Internet : atteinte à la vie privée : un décret impose aux hébergeurs de conserver les données personnelles

surveillance-net

Un décret paru au Journal officiel impose aux hébergeurs et fournisseurs de services sur internet de conserver pendant un an toute une série de données personnelles de l’internaute, comme ses codes confidentiels, ainsi que sa navigation sur la Toile.

« La durée de conservation des données (…) est d’un an », indique ce décret paru mardi, pris dans le cadre de la loi du 21 juin 2004 « pour la confiance dans l’économie numérique ». Cette loi prévoit notamment que la police et gendarmerie nationale peuvent exiger ces données « afin de prévenir (…) les actes de terrorisme ».

« Pour chaque connexion de leurs abonnés », les hébergeurs et fournisseurs de services sur internet sont tenus de « conserver » des informations très diverses et très précises, selon ce décret. Ils doivent ainsi sauvegarder « les informations fournies lors de la souscription d’un contrat par un utilisateur ou lors de la création d’un compte », à savoir « les nom et prénom ou la raison sociale », « les adresses postales associées », « les pseudonymes utilisés », « les adresses de courrier électronique ou de compte associées », « les numéros de téléphone » ou « le mot de passe ainsi que les données permettant de le vérifier ou de le modifier ».

Plus généralement, les hébergeurs doivent garder « l’identifiant de la connexion », « l’identifiant du terminal utilisé pour la connexion », « les dates et heure de début et de fin de la connexion » ou encore « les caractéristiques de la ligne de l’abonné ». Pour chaque action d’un internaute sur la Toile, « la nature de l’opération » doit être consignée par ces prestataires, qu’il s’agisse d’écrire un e-mail ou de télécharger une image ou une vidéo, ainsi que « les date et heure », ordonne le texte.

« Lorsque la souscription du contrat ou du compte est payante », les hébergeurs et fournisseurs de services sur la Toile doivent également conserver le moyen de paiement, sa référence, son montant, ainsi que « la date et l’heure de la transaction », précise-t-il. La Commission nationale informatique et libertés (Cnil), qui défend le respect de la vie privée sur la Toile, a indiqué à l’AFP avoir rendu dès 2007 un avis sur le sujet, mais celui-ci n’est pas public.

AFP

Voir aussi : Rubrique Internet,

La gestion Guérini : Des Bouches à incendie pour le PS

Jean Noel Guerini à Marseille. Reuter Jean-Paul Pelissier.

Sale histoire et mauvais tempo. Un an après la campagne des régionales polluée par les dérapages nauséabonds de feu Georges Frêche le féodal languedocien, voilà Martine Aubry aux prises avec une nouvelle affaire de potentat local, cette fois à Marseille. «Montebourg balance une grenade sur le parti à quinze jours des cantonales», s’étranglait hier un proche de la première secrétaire du PS. Et ça fait un gros boum.

Dans un rapport «confidentiel» daté du 8 décembre sur «les pratiques de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône» révélé mercredi par Lepoint.fr, Arnaud Montebourg, secrétaire national à la rénovation et candidat à la primaire socialiste, dresse un réquisitoire contre Jean-Noël Guérini, homme fort des Bouches-du-Rhône, à la fois président du conseil général et «président autoproclamé» de la fédération socialiste «en violation des statuts» du parti.

Montebourg met en cause «un système de pression féodal reposant sur l’intimidation et la peur» et qualifie le conseil général «d’instrument clientéliste» pour «asseoir sans partage le pouvoir de son président».«Le contrôle sans limite de Jean-Noël Guérini sur le parti s’exerce par la mise en place systématique à la direction des sections marseillaises d’employés du conseil général» dans «13 des 18 secteurs marseillais».

Déflagration. Le député de Saône-et-Loire fait état de «menaces physiques et d’intimidations» subies par un «élu résistant aux méthodes du président». Et demande à Martine Aubry «la mise sous tutelle de la fédération du PS» et «la destitution» de son patron. Guérini a riposté, hier, en annonçant qu’il portait plainte pour diffamation contre Montebourg. Jean-David Ciot, premier secrétaire fédéral, lui a emboîté le pas, accusant en sus le député de Saône-et-Loire de «collusion avec la droite».

Rue de Solférino, on appliquait hier la stratégie de l’édredon. Objectif : limiter la déflagration, alors que la première secrétaire s’évertue à mobiliser les cadres et les militants en faisant le tour des cantons et vient de préfacer un ouvrage d’intellectuels Pour changer de civilisation, premier étage de la fusée du projet pour 2012 lancée début avril. «Il n’y a pas d’éléments précis dans ce rapport, avait réagi mercredi Martine Aubry. Il faut laisser la justice faire son travail.» Hier, François Lamy, son premier lieutenant, déminait. «Dans le Languedoc, on a réagi. Là il n’y a rien, aucun témoignage ni document. C’est du déclamatoire. Les comptes et les fichiers de la fédération ont été expertisés comme ailleurs. Ils ne posent pas de problème.»

«Mousser». A Marseille comme à la direction parisienne du PS, on accuse Montebourg «d’avoir fuité cette affaire pour se faire mousser» et relancer sa candidature à la primaire. Ce dernier reconnaît que la publication de son rapport «ne tombe pas à la bonne date».«Le problème, ce n’est pas la fuite mais ce qu’il y a dedans. On a mis Frêche sous tutelle pour 40 fois moins grave», explique son entourage. Côté Aubry, on assure n’avoir reçu le rapport que la semaine dernière. Chez Montebourg, on affirme que la première secrétaire était saisie de l’affaire depuis la mi-novembre et a fait l’autruche. «Un secrétaire national à la rénovation qui découvre de telles pratiques et se tairait serait fautif !» s’exclame Arnaud Montebourg.

Matthieu Ecoiffier

Vaguelettes au PS

La secousse provoquée par le rapport d’Arnaud Montebourg sur la fédération PS des Bouches-du-Rhône commence à faire bouger certains socialistes. Si la direction du parti continue de laisser filer une polémique dont elle se serait bien passée à deux semaines des élections cantonales, des voix s’élèvent pour demander de ne pas laisser s’enkyster l’affaire.

Ainsi, «compte tenu du climat délétère», le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault, propose la création d’un «collège constitué de personnalités incontestables» pour «rendre compte de la situation» dans la fédération dirigée par Jean-Noël Guérini, également président du conseil général des Bouches-du-Rhône – ce que les statuts du PS interdisent. «On ne peut pas rester inerte face à cette situation», alerte le chef des députés PS. Avant lui, Malek Boutih avait demandé, vendredi matin sur France Inter, la création d’une «commission d’enquête sur ce qui se passe dans les Bouches-du-Rhône».

«Féodal». Dans son rapport révélé cette semaine par Lepoint.fr, Montebourg dénonce un «système de pression féodal». Le député de Saône-et-Loire accuse aussi le conseil général des Bouches-du-Rhône d’être un «instrument clientéliste» pour «asseoir sans partage le pouvoir de son président». Il réclame une mise sous tutelle de la fédération et la «destitution» de Jean-Noël Guérini, dont le frère est mis en examen et incarcéré depuis le 1er décembre pour soupçons de malversations touchant à des marchés publics.

En déplacement à Nantes, Ségolène Royal a remis la tunique de chevalière blanche qu’elle affectionne : «Le Parti socialiste doit être exemplaire si nous voulons bâtir une société de la transparence, de l’équité, de la fraternité.»«Le PS doit bâtir une société basée sur la démocratie, la justice et les valeurs morales», a poursuivi la présidente de la région Poitou-Charentes.

Chez les proches de François Hollande, on s’est mis doucement en marche, par la voix de Stéphane Le Foll : «Arnaud Montebourg pointe un certain nombre de problèmes que nous avons pointés dès le départ. Dans les statuts du Parti socialiste, on ne peut pas être président du conseil général et premier secrétaire fédéral.»

Et à la direction ? Circulez, on ne bouge pas. Le rapport Montebourg ne comporte que «des affirmations»,«des allégations»,«des impressions personnelles», pour Harlem Désir. «Depuis que Martine Aubry est arrivée, poursuit le numéro 2 du PS, les fichiers d’adhérents ont été nettoyés. […] 50 000 noms de personnes qui ne renouvelaient pas leurs cotisations ont été rayés des listes. Très honnêtement, on a beau être candidat aux primaires, […] ça ne veut pas dire que tout est permis.» Même le strauss-kahnien Pierre Moscovici s’est mis au diapason de la direction. Pour le député du Doubs, ces accusations «ne reposent sur rien. Je crois que Montebourg fait de la politique».

Soucis.«Ce n’est pas le fonctionnement d’Arnaud de faire campagne comme ça, rétorque-t-on dans l’entourage du candidat à la primaire. Toutes les semaines, il fait au moins un déplacement, les thèmes qu’il porte et les sondages progressent… On regrette que ce rapport sorte maintenant. Il n’était pas fait pour être publié. Le Point nous met dans la merde. Mais maintenant, ce rapport existe, il faut en faire quelque chose.»

Prenant exemple sur les soucis de la direction PS avec la fédération de l’Hérault et Georges Frêche, les proches d’Arnaud Montebourg mettent en garde : «A ne pas traiter cette question, elle va nous poursuivre jusqu’à la présidentielle.»

Lilian Alemagna

Guerini demande un audit à Aubry

Dans un courrier adressé à Martine Aubry, première secrétaire du PS, Jean-Noël Guérini, premier secrétaire fédéral demande qu’un « un audit spécifique de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône soit réalisé, dans le cadre des statuts du parti socialiste ».

Dans un communiqué PS local dit vouloir « jouer la transparence » et ainsi « mettre un terme aux rumeurs mensongères et malveillantes relayées par la presse à la suite de la publication d’un pseudo-rapport rédigé par Arnaud Montebourg »

Il rappelle que « Deux plaintes en diffamation ont été déposées contre l’auteur de ce rapport : l’une au nom de Jean Noël Guérini, l’autre au nom de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône »

Invité de France inter, Malek Boutih membre du bureau national du PS demandait pour sa part la mise en place d’une « commission d’enquête »‘à la première secrétaire du PS.

AFP 04/03/11

Le PS se résout à enquêter

Le secrétaire national chargé de la rénovation, Arnaud Montebourg, qui a mis le feu aux poudres avec un rapport interne publié par Le Point la semaine dernière, a maintenu ses accusations dans une lettre adressée au Premier secrétaire du PS Martine Aubry qu’il publie sur son blog.

Il y dit détenir des « éléments de preuves précis et concordants » de ce qu’il avance et accuse Martine Aubry et son entourage de faire régner « la loi du silence » au PS. La commission d’enquête « vient bien tard mais je lui destinerai mes informations si elle est composée de personnalités indépendantes », écrit-il.

La création d’une commission d’enquête était réclamée par le chef du PS local, Jean-Noël Guérini, gravement mis en cause par le rapport Montebourg.La commission, qui sera formée dans les jours qui viennent, devra rendre ses conclusions avant l’été, a précisé lundi le porte-parole du PS, Benoît Hamon, lors d’un point de presse.

En tout état de cause, le PS doit agir vite pour ne pas risquer de voir ses primaires présidentielles, prévues en octobre, entachées des mêmes soupçons de fraude qui avaient terni le congrès de Reims où, fin 2008, Martine Aubry avait emporté la direction du parti d’un cheveu sur Ségolène Royal.

Toute commission d’enquête doit faire l’objet d’un vote du Bureau national, l’exécutif du parti. Elles sont composées au prorata des courants internes du PS. « Puisqu’il y a un doute, pour qu’il n’y en ait plus cette commission sera réunie et investiguera » dans la fédération des Bouches-du-Rhône, l’une des plus importantes de France, derrière le Pas-de-Calais et Paris, a dit Benoît Hamon lors d’un point de presse. « Notre main ne tremblera pas mais (nous agirons) à partir de faits et seulement de faits (…) On ne peut pas fonder des mesures de suspension à partir de témoignages et de on-dit », a ajouté le porte-parole.

Dans son rapport, Arnaud Montebourg réclame la destitution de Jean-Noël Guérini et la mise sous tutelle de la fédération. Il dénonce un « système de domination sans limite » et de « clientélisme féodal » entourant le président du conseil général des Bouches-du-Rhône, dont le frère, Alexandre, est incarcéré depuis décembre dans le cadre d’une enquête sur les marchés publics du département.

Dans sa lettre à Martine Aubry, le secrétaire national du PS dit tenir à sa disposition « des éléments de preuves précis et concordants » et réaffirme qu’il lui a fait porter son rapport début décembre alors que le premier secrétaire assure ne l’avoir reçu que ces derniers jours. « Tes collaborateurs zélés ont depuis le mois de décembre commis l’erreur dans cette grave affaire de nous emmener sur le terrain de la loi du silence », écrit Arnaud Montebourg.

Pour nombre de dirigeants socialistes, le secrétaire à la rénovation a fait son « chevalier blanc » au détriment du jeu collectif. « Il a un parti idéal dans la tête et voudrait faire table rase de tout le reste mais nous avons des statuts qu’il faut respecter », explique Pascale Boistard, secrétaire nationale aux adhésions.

Mais les proches de deux présidentiables, François Hollande et Ségolène Royal, ont réclamé à leur tour que la lumière soit faite sur les agissements de la fédération des Bouches-du-Rhône.

Alors qu’on l’accuse de tirer contre son camp en alimentant les divisions internes à quelques jours des élections cantonales, il se défend d’avoir fait fuiter son rapport et déplore une publication « malheureuse et inappropriée ». « Je n’ai pas voulu être lâche en fermant les yeux (…) et je ne souhaite pas que le parti dont je suis un des leaders soit fait de ce triste bois-là », souligne Arnaud Montebourg, qui appelle à un PS « nouveau et débarrassé de ses compromissions ».

Laure Bretton Reuter 07/03/11

Repères

La fédération des Bouches-du-Rhône a longtemps été la plus importante du PS, après celle du Pas-de-Calais. Elle perd de son influence après la mort de Gaston Defferre, maire de Marseille de 1953 à 1986, qui ouvre une lutte fratricide entre Michel Pezet et Robert Vigouroux. Le PS perd la mairie de Marseille en 1995. En 2008, au congrès de Reims, la fédération a soutenu à 72,5 % Ségolène Royal.

Alexandre Guérini (52 ans), entrepreneur spécialisé dans les déchets publics et le plus jeune des deux frères, est très brut de décoffrage. Il menace, traite ses interlocuteurs de «p’tit pédé», «gros enculé», ou «tapette». Tête brûlée, il n’est pas toujours prudent. Un jour, il évoque au téléphone l’enquête en cours. A l’autre bout, son frère le reprend : «Parlu corsu, enfin  !» Comme si ça suffisait pour ne plus être compris. Il était sous écoute. Les enquêteurs ont traduit et bien rigolé. Mis en examen, Alexandre Guérini est incarcéré depuis le 1er décembre. photo claude almodovar . fedephoto

«J’ai constaté qu’il y avait des dysfonctionnements dans la fédération. A partir du moment où je constate, j’en fais part à la direction et c’est à la direction de s’en emparer.»

Arnaud Montebourg député et dirigeant du PS

6 085
C’est le nombre d’adhérents à jour de cotisation que comptait la fédération PS des Bouches-du-Rhône fin 2009. A l’époque de Defferre, elle en revendiquait trois fois plus.

Voir aussi : Rubrique Politique locale , La rénovation du PS patine en Languedoc-Roussillon, On Line, Derrière l’affaire la bataille pour Marseille,

Kadhafi sous la pression internationale

Kadhafi sous la pression internationale

La communauté internationale accroît sa pression sur le régime de Kadhafi. Le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a demandé lundi la fin des violences en Libye, tandis que les Etats-Unis et ses alliés européens envisagent d’établir une zone d’exclusion aérienne. Si la presse salue l’unanimité à l’ONU, elle met en garde contre une éventuelle intervention militaire.

Helsingin Sanomat – Finlande

Pas d’intervention militaire sans mandat

D’après certains journaux, les Etats-Unis envisageraient une intervention militaire en Libye si le dirigeant Mouammar Kadhafi continuait de réprimer dans le sang son propre peuple. On n’a toutefois pas encore épuisé toutes les options diplomatiques, estime le quotidien libéral Helsingin Sanomat : « L’UE a encore de nombreuses possibilités d’intensifier ses mesures en Libye et dans d’autres pays d’Afrique du Nord avant que l’on atteigne le cap d’une intervention militaire. Pour cela, il faudra en outre obtenir des mandats supplémentaires de l’ONU. Le recours à une interdiction de vol dans l’espace aérien libyen serait déjà une mesure militaire ambitieuse. Les ressources de l’OTAN suffiraient certainement pour cela, mais une intervention militaire contre Kadhafi nécessiterait l’assentiment inconditionnel de l’ONU. On la percevrait sinon comme une intervention de l’Occident, ce qui pourrait tourner à l’avantage de Kadhafi. » (01.03.2011)

Süddeutsche Zeitung – Allemagne

L’interdiction aérienne recèle des risques

Les Etats-Unis et ses alliés européens envisagent une interdiction de survol de la Libye pour empêcher les attaques aériennes de l’armée libyenne contre son peuple. Cette intervention irait pourtant trop loin, estime le quotidien de centre-gauche Süddeutsche Zeitung : « Il faudrait pour cela un mandat du Conseil de sécurité de l’ONU qui permette le recours à la force. Et la Chine au moins s’opposera à un mandat aussi strict, redoutant ce qui pourrait former le moindre précédent. … Il s’agit finalement d’une décision avec des conséquences politiques. Avec un mandat pour une intervention aérienne, on déplacerait la question du pouvoir vers l’étranger. Mais si l’on s’implique, on se retrouvera au mauvais endroit, et l’on ne pourra plus se retirer si Kadhafi mène une résistance pendant des semaines, voire des mois, ou qu’une guerre de guérilla éclate. Alors la pression augmenterait, même pour une intervention terrestre. Pour le mouvement révolutionnaire arabe, ce serait la preuve qu’il ne peut miser sur la neutralité bienveillante de l’Occident. Celui-ci deviendrait subitement un tiers indésirable dans un duel clairement structuré jusque-là : les citoyens en bas contre les autocrates en haut. » (01.03.2011)

Le Temps – Suisse

Le Conseil des droits de l’homme solidaire

En l’espace de quelques jours, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a unanimement condamné les violences du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi contre la population et recommandé la suspension de la Libye de l’institution. Le quotidien Le Temps se réjouit de cette nouvelle unité : « Jamais le principal organe onusien chargé des droits de l’homme n’avait joui d’une telle crédibilité. L’événement est considérable. Le Conseil n’avait jamais parlé d’une voix aussi univoque. En quelques jours, il a réussi le prodige … de clouer le bec aux souverainistes conservateurs qui n’ont cessé de le décrier. Le printemps arabe est en train de fleurir au sein même du Conseil des droits de l’homme. … En son sein, les fronts semblent bouger. » (01.03.2011)

Respekt – République tchèque

Une solution pour les réfugiés ?

Lors de la séance mensuelle du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies lundi à Genève, de nombreux ministres des Affaires étrangères se sont penchés sur la question des travailleurs immigrés fuyant la Libye, mais n’ont toujours pas trouvé de solution, note l’hebdomadaire libéral Respekt : « La volonté du dictateur Kadhafi de s’accrocher au pouvoir sans tenir compte de la révolution qui se poursuit contre lui a mené la Libye au bord d’une crise humanitaire. Tandis que le riche Occident évacuait rapidement ses ressortissants par avion, des milliers de réfugiés originaires de pays pauvres et qui travaillaient dans le riche Etat pétrolier se sont rassemblés aux frontières de la Libye. Les ministres des Affaires étrangères du monde entier cherchent désormais une solution pour faire quelque chose contre la catastrophe qui s’étend. On peut toutefois se demander s’ils trouveront une solution. Si le siège de Kadhafi vacille sérieusement, il repose toujours sur les barils d’un pétrole sans lequel l’Occident, pauvre en énergie, ne peut s’en sortir. » (01.03.2011)

Voir aussi : Rubrique Lybie,

Tunisie : « Les jeunes ne se reconnaissent pas dans Béji Caïd Essebsi »

Vietnam boy

Deux jours de manifestations, des violences qui ont provoqué la mort de cinq personnes au moins : la pression de la rue a finalement fait plier le premier ministre tunisien Mohammed Ghannouchi, remplacé par Béji Caïd Essebsi, dimanche 27 février. C’est désormais cet ancien ministre de Bourguiba qui doit mener le pays jusqu’aux élections de juillet. Au lendemain de cette annonce, les protestataires continuent de camper sur la place de la Kasbah à Tunis. Rien d’étonnant selon Eric Gobe, politologue à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman : « les jeunes ne se reconnaissent pas dans Béji Caïd Essebsi », âgé de 84 ans, « figure lointaine » qui symbolise un « gouvernement décalé face à l’ébullition politique du pays ».

Entretien avec Eric Gobe, politologue à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman.

Comment analyser la démission de Mohammed Ghannouchi, dernier chef du gouvernement du président Ben Ali ?

Cette démission, c’est avant tout une réponse à la pression d’une partie de la population tunisienne. Aujourd’hui, deux courants politiques se structurent dans le pays. D’un côté, les partisans du gouvernement de transition constitués pour partie des composantes les plus technocratiques et les moins compromises de l’ancien régime, ainsi que des leaders de l’opposition reconnue de l’époque de Ben Ali. Cette opposition, qui s’inscrit dans une logique de compromis, veut des élections législatives et présidentielle anticipées, organisées dans le cadre d’une Constitution et d’un code électoral amendés.

Le second courant, quant à lui, est beaucoup plus radical dans sa revendication démocratique et c’est ce courant qui, avec l’appui des manifestants, a fait céder Mohammed Ghannouchi. On y retrouve les partisans du Front du 14-Janvier fondé le 2 février 2001, qui a lui-même débouché sur la création d’un Conseil national pour la sauvegarde de la révolution. Ce conseil rassemble 28 partis politiques et associations, du syndicat unique, l’Union générale tunisienne du travail, en passant par des partis d’extrême gauche ou Ennahda [parti islamiste tunisien].

Or, les membres du conseil exigent une rupture totale avec le passé. Ils demandent une forte épuration de l’appareil d’Etat. Ils exigent aussi, plus ou moins rapidement, l’élection d’une assemblée constituante. Le principe d’une assemblée constituante est de faire table rase du passé institutionnel de la Tunisie et de modifier le système de fond en comble, afin de proposer une nouvelle Constitution instituant un régime parlementaire.

Qu’incarne la figure de Béji Caïd Essebsi ?

Béji Caïd Essebsi est un ancien militant nationaliste. Il était aussi un haut cadre du Parti socialiste destourien [le parti de Bourguiba, président de 1957 à 1987]. Avocat de formation, il a été appelé par Bourguiba pour participer à la construction de la Tunise indépendante. C’est un homme d’appareil, passé par tous les ministères régaliens : la défense, l’intérieur, les affaires étrangères. Il était avant tout au cœur de l’ère Bourguiba.

C’est aussi un homme du sérail. Il a été député sous Ben Ali et président de la chambre des députés entre 1990 et 1991. Et sous Ben Ali, nul n’était élu député par hasard. Pour asseoir sa légitimité, Ben Ali s’était appuyé sur les personnalités fortes de la période Bourguiba. Mais en 1994, Béji Caïd Essebsi a pris ses distances vis-à-vis du régime et s’est retiré de la vie politique pour reprendre ses activités d’avocat.

Béji Caïd Essebsi a également été choisi parce qu’il figurait dans le logiciel du président par intérim, Foued Mebazaa : les deux hommes se connaissent, ils font partie de la même génération, celle des plus de 80 ans. Avec son départ du Parlement en 1994, le président par intérim a jugé que Béji Caïd Essebsi avait suffisamment pris ses distances avec Ben Ali et qu’il pouvait être un premier ministre moins contestable que Mohammed Ghannouchi.

Dans ce contexte, est-ce qu’on peut parler d’un nouveau départ ?

Pas vraiment. Le président tunisien par intérim nomme une personne plutôt âgée, un cacique du régime politique de Bourguiba. Et bien qu’il ait pris ses distances avec Ben Ali, il reste quelque part associé à l’ancien régime.

Le problème est que les jeunes ne se reconnaissent pas dans Béji Caïd Essebsi, c’est une figure lointaine. Il se trouve donc en porte-à-faux vis-à-vis la jeunesse. De surcroît, il n’a participé en rien au mouvement qui a abouti à la chute du régime de Ben Ali.

Je ne pense pas que la pression de la rue va diminuer. Le Conseil national pour la sauvegarde de la révolution va sûrement continuer à tenir un discours démocratique radical. On peut donc se retrouver dans une situation où des manifestants et le conseil revendiquent la démission du nouveau premier ministre.

Cette nomination révèle-t-elle la difficulté de l’opposition à s’organiser, à faire émerger de nouvelles figures ?

Bien sûr, et c’est un problème : pour l’instant, on ne sait pas quelles forces politiques vont émerger. Ben Ali avait éliminé toute opposition sérieuse et crédible. Par conséquent les partis actuellement au gouvernement sont sans ancrage social et populaire.

On voit pour l’instant, au sein du Conseil national pour la sauvegarde de la révolution, émerger une figure charismatique, Hamma Hammami. On note également que ce conseil prend de plus en plus d’ampleur, et se pose comme porte-parole de la population tunisienne, tout au moins de ceux qui descendent manifester. Il met ainsi le pouvoir sous surveillance et sous pression.

Béji Caïd Essebsi doit organiser des élections d’ici au 15 juillet, quel va être le calendrier du gouvernement provisoire ?

Sur ce point, c’est le flou : est-ce que le conseil va imposer sa vision? Est-ce qu’il va y avoir l’élection d’une assemblée nationale constituante ? En tous les cas, il est peu probable que les figures du Conseil de sauvegarde de la révolution intègrent le gouvernement de transition. Il s’agit plutôt pour ce conseil de faire pression sur le gouvernement transitoire et de contrôler son activité. D’une certaine façon, le gouvernement de Béji Caïd Essebsi apparaît en décalage face à l’ébullition politique du pays.

Propos recueillis par Flora Genoux

Voir aussi : Rubrique Tunisie, Regards croisés sur la révolution de jasmin,

Jusqu’à quand la politique migratoire de l’Union européenne, va-t-elle s’appuyer sur les dictatures du sud de la Méditerranée ?

Camp de travailleurs ayant fuit la Libye

Camp de travailleurs ayant fuit la Libye

Depuis le début des années 2000, l’Union européenne et ses États membres se sont appuyés sur les régimes du sud de la Méditerranée pour externaliser leur politique d’asile et d’immigration. Face aux révoltes populaires en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, leurs réactions montrent que la « défense de la démocratie » et la « non ingérence » ne sont que rhétoriques quand il s’agit de réaffirmer les impératifs d’une fermeture des frontières attentatoire aux droits fondamentaux.

Ainsi, pendant que les forces armées libyennes massacrent les révoltés dans l’ensemble du pays, le colonel Kadhafi brandit le spectre de l’invasion migratoire en menaçant de mettre fin à toute « coopération en matière de lutte contre l’immigration irrégulière » si l’Union européenne continue d’« encourager » les manifestations populaires. Cette dernière, par la voix de sa haute représentante aux affaires étrangères, Catherine Ashton, a dit ne pas vouloir céder au chantage[1] alors même que les instances européennes continuaient de négocier, il y a moins d’une semaine, la participation libyenne à leur politique de bouclage de l’espace méditerranéen.

Suite à la chute de la dictature en Tunisie, quelques milliers de migrants arrivant sur l’île de Lampedusa (Italie) ont en effet été présentés comme une menace contre laquelle l’Union devait se défendre en mobilisant ses alliés d’Afrique du Nord. La « Méditerranée forteresse » devait être défendue au mépris des aspirations des populations et de principes (libertés, démocratie, droits humains…) pourtant présentés comme au fondement de l’UE. Alors que les manifestants d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient se battent contre l’emprise policière, les États européens répondent par des mesures sécuritaires. L’UE promet notamment de débloquer de l’argent pour aider la Tunisie à contrôler ses frontières et empêcher ses ressortissants de mettre en œuvre leur « droit de quitter tout pays y compris le sien » (art. 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme).

Ce faisant, l’UE et ses États membres souhaitent que les accords de coopération migratoire signés par les dictatures et attentatoires aux droits fondamentaux soient repris par les nouveaux régimes. C’est cette politique de guerre aux migrants qui a conduit à ce que des milliers de personnes tentant d’échapper aux patrouilles et autres dispositifs militaires meurent en Méditerranée tandis que des dizaines de milliers d’autres étaient enfermées dans des camps en Algérie, en Egypte, en Libye, en Tunisie… Elle est à tel point au cœur de la diplomatie de l’UE que plusieurs de ses États membres se sont affolés devant l’effondrement de régimes qu’ils arment depuis des années[2]. Aujourd’hui, ces armes sont utilisées contre le peuple libyen en lutte pour ses libertés.

Alors que l’ensemble des États membres est tenté de s’aligner sur la position italienne et de  « ne pas interférer dans le processus de transition en cours dans le monde arabe (…) particulièrement en Libye (…) », il est urgent de rappeler que l’UE est face à une situation historique. Elle doit cesser de soutenir les régimes dont les atteintes aux droits de leurs populations sont redoublées par leur utilisation comme gendarmes de l’Europe.

Seule une réorientation radicale des politique migratoires de l’Union européenne permettra d’ouvrir une nouvelle ère, marquée par moins d’injustices, d’inégalités et d’atteintes aux droits, dans les relations entre l’Union européenne et ses voisins méditerranéens.

Migreurop

Note 1 : http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/en/cfsp/119397.pdf

Note 2 : La France et la Grande-Bretagne ont annoncé la suspension de livraison de l’exportation de matériel de sécurité, ce qui est une preuve de plus que le régime libyen est soutenu par de nombreux États de l’Union européenne, au nom notamment de la lutte contre l’immigration illégale (Dépêche AFP du 18 février 2011).

 

 

Voir aussi : rubrique Politique de l’immigration, L’Europe les bras ballants,