La conférence des donateurs pour la création d’un Etat palestinien en juin n’aura d’intérêt que si les Palestiniens ont le sentiment d’être à la veille de la naissance de leur Etat, espéré en septembre, a prévenu vendredi à Paris leur Premier ministre Salam Fayyad. »Quand nous nous rencontrerons, nous avons besoin d’être dans un contexte d’attente de naissance imminente de l’Etat palestinien. Si ce sentiment n’est pas là, nous ne voulons pas de cette conférence », a-t-il déclaré lors d’un débat à Paris organisé par l’Académie diplomatique internationale.
Les Palestiniens voudraient proclamer leur Etat en septembre, date butoir retenue par la communauté internationale pour la signature d’un accord israélo-palestinien, bien que les négociations soient au point mort.
Une deuxième conférence de donateurs aura lieu en juin à Paris. La décision a été annoncée jeudi soir à l’issue d’un dîner de représentants français, de l’Union européenne, de la Norvège et du Quartette (USA, ONU, Russie, UE) qui assurent le suivi de la première conférence de décembre 2007.
« L’argent n’est pas le principal objectif de cette conférence qui doit conditionner un processus politique », a martelé Salam Fayyad.
« Le calendrier (de septembre 2011) ne changera pas (…). Il est temps pour (le Premier ministre israélien Benjamin) Netanyahu de dire ce qu’il a en tête quand il parle d’un Etat palestinien. Cela ne suffit pas de dire qu’on soutient une solution à deux Etats », a-t-il répété.
La première conférence des donateurs, en décembre 2007 à Paris, s’est concrétisée par le versement sur 3 ans de l’intégralité des 7,7 milliards de dollars promis alors, dont 4,3 milliards d’aide budgétaire.
Le vice-président égyptien est un homme de l’ombre, plus connu des diplomates occidentaux que du grand public égyptien. Depuis une décennie, Omar Souleiman, qui dirige les moukhabarat, les très redoutés services de renseignements, était cité comme l’un des possibles successeurs du raïs. Il est désormais officiellement son dauphin et un recours en cas de vacance du pouvoir. En ces temps agités, Hosni Moubarak a fini par se résoudre à nommer un homme qui incarne la stabilité et la continuité du régime.
Depuis son arrivée au pouvoir, il y a vingt-neuf ans, Moubarak se refusait à pourvoir le poste de vice-président. Il était bien placé pour savoir qu’un vice-président a toutes les chances de succéder à son numéro 1, lui-même ayant repris les rênes après l’assassinat d’Anouar el-Sadate, par un commando de soldats islamistes, le 6 octobre 1981. El-Sadate lui-même avait remplacé au pied levé Gamal Abdel Nasser mort d’une crise cardiaque à l’automne 1970…
Fidèle. Mais Omar Souleiman n’a pas la fibre d’un putschiste. Fidèle d’entre les fidèles de Moubarak, il l’a sauvé à plusieurs reprises contre des tentatives d’attentats. Notamment en lui conseillant d’emmener sa propre voiture blindée au sommet de l’Organisation de l’unité africain (OUA), en juin 1995 à Addis-Abeba, où un commando d’islamistes égyptiens venu du Soudan avait mitraillé le cortège présidentiel, tuant un garde du corps mais ratant le raïs et son bras droit.
Omar Souleiman sait parfaitement dans quel état est l’Egypte, même s’il n’a jamais participé à la gestion du pays. «Au jour le jour, l’Egypte est gouvernée par un « cabinet noir » de cinq ou six conseillers, qui travaillent au palais présidentiel», assure un diplomate occidental. Omar Souleiman, lui, a surtout traité de deux dossiers : la répression de l’islamisme, depuis son arrivée à la tête des services de renseignements en 1991, et les dossiers régionaux, en particulier le conflit israélo-palestinien cette dernière décennie. Sur la lutte contre l’islamisme armé, il s’est montré implacable dans les répressions des Gamaat al-islamiya et du mouvement Al-Jihad, qui ont causé un millier de morts durant les années 90. Il est aussi bien connu et apprécié des services occidentaux, en particulier de la CIA américaine qui n’a pas hésité, depuis le 11 septembre 2001, à faire transférer illégalement plusieurs islamistes égyptiens au Caire afin qu’ils soient débriefés par les moukhabarat, connus pour ne pas prendre de gants durant les interrogatoires.
«En fait, Omar Souleiman est un ministre bis des Affaires étrangères», assure le diplomate. Il assiste à tous les entretiens importants, est chargé des missions les plus délicates et secrètes.
Depuis le début de la deuxième Intifada, il est plus particulièrement en charge du dossier israélo-palestinien. Il a négocié une bonne dizaine de trêves, plus ou moins éphémères, entre Israéliens et Palestiniens. A partir de 2005, il gère le dossier du Hamas, dont la montée en puissance inquiète autant Israël que l’Egypte. Les islamistes du Hamas sont en effet très liés aux Frères musulmans égyptiens que Souleiman combat et déteste. Malgré le soutien égyptien aux forces de sécurité de l’Autorité palestinienne, le Hamas s’empare du pouvoir dans la bande de Gaza en juin 2007, au grand dam de l’Egypte, qui doit désormais faire avec un régime islamiste à sa frontière orientale. L’Egypte participe au blocus de la bande de Gaza en contrôlant le point de passage de Rafah, mais lorsque l’armée israélienne lance l’opération Plomb durci, en janvier 2009, Omar Souleiman s’active pour obtenir un cessez-le-feu. Il travaille aussi à réconcilier Hamas et Fatah, sans succès. Sa nomination a été très appréciée à Washington, en Israël et dans les chancelleries occidentales qui le connaissent bien, ce qui n’est pas forcément bon auprès de l’opinion égyptienne.
Trop tard. Agé aujourd’hui de 74 ans, Omar Souleiman, sort de l’ombre peut-être trop tard pour incarner une véritable rupture. L’homme, originaire d’une famille aisée de Qena, en Haute-Egypte, est apprécié pour sa compétence et son peu de goût pour le luxe. Aucune affaire de corruption ne lui colle aux basques. Mais il est trop associé au règne de Moubarak et ne fait pas forcément l’unanimité dans l’armée, qui aurait probablement préféré le ministre sortant de la Défense, le maréchal Tantaoui, l’un des derniers héros de la guerre d’octobre 1973.
Nouvelle crise politique au Liban, cela ne surprend plus personne surtout pas dans ce pays qui a dû battre un record depuis son indépendance en 1943.
Encore que les Libanais souhaitent que cela ne déborde pas le cadre politique, car le contraire, toujours possible dans ce pays, peut mener au pire. Mais cette fois, la crise était dans l’air, et tout alors devenait une question de timing. Effectivement, la chute du gouvernement était effective à l’instant même où son leader franchissait mercredi le seuil de la Maison-Blanche. M. Saâd Hariri, qui devait s’entretenir avec le président Barack Obama, venait de perdre son gouvernement. Selon la formule consacrée, il était Premier ministre en exercice.
Dans un autre sens, les députés du Hezbollah se sont montrés conséquents pour avoir mis en garde contre une telle éventualité, laquelle consacrait l’échec de la médiation syro-saoudienne. Les dix ministres ont démissionné, obtenant aussi celle d’un député du PSP, depuis que le leader de ce parti, M. Walid Joumblatt, a redessiné la carte des alliances au Liban en lâchant ou en prenant ses distances avec M. Hariri, opposé quant à lui à tout compromis sur l’action du TSL (Tribunal spécial pour le Liban) chargé d’identifier et de juger les assassins de son père, l’ancien Premier ministre Rafic Hariri.
Depuis qu’elle a été mise sur pied par l’ONU, cette institution s’est surtout fait remarquer par un travail controversé avec un faisceau d’accusations (Syrie, services secrets libanais), le tout porté par des témoins qui s’avéreront faux. D’ailleurs, M. Hariri a été lui-même jusqu’à déclarer que la Syrie n’avait rien à voir avec cet assassinat commis en 2005, mais il a quand même servi, relèvent tous les observateurs, à précipiter le départ des troupes syriennes du Liban. Et après ? dira-t-on. Depuis peu, c’est le Hezbollah sinon des membres de ce parti qui sont accusés d’implication, ce que réfute ce dernier et accuse quant à lui Israël.
Le Hezbollah, qui accuse le TSL d’être «à la solde d’Israël et des Etats-Unis», s’attend à être mis en cause et a fait pression sur M. Hariri pour qu’il désavoue le tribunal qui doit rendre prochainement son acte d’accusation. Son chef du groupe parlementaire a laissé entendre que le Hezbollah et ses alliés envisagent même l’avenir, mais sans M. Hariri. «Nous devons nous mettre d’accord (entre alliés) sur la manière de gérer le pays avec un gouvernement fort mené par un (Premier ministre) connu pour son soutien à la Résistance (le Hezbollah)», a-t-il dit. L’on apprend dans cet ordre d’idées que M. Joumblatt a rencontré dans la soirée de mercredi le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah.
En ce qui concerne le fond du débat, l’approche du Hezbollah laisse très peu sinon aucune place au doute. Selon un de ses dirigeants, «l’orientation générale est celle de la mise en cause d’individus, avant de faire un pas supplémentaire vers la question de la responsabilité du supérieur hiérarchique de ces subordonnés… Ils ont commencé par la Syrie et écarté le Hezbollah, car il fallait limiter le champ des adversaires et, maintenant, ils se sont tournés vers le Hezbollah».
Pour la secrétaire d’Etat américaine, «la justice est nécessaire pour avoir la stabilité». Mme Clinton a souligné que «le gouvernement et le peuple du Liban doivent demander des comptes aux individus et non aux groupes auxquels ils appartiennent». «Les individus doivent être jugés en tant que tels et non en tant que membres d’un parti politique», a-t-elle souligné. Il y a lieu de relever cette réaction plutôt rare du Pentagone, annonçant que les Etats-Unis «surveillent de très près» la situation au Liban que certains comparent à celle qui prévalait en 2008. Autrement dit, des dérapages ne sont toujours pas exclus.
Mohammed Larbi ( El Watan)
Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan et le dirigeant qatari Hamad bin Khalifa sont arrivés lundi à Damas pour s’entretenir avec le président Bashar al-Assad, a rapporté dimanche l’agence SANA.
Les trois dirigeants doivent discuter des dernières évolutions dans la région dans le but de renforcer les relations entre les trois pays. Les entretiens concerneront également la crise politique au Liban.
Le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu, en visite en Irak, rejoindra son Premier ministre à Damas et rencontrera les responsables de la Syrie et du Qatar, selon la même source.
LE CONTEXTE — Après un mois de manifestations, et au moins 80 morts, le dictateur Ben Ali a quitté vendredi la Tunisie après 23 ans de pouvoir. Il a trouvé refuge en Arabie Saoudite.
17h45. Le porte-parole du gouvernement François Baroin a assuré qu’il n’avait «jamais été question d’une présence» de Ben Ali «sur le sol français», précisant qu’une telle demande n’avait «pas été formulée» et qu’elle «n’aurait pas été acceptée». Quant aux proches de l’ex-président présents sur le sol français — ils ont été vus dans un hôtel du parc Eurodisney — , ils n’ont «pas vocation à rester» et ils «vont le quitter».
17h30. «Le peuple est dans la rue. Il a donné son sang pour libérer la Tunisie». Reportage dans les rues de Toulouse, où 500 personnes exprimaient leur joie ce samedi après-midi. A lire sur LibéToulouse.
16h10. Ils étaient environ 800 à Lyon à manifester pour célébrer la chute de Ben Ali. Et plusieurs milliers (8000 selon l’AFP) dans les rues de Paris. Beaucoup de Tunisiens, mais aussi des Algériens, des Français, dont beaucoup de militants syndicaux et politiques. L’hymne tunisien est entonné sans cesse, les tunisiens sont en liesse, malgré les inquiétudes qui s’expriment quant aux violences qui se produisent toujours dans le pays.
(A Paris, samedi après-midi/ Elodie Auffray)
«La police de Ben Ali pille actuellement le pays. ce n’est pas le peuple, clame une manifestante sur sa pancarte». «Il faut nous aider, ajoute Kamel, 50 ans. La mafia de Ben Ali est en train de tout brûler et de tout casser. Le peuple tunisien n’est pas tombé dans les pièges qui lui sont tendus. Cette révolution est magnifique, historique et on tient à ce que ça reste comme ça».
15h30. «Tous les Tunisiens sans exception et sans exclusive» seront associés au processus politique, a affirmé le président tunisien par intérim, Foued Mebazaa, dans une brève allocution après sa prestation de serment. Il a également annoncé que le Premier ministre sortant Mohammed Ghannouchi était toujours chargé de former un nouveau gouvernement, ajoutant que «l’intérêt supérieur du pays nécessite un gouvernement d’union nationale».
14h30. Communiqué du gouvernement égyptien: «L’Egypte affirme son respect des choix du peuple tunisien et est confiante que la sagesse des frères tunisiens les incitera à la retenue et empêchera le pays de plonger dans le chaos».
14h10. Conclusion de la réunion interministérielle à l’Elysée ce midi: Paris appelle «à l’apaisement et à la fin des violences» en Tunisie, et demande «des élections libres dans les meilleurs délais», lit-on dans un communiqué de Nicolas Sarkozy. Et aussi: la France apporte un «soutien déterminé» à «la volonté de démocratie» des Tunisiens.
«Tunisiens restez debout le monde est avec vous»
13h45. Rassemblement place de la République à Paris. Plus de mille personnes sont déjà réunies pour participer à la «manifestation de soutien aux luttes des peuples tunisiens et algériens». Concert de klaxons, hymne national chanté à tue-tête, drapeaux tunisiens sur les épaules… L’ambiance est plutôt festive. «Avec mon âme, avec mon sang, je te protège Tunisie», chantent aussi les manifestants qui ont envahi la chaussée, bloquant la circulation, les services d’ordre se mettent peu à peu en place.
Beaucoup de manifestants exigent le départ du Premier ministre Mohammed Ghannouchi qu’ils considèrent comme complice de Ben Ali. Sur les pancartes, on lit aussi: «c’est fini Ben Ali», «Ben Ali assassin, Sarkozy complice», «Tunisiens restez debout le monde est avec vous» Et encore: «Yes we can» au recto, «Yes we did» au verso. Notre reporter, Elodie Auffray, rapporte aussi ses propos d’une mère expliquant à sa fille: «On est là parce que les Tunisiens ont réussi à se libérer de leur dictateur. Mais, pour l’Algérie aussi ça va venir»
(Place de la République, samedi. / Elodie Auffray)
13h20. «Que va-ton faire à présent en Algérie, alors que Ben Ali est chassé du pouvoir par la rue?». La presse algérienne estime que la révolte des Tunisiens devrait constituer un exemple pour les autres pays arabes. Petite revue de presse ici.
Une prison incendiée, 42 morts
13 heures. Un grave incendie a ravagé une prison de Monastir, dans le centre-est de la Tunisie. Il y aurait au moins 42 morts selon un médecin.
12h32. Les opposants et exilés tunisiens sont libres de rentrer au pays, affirme le Premier ministre tunisien sortant, Mohammed Ghannouchi. «Ils peuvent rentrer quand ils veulent. C’est leur pays», a-t-il déclaré à Al-Jazira.
12h30. En France, Bruno Gollnisch, le vice-président du FN, y va de son petit commentaire. A peine arrivé au congrès du FN qui s’est ouvert à Tours, il juge «minable» que la France n’ait pas accordé l’asile à Ben Ali «avec lequel elle avait eu des relations extrêmement chaleureuses et suivies, au motif que l’on craindrait les réactions des Tunisiens en France». «Je trouve ça assez débectant, assez minable, quel qu’ait été le régime de M. Ben Ali».
Midi.Des proches de Ben Ali à Disneyland… Ils auraient trouvé refuge dans un hôtel de Seine-et-Marne, dans l’un des quartiers VIP du Disneyland Hotel à Marne-la-Vallée, lit-on dans le Parisien. Ils seraient arrivés depuis quelques jours avant que Ben Ali ne quitte le pouvoir hier soir.
Retour sur le mois de contestation en Tunisie. En images et vidéos. C’est par ici…
11h30.Le président du Parlement, Foued Mebazaa, a été proclamé samedi président par intérim par le Conseil constitutionnel écartant ainsi la possibilité d’un retour à la tête de l’Etat de Ben Ali qui a fui en Arabie saoudite.
(Photo de Foued Mebazaa, datant de 2004 / Reuters)
11h15.Tous les aéroports tunisiens sont rouverts au trafic aérien (officiel).
10h30. Sarkozy convoque une réunion interministérielle à l’Elysée samedi à midi «sur l’évolution de la situation en Tunisie et sur celle des ressortissants français» dans ce pays. Sont convoqués le Premier ministre François Fillon et les ministres Alain Juppé (Défense), Michèle Alliot-Marie (Affaires étrangères), Brice Hortefeux (Intérieur) et François Baroin (Budget, porte-parole du gouvernement).
La fuite de Ben Ali passionne la presse française. Revue de presse à lire ici.
9 heures. Les Tunisiens le surnommaient «Benavie». Finalement, il a duré vingt-trois ans. A lire dans Libé d’aujourd’hui, le portrait de Ben Ali.
8h45. L’hypermarché Géant, à la sortie nord de Tunis, a été pillé, a constaté un photographe de l’AFP.
Ce samedi 15 janvier. (AFP)
8 heures. La police a commencé à isoler le cœur de Tunis en fermant les accès à l’avenue centrale Bourguiba. Des barrières métalliques ont été dressées au travers des rues débouchant sur l’avenue Bourguiba, interdisant le passage des rares voitures et piétons.
Ce dispositif de sécurité semble avoir été décidé en application de l’état d’urgence décrété vendredi avec interdiction de tout rassemblement, au lendemain d’une nuit de destruction et de pillages dans plusieurs banlieues de Tunis.
Dans les rues de Tunis, vendredi. (Zohra Bensemra/Reuters)
7 heures. Le centre de Tunis est désert après une nuit de destruction et pillages dans plusieurs quartiers périphériques. La confusion règne sur l’heure de levée du couvre-feu en raison d’informations contradictoires, certains parlant de 6 heures, d’autres de 7 heures.
Des destructions et des pillages ont menés par des bandes de personnes encagoulées, selon les témoignages d’habitants apeurés relayés par les télévisions locales durant la nuit.
2 heures. Communiqué officiel de l’Arabie saoudite: «Le gouvernement saoudien a accueilli le président Zine El Abidine Ben Ali et sa famille dans le royaume». Le détail, ici.
Hier soir: La compagnie Air France a annulé jusqu’à nouvel ordre tous ses vols à destination de Tunis.
Les silences et les non-dits sont parfois plus forts que le vacarme des mots. Au-delà de sa condamnation de l’attentat d’Alexandrie, dans une allocution télévisée aussi inhabituelle que grave, le président Hosni Moubarak n’a pas jugé bon de décréter un deuil national à la mémoire des 21 victimes. Ce «détail», qui n’a pas échappé à la communauté copte (lire ci-contre), est vécu comme une preuve supplémentaire que l’Etat la traite comme un corps étranger au sein de la société. Autre motif de colère des chrétiens : le raïs, dans son allocution, s’est refusé à reconnaître toute spécificité chrétienne à l’attentat, qui aurait visé, selon lui, «le pays tout entier et non une communauté en particulier».
Un tel déni de réalité n’est pas une surprise pour tous ceux qui s’intéressent à l’Egypte, ce géant malade du monde arabe. Mais la plupart des touristes, qui découvrent souvent l’existence d’une communauté chrétienne une fois sur place, se voient servir le discours lénifiant sur l’Egypte éternelle et son indéfectible «unité nationale», défendue par un régime «modéré» adepte d’un islam «tolérant». Le plus étonnant, c’est que même les chancelleries occidentales continuent de faire semblant de croire à cette fiction, probablement au nom de la préservation des accords de paix avec Israël signés à la fin des années 70 par Anouar al-Sadate. Ce qui lui coûta la vie en octobre 1981, déjà dans un contexte de fortes tensions communautaires…
Entrave. Mais c’est ce même Sadate qui a initié une politique d’islamisation de la société afin d’en finir avec les restes de la gauche nassérienne. C’est lui qui, se faisant appeler «le président de la science et de la foi», a élargi les Frères musulmans alors en prison. Lui qui a cru bien faire en allégeant la taxe foncière des immeubles dans lesquels un local était réservé à une salle de prière. D’où l’explosion des zawiya, dirigées par des imams autoproclamés. Cette multiplication des lieux de culte musulmans se double d’une politique d’entrave draconienne à la construction d’églises. La communauté copte étant travaillée par le même mouvement de réveil religieux que les musulmans, elle vit ces limitations comme une injustice.
Après l’assassinat de Sadate – par un commando islamiste -, Moubarak a continué sur la même voie, alimentant le feu qu’il cherchait à éteindre. Pour montrer qu’il était inattaquable sur le chapitre de la bigoterie, il décréta l’interruption des programmes télévisés cinq fois par jour pour la prière. Il laissa Egyptair bannir l’alcool de ses menus, etc. Autant de petits symboles qui, mis bout à bout, ont contribué à polariser la société sur la question religieuse.
Prêches. Un nouveau coup d’accélérateur fut donné après 2006, suite à la percée électorale des Frères musulmans, la hantise du régime. Pour faire pièce à leur islamisme politique, les autorités ont encouragé le salafisme, variante ultrarigoriste de l’islam sunnite qui a l’avantage de prôner le quiétisme politique, c’est-à-dire le retrait des affaires du monde. Un calcul à courte vue car, dans sa version la plus extrême, le salafisme débouche sur le jihadisme, qui encourage la lutte armée contre les régimes impies et tous ceux considérés comme des infidèles (chrétiens, chiites, etc).
Dès lors, rien ne sert à l’Etat de tenter de contrôler les prêches dans les mosquées, alors même que l’islam d’Etat est gangrené par l’intégrisme le plus rétrograde. L’université d’Al-Azhar, dont le grand imam est nommé par décret présidentiel, n’a eu de cesse, ces dernières décennies, de vouloir s’arroger un pouvoir de censure sur la production culturelle et éducative de l’Etat.
Cette crispation touche l’ensemble de la société. Une grande partie de la presse, les journaux officiels en tête, fait ses choux gras depuis six mois sur le sort supposé de chrétiennes converties à l’islam et retenues de force dans des monastères. La communauté copte n’est pas en reste : chauffée à blanc par des chaînes satellitaires proches de la droite chrétienne américaine, elle bruisse de récits invérifiables de chrétiennes kidnappées et converties de force à l’islam.
En ciblant les coptes, les terroristes ont frappé le point le plus sensible de la société égyptienne. Ils savent qu’en cas d’affrontements interconfessionnels, les autorités sont incapables de stopper l’incendie. La police laisse faire quand elle ne prend pas cause pour la foule musulmane, comme ce fut le cas lors du pogrom antichrétien de Zawiya al-Hamra, dans la banlieue du Caire, lors de l’été 1981. Trois décennies plus tard, l’Egypte est plus que jamais un pays divisé, en crise et en proie à une interminable fin de règne…