Raoux rococo

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Pygmalion amoureux de sa statut. Photo DR

La redécouverte du peintre montpelliérain au Musée Fabre

ne laissera pas un souvenir impérissable.

Une rétrospective internationale du peintre montpelliérain Jean Raoux (1677-1734) rassemble au Musée Fabre 90 œuvres à découvrir jusqu’au 14 mars 2010. 45 peintures, 6 dessins et 13 gravures de l’artiste ainsi qu’une trentaine d’œuvres de ses contemporains. « Ce peintre, contemporain d’Antoine Watteau, participa de manière active au renouvellement de la peinture française au temps de la Régence », lit-on dans le dossier de présentation. Un renouvellement dont les excès d’artifices et de préciosité n’ont pas laissé beaucoup de traces dans l’histoire de l’art.

On sait combien un maître peut codifier le style de peinture de ses élèves. Né dans une époque pétrie de conventions, à l’image du goût de l’aristocratie française aux premières décennies du XVIIIe, il se forme dans l’atelier d’Antoine Ranc, un autre Montpelliérain, dont la carrière madrilène auprès de Philippe V se déroula sans grand éclat. Question originalité, on peut estimer que le jeune Jean Raoux ne tira pas le bon numéro. Se pliant aux principes pieux renfermés dans leurs saintes limites, il réalise ses premières œuvres pour les établissements religieux. Raoux compte parmi la tribu de peintres français de son époque qui suivent l’exemple de l’Italie et de la Hollande. Après avoir suivi les cours parisiens du peintre Bon Boulogne, qui lui transmet une bonne technique du coloris, Raoux obtient le Prix de Rome en 1704. Ce qui lui ouvre les portes de l’Italie. Ses escales à Venise et Padoue, où il réalise plusieurs commandes, lui permettent de peaufiner sa maîtrise du clair-obscur.

A Rome, il rencontre Philippe de Vendôme qui vit une existence fastueuse ponctuée de scandales libertins. Le Grand Prieur de l’Ordre de Malte le prend sous sa protection et impose Raoux dans le milieu des dévots de la vieille Cour. Le peintre trempe alors son pinceau dans les sources antiques ou historiques. En 1717, Raoux est élu à l’Académie Royale. Le même jour que Watteau dont l’œuvre fantaisiste, poétique et songeuse souffre mal la comparaison. Raoux devient un portraitiste apprécié. Maître des beaux arts et serviteur obligé de la mode et de la richesse.

Impressions de parcours

L’exposition se divise en quatre sections. La première concerne le séjour italien. Elle offre au regard des œuvres consciencieuses, à l’imitation des styles passés. Tout aussi minutieuse, la seconde réunit le cycle pictural commandé par Philippe de Vendôme autour des Quatre Ages qui ravira peut être les experts. La partie parisienne qui obéit à la direction générale des mœurs de l’époque semble plus vivante. On perçoit l’influence hollandaise et déjà, la désacralisation qui pointe vers le bonheur subjectif des individus. La dernière section nous entraîne dans le théâtre ultra mondain et ses sages doctrines à travers les portraits et les sujets de genre. Un travail habile et maîtrisé mais prisonnier de l’ornement. A l’exception de la paire thématique des vestales Vierges antiques et Vierges modernes, dont la composition et la pureté des figures laissent planer le doute…

Il semble bien que l’événement Raoux au Musée Fabre tient avant tout au lieu de sa naissance. Voltaire le comparait à Rembrandt, à tort. Car Jean Raoux fut certainement un portraitiste subtile et minutieux mais sans personnalité. Cette rétrospective qui va provoquer toute une série de rendez-vous éducatifs risque fort de faire bailler la jeunesse. Et il y a peu de chance que la grande expo d’été consacrée au très académique peintre montpelliérain Alexandre Cabanel, n’éveille leur goût pour la peinture avant l’automne 2010.

Jean-Marie Dinh

Rétrospective Jean Raoux Musée Fabre jusqu’au 14 mars 2010

Regard sur les artistes méconnus de RDA

 

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On se réjouit à la Maison de Heidelberg, du regain d’intérêt pour la culture allemande qu’a pu susciter la commémoration de la chute du Mur du Berlin. Faut-il souligner que la mobilisation ainsi que l’esprit d’invention déployés en interne pour élargir l’audience régionale de cet événement n’y sont pas étranger ? Toujours est-il que le centre culturel allemand poursuit sur sa lancée dans le domaine de l’art. Une fois n’est pas coutume, le succès citoyen de la chute du Mur de l’Esplanade s’est doublé d’un succès auprès des artistes qui ont massivement répondu à l’appel à candidature lancé aux artistes régionaux autour de l’exposition 20 ans déjà – La chute du Mur, hier et aujourd’hui. Cette exposition collective présente les œuvres conçues pour l’occasion d’une vingtaine d’artistes. A découvrir jusqu’au 17 décembre dans les locaux de La Maison de Heidelberg.

L’art en miettes

On peut suivre aussi en français le cycle de conférences proposé par l’historienne de l’art Christina Weising et élargir son regard sur la peinture en découvrant les artistes de RDA. Les recherches récentes ont répertorié environ 6000 artistes (peintres, sculpteurs, dessinateurs, photographes) peu connus, voire inconnus au niveau international. Deux volets sont notamment consacrés à la célèbre école de Leipzig.

La semaine dernière la première conférence (entre 1945 et 1990) présentait les travaux les plus marquants. Pour comprendre cette période, Christina Weising est revenue sur des artistes comme Georges Grosz, Jean Heartfield ou Otto Dix, qui dénonçaient le nazisme et se sont exilés, la plupart aux Etats-Unis. En 1937, les œuvres de ces artistes et d’autres comme celle de Nolde accèdent au statut d’art dégénéré qui donne lieu à la célèbre exposition du même nom. S’ouvre la période de l’art officiel régénéré par les nazis. Après guerre, des artistes comme Wilhelm Lachnit opèrent un retour à la triste réalité. Dans cette veine pessimiste Wilhelm Rudolph, peint le squelette de Dresde en ruine. On entre dans la guerre froide, aux Etats-Unis l’essor de l’expressionnisme abstrait subit de violentes attaques politiques. Les Républicains décèlent le poison d’une inspiration communiste dans les projections subjectives d’un Pollock ou d’un Rauschenberg.

En RDA, sous le choc des horreurs de la guerre, les artistes cherchent un sens. Tandis que la RFA s’échappe à travers l’abstraction, à l’Est Werner Tübke revisite le réalisme magique en référence à la renaissance et à Jérôme Bosch. Inspiré par l’union soviétique, Wofgan Matthever s’attache aux racines et explore les voies d’un réalisme poussé. Mais c’est surtout Bernhard Heisig qui a vécu toutes les fureurs de l’histoire allemande au sein du régime nazi puis du SPD. Dix ans après la chute du Mur, le peintre est choisi pour réaliser la frise du Reichstag, siège du Parlement à Berlin. Au cœur d’une polémique sur son passé, l’homme plaide  » coupable par devoir. » En lien avec l’avant garde, son œuvre n’a jamais soutenu l’Etat mais s’est imprégnée de tous ses maux.

Jean-Marie Dinh

Voir Aussi : Revue de presse Election législative en Allemagne  – Rubrique culture  Maison de Heidelberg Un mur de Berlin  à Montpellier – Rubrique Livre histoire :  entretien avec Markus Meckel. Arts, Les sujets de l’abstraction ,

Un premier pas vers le génocide

nuit-cristalLa galerie Saint Ravy accueille une exposition consacrée à La Nuit de Cristal. Réalisée en 2008 par le Mémorial de la Shoah, cette exposition décrypte la genèse et l’impact de cet événement, point de départ des violences faites aux Juifs par les nazis dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938. Vers l’horreur du génocide.

En amont du vernissage, le délégué à la culture, Mickaël Delafosse, a souligné l’axe développé par la ville autour de la notion de mémoire en tant qu’enjeu sociétal, « permettant l’accès à la compréhension des événements du monde ». C’est la 3e exposition de la galerie allant dans ce sens, après celle consacrée aux Brigades internationales, et le travail photographique de Michel Aguilera sur les vêtements des victimes d’Hiroshima. Force est de constater que cette politique interagit sur la programmation naguère plus variée et protéiforme de la galerie municipale, au risque d’atténuer la dynamique du renouvellement artistique qui doit déjà faire face au marché et à l’incontournable sacralisation du patrimoine.

Idéologie et antisémitisme

Le parcours de l’exposition établit clairement que La Nuit de Cristal est une suite logique aux mesures antisémites qui débutent dès 1933 par l’exclusion des Juifs de certains milieux professionnels. Les mesures se poursuivent avec les lois de Nuremberg en 1935 qui interdisent les relations sexuelles entre Juif et non Juifs. En mars 1938, la communauté internationale signifie son indifférence en refusant de soutenir le peuple juif lors de la Conférence d’Evian. Six mois plus tard, l’assassinat d’un secrétaire d’ambassade allemand par un Juif polonais sert de prétexte au déclenchement de La Nuit de Cristal, baptisée ainsi en raison des éclats de verres des 7 500 magasins détruits. Cette nuit là, on dénombre également des milliers de blessés et une centaines de synagogues brûlées. La communauté juive est condamnée à payer une amende de 1 milliard de marks pour avoir causé ces dommages « en provoquant la juste colère du peuple allemand ». Les pays occidentaux protestent mais gardent leurs frontières fermées…

Jean-marie Dinh


Voir aussi : Rubrique Allemagne Merkel : notre modèle multiculturel  a « totalement échoué »

Un mécénat de cohésion sociale

mecennatA l’heure où les finances publiques sont en berne sur le secteur culturel, La Boutique d’écriture & co ouvre un espace de réflexion avec le projet Génies civils pour ouvrage d’art, un colloque dont l’intitulé interrogatif Que peut le mécénat pour la cohésion sociale ? réunira ce vendredi, salle Jacques 1er d’Aragon à Montpellier, une trentaine d’associations.  » Il s’agit notamment d’examiner les possibilités de se regrouper autour d’un projet culturel, à monter ou à soutenir, et de saisir l’effet de levier de la loi 2003 sur le mécénat (1). On peut être concerné par cette problématique de différentes manières « , indique la coordinatrice Sadia Mohamed. Le colloque soutenu par la Drac, devrait permettre aux acteurs publics, privés et aux citoyens de confronter leurs idées et de faire part de leur expérience, autour de trois thématiques d’actualité : le mécénat des particuliers et le micro mécénat, le mécénat de compétence et le concept d’entreprise citoyenne.  » A ce stade, il reste difficile de concerner les entreprises, souligne Sadia, bien que les PME et les PMI s’impliquent de plus en plus dans des partenariats avec les collectivités et partagent de fait, un territoire commun.  » Propos que confirmait indirectement lors d’une réunion du Conseil économique et social régional, Gérard Maurice, le DG de Sogéa Sud, en soulignant que la défiscalisation constante des entreprises, ne joue pas en faveur du mécénat.

Rappropriation citoyenne

Autre enjeu émergent de ce questionnement, le micro mécénat et le mécénat particulier inscrits dans la perspective d’une réappropriation citoyenne de la politique culturelle dans un contexte où, comme le dit Sadia Mohamed,  » les aides publiques sont souvent des aides à la billetterie, en d’autres termes, à la consommation culturelle. Nous voulons questionner les formes émergentes comme le mécénat particulier. Connaître les raisons de l’implication des citoyens. Se nourrir des expériences comme celle des Amap culturelles. Mais aussi parler d’une implication non financière comme le mécénat de compétence en tant qu’outil de redynamisation sociale et professionnelle.  » Une tentative que le ministre de la Culture trouve plutôt opportune.  » La responsabilité de l’Etat et des pouvoirs publics n’est pas seulement de financer la vie culturelle mais d’encourager les initiatives de la société civile.  » Belle intention !

Jean-marie Dinh

(1) La loi sur le mécénat s’applique aux particuliers, leur permettant une déduction fiscale de 66% dans la limite de 20% du revenu imposable.

CDN Montpellier: « Le fait du prince » pour le PS

bessetjm2La secrétaire nationale à la Culture du Parti socialiste, Sylvie Robert, a dénoncé lundi dans un communiqué la nomination « arbitraire » de Jean Marie Besset au Centre Dramatique National de Montpellier (CDN) par le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand. La procédure de désignation prévue pour le choix des directeurs de ce type d’institutions culturelles « n’a pas été respectée » précise le PS en fustigeant une nomination relevant « du fait du prince ». « Cette nomination néglige la nécessaire coopération l’État et les collectivités territoriales, qui était jusqu’ici la règle », précise Sylvie Robert en soulignant la « dérive à la fois conservatrice et centralisatrice qui est inquiétante pour la politique culturelle comme pour les réformes attendues de l’organisation des collectivités culturelles ».