des pratiques ostentatoires, la liberté pour les parents de faire donner à leurs enfants une éducation conforme à leurs convictions, la liberté de ne pas être discriminé par l’administration en fonction de sa croyance.

La France a beaucoup changé. Les citoyens français ont des convictions plus diverses qu’autrefois. Dès lors la laïcité s’affirme comme une nécessité et oserais-je le dire, une chance. Elle est devenue une condition de la paix civile. Et c’est pourquoi le peuple français a été aussi ardent pour défendre la liberté scolaire que pour souhaiter l’interdiction des signes ostentatoires à l’école.

Cela étant, la laïcité ne saurait être la négation du passé. La laïcité n’a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n’aurait pas dû. Comme Benoît XVI, je considère qu’une nation qui ignore l’héritage éthique, spirituel, religieux de son histoire commet un crime contre sa culture, contre ce mélange d’histoire, de patrimoine, d’art et de traditions populaires, qui imprègne si profondément notre manière de vivre et de penser. Arracher la racine, c’est perdre la signification, c’est affaiblir le ciment de l’identité nationale, c’est dessécher davantage encore les rapports sociaux qui ont tant besoin de symboles de mémoire.

C’est pourquoi nous devons tenir ensemble les deux bouts de la chaîne : assumer les racines chrétiennes de la France, et même les valoriser, tout en défendant la laïcité, enfin parvenue à maturité. Voilà le sens de la démarche que j’ai voulu accomplir ce soir à Saint-Jean de Latran.

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Le temps est désormais venu que, dans un même esprit, les religions, en particulier la religion catholique qui est notre religion majoritaire, et toutes les forces vives de la nation regardent ensemble les enjeux de l’avenir et non plus seulement les blessures du passé.

Je partage l’avis du Pape quand il considère, dans sa dernière encyclique, que l’espérance est l’une des questions les plus importantes de notre temps. Depuis le siècle des Lumières, l’Europe a expérimenté tant d’idéologies. Elle a mis successivement ses espoirs dans l’émancipation des individus, dans la démocratie, dans le progrès technique, dans l’amélioration des conditions économiques et sociales, dans la morale laïque. Elle s’est fourvoyée gravement dans le communisme et dans le nazisme. Aucune de ces différentes perspectives – que je ne mets évidemment pas sur le même plan – n’a été en mesure de combler le besoin profond des hommes et des femmes de trouver un sens à l’existence.

Bien sûr, fonder une famille, contribuer à la recherche scientifique, enseigner, se battre pour des idées, en particulier si ce sont celles de la dignité humaine, diriger un pays, cela peut donner du sens à une vie. Ce sont ces petites et ces grandes espérances « qui, au jour le jour, nous maintiennent en chemin » pour reprendre les termes même de l’encyclique du Saint Père. Mais elles ne répondent pas pour autant aux questions fondamentales de l’être humain sur le sens de la vie et sur le mystère de la mort. Elles ne savent pas expliquer ce qui se passe avant la vie et ce qui se passe après la mort.

Ces questions sont de toutes les civilisations et de toutes les époques et ces questions essentielles n’ont rien perdu de leur pertinence, et je dirais, mais bien au contraire. Les facilités matérielles de plus en plus grandes qui sont celles des pays développés, la frénésie de consommation, l’accumulation de biens, soulignent chaque jour davantage l’aspiration profonde des hommes et des femmes à une dimension qui les dépasse, car moins que jamais elles ne la comblent.

« Quand les espérances se réalisent, poursuit Benoît XVI, il apparaît clairement qu’en réalité, ce n’est pas la totalité. Il paraît évident que l’homme a besoin d’une espérance qui va au-delà. Il paraît évident que seul peut lui suffire quelque chose d’infini, quelque chose qui sera toujours ce qu’il ne peut jamais atteindre. Si nous ne pouvons espérer plus que ce qui est accessible, ni plus que ce qu’on peut espérer des autorités politiques et économiques, notre vie se réduit à être privée d’espérance ». Ou encore, comme l’écrivit Héraclite, « Si l’on n’espère pas l’inespérable, et bien, on ne le reconnaîtra pas ».

Ma conviction profonde, dont j’ai fait part notamment dans ce livre d’entretiens que j’ai publié sur la République, les religions et l’espérance, c’est que la frontière entre la foi et la non-croyance n’est pas et ne sera jamais entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, parce qu’elle traverse en vérité chacun de nous. Même celui qui affirme ne pas croire ne peut soutenir en même temps qu’il ne s’interroge pas sur l’essentiel. Le fait spirituel, c’est la tendance naturelle de tous les hommes à rechercher une transcendance. Le fait religieux, c’est la réponse des religieux à cette aspiration fondamentale qui existe depuis que l’homme a conscience de sa destinée.

Or, longtemps la République laïque a sous-estimé l’importance de l’aspiration spirituelle. Même après le rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège, elle s’est montrée plus méfiante que bienveillante à l’égard des cultes. Chaque fois qu’elle a fait un pas vers les religions, qu’il s’agisse de la reconnaissance des associations diocésaines, de la question scolaire, des congrégations, elle a donné le sentiment qu’elle agissait, allez, parce qu’elle ne pouvait pas faire autrement. Ce n’est qu’en 2002 qu’elle a accepté le principe d’un dialogue institutionnel régulier avec l’Eglise catholique. Qu’il me soit également permis de rappeler les critiques virulentes et injustes dont j’ai été l’objet au moment de la création du Conseil français du culte musulman. Aujourd’hui encore, la République maintient les congrégations sous une forme de tutelle, refusant de reconnaître un caractère cultuel à l’action caritative, en répugnant à reconnaître la valeur des diplômes délivrés dans les établissements d’enseignement supérieur catholique, en n’accordant aucune valeur aux diplômes de théologie, considérant qu’elle ne doit pas s’intéresser à la formation des ministres du culte.

Je pense que cette situation est dommageable pour notre pays. Bien sûr, ceux qui ne croient pas doivent être protégés de toute forme d’intolérance et de prosélytisme. Mais un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent. La désaffection progressive des paroisses rurales, le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie de prêtres, n’ont pas rendu les Français plus heureux. C’est une évidence.

Et puis je veux dire également que, s’il existe incontestablement une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la République a intérêt à ce qu’il existe aussi une réflexion morale inspirée de convictions religieuses. D’abord parce que la morale laïque risque toujours de s’épuiser quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini. Ensuite et surtout parce qu’une morale dépourvue de liens avec la transcendance est davantage exposée aux contingences historiques et finalement à la facilité. Comme l’écrivait Joseph Ratzinger dans son ouvrage sur l’Europe, « le principe qui a cours maintenant est que la capacité de l’homme soit la mesure de son action. Ce que l’on sait faire, on peut également le faire ». A terme, le danger est que le critère de l’éthique ne soit plus d’essayer de faire ce que l’on doit faire, mais de faire ce que l’on peut faire. Mais c’est une très grande question.

Dans la République laïque, l’homme politique que je suis n’a pas à décider en fonction de considérations religieuses. Mais il importe que sa réflexion et sa conscience soient éclairées notamment par des avis qui font référence à des normes et à des convictions libres des contingences immédiates. Toutes les intelligences, toutes les spiritualités qui existent dans notre pays doivent y prendre part. Nous serons plus sages si nous conjuguons la richesse de nos différentes traditions.

C’est pourquoi j’appelle de mes vœux l’avènement d’une laïcité positive, c’est-à-dire d’une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout. Il ne s’agit pas de modifier les grands équilibres de la loi de 1905. Les Français ne le souhaitent pas et les religions ne le demandent pas. Il s’agit en revanche de rechercher le dialogue avec les grandes religions de France et d’avoir pour principe de faciliter la vie quotidienne des grands courants spirituels plutôt que de chercher à le leur compliquer.

Messieurs les Cardinaux, Mesdames et Messieurs, au terme de mon propos, et à quelques jours de cette fête de Noël qui est toujours un moment où l’on se recentre sur ce qui est le plus cher dans sa vie, je souhaiterais me tourner vers ceux d’entre vous qui sont engagés dans les congrégations, auprès de la Curie, dans le sacerdoce, l’épiscopat ou qui suivent actuellement leur formation de séminariste. Je voudrais vous dire très simplement les sentiments que m’inspirent vos choix de vie.

Je mesure les sacrifices que représente une vie toute entière consacrée au service de Dieu et des autres. Je sais que votre quotidien est ou sera parfois traversé par le découragement, la solitude, le doute. Je sais aussi que la qualité de votre formation, le soutien de vos communautés, la fidélité aux sacrements, la lecture de la Bible et la prière, vous permettent de surmonter ces épreuves.

Sachez que nous avons au moins une chose en commun : c’est la vocation. On n’est pas prêtre à moitié, on l’est dans toutes les dimensions de sa vie. Croyez bien qu’on n’est pas non plus président de la République à moitié. Je comprends que vous vous soyez sentis appelés par une force irrépressible qui venait de l’intérieur, parce que moi-même je ne me suis jamais assis pour me demander si j’allais faire ce que j’ai fait, je l’ai fait. Je comprends les sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation parce que moi-même je sais ceux que j’ai faits pour réaliser la mienne.

Ce que je veux vous dire ce soir, en tant que président de la République, c’est l’importance que j’attache à ce que vous faites et permettez-moi de le dire à ce que vous êtes. Votre contribution à l’action caritative, à la défense des Droits de l’Homme et de la dignité humaine, au dialogue inter-religieux, à la formation des intelligences et des cœurs, à la réflexion éthique et philosophique, est majeure. Elle est enracinée dans la profondeur de la société française, dans une diversité souvent insoupçonnée, tout comme elle se déploie à travers le monde. Je veux saluer notamment nos congrégations, les Pères du Saint-Esprit, les Pères Blancs et les Sœurs Blanches, les fils et filles de la charité, les franciscains missionnaires, les jésuites, les dominicains, la Communauté de Sant’Egidio qui a une branche en France, toutes ces communautés, qui, dans le monde entier, soutiennent, soignent, forment, accompagnent, consolent leur prochain dans la détresse morale et matérielle.

En donnant en France et dans le monde le témoignage d’une vie donnée aux autres et comblée par l’expérience de Dieu, vous créez de l’espérance et vous faites grandir des sentiments nobles. C’est une chance pour notre pays, et le président que je suis le considère avec beaucoup d’attention. Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance.

Je veux évoquer la mémoire des moines de Tibhérine et de Monseigneur Pierre Claverie, dont le sacrifice portera un jour des fruits de paix, j’en suis convaincu. L’Europe a trop tourné le dos à la Méditerranée alors même qu’une partie de ses racines y plongent et que les pays riverains de cette mer au croisement d’un grand nombre d’enjeux du monde contemporain. J’ai voulu que la France prenne l’initiative d’une Union de la Méditerranée. Sa situation géographique tout comme son passé et sa culture l’y conduisent naturellement. Dans cette partie du monde où les religions et les traditions culturelles exacerbent souvent les passions, où le choc des civilisations peut rester à l’état de fantasme ou basculer dans la réalité la plus tragique, nous devons conjuguer nos efforts pour atteindre une coexistence paisible, respectueuse de chacun sans renier nos convictions profondes, dans une zone de paix et de prospérité. Cette perspective rencontre, me semble-t-il, l’intérêt du Saint-Siège.

Mais ce que j’ai le plus à cœur de vous dire, c’est que dans ce monde paradoxal, obsédé par le confort matériel tout en étant de plus en plus en quête de sens et d’identité, la France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d’affirmer ce qu’ils sont et ce en quoi ils croient. La campagne électorale de 2007 a montré que les Français avaient envie de politique pour peu qu’on leur propose des idées, des projets, des ambitions. Ma conviction c’est qu’ils sont aussi en attente de spiritualité, de valeurs et d’espérance.

Henri de Lubac, ce grand ami de Benoît XVI, écrivait « La vie attire, comme la joie ». C’est pourquoi la France a besoin de catholiques heureux qui témoignent de leur espérance.

Depuis toujours, la France rayonne à travers le monde par la générosité et par l’intelligence. C’est pourquoi elle a besoin de catholiques pleinement chrétiens, et de chrétiens pleinement actifs.

La France a besoin de croire à nouveau qu’elle n’a pas à subir l’avenir, parce qu’elle a à le construire. C’est pourquoi elle a besoin du témoignage de ceux qui, portés par une espérance qui les dépasse, se remettent en route chaque matin pour construire un monde plus juste et plus généreux.

J’ai offert ce matin au Saint Père deux éditions originales de Bernanos. Je veux conclure avec lui : « L’avenir est quelque chose qui se surmonte. On ne subit pas l’avenir, on le fait. L’optimisme est une fausse espérance à l’usage des lâches. L’espérance est une vertu, une détermination héroïque de l’âme. La plus haute forme de l’espérance, c’est le désespoir surmonté ». Comme je comprends l’attachement du Pape à ce grand écrivain qu’est Bernanos.

Partout où vous agirez, dans les banlieues, dans les institutions, auprès des jeunes, dans le dialogue inter-religieux, dans les universités, je vous soutiendrai. La France a besoin de votre générosité, de votre courage, de votre espérance.

Je vous remercie.

Nicolas Sarkozy

Président de la République Française

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Couple mixte : « La police fouille dans nos sentiments »

Reportage. Dans le train qui les amène à Paris, les conjoints français d’étrangers confient les humiliations incessantes dont ils font l’objet.

Ils sont de plein droit sur le sol français. C’est leur pays et pourtant l’envie d’être heureux leur est refusée par la loi. C’est ainsi qu’ils ont rejoint le collectif pour la défense du droit à une vie familiale des couples mixtes, initié par la Cimade de Montpellier sous la bannière évocatrice Les Amoureux au Ban public. Seize d’entre eux, époux et épouses français de sans papiers, ont pris le train mercredi pour la capitale, direction le Sénat et l’Assemblée nationale. L’idée d’une intervention collective des conjoints auprès des parlementaires donne une autre portée à la démarche. « Et puis au moins on sait qu’ils ne risquent pas de se faire ramasser à la descente du train », précise le responsable régional de la Cimade, Jean-Paul Numez.

Dans le TGV qui les conduit à Paris où les députés débattent du nouveau projet de loi sur l’immigration, les langues se délient. « Je connais mon mari depuis 2003. Il est entré légalement. Nous sommes mariés depuis 14 mois. Ca n’a pas été facile, ils sont venus l’arrêter à domicile deux jours avant notre mariage. Le tribunal administratif a annulé l’arrêter de reconduite à la frontière. Mais la préfecture refuse de lui délivrer un certificat de long séjour, explique Delphine. En juillet dernier, la police a multiplié les descentes, nous avons dû nous éloigner. On vit dans la peur, les enfants ne comprennent pas. »

Beaucoup font état des exactions commises par l’administration française dans leur vie personnelle. D’autres regardent le paysage qui défile en silence, conscients du durcissement qui se joue à l’Assemblée, alors qu’ils se trouvent déjà en prise à des embûches kafkaïennes. Plus que la colère, c’est l’incertitude ravageuse qui se lit sur les visages. Celle d’une situation qui rend tous ces amoureux vulnérables, à la merci d’une administration suspicieuse régie par l’arbitraire.

Vivre dans la peur

La loi exige que les maires saisissent le procureur de la République de tous les mariages mixtes. Celui-ci demande systématiquement une enquête de police ou de gendarmerie pour évaluer la capacité au mariage mais sans plus de précision. « On doit se justifier. C’est très humiliant quand la police fouille dans vos sentiments, confie une femme de 35 ans. Ils m’ont demandé où vous êtes-vous rencontrés pour la première fois ? Mon mari est libraire. A la papeterie, ai-je répondu.  Quelle est le nom de cette papeterie m’ont-il demandé, et là, je ne sais pas pourquoi, j’ai eu un trou. Le dossier a été rejeté. » Le plus souvent les refus ne sont pas justifiés. Il n’y a pas de critères objectifs. « Je suis mariée depuis quatre ans, mon mari est algérien, il est entré en France avec un titre de plein droit. Nous nous sommes mariés, il a obtenu une carte de 4 mois. Nous n’avons jamais reçu sa carte d’un an. Au bout de deux ans, je suis allée à la préfecture pour savoir pourquoi. La gendarmerie est venue faire une enquête à la maison. Ils ont constaté qu’il n’y avait pas de photo de nous sur les murs. Que nous n’avions pas d’enfant et pas de compte commun et  ont conclu au mariage de complaisance ! J’ai attaqué devant le tribunal administratif qui a suspendu la décision. Mais nous sommes toujours coincés. Nous attendons les papiers. »

Quitter la France

« Vous ne cherchez pas la situation, elle vient vers vous. » témoigne un cadre financier à la retraite. Il a choisi d’être du voyage pour soutenir sa fille. « Elle était dans une école internationale. Il y avait de fortes chances pour qu’elle rencontre un étranger, constate-t-il. Magali a rencontré un Tunisien. Ils s’aiment et comptaient se marier en juin. Quitte à le faire dans un pays qui accepterait leur union, mais ma fille a trouvé un poste à responsabilité à Cannes. Du coup ils sont passés dans la clandestinité parce que la préfecture refuse de renouveler le visa de mon futur beau-fils. C’est absurde et inacceptable. Et je sais bien qu’il existe des situations beaucoup plus difficiles. Moi je vais les encourager à quitter la France. »

Préoccupante réalité

Le train des amoureux arrive à la gare de Lyon. Direction l’Assemblé nationale où les Montpelliérains et les Nîmois rejoignent d’autres conjoints parisiens. Françoise de la Cimade de Marseille explique qu’une arrestation a retenu les Marseillais sur place. Aux abords de l’Assemblée, le groupe se scinde en deux, sous le regard vigilant du service de sécurité. Une partie des amoureux prend la direction du Sénat où ils seront reçus par le groupe PS en charge de l’immigration. L’autre rencontrera le député UMP Etienne Pinte qui s’est distingué de son groupe sur cette question et le député PCF Patrick Braouzec qui souhaite défendre un amendement dans l’après-midi. Devant les parlementaires attentifs, chacun prend la parole succinctement pour expliquer sa situation et les humiliations vécues. Les membres de la Cimade ponctuent les explications de courts commentaires techniques sur les dossiers. L’opération ne vise pas à régler les dossiers individuels mais à informer les élus sur la préoccupante réalité du terrain.

Il est déjà l’heure de quitter les palais de la République pour le retour. A l’Assemblée, les débats se poursuivent. Tout est ficelé. Tard dans la nuit, le projet de loi sur l’immigration, le plus régressif et radical depuis les années les plus sombres de la France passe comme une lettre à la poste. Seuls 45 députés ont voté contre le retour du droit du sang. Les amoureux au ban public se séparent en gare de Montpellier « Je sais que je ne suis pas plus avancée sur mon dossier, dit Audrey dont l’aimé est coincé au Maroc, mais cette journée m’a redonné du punch. » On promet de se revoir très bientôt.

Jean-Marie Dinh

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