Montpellier : à la Paillade, Mélenchon s’engage en faveur des Assises nationales des quartiers populaires

 

Le candidat à la présidentielle du Front de Gauche FG, Jean-Luc Mélenchon était hier dans le quartier de La Paillade à Montpellier où il a tenu une réunion avec les habitants dans un café du quartier. Entouré de René Revol, candidat  F.G aux dernières élections régionales, et de Mohamed Bouklit, le candidat (FG) qui s’est incliné au second tour des cantonales, avec 34,5 % des suffrages, contre le Président (PS) du Conseil général André Vézinhet, Mélenchon bouscule : « Avec Frêche, on me parlait de l’Hérault comme d’un territoire où la pratique politique est caricaturale. Mais le post-frêchisme, c’est encore le frêchisme. J’ai la conviction que ce qui s’est passé ici aux dernières cantonales concerne tout le pays.« 

En franc tireur, le candidat à la présidentielle fonde sa campagne sur le réveil citoyen qui voit jour avec la décomposition des appareils politique qu’il pousse à sortir de leur routine. Après le lancement de sa campagne place des martyrs de la bataille de Stalingrad, il s’est rendu près de Marseille auprès des salariés de l’usine Thé Elephant menacés de délocalisation. L’étape montpelliéraine apporte une pierre supplémentaire à l’édifice du F.G pour défendre l’expression citoyenne des quartiers populaires.

« Ce matin nous avons passé un accord morale avec le Front de Gauche des Quartiers Populaires (FGQP), explique le candidat à la présidentielle, sans rien demander à personne, ils ont pris l’initiative de s’organiser dans le quartier pour proposer une autre politique. Tout repose la dessus. Nous l’avons rêvé, ils l’on fait et ils pensent pouvoir le développer au niveau national. Moi je leur fais confiance parce que se sont des gens raisonnables et sensés.  Je les accompagnerais dans cette démarche. »

En attendant les Assises nationales des quartiers populaires qui devraient se tenir en octobre à Montpellier Mohamed Bouklit et son équipe s’engagent à diffuser le mouvement dans l’hexagone. « Le FGQP souhaite répondre au malaise et à l’angoisse sociale que vivent durement nos concitoyens dans les quartiers populaires. Localement on a tenté d’ethniciser cette lutte sociale avec des rhétoriques fallacieuses alors  que nous participons pleinement au rassemblement et à la construction du Front de Gauche. »

 

Trois questions à Mélenchon

Ne présagez-vous pas un peu vite de la validation de cet accord avec le FGQP par les différentes composantes du Front de Gauche ?

Ca ne paie pas de mine comme çà. On est quelques uns dans un bistrot et on lance des idées qui changent fondamentalement le cours des choses. Mais on va au bout, et c’est bien souvent de cette manière que les bouleversements voient le jour. Je vais demander à Pierre Laurent d’inviter Mohamed Bouklit et ses amis à participer au Conseil national du F.G pour que nous puissions travailler ensemble. Les initiatives de terrain sont inscrites dans le code génétique du Front de Gauche.

Comment adapter une stratégie de campagne sur le modèle du non au référendum sur le TCE à une élection présidentielle où la personnalisation joue à plein ?

C’est une vraie difficulté mais on ne parviendra pas à une révolution citoyenne pacifique et démocratique sans le peuple. Il faut partir du terrain. Si quelqu’un est capable de me dire comment il faut régler le problème des quartiers. Alors qu’il vienne l’expliquer aux gens qui sont ici. On ne sort pas l’œuf. On a déjà trois campagnes derrière nous. On sait comment cela se passe et on a confiance dans la force qui se dégage.

Quel est l’état de votre budget de campagne ?

La campagne de l’UMP c’est 23 M, celle du PS, 21 M, nous, nous sommes en train de le boucler. Si on arrive à 2 M ou 3 M ce sera le bout du monde. C’est un prêt gagé sur le parti et le parti est gagé sur le candidat. Nous partageons avec le PCF. On ne s’inscrit pas  dans la compétition de l’argent et c’est tant mieux. Tout part de la base.

Jean-Marie Dinh

 

Voir aussi : Rubrique Politique, Les engagements de Mélenchon, rubrique politique locale, Cantonales : Le parti présidentiel submergé par le FN, Rubrique Société Médias banlieue et représentations,

Fukushima : la Criirad dénonce des « carences graves » dans la gestion

La Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité) a dénoncé, mercredi, à Lyon, au retour d’une mission sur place « les carences graves » des autorités japonaises dans la gestion de la catastrophe nucléaire de Fukushima le 11 mars. « Comment la gestion peut-elle être aussi déplorable, vingt-cinq ans après Tchernobyl ? » s’est interrogé lors d’une conférence de presse Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire et membre de la Commission, qui a mené une campagne de mesures et de prélèvements au Japon courant mai.

D’après lui, « la population n’a pas été évacuée sur un périmètre suffisant », il n’a pas été distribué de pastilles d’iode rapidement « alors qu’il faut les ingérer trois heures avant l’exposition » et aucun plan de distribution n’existe à ce jour en cas de nouveaux rejets massifs, enfin, on laisse les habitants consommer des aliments contaminés, a-t-il assuré.

« On fait au Japon ce qu’on a fait à Tchernobyl »

« Bien au-delà de la zone interdite de 20 km autour de la centrale, il y a des doses de radioactivité qui induisent des risques de cancer inacceptables », a-t-il poursuivi, et « on tolère sur place un taux de risque de cancer vingt fois supérieur à celui communément admis ».

« On constate sur le terrain que les autorités comme les industriels sont dépassés », a renchéri le scientifique. Selon lui, il faudrait « évacuer ou décontaminer les terrains » sur un périmètre de plusieurs dizaines de kilomètres autour de la centrale.

Roland Desbordes, président de l’organisation, s’inquiète lui « qu’on relève les taux » des radiations admissibles après chaque accident : « Pour des raisons économiques, on fait au Japon ce qu’on a fait à Tchernobyl, on n’évacue pas » des populations « qui vivent dans des zones très contaminées » car leur indemnisation coûterait trop cher.

AFP

Voir aussi :  Rubrique Japon, Fukushima désinformation, Comment vivre après Fukushima ?, Une légende à réinventer, L’accident nucléaire, On Line, Adieu Japon, Fukushima de mal en pisÇa va bien aller

Primaire écologiste : « L’écologie de combat » d’Eva Joly porte ses fruits

D’un rien. C’est à 69 voix qu’Eva Joly a raté sa désignation au premier tour de la primaire écologiste. L’ancienne magistrate a atteint 49,75 % des voix contre 40,22 % à l’ex-animateur de télévision, Nicolas Hulot. Les deux petits candidats, étaient loin derrière (Stéphane Lhomme 4,44 % et Henri Stoll 5,02 %).

C’est bien à un duel entre les deux écolos venus de l’extérieur du mouvement que la primaire a donné lieu. Mais la surprise est venue de l’écart qui s’est dessiné entre les deux challengers. Le score de Mme Joly a ainsi contredit tous les pronostics qui donnaient M. Hulot largement vainqueur. Les proches du père du Pacte écologique pensaient même réussir à emporter le vote dès le premier tour.

En devançant largement son adversaire, la députée européenne démontre sa capacité à mener une campagne rythmée et qui a réussi à convaincre le peuple écolo. L’ex-juge avait adopté dès le début de la campagne interne une ligne plus radicale – insistant sur son « écologie de combat » – et cela a plu tant aux militants qu’aux sympathisants qui mesurent, dans leurs combats quotidiens, que les combats écologiques sont longs et âpres.

Hulot desservi par son positionnement « ni droite ni gauche »

Nicolas Hulot, lui, n’est jamais vraiment entré dans sa campagne. Réticent d’abord à se déclarer, puis à accepter les conditions du mouvement, il a sans cesse donné l’impression qu’il tablait d’abord sur sa popularité extérieure avant de comprendre qu’il lui fallait convaincre en interne. Il semblait oublier que popularité ne veut pas dire automatiquement intentions de vote : les derniers sondages le donnaient coude à coude avec Mme Joly.

Son positionnement « ni droite ni gauche » et son souci d’être toujours consensuel l’ont desservi. Enfin sa gaffe sur son souhait initial de faire un ticket avec Jean-Louis Borloo a brouillé un peu plus son image déjà floue et pas assez à gauche. Eva Joly, elle, avait dès le départ affirmé être à gauche et dit sa volonté de passer une alliance avec les socialistes pour 2012. Un positionnement qu’Europe Ecologie-Les Verts avait largement confirmé lors de son premier congrès en juin. Les militants ont donc joué la cohérence entre leur projet et leur candidate.

Sylvia Zappi

Le Brésil accorde un permis de résidence à Cesare Battisti

Cesare Battisti lors de sa sortie de prison le 8/06/11. Photo Reuter ,Ricardo Moraes

Cesare Battisti lors de sa sortie de prison le 8/06/11. Photo Reuter ,Ricardo Moraes

L’Italien Cesare Battisti a obtenu, mercredi 22 juin, un permis de résidence permanent au Brésil, une décision attendue après le refus début juin de la justice d’extrader l’ancien activiste d’extrême gauche vers l’Italie, qui continue à le réclamer.

Ce permis de séjour et de travail au Brésil a été accordé par le Conseil national de l’immigration, dont les membres ont voté massivement en faveur de l’Italien. Par quatorze voix pour, deux contre et une abstention, le Conseil a « autorisé mercredi Cesare Battisti à séjourner au Brésil pour une durée indéterminée », a annoncé le ministère du travail. Cesare Battisti, 56 ans, est réclamé par l’Italie après avoir été condamné par contumace, en 1993, à la réclusion à perpétuité pour quatre meurtres et complicité de meurtres à la fin des années 1970 – les « années de plomb » du terrorisme – crimes dont il se dit innocent.

Incarcéré pendant quatre ans près de Brasilia en attendant son extradition, Cesare Battisti a été libéré dans la nuit du 9 juin, quelques heures après que la Cour suprême du Brésil eut rejeté la demande de Rome. Les juges ont estimé que l’Italie ne pouvait contester la décision « souveraine » de l’ex-président Luiz Inacio Lula da Silva qui, au dernier jour de son mandat, le 31 janvier 2010, avait refusé d’extrader M. Battisti. Indignée, l’Italie estime que l’accord d’extradition liant les deux pays n’a pas été respecté par le Brésil, et a rappelé son ambassadeur pour consultation.

Un roman en préparation

Le gouvernement italien a promis d’aller jusqu’au bout pour obtenir satisfaction, y compris saisir la Cour internationale de La Haye, qui juge les différents entre Etats. Il a d’ores et déjà demandé d’actionner une « commission de conciliation » entre les deux pays. Le gouvernement brésilien est resté ferme dans sa décision et a minimisé la mauvaise humeur italienne, affirmant que cette affaire n’affectera pas les fortes relations entre les deux pays.

Depuis sa sortie de prison, Cesare Battisti est resté à l’écart de la presse et n’a fait aucune déclaration. Il s’est réfugié, dans un premier temps, dans l’anonymat de Sao Paulo, la grande métropole brésilienne, avec l’intention de poursuivre son travail d’écrivain, selon ses avocats. L’un d’eux a dit que M. Battisti souhaitait rester au Brésil, où il a vécu dans la clandestinité de 2004 à 2007, date de son arrestation à Rio de Janeiro. Il avait commencé à y refaire sa vie, après trente ans de fuite au Mexique et en France, où il est devenu auteur de romans policiers. « Il se consacrera à la révision de son dernier roman », avait confié à l’AFP l’avocat Luiz Eduardo Greenhalgh.  Ce roman, « Au pied du mur », est inspiré de ses quatre années de détention à Papuda. Outre un roman policier, il a déjà écrit depuis son arrivée au Brésil Minha fuga sem fim (« Ma cavale ») et Ser bambu (une expression brésilienne qui signifie « plier mais rester solide »).

AFP

 

Voir Aussi : Rubrique Justice, rubrique Roman Noir

La difficile émergence d’un « islam de France »

Les appels récurrents, à droite comme à gauche, pour faire émerger un « islam de France » sont-ils condamnés à demeurer des discours incantatoires ? Oui, si l’on s’en tient au bilan des diverses initiatives et institutions lancées par les pouvoirs publics ces dernières années, qu’il s’agisse de la représentation des musulmans, du financement des mosquées ou de la formation profane des cadres religieux.

Mohammed Moussaoui, qui sera reconduit dimanche 19 juin à la tête du Conseil français du culte musulman (CFCM), conserve les rênes d’une institution à la légitimité de plus en plus contestée sur le terrain. Cette instance « représentative », voulue par les gouvernements successifs depuis une vingtaine d’années, a été créée aux forceps en 2003 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, afin de promouvoir un « islam de France », que les responsables politiques souhaitaient implicitement « modéré ». Le CFCM, miné par les guerres intestines, est aujourd’hui maintenu à flot par la volonté de son successeur, également chargé des cultes.

En huit ans, le CFCM s’est certes imposé dans le paysage institutionnel, aux côtés des autres confessions. Mais, en matière de gestion du culte, et en dépit d’avancées au niveau régional, son bilan est proche de zéro. Surtout, le CFCM, censé faire cohabiter les diverses expressions de l’islam, a échoué à atténuer les luttes d’influence entre les organisations musulmanes proches des pays d’origine (Maroc et Algérie) ou de courants particuliers de l’islam (Union des organisations islamiques de France, UOIF).

Les élections du 5 juin ont donné lieu à des clivages jamais égalés. Deux des trois principales fédérations, celle de la Grande Mosquée de Paris et l’UOIF, ont boycotté le scrutin, et le CFCM a encore perdu en crédibilité.

Autre essai avorté : la rationalisation du financement des mosquées, que les pouvoirs publics auraient aimé voir sortir du giron étranger. Imaginé comme un outil de transparence, la Fondation des oeuvres de l’islam, installée en 2007, n’a pas su mobiliser les énergies musulmanes pour collecter et mutualiser des fonds.

Enfin, alors que l’émergence d’imams et de cadres religieux musulmans formés à la laïcité est une priorité des ministres de l’intérieur successifs, la formation emblématique de ce projet s’essouffle après seulement quatre ans d’activité. Soutenu par le gouvernement, un nouveau dispositif est prévu en octobre.

Ces ratés institutionnels n’empêchent pas l’islam de s’inscrire dans le paysage français. Sans l’aide du CFCM ou d’une quelconque Fondation, des mosquées sont construites sur tout le territoire, financées en grande partie par les fidèles et, dans certains cas, par des aides venues de l’étranger. Portées par des musulmans nés ou élevés en France, des initiatives émergent pour l’organisation du marché halal, la « lutte contre l’islamophobie » ou l’ouverture d’écoles coraniques dans les mosquées. C’est peut-être là, plus que dans les structures officielles, qu’il faudra bientôt chercher l' »islam de France ».

Editorial Le Monde 19/06/11

Voir aussi : Rubrique Religion