Immigration en France éléments d’études 2011

Immigration, vieillissement démographique et financement de la protection sociale,

par Xavier Chojnicki et Lionel Ragot

(CEPII, mai 2011)

Globalement les principaux effets sur les finances de la protection sociale sont positifs et le sont d’autant plus, à court moyen-terme, que la politique migratoire est sélective (en faveur des plus qualifiés). A long-terme ces effets bénéfiques peuvent disparaître pour une politique très sélective. Cependant, les gains pour les finances publiques provenant de flux migratoires nets plus conséquents sont relativement modérés en comparaison des évolutions démographiques qu’ils impliquent.

L’immigration peut être une aubaine pour les pays industrialisés

par Isabelle Moreau (La Tribune, 1 déc 11)

Dans leur ouvrage « les Trente glorieuses sont devant nous », Valérie Rabault et Karine Berger estiment que l’économie française a besoin de 10 millions d’étrangers d’ici à 2040. « Compte-tenu de la structure de la population et des projections de l’Insee, la part des plus de 65 ans passera de 17 % à 28 % en 2040 si la France ne modifie pas sa politique d’immigration », prévient Valérie Rabault. Partant de là, ajoute-t-elle, « les dépenses de santé vont augmenter et la population active diminuer. Pour corriger cette évolution, il faut que la France redevienne attractive. Il ne faut ni une immigration subie, ni une immigration choisie. Pour que les ingénieurs indiens viennent en France et non aux États-Unis, il faut être attractifs, innovants et dynamiques. A cette condition, la France pourra se positionner dans la compétitivité mondiale. »

Immigration, vieillissement démographique et financement de la protection sociale.

CEPII. Mai 2011.

Document de travail du CEPII n°2011 (13 Mai 2011) : « Immigration, vieillissement démographique et financement de la protection sociale: une évaluation par l’équilibre général calculable appliqué à la France ».

par Xavier Chojnicki et Lionel Ragot.

L’immigration est souvent avancée comme l’un des instruments d’adaptation des économies confrontées au phénomène du vieillissement démographique. Dans cet article, nous évaluons, à l’aide d’un modèle d’équilibre général calculable dynamique, la contribution d’une politique migratoire à la réduction du fardeau fiscal lié au vieillissement démographique en France. Quatre variantes, par rapport à un scénario central qui reprend les projections officielles pour la France (INSEE, COR….), sont réalisées, avec pour objectif de quantifier au mieux les effets de l’immigration sur les finances de la protection sociale. La première consiste à évaluer les effets économiques de l’immigration en France telle qu’elle est projetée dans ces prévisions officielles. Les trois autres sont construites sur l’hypothèse d’un flux annuel d’immigrés plus élevé (correspondant aux flux qui ont caractérisés la deuxième grande vague d’immigration en France au XXème siècle). Elles se différencient par le niveau de qualification des nouveaux entrants. Nous montrons que la structure par qualification et par âge des immigrés est une caractéristique essentielle qui détermine en grande partie les principaux effets sur les finances de la protection sociale. Globalement ceux-ci sont positifs et le sont d’autant plus, à court moyen-terme, que la politique migratoire est sélective (en faveur des plus qualifiés). A long-terme ces effets bénéfiques peuvent disparaître pour une politique très sélective. Cependant, les gains pour les finances publiques provenant de flux migratoires nets plus conséquents sont relativement modérés en comparaison des évolutions démographiques qu’ils impliquent.

Source TERRA : http://ses.ens-lyon.fr/1306825935340/0/fiche___actualite/&RH=40

L’immigration peut être une aubaine pour les pays industrialisés

Société – 01/12/2011 |

Alors que la France veut diminuer le nombre d’étrangers en situation régulière, d’autres pays européens optent pour la démarche inverse.

« Ne faisons pas des immigrés des adversaires », a lancé mardi l’ex-Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, en direction de l’UMP et de ses militants réunis lors d’une convention nationale sur le projet du parti majoritaire pour 2012. À quelques mois de la présidentielle et dans un contexte de crise et de flambée du chômage, le thème de l’immigration fait son grand retour sur la scène politique. Très incisif sur le sujet, le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, rappelle en boucle que la France accueille chaque année 200.000 étrangers en situation régulière et que c’est « trop ». D’où son objectif de diminuer en un an de 10 % cette immigration. Balayant les critiques qui l’accusent de braconner sur les terres du FN, il entend agir sur le regroupement familial, le recrutement des étrangers, dont les étudiants en fin de cycle, et même le droit d’asile qui serait « détourné » par des migrants économiques.

Déjà, en août, le gouvernement avait réduit la liste des métiers ouverts aux travailleurs non européens pour freiner l’immigration légale de travail. Car Claude Guéant est persuadé que l’on peut « résoudre les problème de l’emploi chez nous, au prix de la formation professionnelle ou de la réorientation professionnelle, plutôt que de faire venir des personnes d’ailleurs ». Reste que l’équation n’est pas si simple.

En France, comme ailleurs, « les travailleurs immigrés occupent des emplois dont ne veulent pas les populations locales et sont souvent surqualifiés par rapport aux postes occupés. Dans les pays affichant des forts taux de chômage, ils occupent des métiers comme le bâtiment ou les services à la personne », explique Raymond Torrès, directeur de l’Institut international d’études sociales de l’Organisation internationale du travail (OIT).

Ces questions d’immigration traversent l’ensemble des pays qui, tous, doivent jongler avec leurs impératifs démographiques et leurs besoins de main d’œuvre étrangère. La semaine dernière, le syndicat helvétique Travail.Suisse a appelé à une plus grande « flexibilité dans la politique d’administration de main d’œuvre étrangère en Suisse », estimant qu’il manquera d’ici 2030 quelque 400.000 travailleurs dans la Confédération. Outre-Rhin, la ministre des Affaires sociales veut, elle, faciliter l’entrée de travailleurs, non ressortissants de l’UE, sur son territoire. Ces positions sont à rebours de celles de la France. Pourtant, certains économistes estiment que l’immigration est une planche de salut pour la France.

Dans leur ouvrage « les Trente glorieuses sont devant nous », Valérie Rabault et Karine Berger estiment que l’économie française a besoin de 10 millions d’étrangers d’ici à 2040. « Compte-tenu de la structure de la population et des projections de l’Insee, la part des plus de 65 ans passera de 17 % à 28 % en 2040 si la France ne modifie pas sa politique d’immigration », prévient Valérie Rabault. Partant de là, ajoute-t-elle, « les dépenses de santé vont augmenter et la population active diminuer. Pour corriger cette évolution, il faut que la France redevienne attractive. Il ne faut ni une immigration subie, ni une immigration choisie. Pour que les ingénieurs indiens viennent en France et non aux États-Unis, il faut être attractifs, innovants et dynamiques. A cette condition, la France pourra se positionner dans la compétitivité mondiale. »

Isabelle Moreau (La Tribune)

 

Aki Kaurismaki Le Havre : La police des frontières face au stoïcisme

Cinéma. Le Havre, le dernier film d’Aki Kaurismaki aujourd’hui sur les écrans. Un conte attendrissant  et un nouveau regard sur le drame des clandestins.

Marcel Marx (André Wilms), ex-écrivain bohème reconverti en cireur de chaussures, a jeté l’ancre au Havre où il coule une vie tranquille. Loin du bling bling, hors du temps, la culture populaire de la ville portuaire suffit à son bonheur. Marcel s’adonne à une vie routinière. Il aime son travail anonyme et ouvert aux hasards de la vie. Le soir, il retrouve Arletty (Kati Outinen), sa splendide femme finlandaise qui lui mitonne des petits plats pleins d’amour.

Marcel ne roule pas sur l’or mais dans le quartier tout le monde le respecte. Sa boulangère lui accorde une ardoise longue comme le fleuve Congo, son épicier s’efforce de lui masquer son grand cœur et il atteint des sommets dans la communication non verbale avec la patronne du bistro du coin. Toute cette humanité sans prix va se mobiliser quand le destin met sur le chemin de Marcel, Idrissa, un petit Gabonais clandestin débarqué de son cargo par erreur.

Avec Le Havre, premier volet d’une trilogie consacrée aux grandes villes portuaires, Kaurismaki nous aiguille hors des eaux glacées du réalisme. A la police, bras armé d’une politique aveugle, le réalisateur finlandais renvoie la beauté sensible du monde. Il prend le contre-pied du film documentaire en puisant dans la magie du conte.

Morceaux d’histoire

Le film joue avec le passé, se saisit de l’atmosphère intemporelle du Havre, des carrosseries anguleuses des voitures des sixties et des seventies, remonte le temps pour faire référence à la France occupée. Le réalisateur saisit sans complaisance les morceaux d’histoire qui ont fécondé la politique nationale française. Jean-pierre Leaud  incarne la France de la collaboration dans le rôle du voisin délateur. Le costume du commissaire, placide et ambivalent (Jean-Pierre Darroussin) rappelle celui de la gestapo.

Mais Kaurismaki ne s’en tient pas là. Il use de la magie populaire. On assiste au retour de l’ange du rock havrais Little Bob Story. On saisit la force du personnage Idrissa dans l’innocence de son regard, enchanté par cet étranger dont toute la famille est désignée indésirable. Sa mère est à Londres, son père n’a pas survécu à l’exil, son grand père est en camp de rétention, mais il sait, lui, que le Havre ne sera qu’une étape.

Le conte stoïque de Kaurismaki transmet de façon simple et populaire l’art de traverser les épreuves et de se ressourcer aux origines de l’humain. Le Havre ouvre des passages qui permettent de comprendre et d’agir dans une réalité de plus en plus complexe. Un film à voir qui offre des clefs de sagesse et des portes d’inspiration. Le souffle Kaurismaki nous emporte. Il est bien plus puissant que le populisme et le racisme ordinaire.

Jean-Marie Dinh

Voir aussi : Rubrique Cinéma,  rubrique Politique Politique de l’immigration, rubrique Société, La crise morale nous touche de l’intérieur,

 

Egypte: troisième jour de violence sur la place Tahrir

A la Une d'un quotidien créé après le départ de M. Moubarak

Dix personnes ont été tuées et près de 500 blessées en trois jours au Caire dans des heurts qui se sont poursuivis dimanche entre forces de l’ordre et manifestants anti-armée, les deux camps échangeant des accusations de brutalité et de vandalisme.

L’armée a déféré devant le procureur 164 personnes arrêtées pour implication présumée dans les heurts entamés vendredi matin autour du siège du gouvernement, et pour incendie de bâtiments, en vue de leur éventuelle inculpation, a-t-on appris de source militaire.

Ces violences sont les plus graves depuis des affrontements similaires qui avaient fait au moins 42 morts, principalement au Caire, quelques jours avant le début le 28 novembre des premières législatives depuis la chute du président Hosni Moubarak en février.

Les affrontements, essentiellement à coups de pierres, se concentraient autour d’un barrage de barbelés et de tôle installé par les forces de l’ordre sur une rue adjacente à une grande avenue conduisant de la place Tahrir, haut lieu de la contestation, au siège du gouvernement.

L’avenue était barrée depuis samedi par un mur en béton afin d’empêcher les manifestants d’approcher de ce secteur qui comprend aussi de nombreux ministères et bâtiments parlementaires.

Autour de la place Tahrir, les protestataires brandissaient la Une d’un quotidien créé après le départ de M. Moubarak qui montrait la photo d’une manifestante voilée, dont les soldats découvraient le soutien-gorge et le ventre en la frappant et en la traînant sur la chaussée.

Cette photo, ainsi que d’autres montrant des militaires adressant des gestes obscènes aux manifestants, ou dégainant des armes de poing, circulaient largement sur les réseaux sociaux.
L’Institut d’Egypte parti en fumée

Le Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui dirige l’Egypte depuis le départ de M. Moubarak, a pour sa part publié sur Facebook et Youtube des images du saccage d’un bâtiment gouvernemental vendredi, avec ce commentaire: «N’est-ce pas notre droit de protéger la propriété du peuple?».

Dimanche, des manifestants pénétraient dans le bâtiment encore fumant de l’Institut d’Egypte pour en extraire des manuscrits anciens, dont une grande partie a brûlé, après un incendie la veille dont les deux camps se rejetaient la responsabilité.

Le ministre de la Culture Chaker Abdel Hamid a qualifié de «catastrophe pour la science» le sinistre qui a ravagé l’établissement, fondé en 1798 au cours de l’expédition en Egypte de Napoléon Bonaparte afin de faire progresser la recherche.

«Le bâtiment contenait des manuscrits très importants et des livres rares dont il est difficile de trouver l’équivalent dans le monde», a-t-il déclaré samedi soir, faisant état d’efforts associant «des jeunes de la révolution, du Conseil supérieur de la Culture et des restaurateurs pour sauver ce qui peut l’être».

Le premier ministre parle de «contre-révolution»

Le Premier ministre Kamal el-Ganzouri a mis en garde samedi contre un risque de «contre-révolution», assurant que «ni l’armée ni la police n’avaient ouvert le feu» sur les manifestants.

«Ceux qui sont à Tahrir ne sont pas les jeunes de la révolution», a affirmé M. Ganzouri.

«Ce n’est pas une révolution, mais une contre-révolution», a-t-il ajouté en imputant les violences à des «éléments infiltrés».

Les affrontements avaient débuté vendredi entre les forces de l’ordre et des manifestants qui campaient depuis fin novembre devant le siège du gouvernement pour protester contre la nomination par l’armée de M. Ganzouri, ancien chef de gouvernement sous M. Moubarak.

Les manifestants réclament également la fin du pouvoir militaire, visant en particulier le chef de l’armée et chef de l’Etat de fait, le maréchal Hussein Tantaoui.

Ces violences ont occulté la tenue sans incident majeur de la deuxième phase des élections législatives, qui devrait conforter la nette domination des formations islamistes, au détriment des partis libéraux et des mouvements issus de la révolte anti-Moubarak.

La première phase du scrutin, dans un premier tiers du pays, a donné 65% des voix aux partis islamistes, dont 36% pour les Frères musulmans et 24% pour les fondamentalistes salafistes.

AFP

Voir aussi : Rubrique Egypte, Premier tour des Législatives 2011, Moubarak a joué avec le feu intégriste, Moubarak quitte le pouvoir, rubrique Histoire, Histoire de l’Egypte chronologie, rubrique Religion, Laïcité et République … , rubrique Rencontre, Khaled Al Khamissi ,

Retraites: Hollande, ou l’art d’habiller un recul en avancée

Après 48 heures de flottement et un avis de gros temps à la gauche du PS, François Hollande a précisé mercredi sa position sur « sa » réforme des retraites. « Ma démarche, ma méthode est claire: immédiatement au lendemain de la victoire de 2012, sera ouverte la posssibilité pour ceux qui ont fait leur carrière – 41 années et plus tard 41,5 années de cotisation – de partir à 60 ans », déclare le candidat à l’Elysée au terme d’une matinée-débat avec des associations de lutte contre la précarité, dans un centre d’hébergement d’urgence Emmaüs qui vient d’être rénové à Paris. « Ce sera le premier acte qui sera pris », martèle le député. Jusque là tout va bien, c’est ce que veut le PS.

Mais là où la contre-réforme des retraites défendue par le parti depuis le printemps 2010 prévoyait de laisser la liberté aux salariés de partir à 60 ans sans la totalité de leurs annuités moyennant une décote, Hollande renvoie à une négociation avec les partenaires sociaux. Il n’y a plus d’automaticité. « Nous ouvrirons une négociation sur la durée légale, la décote et la pénibilité », précise le candidat, dont les dernières déclarations, lundi matin, sur RTL, laissait planer un doute sur ses intentions. Le seuil de 62 ans est donc maintenu dans l’attente des résultats de cette négociation. Cette fois c’est dit.

Mardi soir, alors que l’Europe figurait tout en haut de l’agenda, la question des retraites –« ses flous et ses loups », selon les mots d’un dirigeant du PS- a occupé une bonne partie du premier « conseil politique » du PS, réuni autour du candidat, rue de Solférino. Benoît Hamon a demandé des « explications » à Hollande. « Si on laisse le flou sur cette question, la droite nous dira que nous mentons et que nous ne reviendrons pas sur la réforme », a prévenu le porte-parole du PS, héraut de la gauche du parti. Après la réunion, certains grands chefs du PS s’évertuaient à expliquer que rien n’avait bougé et que la position collective tenait toujours. D’autres, levant les épaules, concédaient qu’il y avait bien désormais deux positions: celle du parti et celle du candidat. « C’est lui qui présidera, c’est sa solution qui prévaut », lâchait un secrétaire national.

Pour le candidat et son équipe, la réflexion ne peut pas se limiter à l’accès à la retraite mais doit aussi traiter du niveau des pensions. Et partir avec une décote quand on a déjà qu’une toute petite retraite, c’est franchir un cran dans la paupérisation, insistent les conseillers du candidat qui veut faire du « vivre mieux ensemble » sa « grande cause » pour rassembler les Français.

Le point-presse terminé, Hollande disparaît dans sa berline et Bertrand Delanoë se retrouve à faire le service après-vente sur le trottoir de la rue Jacques Louvel-Tessier. Donc, après le siège de la France à l’Onu ou le nombre de centrales nucléaires à fermer, le candidat socialiste s’éloigne une fois de plus des propositions du parti? « Vous pouvez pinailler sur telle ou telle mesure mais l’essentiel, c’est de casser la réforme injuste et mauvaise de la droite », tonne le maire de Paris. « Il n’y a pas plus social que d’élaborer une réforme avec les syndicats », insiste-t-il avant de clore les interviews par un solennel: « François a l’esprit de justice sociale ».

Un peu plus loin, Marisol Touraine, chargée du Pôle social de l’équipe présidentielle, sort les rames à son tour. « L’engagement qui est pris et qui est une avancées significative, c’est de permettre aux première victimes de la réforme Fillon/Sarkozy de pouvoir partir à 60 ans », repète la députée, qui fut la cheville ouvrière du projet PS sur la réforme des retraites. Elle l’assure: la gauche au pouvoir fera une réforme « responsable et durable ».

Pour les syndicats, la pilule ne passe pas du tout. « Ça nous pose énormément de problèmes », explique dans la foulée sur Europe 1 Eric Aubin, secrétaire confédéral chargé des retraites à la CGT. « Nous avons mobilisé des millions de salariés en 2010, notamment contre le recul de l’âge légal de départ en retraite. Je crois qu’à ce moment-là, les partis de gauche et notamment le Parti socialiste, s’était engagé à revenir à l’âge légal à 60 ans pour tous »Le PS est-il devenu amnésique?

Laure Bretton (Libération)

Voir aussi : Rubrique Politique France  Retraite : ce que proposent les partis d’opposition, le report de l’âge légal à 62 ans n’est pas inévitable, Le PS négocierait sur la durée des cotisations,

Alassane Ouattara met en danger l’enseignement supérieur

Ouattara répondant aux questions du Figaro

Pour l’universitaire Michel Galy, l’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara met en danger l’enseignement supérieur en Côte d’Ivoire.

Les malheurs de l’université ivoirienne, en passe d’être détruite aujourd’hui, remontent pourtant plus loin: comme pour l’ensemble du pays, la zone rebelle a servi, depuis le coup d’Etat manqué de 2002, de banc d’essai; l’université de Bouaké, dans le fief de la rébellion ouattariste, a en effet été complètement pillée et rendue à ce point inutilisable qu’étudiants et professeurs se sont retrouvés à …Abidjan, squattant au début amphis et cours du campus de Cocody la nuit ou le dimanche -puis se retrouvant dans de nouveaux locaux construits malgré la guerre civile.

Une dégradation progressive de l’université

Que faire d’autre quand livres, bancs, équipements –jusqu’aux huisseries et métaux de construction ont été volés, pillés ou incendiés ? Cette libérianisation de l’université ivoirienne a été appliquée à grande échelle pendant et après le coup d’Etat franco-onusien d’avril 2011. Tout se passe comme si l’Université ivoirienne, ses professeurs et ses étudiants étaient devenus l’ennemi collectif du nouveau régime; dans une déclaration faite à Lomé, Alassane Ouattara ne vient-il pas d’annoncer la fermeture pour deux ans des établissements publics ivoiriens d’enseignement supérieur! La Côte d’Ivoire, entre maîtres de guerres et technocrates, sera-t-elle le seul pays au monde à avoir détruit sa propre Université ?

Le contraste est patent avec le régime précédent qu’on a pu nommer (en référence malicieuse à la III°république française), la «République des professeurs». De l’historien Laurent Gbagbo à l’économiste Aké N’gbo Gilbert- tous deux en déportation sans inculpation ni jugement à Korhogo et à Bouna, du philosophe Voho Sahi à  l’historien Pierre Kipré- en exil quant à eux à Accra, capitale du Ghana, tous ont exercé, revanche sur l’affairisme houphouétiste et «l’idéologie du planteur», des responsabilités politiques; on aura reconnu, dans l’ordre cité, le président et le premier ministre ivoirien, le ministre de la Culture et l’ambassadeur de Côte d’ivoire en France. Et certes, contrairement aux calomnies, cette république des professeurs et des chercheurs, bien qu’en butte à une rébellion armée aidée par la droite française dans sa prise du pouvoir a bien été, par certains côtés, celle de l’intelligence.

J’en voudrai pour preuve ce formidable effort de réflexion national (et même panafricain) qu’a été en 2010 la commémoration des 50 ans des Indépendance, pauvre indépendance bafouée et humiliée lors du putsch sanglant de 2011! Ce qu’on pourrait nommer, en termes heideggériens, l’auto-affirmation de l’université ivoirienne, s’est notamment traduit par cinq colloques successifs, établissant l’état des lieux, prospectant les futurs possibles, cherchant les voies d’une «seconde indépendance». Et si c’était cette intelligence collective, critique et rebelle, mais en même temps porteuse des luttes des Indépendances comme des révolutions africaines encore à venir,  qu’on a voulu, qu’on veut toujours anéantir?

La France, allié de poids de Ouattara

Car du point de vue géopolitique, un tournant était en cours, vers une pluralité d’acteurs, notamment la Chine ce qui n’était nullement exclusif avec une collaboration franco ivoirienne soucieuse des intérêts communs et du respect de l’autre; y a-t-il d’ailleurs des dirigeants plus francophones et francophiles par certains côtés que ces professeurs ayant pour la plupart fait leurs études dans les universités françaises, continuant à produire articles et ouvrages avec leurs collègues français- ceux-là même qui les ont abandonnés, reniés et parfois insultés quand ont commencé les temps mauvais de la délégitimation politique et des campagnes médiatiques préalables ?

Il y a bien eu, hélas trahison des clercs et forfaiture médiatique! Il faudra bien, un jour, faire l’inventaire des délateurs de la presse et des intellectuels organiques des Services ou du sarkosysme, intoxicant l’opinion publique internationale, jusqu’au monde intellectuel français qui connaissait pourtant les acteurs ivoiriens et, pour certains, le pays…

Un pays laissé à l’abandon

Le silence des intellectuels, lorsque tombaient les bombes franco onusiennes sur la présidence et la résidence, mais aussi campus et cités, CHU et camps militaires habités par des familles entières, tuant des centaines de civils (dont nombre d’étudiants engagés) semble, depuis avril, assourdissant.

A quoi bon disserter sur les «guerres humanitaires» au Kosovo, en Irak et en Libye- demain en Syrie ou en Iran, rappeler les immenses massacres du «Cameroun»sans voir que le même modèle d’intervention a été mis en œuvre en Cote d’ivoire- et que quelque part la mise à mort de l’université parachève les massacres ?

L’écrivain espagnol Miguel de Unamuno, depuis son université de Salamanque affirmait déjà qu’en entendant les franquistes louer la mort et la fin de l’intelligence («Abajo la inteligencia!», A mort l’intelligence!, osait clamer le général Millan Astray) c’était bien, au-delà du fascisme, le glas de toute civilisation qui se manifestait! Ses paroles de 1936 ne sont-elles pas, encore, prophétiques -pour d’autres temps et d’autres lieux:

«Vous vaincrez mais vous ne convaincrez pas. Vous vaincrez parce que vous possédez une surabondance de force brutale, vous ne convaincrez pas parce que convaincre signifie persuader. Et pour persuader il vous faudrait avoir ce qui vous manque : la raison et le droit dans votre combat».

Que dire des institutions internationales en charge de la Culture, de l’Education ou de la langue ? Si des «organisations des droits de l’homme» se sont définitivement discréditées par leur engagement partisan en Côte d’ivoire (cf. le dernier rapport d’Human Rights Watch…), si est patent l’honneur perdu de la Cour Pénale Internationale (CPI) dont Jean Ping, président de la commission de l’Union Africaine, a publiquement dénoncé l’instrumentalisation et le rôle de «néocolonialisme judiciaire» (le procureur  Ocampo a récemment serré la main, à Abidjan, de criminels de guerre notoires), on attend encore un plaidoyer fort et des actions effectives de l’Unesco,Unicef ou Francophonie, en faveur de l’université d’Abidjan. Mais ne s’agit-il pas en fait d’une punition collective contre un milieu intellectuel sudiste largement favorable au président Laurent Gbagbo?

Le clivage Nord/Sud de l’enseignement universitaire

Démontrant que le régime Ouattara est plus fragile que sa propagande l’affirme, cette tentative de mise à mort de l’université rencontre pourtant des résistances inattendues; syndicats d’étudiants et de professeurs, partis politiques et journalistes qui commencent à tisser des liens par delà les frontières.

Le régime, par le biais d’une ministre dont l’incompétence, voire le semi analphabétisme provoque des gorges chaudes à chaque intervention, a cru faire une concession majeure ces jours ci; après l’annonce depuis Lomé de la fermeture universitaire et des deux «années blanches», on a cru bon d’en excepter l’université de Bouaké et de  Korhogo: en somme les ex-rebelles à Abidjan, et les étudiants sudistes en ré-éducation au Nord ?
Il est plus probable que si elle était maintenue, cette surprenante décision se traduirait par une partition de fait du système éducatif, régionalisation et ethnicisation  provoquant une «université dioula» (une langue très parlée dans la région) au Nord et … l’absence de tout enseignement supérieur au Sud!! Double peine pour une capitale qui a voté à 54% pour le candidat Gbagbo, toutes ethnies confondues…

Politique éducative au fond suicidaire pour le régime: exclus par les droits d’inscription d’une université désormais privatisée, que feraient les centaines de milliers d’étudiants désespérés et paupérisés, sans autre issue que la lutte politique et le combat de rue ?

Le régime Ouattara qui ferme sa seule université alors qu’il se targuait d’en construire «une par an» s’est lancé dans un projet aussi symbolique que caricatural: enfermer  d’un mur d’enceinte le campus de Cocody- plutôt que de le réhabiliter; à grand frais ce «mur de Berlin» (déjà «mur de la honte» pour la débordante inventivité langagière d’Abidjan) pourra peut être ceinturer l’immense espace universitaire, peut être le cacher aux nouveaux maîtres; on doute qu’il enferme qui que ce soit, notamment les  étudiants et la turbulente jeunesse abidjanaise. Quant à enfermer intelligence universitaire et esprit critique, mur ou pas mur, la tâche semble tout simplement  impossible…

Michel Galy (Slate)

 

 

Questions sur le transfert de Laurent Gbagbo à la Cour pénale

Le transfert de Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale soulève de lourdes questions de droit et de justice mais aussi des questions politiques cruciales sur le rôle de la France en Afrique.

Des crimes particulièrement graves, des massacres, des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ont été commis en Côte d’Ivoire par les deux camps en  conflit après le scrutin de novembre 2010. Pourtant, seul Laurent Gbagbo est directement poursuivi et incarcéré à La Haye. On se souvient pourtant, par exemple, que plus de 800 personnes (selon la FIDH) ont été atrocement massacrées à Duékoué en mars 2011, lors de la prise de la ville par les partisans d’Alassane Ouattara.

Amnesty International, parmi d’autres ONG de droits humains, a appelé les autorités ivoiriennes et le procureur de la CPI à enquêter sur tous les crimes de droit  international commis par toutes les parties. On n’en est pas là et ce qui domine aujourd’hui est le risque d’une justice des vainqueurs. La crédibilité de la CPI ne sortira pas  grandie de cette grave instrumentalisation.

Laurent Gbagbo est considéré comme le responsable de la crise ivoirienne, des confrontations armées et des violences que celle-ci a entraînée. Mais les résultats des  élections de novembre 2010 – pour 20.000 bureaux de vote – furent-ils si évidents, si transparents et si honnêtes alors que les contestations déposées n’ont fait l’objet  d’aucune analyse ou enquête sérieuse dans un dangereux contexte de tensions politiques et inter-communautaires qui a dégénéré en guerre civile? Alassane Ouattara  «élu» dans de telles conditions, ou plutôt porté au pouvoir par la grâce sarkozienne de l’armée française dans les meilleures traditions néo-coloniales, est-il plus légitime que Laurent Gbagbo?

C’est ainsi qu’on entretient les hostilités, les désirs de revanche et les guerres civiles de demain. Il faudra s’en souvenir…et il faudra enfin sortir des pratiques de la Françafrique.

Parti communiste français

Voir aussi : Rubrique AfriqueCôte d’Ivoire, rubrique Education, politique de l’éducation, rubrique Politique France, Force Licorne : demande d’une commission d’enquêteLa Françafrique se porte bien, rubrique Livre, Que fait l’armée française en Afrique ?,