Paul Kagamé, un dictateur en voie de réélection

Le Président Paul Kagame

Le Président Paul Kagame

Il  n’y a pas qu’au Rwanda que la série d’assassinats d’opposants politiques et de journalistes suscite une désapprobation. L’élimination physique de tous ceux qui peuvent gêner Paul Kagamé à sa réélection du 9 août prochain ne plaît pas hors des frontières du pays des mille collines. Le chef de l’Etat Paul Kagamé s’en est lui-même rendu compte, le 16 juillet dernier,  à l’occasion d’un déplacement en Espagne. Le Premier ministre espagnol, Jose Luis Rodriguez Zapatero, a renoncé au dernier moment à co-présider avec lui une rencontre de l’ONU sur la pauvreté. En outre, le lieu de la rencontre a été changé au dernier moment comme pour éviter que Paul Kagamé ne souille le siège du gouvernement du sang que des ONG espagnoles l’accusent d’avoir sur les mains. Une véritable claque administrée malgré lui par Zapatero, obligé d’agir ainsi pour ne pas rester sourd au tollé suscité en Espagne par la visite du numéro un rwandais à un moment où des opposants politiques et des journalistes sont tués chez lui.

 Il a aussi été question au cours de la rencontre, suite à l’exhortation du secrétaire général de l’ONU d’élucider certains meurtres, dont ceux du vice-président du Parti démocratique vert, André Kagwa Rwisereka, dont le corps a été retrouvé pratiquement sans tête le 14 juillet, et du journaliste indépendant Jean Léonard Rugambage tué par balles à Kigali le 24 juin dernier. Il faut aussi dire qu’avant ces assassinats, la justice espagnole avait émis [en février 2008] des mandats d’arrêt internationaux [pour « génocide »] contre 40 militaires du régime de Paul Kagamé, pour des crimes commis avant l’arrivée au pouvoir du Front patriotique rwandais (FPR). Paul Kagamé est épargné par ces mandats du fait de l’immunité liée à sa fonction. Ce qui ne l’empêche nullement de se rendre en Espagne. Mais pour les défenseurs des droits humains ibériques, si l’on ne peut pas l’arrêter, on peut tout de même lui signifier qu’il n’est pas un ange, un saint et le sauveur du Rwanda que lui et son entourage s’évertuent à montrer. S’il est vrai que l’arrivée au pouvoir du FPR [qui a chassé en juillet 94 le régime génocidaire] a ramené la stabilité et favorisé la croissance, il n’en demeure pas moins que la traque, les assassinats d’opposants politiques, l’absence de libertés réelles comme celle d’expression et de la presse, l’opposition au révisionnisme ont fini par faire oublier aujourd’hui les bonnes actions des hommes forts du FPR.

Le Rwanda renvoie l’image d’un pays dirigé par un dictateur qui n’en a pas l’air, un militaire qui ne supporte pas la contradiction à tau point point que ceux de son camp qui se permettent un zeste de critique deviennent des ennemis à abattre quel que soit l’endroit du monde où ils se trouvent. Paul Kagamé donne aussi l’air d’une personne obsédée par le pouvoir qu’il veut garder à tout prix, quitte à marcher sur des cadavres d’opposants et de dissidents. Paradoxalement, ses agissements ne font pas l’objet de condamnations comme il se doit à cause d’un certain nombre de soutiens comme ceux des Américains qui se présentent comme des alliés sûrs pour l’homme mince de Kigali. C’est d’ailleurs ce qui fait que l’ONU ne peut véritablement pas taper du poing sur la table, amenant son secrétaire général à être prudent sur l’emploi des mots au point qu’il ne veuille « s’immiscer dans les affaires intérieures d’un Etat souverain ». D’autres pays sont dans leurs petits souliers pour avoir fait des mains et des pieds pour être dans les bonnes grâces de Kigali avec lesquels ils ont beaucoup de contentieux historiques. Et il ne faut pas compter sur leurs dirigeants pour oser une remarque « déplacée » sur l’attitude des autorités rwandaises par rapport au respect des droits humains et des libertés fondamentales. Leur société civile a beau grogner, cela ne les gêne pas de dérouler le tapis rouge à l’ami rwandais.

Séni Dabo Le Pays (Burkina Faso)

Voir aussi : Rubrique Rwanda Sarkozy en mission de réconciliation,

Le Venezuela a déployé ses troupes le long de la frontière avec la Colombie

map-colombie-venezuelaLes forces armées vénézuéliennes étaient en position samedi le long de la frontière avec la Colombie après le déploiement ordonné par le président Hugo Chavez, en pleine crise diplomatique entre les deux pays, Bogota accusant le Venezuela d’abriter des guérilleros des Farc. Mais, alors que la tension montait entre les deux voisins, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) ont proposé vendredi au président élu Juan Manuel Santos, qui succédera officiellement le 7 août à Alvaro Uribe, de dialoguer pour trouver une solution politique au conflit colombien. Vendredi, Hugo Chavez a annoncé le déploiement d’unités d’infanterie et d’aviation à la frontière avec la Colombie, sans néanmoins en préciser les effectifs. Chavez a accusé le président sortant Uribe, avec lequel il entretient depuis des années des relations houleuses, d’être «capable de n’importe quoi dans les jours qui lui restent» au pouvoir. «Cela est devenu une menace de guerre et nous ne voulons pas la guerre», a-t-il ajouté.

Uribe dément

Le gouvernement du président Alvaro Uribe a démenti samedi avoir l’intention de lancer une opération militaire contre le Venezuela. «La Colombie n’a jamais eu l’idée d’attaquer le peuple frère de la République bolivarienne du Venezuela, comme le prétend le président de ce pays, trompant manifestement sa propre patrie», a affirmé un communiqué lu par le porte-parole de la présidence. Ce dernier a précisé que Bogota continuerait à avoir recours «aux voies du droit international» pour empêcher le Venezuela d’héberger des guérilleros. Le président vénézuélien a également menacé de suspendre les livraisons de pétrole aux Etats-Unis si ces derniers soutenaient une attaque de la Colombie contre son pays. Lundi dernier, Chavez avait annulé une visite à Cuba, affirmant que le risque d’une attaque aérienne colombienne n’avait jamais été aussi important.

La Colombie a installé une base aérienne

De son côté, l’armée de l’air colombienne a annoncé vendredi l’installation d’une base aérienne à Yopal, dans l’est de la Colombie, destinée à la surveillance de la zone frontalière avec le Venezuela et au combat contre les rebelles colombiens dans la région. Ce déploiement de troupes survient une semaine après l’annonce par Caracas de la rupture de ses relations diplomatiques avec Bogota, en réponse aux accusations du gouvernement sortant qui affirme que le Venezuela héberge 1.500 guérilleros et des dizaines de camps rebelles colombiens. Une réunion extraordinaire des chefs de la diplomatie sud-américains, jeudi à Quito, n’avait pas permis de rapprocher les deux pays. Le 22 juillet, l’ambassadeur de Colombie auprès de l’Organisation des États américains (OEA), Luis Hoyos, avait présenté une série de «preuves» (images satellites, coordonnées GPS, photos) de la présence «active» de rebelles colombiens au Venezuela.

Vendredi, le président Chavez a réfuté les accusations de Bogota, affirmant que l’armée vénézuélienne avait inspecté, sans rien trouver, les sites mis en cause par les autorités colombiennes. En Colombie, la guérilla des Farc a ouvert la porte au dialogue, proposant «une fois de plus, de discuter» avec le nouveau gouvernement de Juan Manuel Santos, investi dans une semaine. «Nous sommes toujours attachés à la recherche de solutions politiques. Nous souhaitons que le gouvernement qui va prendre ses fonctions réfléchisse et cesse de mentir au pays», a déclaré Alfonso Cano, principal chef des Farc, dans une vidéo diffusée sur le blog de la revue Resistancia, présentée comme un organe de diffusion de la guérilla. Les Farc, qui sont actives sur près de 50% du territoire colombien, compteraient entre 7.500 et 10.000 combattants.

AFP

Voir aussi : Rubrique Colombie Le dauphin d’Uribe élu président,

La charge de Rufin contre un Quai d’Orsay

Jean-christophe Rufin et l'anticipation diplomatique

On les disait amis, ils semblent désormais sérieusement brouillés. L’écrivain Jean-Christophe Rufin, ex-ambassadeur de la France au Sénégal, se livre à une charge sévère contre Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères. Décrivant dans un entretien au «Monde» un Quai d’Orsay «complètement marginalisé et sinistré», des diplomates dans le «désarroi le plus total», Rufin regrette que le co-fondateur de Médecins sans frontières se laisse dicter sa politique africaine par Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, et des «réseaux de lobbying».

Le fond de l’affaire n’est pas nouveau. L’impuissance de l’ancien french doctor aux Affaires étrangères a déjà été décrite, notamment par Libération. Kouchner lui-même a reconnu qu’il devait s’accommoder d’influences parfois contraires. Mais Jean-Christophe Rufin, nommé à Dakar en 2007 par Nicolas Sarkozy, et débarqué fin juin sur insistance du président Abdoulaye Wade, détaille par le menu cette diplomatie si paradoxale: «D’un côté, il y a un Quai d’Orsay qui sert de vitrine à la fois « people » et morale, et, de l’autre, une realpolitik faite par derrière et par d’autres.»

Kouchner devrait «savoir partir»

Invité de RTL ce matin, l’auteur de «Katiba» a évoqué «une politique africaine indiscutablement en crise». Selon lui, «le Quai d’Orsay ne pèse plus rien dans les affaires africaines». Celles-ci sont gérées par Claude Guéant. «Très influent», l’ancien préfet «agit d’autant plus librement qu’il n’en répond ni devant l’Assemblée ni devant le gouvernement». «Il dépend du seul président de la République, dont j’ignore s’il est complètement informé des initiatives de son collaborateur», s’inquiète Rufin.

L’ancien président d’Action contre la faim s’en prend aussi aux «intermédiaires officieux qui ont été remis en selle depuis trois ans». «Les réseaux se sont reconstitués», explique-t-il à RTL, «on a quelque chose de très opaque». «Absolument pas représentatifs de l’intérêt général», ces lobbyistes «sont payés» pour faire valoir leur point de vue. Construits «à l’inverse des réseaux Foccart», ces «visiteurs du soir» font inévitablement penser à l’avocat Robert Bourgi, conseiller de plusieurs chefs d’Etat africains.

Et Rufin, qui craint que la France ne perde une «chance historique» de rompre avec la “Françafrique – engagement de Nicolas Sarkozy en 2007 -, d’enfoncer le clou: «Obligé d’avaliser beaucoup de décisions (…) à contrecœur», Kouchner devrait «savoir partir».

«On n’est jamais trahi que par les siens»

Le ministre a d’abord répondu par l’ironie aux critiques de l’ancien ambassadeur, jugeant que ce dernier «boudait» et qu’il avait su «s’alimenter à la bonne source» pour écrire son dernier livre. Puis, interrogé à l’Assemblée nationale ce mardi, il s’est fait plus offensif: «J’espère – on n’est jamais trahi que par les siens – que cet homme ne s’étouffera pas de haine.»

«Nous sommes fiers de la politique qui a été menée, aussi bien pour la Guinée qui vient de voter pour la première fois depuis 59 ans, pour le Rwanda (avec lequel la France a repris depuis six mois des relations diplomatiques)», a rétorqué le ministre. «Nous sommes fiers de ce que nous avons fait après les coups d’Etat en Mauritanie, au Niger, ou à Madagascar», a-t-il ajouté.

Mais les temps sont décidément compliqués pour Bernard Kouchner, puisque deux de ses prédécesseurs, Hubert Védrine et Alain Juppé, viennent de publier dans «Le Monde» une tribune dénonçant «l’affaiblissement sans précédent (des) réseaux diplomatiques et culturels de la France».

Libération

Voir aussi : Rubrique Rwanda Sarkozy en mission de réconciliation,

Total accusé de «complicité d’assassinats et de travail forcé» en Birmanie

Le siège de Total à la Défense. Photo AFP

Le siège de Total à la Défense. Photo AFP

Dans un rapport que «Libération» a pu consulter en avant-première, l’ONG EarthRights International publie de nouveaux éléments montrant des violations massives des droits de l’homme dans la zone exploitée par le pétrolier français.

Exécutions, travail forcé, expropriations et soutien financier à la junte, les nouvelles accusations portées à l’encontre de Total en Birmanie sont sévères. Dans un rapport publié ce matin que Libération s’est procuré, l’ONG américano-thaïlandaise Earth Rights International (ERI) accuse le géant pétrolier français et ses partenaires américain (Chevron) et thaïlandais de «complicité d’assassinats ciblés, de travail forcé».

ERI écrit également que le gisement gazier de Yadana, géré par ces compagnies pétrolières dans le sud du pays, demeure la «principale source de revenus d’une dictature militaire notoirement répressive». Et, comme elle l’a déjà fait en avril, appelle les compagnies à une plus grande transparence (lire ici).

Ces accusations ne sont pas nouvelles. En septembre dernier, ERI publiait deux rapports accablants pour Total (lire ici) montrant, chiffres et témoignages à l’appui, comment le groupe pétrolier entretenait des liens très troubles avec le régime birman.

«Charte éthique» et «éliminations ciblées»

Mais dix mois plus tard, ERI ne constate pas franchement d’améliorations. Pis, dans son dernier document, l’ONG détaille de nouvelles violations des droits de l’homme et révèle que l’exploitation de Yadana par Total et ses partenaires a «généré plus de 9 milliards de dollars (7,17 milliards d’euros, ndlr) en Birmanie depuis 1998». Ces accusations montre à nouveau le grand écart auquel se livre Total en Birmanie: elle brandit sa «charte éthique» et cite les droits sociaux et des droits de l’homme qui ne sont pourtant guère appliqués sur le terrain. Contacté vendredi, le groupe pétrolier français n’a pas souhaité s’exprimer avant d’avoir lu les 49 pages de l’enquête.

Ces douze derniers mois, ERI a rassemblé plusieurs témoignages dans la zone du pipeline de Yadana. L’un d’eux rapporte l’exécution de deux hommes de l’ethnie Mon, dans le village Ahlersakan. Ces «éliminations ciblées», selon EarthRights International, auraient été commandités par «l’officier Balay (aka) Nyi Nyi Soe du bataillon 282 spécialement chargé de la sécurité du personnel des compagnies pétrolières et du gazoduc».

Total et Chevron ont confié leur sécurité et celle de leurs installations à l’armée birmane. Pas moins de 14 bataillons seraient déployés dans la région de Tenasserim où est installé le gisement et le pipeline reliant la mer d’Andaman à la Thaïlande. Là, dans un corridor long de 60 km, vivent près de 50.000 personnes. C’est dans cette zone que les villageois sont forcés à s’entraîner pour aider l’armée à sécuriser les lieux. Des témoins indiquent que certains entraînements obligatoires ont duré tout le mois de février et qu’ils devaient financer de leur poche les opérations.

«Total nous a payé chacun»

D’autres villageois ont précisé des cas de travail forcé, une accusation récurrente pour Total qui s’est pourtant engagé à lutter contre ce fléau en collaborant avec l’Organisation internationale du travail. ERI avance qu’«entre fin 2009 et début 2010», des soldats en nombre ont réquisitionné des habitants pour «porter des charges, servir de guide dans la jungle, creuser des tranchées, dans les villages de Zinba, Kaleingaung, Michaunglaung, etc.»

Plus grave, il semble même que Total ait été informé d’au moins un cas de travail forcé. Un villageois de Zinba raconte: «A la fin de l’année 2009, j’ai dû aller nettoyer le campement du bataillon 410. Notre chef de village nous a demandé de couper la pelouse pour les soldats. Plus tard, Total est venu et nous a payés 3000 Kyat (2,40 euros environ) chacun pour avoir taillé de l’herbe avec nos engins.»

Dans la seconde partie du rapport, EarthRights International revient sur les revenus dégagés dans le projet Yadana. Grâce à de nouveaux documents, ERI va plus loin que l’année dernière et estime que les compagnies pétrolières auraient généré quelque 9,031 milliards de dollars (7,2 milliards d’euros). Sur cette somme, 1,679 milliard de dollars (1,33 milliard d’euros) auraient payé «les coûts de développement et de fonctionnement». Les généraux birmans auraient perçu 4,599 milliards de dollars (3,65 milliards d’euros). Une bonne part de cette somme serait sur des comptes de deux banques offshore: Overseas Chinese Banking Corporation (OCBC) et DBS Group à Singapour. Matthew Smith croit savoir qu’une part de ces «fonds est conservée sur des comptes privées de personnes physiques» afin d’échapper à l’attention des listes de sanctions internationales.

En 2009, ERI écrivait que «Yadana a été un élément décisif permettant au régime militaire birman d’être financièrement solvable». Autrement dit, il a pu «à la fois ignorer la pression des gouvernements occidentaux et refuser au peuple birman toute demande démocratique». Cette année, l’ONG avance que ces fonds pourraient «servir à des fins diverses, comme l’acquisition illégale de technologies nucléaires ou d’armes balistiques». Mais, même en reprenant des informations publiées en juin sur les intentions nucléaires de la Birmanie, le rapport n’apporte aucun nouvel élément de preuve sur cette question.

Voir aussi : On line Nouvelles accusationn contre Total en Birmanie, le site EarthRights en anglais

Frais de sauvetage: y a t-il des bons et des mauvais otages?

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Le projet de loi, adopté lundi, sur l’«action extérieure de la France» inquiète les travailleurs humanitaires et les journalistes. Cet article prévoit la possibilité pour l’Etat de demander le remboursement des frais de sauvetage engagés pour libérer des «personnes s’étant délibérément exposées, sauf motif légitime, à des risques qu’elle ne pouvait ignorer».

Des «motifs légitimes» qui ne disent justement pas leur nom. C’est ce que dénoncent les opposants au projet de loi. Philipe Ribeiro, le directeur général de Médecins sans frontières (MSF) dénonce «la catégorisation des victimes; légitmes et illégitimes».

Si Bernard Kouchner, à l’initiative du projet de loi se veut rassurant en affirmant que les humanitaires et les journalistes ne sont pas concernés, qu’en est-il pour un pigiste ou pour un volontaire humanitaire contraints de partir à l’étranger à titre personnel? Quid des chercheurs ou des hommes d’affaires?

«La loi vise les agences de voyages»

Le fondateur de Médecins sans frontières a lui-même reconnu que le texte était mal rédigé, selon le député socialiste Hervé Féron joint par Libé.fr. Ce dernier, soutenu par des ONG et le député UMP, Robert Lecou, avait d’ailleurs déposé un amendement excluant de cette mesure «les journalistes professionnels, occasionnels et leurs collaborateurs, les travailleurs humanitaires, les volontaires et les chercheurs». L’amendement a été rejeté.

Seuls les touristes paieront assure Bernard Kouchner pour qui l’idée d’établir une liste des personnes concernées serait «réductrice et ne pourrait pas couvrir toutes les situations professionelles. La loi vise les agences de voyages et les touristes», insiste-t-il.

Mais les propos rassurants du ministre ne convainc pas les sceptiques. A l’Assemblée, le député Vert Noël Mamère a jugé l’article de loi «très maladroit» et susceptible d’entraîner des «interprétations malheureuses». Hervé Féron, joint dénonce quant à lui «une remise en cause de la liberté de la presse».

Vers une «privatisation de la protection»

Certains, comme le directeur général de MSF voient surtout dans ce texte «un risque de privatisation de la protection». C’est aussi l’avis de Frédéric Gallois, directeur d’une société française de «sûreté stratégique» qui décrit «l’émergence des assurances enlèvement-rançon auxquelles souscrivent confidentiellement de plus en plus de grandes sociétés» pour leur collaborateurs à l’étranger. «On se dirige vers un mécanisme privé pervers car ce type d’assurances – très coûteuses – ne peuvent être évidemment prises par des gens modestes», regrette-t-il.

D’autres voix s’élèvent pour dénoncer le projet de loi. L’ex-otage Jean-Louis Normandin s’est déclaré «choqué et révolté». Chloé Lemaçon, dont le mari a été tué par un commando français venu les libérer d’une prise d’otages de pirates somaliens en avril 2009, se demande «comment sera déterminé la légitimité à être là ou pas et qui va décider de la zone à risques».

Cette loi a est débattue alors que deux journalistes de France 3, Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, sont retenus en otage depuis plus de six mois en Afghanistan. Qualifiés d’«imprudents» par l’Etat français, le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, avait ajouté qu‘«ils n’avaient rien à faire là». Alors l’état-major des armées affirmait en février que les opérations de recherches avaient déjà coûté plus de 10 millions d’euros. Pour le Syndicat national des journalistes (SNJ), si une telle facture devait être acquittée par une rédaction, cela metterait en péril la liberté d’informer.

Pauline André (Libération)

Voir aussi : Document Communiqué du SNJ CGT