Une enquête sur les musicos anonymes

Au bistrot des ethnologues, Marc Perrenoud a présenté son étude sur les musiciens ordinaires.

Le succès du musicos n'est pas lié au talent ou à la virtuosité instrumentale

Le succès du musicos n'est pas lié au talent ou à la virtuosité instrumentale

Marc Perrenoud est un éthno-musicien qui réside dans le Sud-Ouest. C’est dans sa seconde peau, celle de chercheur en sciences sociales, que le contrebassiste était à Montpellier jeudi dernier où il a présenté son livre : une enquête sur les musiciens ordinaires. L’intérêt de ce travail, bourdieusien dans son approche du rapport de forces entre groupes sociaux, tient au terrain d’observation.

Après avoir résolu le problème de relation avec son objet : « Etant musicien, j’ai démystifié mes croyances artistiques pour analyser ce qu’il se passait dans ce milieu », Perrenoud est parti de la base, les instrumentistes ordinaires qui se produisent dans les bars, les festivals, les bals et les salons de l’auto. Au total, plusieurs dizaines de milliers de musiciens qui naviguent entre intermittence, RMI et travail au noir. L’étude concerne plusieurs générations, et met en évidence une faible représentation féminine. « Ce déséquilibre est sans doute lié au fait que c’est une profession qui se pratique plutôt de nuit dans des endroits peu fréquentables… S’ajoute le fait que la figure sociale que l’on attribue aux musicos reste déviante. Les représentations que l’on a du milieu sont aussi assez virilistes, la presse spécialisée fait appel comme dans l’informatique ou dans le sport à l’esprit de compétition. »

Le chercheur décrypte la carrière des musiciens ordinaires à travers une démarche inédite fort intéressante. Car si les données ne manquent pas pour évaluer l’orientation des instrumentistes d’orchestre, les musiciens qui se trouvent au pied de la pyramide n’apparaissent que de manière marginale dans les statistiques. Etre musiciens, qu’est ce que cela signifie ? « C’est ne faire que cela, arriver à vivre de la musique, explique Marc Perrenoud, en donnant des concerts, en faisant des animations musicales et en assurant des cours. »

Tiraillement professionnel

Le livre se découpe en six parties présentant les différentes facettes et activités qui constituent le métier de musicos. Il éclaire sur les orientations diverses que les musicos peuvent donner à leur carrière. « Au début il y a un statut d’auteur à créer. On est prêt à jouer n’importe où. Ce qui importe c’est de jouer le plus possible. Il faut dix ans pour stabiliser sa carrière. Et la plus grande difficulté vient à la fin, quand il faut pérenniser l’activité dans le temps. Entre les deux le musicien est tiraillé entre différentes identités du travail. »

Le chercheur relève la nécessité de faire progresser sa carrière individuelle et les tensions que cela peut produire au sein du groupe. « Il est très rare qu’un seul groupe fasse vivre ses membres. Ce doit être le cas d’une dizaine de groupes en France. Quand les musiciens maîtrisent leur instrument, ils ont recours à des appareillements ponctuels. On retrouve le cas classique des musiciens qui se réunissent pour interpréter des standards de jazz. »

En suivant la carrière des musicos, Perrenoud dessine le clivage entre les professions artistiques et artisanales. L’enquête sur le terrain s’attache à un groupe social largement méconnu et chamboule ce qui fait sens dans la représentation des musiciens. La réussite professionnelle ne tient pas aux genres musicaux. Le succès du musicos n’est pas lié au talent ou à la virtuosité instrumentale mais à ses compétences transversales qui l’amènent à commercer avec les acteurs professionnels. Ce qui légitime les inégalités. « Avant quand on avait des problèmes professionnels on allait voir son syndicat. Aujourd’hui on se lance dans le développement personnel ou on prend un coach. »

Jean-Marie Dinh

livre-musicosMarc Perrenoud : Les Musicos. Enquête sur les musiciens ordinaires, éd de La Découverte.

 » Une expérience où le spectacle est mis à mal  »

Une autre manière de saisir les choses Photo Dr

Une autre manière de saisir les choses Photo Dr

Dans le cadre de Montpellier Danse, Régine Chopinot présente sa nouvelle création Cornucopia qui signifie corne d’abondance. Une pièce charnière dans la carrière de cette chorégraphe subversive.

Visages masqués, vision réduite, gestes entravés, quelle est l’intention artistique de cette création ?

En trente ans, j’ai l’impression d’avoir passé mon temps à me cacher derrière la représentation. Cette pièce signe mon départ de l’institution après 22 ans au centre chorégraphique de La Rochelle. C’est une manière de questionner ce qu’on présente, personnellement, en tant que danseur et chorégraphe. Une façon de réfléchir à ce qu’on montre de soi et à l’image que l’on donne.

Entre danser et chorégraphier, entre transformation et disparition, qu’avez-vous laissé et que reste-t-il ?

Lorsqu’on enlève cette première image de soi qui est souvent liée à la séduction, il reste ce que l’on attend. Il reste l’oreille et l’ouie. Cornucopiae questionne le vecteur du regard. C’est sans doute la clé de ce spectacle. Il faut avoir des yeux qui écoutent, expérimenter une autre manière de saisir les choses.

La musique est de Henri Chopin, le père de la poésie sonore, disparu cette année…

Oui, Henri Chopin est un peu l’opposé de Pierre Henri qui a développé un langage très technique, Chopin est parti dans l’autre sens, du côté archaïque. Il fabrique une poésie sonore par le corps, les bruits de bouche, etc. Il explore le côté sombre, un peu comme l’a fait Artaud dans son domaine. Pour ce spectacle Nicolas Bario a sélectionné des documents sonores qui couvrent une grande partie de son œuvre. Il y aussi les textes de Jean-Michel Bruyère, un artiste associé à la scénographie avec qui je travaille depuis 2001. Tout cela forme un magma ténu où le public n’est pas agressé. Il faut même tendre l’oreille.

Vous faites appel à une nouvelle capacité de perception du public ce qui s’avère risqué.

Le spectateur accepte, ou pas, d’abandonner ses habitudes. Cette pièce est une expérience où le spectacle est mis à mal. Ce n’est pas quelque chose qui se consomme. Les gens trouvent beaucoup de bonheur à se laisser porter dans le temps en suspension ou éprouvent des difficultés. Il ne faut pas venir avec ses attentes, son besoin de compréhension… En même temps, cela ne s’adresse pas à un public de culture. Une enfant de douze ans peut s’y retrouver.

L’isolement des danseurs sur scène aiguise-t-il la conscience de l’autre ?

Oui, quand on arrête de chercher le regard, on entre dans une écoute différente, un autre espace physique.

Faut-il entendre cette pièce comme une dé-représentation ou une plus juste représentation du monde actuel ?

La notion de représentation tend à se réduire à une image séductrice particulièrement dans le spectacle vivant où cette idée n’a de cesse de se répandre. C’est un paradoxe de s’exposer en refusant de s’exposer. Cela questionne vraiment sur ce que l’on attend et ce que l’on vient chercher au spectacle. Est-ce de la liberté ?

L’assassinat de l’amour ne serait pas un crime impossible ?

Il arrive que l’on parvienne à ne plus voir la personne avec qui on a choisi de vivre, c’est une forme d’assassinat de l’amour. Barthes dit à ce propos l’importance de l’écoute et évoque aussi les figures qui éclatent et vibrent seules comme un son coupé de toute mélodie.

Recueilli par Jean-Marie Dinh

Cornucopiae à l’Opéra ou la force contenue des déchets ultimes

Le sursaut Chopinot

Cela frise l’objet dansant non identifié. Sous une forme non démonstrative, Régine Chopinot livre avec sa dernière pièce Cornucopiae un puissant souffle créatif. En danse comme ailleurs, la négation de la singularité provoque une réaction d’insécurité. Le sursaut est d’autant plus profond quand on touche à l’image, et que l’on s’éloigne des chapelles artistiques. C’est la première force de ce spectacle. Etre sans pouvoir être consommé.

Sans couleurs inutiles, la scénographie et les costumes ouvrent un espace de transition. Une portée où les corps intermédiaires assurent la composition plastique. Avec la complicité inspirée de l’artiste Jean-Michel Bruyère et le fond poétique sonore non moins illuminé d’Henri Chopin. Mais il faut tendre l’oreille pour ouïr. Ne pas comprendre ni attendre. Juste percevoir. C’est une forme de renaissance pour la chorégraphe qui conclut son parcours avec l’institution après 22 ans de service indiscipliné.

Pas de séduction, le visage porte le masque d’un instrument de travail, le corps reste anonyme, les mouvements sont entravés. Le petit groupe de danseurs fait naître de toute part la curiosité. Comme aimantées par la crainte, les silhouettes de cette mystérieuse espèce se rapprochent pour tenir sur cette nouvelle banquise. Ils se déplacent ensemble. Leurs petits pas s’enfoncent dans le plastique. Ils sentent, reniflent vivent encore… A leur droite trois chevaux gisent comme des sacs éventrés. Le symbole de la liberté morte où vont s’avachir les créatures. Un clin d’œil plus tard ce sera le socle de tableaux glorieux. On comprend que ce sont des hommes maniables et fragiles face à l’autorité.

C’est au renouvellement de l’esthétisme plus qu’à son abolition que nous convie Chopinot. En jouant sur le fond et la forme, elle appelle à de nouveaux repères. Le public bascule ou résiste. Certains craquent comme des branches déjà mortes.

JMDH Le 04 12 08

L’Art vidéo au Musée Fabre : une absolue plénitude…

Peter-campus "double-vision" (1971)

Conçue à partir de la collection d’art Vidéo du Musée national d’art moderne, Vidéo, un art, une histoire 1965-2007 présente une version renouvelée de l’exposition du Centre Pompidou. « C’est la première escale en France de l’exposition, après trois années d’itinérance à travers le monde, avant de partir pour l’Amérique latine. » souligne la conservatrice du Musée national d’art moderne Christine Can Assche, commissaire de l’exposition. La lecture historique proposée est chronologique. « Elle est doublée d’une trajectoire transversale qui marque l’influence des précurseurs sur l’œuvre d’artistes plus jeunes. »

La visite  qui succède à cette introduction – On épargne ici aux lecteurs les liens alambiqués qui tentent de trouver une filiation picturale entre Courbet et Paik et le marketing institutionnel qui lie l’utilisation de la vidéo dans les vitrines commerçante du centre ville et l’art de Viola – nous permet d’appréhender une sélection de 35 œuvres réalisées par les pionniers de l’art vidéo : Nam June Paik, Peter Campus, Jean-Luc Godard, Chris Marker, ainsi que par des artistes contemporains comme Pierre Huyghe et Isaac Julien…

La neutralité de l’installation qui occupe 1 400 m2 sur deux niveaux est assez réussi mais manque d’espace. Ce qui explique sans doute l’absence de vidéo sculpture, outre le fait que celles-ci soient réputées plus rentables pour les compagnies d’assurances et les transporteurs que pour l’institution muséale.

Mythe ou Histoire ?

Sur le fond, c’est la notion d’histoire qui pose question avec un médium tel que la vidéo qui pourrait-on dire incarne la part maudite de l’art contemporain. Au milieu des années 60, un fort potentiel l’a propulsé dans le ciel de l’art où il a explosé comme les météores. Le caractère éphémère des électrons n’y est sans doute pas pour rien. Rétrospectivement, l’éclosion délirante,  poétique et subversive de l’art vidéo apparaît comme une ligne alternative et fugitive qui se poursuit sur une vingtaine d’années avant de se perdre à l’intérieur du petit écran devenu spatial. En ce sens, l’art vidéo se trouve largement en inconformité avec une histoire linéaire qui le conduirait jusqu’à nos jours. Cette métaphore du champ magnétique relève davantage du mythe en créant des relations diffuses dans l’esprit du spectateur.

Un premier combat fatal

L’exposition Vidéo un art une histoire 1965-2007 tente de présenter une histoire en quatre étapes. La première concerne la confrontation avec la télévision, tentative de pénétration et de détournement. La seconde s’articule autour des recherches identitaires, phase expérimentale qui voit le développement de performance autour de l’interaction, du corps, du temps et de l’espace. L’après cinéma aborde dans le troisième volet l’émancipation de l’image et du son de leur contexte narratif. Et la vision du monde, conclut sur diverses directions esthétiques en lien avec la mondialisation culturelle.

Cette vision de l’histoire électronique et magnétique créée un fil ininterrompu alors que dès la première étape l’art vidéo a pris un coup fatal en se confrontant à la tyrannie télévisuelle, l’absence de lieu de diffusion faisant le reste. Il est heureux que les musées ouvrent enfin leurs portes à ce médium. C’est évidemment un peu tard, mais ne boudons pas l’occasion de s’y rendre pour voir.

Jean-marie Dinh

Vidéo, un art, une histoire 1965-2007. L’œuvre des plus grands artistes à découvrir à Montpellier du 25 octobre 2008 au 18 janvier 2009.

Quand le livre pousse les portes de la prison

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Le poids des us et coutumes, la présence des gardiens à chaque grille, sont très prégnants

Visite à la Maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone. L’éditeur Jean-Christophe Lopez rencontre les détenus.

Le livre, un outil pour mieux vivre ensemble. Le centre socioculturel de la Maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone adhère à cette idée en organisant plusieurs rencontres par an autour d’auteurs qui viennent présenter leurs œuvres aux détenus. Cette semaine, deux invités ont été accueillis. Après l’auteur roumain, Dan Lung venu évoquer son livre « Je suis une vieille coco », c’était au tour de l’éditeur Jean-Christophe Lopez (éditions Six pieds sous terre) d’initier un débat autour de la BD Roberto d’Edmond Baudouin, auteur de référence de la BD alternative. Cette rencontre soutenue par la Drac et mise en lumière par la structure « Languedoc-Roussillon livre et lecture » dans le cadre de Lire en fête, fait suite à une série de visites ayant conduit l’éditeur régional dans tous les centres de détention et maisons d’arrêt de la région. « C’est une première pour moi, confie Jean-Christophe Lopez, on m’avait dit : tu risques de ne pas t’y faire. Mais je trouve cela très enrichissant. A chaque fois c’est différent en fonction du lieu. Je pense que la BD est un support adapté à ce type d’intervention. Face au problème de la langue et à celui de l’illettrisme notamment chez les mineurs, la BD assure au moins le voyage à travers l’image ».

Dans l’intimité des murs

Tout visiteur, a fortiori un journaliste à la veille d’un mouvement social, doit se plier aux règles strictes de sécurité pour pénétrer dans l’enceinte d’une Maison d’arrêt. Chaque passage de porte nécessite l’attente d’un déverrouillage opéré par un poste de contrôle invisible. Ce qui procure une impression de nudité. On a beau se dire que le personnel fait son travail, les sons métalliques, le poids des us et coutumes, la présence des gardiens à chaque grille, sont très prégnants même si les contours normatifs sont extrêmement difficiles à cerner. Dans un contexte de surpopulation, on ressent le malaise des surveillants, souvent réduits à un rôle de gestion des incidents dans un climat de travail tendu.

Après avoir rappelé les consignes du règlement intérieur, Loïc Parayre, le directeur adjoint de l’établissement en charge de la formation professionnelle et des politiques partenariales, entreprend de nous faire visiter le centre socioculturel. « Le bâtiment a dû être fermé pendant une partie des vacances scolaires, faute de personnel d’encadrement. Mais il est désormais ouvert toute l’année », précise le dynamique directeur qui projette d’organiser prochainement une formation d’arbitrage au football. « Nous aurons sans doute plus de candidats que pour les auteurs. Ils étaient 29 inscrits aujourd’hui, j’espère qu’il n’y aura pas trop de désistements… »

Le temps d’une rencontre

Le centre socioculturel comprend plusieurs salles de cours, une bibliothèque et une grande salle d’accueil dont les fresques murales restituent l’environnement d’un village. C’est ici que se tient la rencontre. Ils sont finalement une vingtaine à avoir répondu au rendez-vous. L’intervenant s’efforce de saisir son public très hétérogène. Il a face à lui des hommes de tous les âges, issus de nombreuses origines avec des niveaux de formation variés.

L’essentiel est de garder à la conscience que ce moment est important pour chacun. Tout en amenant du contenu, Jean-Christophe Lopez privilégie l’interaction. La nature des échanges laisse apparaître une culture de la négociation permanente qui ne porte que très partiellement sur le plan des idées. On joue plus gros devant un public qui oscille entre l’apathie, la fidélité, la protestation et la fuite. Il faut saisir l’instant pour être, en tentant d’éclater la gestion du temps carcéral qui impose étrangement un choix entre les activités socioculturelles et les activités professionnelles.

Une certitude partagée par tous les professionnels : ce n’est pas en étant coupé de la société que le prisonnier peut se préparer à la rejoindre. Seule la multiplication des contacts, et des d’échanges, l’y prépare. Chaque rencontre constitue en ce sens une occasion ou une simulation pour l’impérissable dignité de l’esprit.

Jean-marie Dinh


Paroles, écrits de détenus et bruits d’écrous

« Au lieu d’amputer plus encore les banlieues, ne faut-il pas réduire les inégalités entre ces zones et le reste de la société ? Redistribuer les revenus par le bas, augmenter les investissements dans l’éducation et la formation et considérer plus sérieusement le problème des transports, du logement de la santé (…) en ces temps où le gouvernement est prêt à aider les banques avec l’argent public ? » L’extrait de cet édito daté du 10 octobre, est signé Nicolas. Le texte a paru dans La Feuille d’Hector, l’hebdo de la M.A de Villeneuve-lès-Maguelone, réalisé par les détenus.

Un huit pages très pro. Dans lequel on trouve des infos pratiques, des chroniques libres et différentes rubriques, une page mots croisés, et l’incontournable programme TV en 4ème de couv. « Nous avons mis nos neurones en marche, » commente un des rédacteurs. « Ce n’est pas toujours le cas ici, souligne un autre : la télé a une vertu anesthésiante sans égal. C’est la prison dans la prison, mais ça passe le temps.» Le livre qui fait l’objet de conventions avec la Bibliothèque municipale et récemment avec la BDP occupe-t-il un statut privilégié pour les détenus ? La conversation est interrompue par un homme italien qui demande dans sa langue maternelle s’il existe des possibilités d’hébergement pour sa femme qui vient prochainement lui rendre visite. « A l’extérieur on pense que nous avons tout le temps pour lire, reprend Eric, passionné par les romans d’anticipation, C’est vrai, si on est libre dans sa tête. Mais en vérité on mouline à mort. Ici quelque chose qui paraîtrait insignifiant prend des dimensions énormes. Ca vaut dans les deux sens ; Quelqu’un qui vous donne un bonbon, ça peut vous égayer pour la journée. »

Voir aussi : Rubrique société le mal être carcéral , Prison: rappeller la France à l’ordre,

 

Cinemed, 30 ans d’ouverture et toujours de l’inédit

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En ouverture du festival le film de Paolo Sorrentino, Il divo

Une sirène assise sur le chiffre 30 sur fond de soleil couchant : « C’est une affiche signée Caza qui ne connaît pas la crise », commente le directeur du Cinemed, Jean-François Bourgeot. A l’aube de cette trentième édition, tout se passe comme si l’identité du festival et son âge respectable lui permettaient d’observer avec une certaine sérénité les bouleversements qui secouent la planète. Cette présentation de l’édition 2008 a permis aux pères fondateurs Pierre Pitiot et Henri Talvat de revenir sur le chemin parcouru depuis cette semaine consacrée au cinéma italien, initiée en 1979. « On n’est jamais prophète en son pays a souligné Pierre Pitiot, mais je me réjouis de la reconnaissance acquise autour de la Méditerranée. Et j’ai la certitude que le festival est devenu le phare de ce cinéma qui nous unit et nous fascine », a confié celui qui entame sa dernière présidence de l’événement.

Une identité essentielle

Voilà de quoi rassurer le public (85 000 spectateurs attendus) sur la question de l’identité de la manifestation qui conserve sa destinée. Le débat soulevé l’an dernier par le président de l’Agglo tendant à élargir la vocation du Cinemed en dépassant la dimension méditerranéenne ne semble plus à l’ordre du jour. Du moins en ces termes, car bien plus que de se poser en gardien de l’identité méditerranéenne, les organisateurs cinéphiles savent que le cinéma est un regard spécifique qui se nourrit d’autres apports. Le Cinemed offre un espace d’expression aux réalisateurs méditerranéens dont les œuvres renvoient à une multitude d’horizons. A cet égard on peut citer le film Baby Doll Night de l’Egyptien Adel Adeeb, qui donne, pour la première fois dans l’histoire du cinéma arabe, une représentation de la Shoa. Dans l’environnement mondial, il ne s’agit plus de rester circonscrit aux seuls territoires concernés mais de les dépasser. Et si le manque de visibilité nationale, dont peut souffrir le Cinemed, correspond à sa spécificité, le festival s’inscrit, comme l’a souligné Michaël Delafosse, dans la nécessaire volonté de « montrer des œuvres de l’esprit face à une industrie très concentrée. »

La richesse de la diversité

Avec 120 films inédits répartis dans la programmation et ses rétrospectives issues des sélections concoctées par ses nombreux invités, l’édition 2008 offre un panorama d’une riche diversité. 14 pays du bassin méditerranéen sont représentés dans la compétition longs métrages, dont le film turc Les trois singes de Nuri Bilge Ceylan, (Prix de la mise en scène à Cannes). Dans la section Panorama, la place importante accordée aux courts métrages participe pleinement à la révélation de nouveaux talents. Parmi les 21 courts en compétition, on trouve des points d’entrée percutants comme le film Insights du réalisateur israélien Dana Keidar, où un sniper observe une jeune palestinienne dans sa lunette. A cela s’ajoute un panorama des meilleurs courts métrages produits entre 2007 et 2008 et les 11 films de la compétition documentaire.

Les grands rendez-vous

La soirée d’ouverture s’annonce comme un clin d’œil à l’histoire du festival avec Il divo, projeté à Cannes cette année. Le film italien de Paolo Sorrentino dresse le portrait sans complaisance D’Andreotti, vieil homme politique rompu à la pratique du pouvoir qui prépare sa réélection. L’hommage qui sera rendu aux frères Taviani à travers la sélection d’une quinzaine de leurs films, comme celui consacré au réalisateur espagnol Jaime Camino pour son œuvre sur la fin de la guerre civile espagnole, renoue avec les thématiques politiques.

Autres temps forts, l’avant première de Mesrine de Jean-François Richet, un concert de musiques de film avec le compositeur algérien Safy Boutella et l’hommage à Youssef Chahine avec la projection de l’Emigré.

Jean-marie Dinh

L’agglomération de Montpellier est le premier partenaire financier de l’événement avec un financement de 455 000 euros.