Poussée de l’économie circulaire en Chine

 

L'historien géographe Jean-Claude Levy. Photo DR

Essai. L’avancée de la politique environnementale chinoises pourraient être au cœur du renouvellement de l’économie de marché.

L’historien géographe Jean-Claude Levy livre avec le concours de Fan Xiaohong, auteur chinoise d’une thèse sur l’émergence d’une politique chinoise de l’environnement, une réflexion sur une problématique incontournable de l’économie mondiale. Comment protéger le capital naturel directement concerné par la crise urbaine et capitalistique ? Actuellement missionné par le ministère des affaires étrangères et européennes sur la Chine, et le développement durable, ce disciple de Braudel (1), évoque différentes politiques environnementales conduites actuellement dans le monde. Il revient aux fondements des grandes idées du XIXe ayant marqué la politique environnementale.

A l’origine du modèle économique qui semble aujourd’hui avoir fait son temps, se niche la philosophie de l’histoire. L’auteur remonte le fil pour en retracer le film de 1850 à 2009. La vison de la nature de Darwin avec sa théorie de l’évolution et celle de Marx, relative à l’organisation de l’espace, sont à la croisée de ce qui s’est fait au XIXe avance Jean-Claude Levy. Le XXe est le siècle de l’hygiène, se plait à rappeler l’historien qui pense que le XXIe, siècle devrait être celui de l’environnement et des pouvoirs locaux.

Si les aménagements haussmanniens sont connus pour avoir fournit un efficace antidote aux rébellions urbaines, l’auteur rappelle qu’ils ont aussi et surtout, apporté l’hygiène à la population avec le tout à l’égout.  » Au XIXe, la pérennité capitalistique s’est imposée, brutalisant les hommes, négociant toutefois avec le milieu naturel pour l’eau, l’hygiène et l’assainissement. Mais durant tout le XXe siècle, le capital, principalement financier, a paru déraper sur lui-même jusqu’à ne laisser à la ville que le choix de croître démesurément et de mettre la nature en crise. »

Un problème majeur pour la Chine d’aujourd’hui. On découvre dans cet essai que l’empire du milieu s’y attache très sérieusement depuis une dizaine d’année. Il existe en Chine un nombre considérable d’expérimentations territoriales, réalisées par des politiques locales, appliquées aux plus petits territoires, mais accompagnées par l’Etat, elles contraignent les opérateurs industriels et administratifs à se plier à de nouvelles règles. Permettraient-elles d’élaborer un nouveau mode de production et de consommation dont l’économie circulaire serait devenue le pilier ? Interroge Jean-Claude Levy.

Le sommaire de L’économie circulaire : l’urgence écologique ? s’articule autour des nombreuses expériences qualifiées vécues par l’auteur. Un double regard, chinois et occidental qui a de quoi faire tourner la tête. Mais aussi un livre plein de réflexions passionnantes sur l’avenir du monde sans perdre de vue les avancées nécessaires de son développement social.

Jean-Marie Dinh

* L’économie circulaire : l’urgence écologique ? Aux Editions Presses Ponts et chaussées

Dans La civilisation matérielle, économie et capitalisme XVIe –XVIIIe siècle (Armand Colin 1979), Braudel évoque l’économie monde qui s’étend à la terre entière et s’intéresse aux évolutions historiques de l’économie chinoise.

 

Deux questions à l’auteur

Votre vision historique appréhende la crise économique et environnementale mondiale en comparant notamment la situation de l’Occident et de la Chine. Où en est la Chine en matière de politique environnementale ?

Depuis 1978, les réformes de Deng Xiaoping ont introduit les mécanismes de l’économie de marché au cœur de la dictature du prolétariat qui avait fortement malmené les ressources naturelles et humaines. La rupture et maintenant effective. L’environnement n’est pas la préoccupation principale du gouvernement, mais il y a dix ans, la Chine s’est posée la question des ressources naturelles et l’appareil législatif laisse depuis, une place à l’environnement avec des implications majeures dans les champs économique et social. Les Chinois ont pris à bras le corps la politique de l’eau. On a beaucoup critiqué le barrage des Trois Georges mais c’était une nécessité pour alimenter Pékin en eau. En terme d’énergie, ce barrage produit l’équivalent de trois centrales nucléaires. La Chine prend également beaucoup d’initiatives en matière de politique urbaine avec l’aval de la population qui accompagne le mouvement.

En quoi cette politique diffère-t-elle de la nôtre ?
Contrairement aux idées reçues, on est au bout du mythe de Robinson. L’idée que l’on va apporter aux bons sauvages ce que l’on sait, a trouvé ces limites. On n’a plus rien à apprendre aux Chinois. D’autant que le contexte et les besoins diffèrent. La Chine s’est hissée au premier rang en matière de recherche et investissement. Avec la pression de l’urbanisme, les Chinois construisent vites mais à 20 ans, quitte à tous revoir en 2030, alors que nous construisons pour une durée d’environ 50 ans. Tout va plus vite en Chine. Ils essaient de faire ce que nous avons fait en 150 ans en 25 ans. Ici la politique environnementale repose sur des engagements du type Agenda 21. En Chine, il existe 500 zones expérimentales avec l’émergence d’écozones ou d’écovilles affectées à l’économie circulaire. L’objectif est d’utiliser le plus efficacement possible les ressources et la protection de l’environnement. Une autre différence existe en matière d’implication. Chez nous, l’Etat dispose de moins en moins d’autorité sur les secteurs industriel et marchand. En Chine, l’avancement de l’économie circulaire a été déployé en deux ans, sous la forme d’une stratégie d’Etat. Le feuille de route vise à sortir du schéma de consommation aveugle de l’économie linéaire. C’est une réforme empirique, comme la réforme de l’ouverture économique en 1978.
Les Chinois ont pris conscience que pour continuer et réussir leur décollage pacifique, ils doivent trouver leur propre voie d’industrialisation et d’urbanisation en équilibrant la croissance économique avec la protection des ressources naturel.
Recueilli par JMDH
Voir aussi : Rubrique Chines, Le cours du Yuan en hausse, Rubrique Montpellier, Le jumelage Montpellier et Chengdu,

Quand la France se renie elle-même

rom-expuls

En expulsant des centaines de citoyens européens, Nicolas Sarkozy foule aux pieds la tradition humaniste que la France défend depuis la Révolution.

Un leader aussi soucieux de son image que Nicolas Sarkozy ne décide pas l’expulsion de Roumains d’origine tsigane sans en mesurer les conséquences. Il a en fait calculé qu’une telle mesure redonnerait des couleurs à sa popularité en berne, en dehors de toute autre considération, y compris celle de lutter contre la délinquance. Se laissant entraîner par un populisme grandissant en Europe, Sarkozy en adopte certains arguments et initiatives sous prétexte de le combattre. Il se pose ainsi en exécuteur implacable de la loi, non pas tant pour la faire respecter mais pour faire converger les regards sur lui et sur sa prétendue détermination politique.

Car enfin, Sarkozy n’expulse pas quelques centaines de Roms qui vivent dans des campements de fortune. Il expulse des citoyens européens de nationalité roumaine dont l’origine ethnique ne devrait pas entrer en ligne de compte, en vertu des principes défendus par l’Union européenne (UE) et par la République française elle-même. En justifiant cette mesure par l’appartenance ethnique des intéressés, Sarkozy et son gouvernement foulent aux pieds une tradition dont la France peut s’enorgueillir et qu’elle a en outre contribué à diffuser en Europe et dans le reste du monde.

La mesure de Sarkozy ressemble à s’y méprendre à celle adoptée en Italie par Silvio Berlusconi et annonce peut-être celles d’autres gouvernements de l’UE. L’exclusion sociale des Roms est un phénomène généralisé en Europe, au point que leur qualité de citoyens semble de plus en plus passer au second plan. En mettant l’Etat de droit non plus au service de l’égalité et de la justice, mais des besoins politiques à court terme, Sarkozy porte une lourde responsabilité dans cette dérive, au même titre que Berlusconi.

El  Pais

Voir aussi : Rubrique rencontre Tony Gatlif,

La croissance allemande profite à l’Europe

export-all

L’Allemagne a permis à l’économie de la zone euro de connaître au deuxième trimestre sa plus forte croissance depuis plus de trois ans. Pour la presse européenne, il est toutefois trop tôt pour céder à l’euphorie car l’économie allemande est trop dépendante des exportations.

La croissance allemande est dangereusement unilatérale

La croissance de l’économie allemande a été plus forte que prévu au deuxième trimestre. Mais la crise n’est pas encore terminée, estime le journal économique libéral Financial Times Deutschland : « Si la croissance locale est aussi forte actuellement, c’est avant tout parce qu’elle avait atteint la valeur plancher historique de – 4,7 pour cent l’année dernière. Dans les deux cas, cela est lié à la dominante exportatrice de l’économie nationale allemande et à l’importance dangereusement faible de la conjoncture intérieure. Le sort des entreprises nationales dépend du développement aux Etats-Unis et dans des pays émergents comme la Chine. Mais pour ces pays, les premiers indicateurs sont à la baisse déjà depuis un certain temps – et la vitesse de la croissance allemande devrait donc connaître un ralentissement correspondant. Il se pourrait que la croissance soit bien plus faible à la fin de l’année que celle enregistrée au printemps. » (16.08.2010)

Financial Times Deutschland – Allemagne

Une dépendance trop forte aux exportations

Vue la dépendance de l’économie tchèque à l’économie allemande, le quotidien conservateur Lidové noviny se réjouit de la croissance allemande, tout en incitant à ne pas céder à l’euphorie : « La relance est vraiment forte, mais elle ne devrait pas durer très longtemps. Les exportateurs allemands ont bien vendu aux Etats-Unis et en Chine. Mais l’économie s’affaiblit à Pékin et on évoque même déjà une nouvelle récession en Amérique. L’Allemagne ne peut pas compter sur ses clients européens. … Le succès des exportations, composant l’avantage majeur des Allemands, constitue en même temps leur poste le plus vulnérable. Aucune autre économie que celle de l’Allemagne n’est aussi dépendante de la croissance d’autres pays. »

Lidové noviny République Tchéque (14.08.2010)

Economie en déséquilibre

La croissance dans la zone euro repose avant tout sur les exportations importantes de certains pays. Sans l’Allemagne et les Pays-Bas, la croissance ne s’élèverait qu’à un demi pour cent. On risque d’aboutir à un nouveau déséquilibre entre pays excédentaires et pays déficitaires, met en garde le quotidien libéral NRC Handelsblad : « Au sein de la zone euro aussi, le fossé entre les exportateurs nets du Nord et les pays majoritairement importateurs du Sud ne fait que s’agrandir. Les dernières années ont montré qu’un déséquilibre mondial trop important contribuait à générer des catastrophes financières, de la crise internationale du crédit à celle de la dette européenne. Il n’est pas possible que la planète revienne à ces rapports économiques. La reprise économique est fragile si elle ne repose que sur les exportations. Les investissements et une consommation accrue en font également partie. C’est une question d’intérêt international et particulier. »

NRC Handelsblad – Pays-Bas

L’externalisation, source de la reprise

La reprise économique allemande est le résultat d’exportations stimulées par une politique de délocalisation, écrit le journal économique Il Sole 24 Ore : « Il faut chercher l’une des raisons de la réussite allemande dans l’époque consécutive à la réunification et dans les décisions prises dans le cadre de l’élargissement européen. Au milieu des années 1990 a débuté la ‘poussée vers l’Est’. … L’industrie allemande a sauté sur l’occasion pour délocaliser vers la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque des structures d’entreprise qui pénalisaient la compétitivité [en raison de leurs coûts élevés]. Malgré … le risque de chômage, un autre aspect de l’externalisation s’est révélé avec le temps. Les entreprises allemandes ont considérablement augmenté leur productivité et ont pu se mesurer à la concurrence … des entreprises asiatiques. En outre, la demande intérieure en travailleurs qualifiés a aussi augmenté de nouveau avec le temps. »

Il Sole 24 Ore – Italie (15.08.2010)

Une mosquée près de Ground Zero? «Yes, we can!»

obama-mosquee

Dans un plaidoyer passionné pour la liberté de culte, le président américain Barack Obama a défendu vendredi le droit d’installer une mosquée près du site des attentats du 11-Septembre à New York, intervenant pour la première fois -et après plusieurs semaines d’hésitation- dans ce dossier potentiellement explosif.

« En tant que citoyen, en tant que président, je crois que les musulmans ont le même droit de pratiquer leur religion que quiconque dans ce pays. Cela comprend le droit de construire un lieu de culte et un centre communautaire dans une propriété privée dans le sud de Manhattan », a affirmé M. Obama à l’occasion d’un repas de rupture du jeûne de ramadan à la Maison Blanche.

« Nous sommes aux Etats-Unis, et notre engagement en faveur de la liberté de religion doit être inaltérable. Le principe, selon lequel les gens de toutes les croyances sont les bienvenues dans ce pays et ne seront pas traités différemment par leur gouvernement, est essentiel à ce que nous sommes », a ajouté le président, en citant le premier amendement de la Constitution des Etats-Unis qui garantit la liberté de culte.

M. Obama prend ainsi spectaculairement position dans une affaire qui provoque une polémique de grande ampleur depuis que le conseil municipal de New York a approuvé en mai la construction de cette mosquée.

Ses déclarations interviennent aussi alors que des associations de musulmans américains se disent inquiètes d’un « climat d’islamophobie exacerbé » dans le pays à l’approche du 11 septembre, qui coïncide cette année avec la fin du ramadan, calculé sur le calendrier lunaire.

Les partisans du projet de New York soutiennent que la « Maison Cordoba » aidera à surmonter les stéréotypes dont continue à souffrir la communauté musulmane de la ville depuis les attaques contre les gratte-ciel du World Trade Center, qui avaient fait quelque 3.000 morts.

Les opposants assurent quant à eux que construire une mosquée si près de Ground Zero est une insulte à la mémoire des victimes, et vendredi, M. Obama a reconnu la sensibilité de la question, soulignant que « les attentats du 11-Septembre ont été un événement profondément traumatisant pour notre pays ».

« La douleur et la souffrance de ceux qui ont perdu leurs proches est inimaginable. Donc je comprends l’émotion que provoque ce dossier. Ground Zero est sans nul doute une terre sacrée », a-t-il dit.

« Nous ne devons jamais oublier ceux qui sont morts si tragiquement le 11-Septembre, et nous ne devrons jamais cesser d’honorer la mémoire de ceux qui ont réagi face à cette attaque, des pompiers qui se sont précipités à l’assaut d’escaliers remplis de fumée à nos soldats déployés aujourd’hui en Afghanistan », a encore dit M. Obama.

« Et rappelons-nous toujours contre qui nous nous battons et pourquoi nous nous battons. Nos ennemis ne respectent pas la liberté de religion. La cause d’Al-Qaïda n’est pas l’islam, c’est une déformation caricaturale de l’islam », a encore expliqué le président de confession chrétienne, né d’une mère américaine et d’un père kényan musulman.

« Ce ne sont pas des dirigeants religieux: ce sont des terroristes qui tuent des hommes, des femmes et des enfants innocents. Al-Qaïda a tué plus de musulmans que de gens pratiquant toute autre religion », a-t-il plaidé.

Le président s’exprimait lors d’un iftar, repas de rupture du jeûne observé par les musulmans en ce mois de ramadan, dans la salle de dîner d’apparat de la Maison Blanche. C’est la deuxième année de suite que M. Obama participe à cet événement, instauré sous son prédécesseur George W. Bush.

Parmi les invités figuraient un élu musulman au Congrès, des représentants d’organisations islamiques, des soldats de confession musulmane et une trentaine de membres du corps diplomatique.

AFP

Poutine et les incendies

La Rynda

La Rynda

La couverture des incendies russes par la blogosphère a pris une tournure moins tragique lorsque le réputé Premier ministre russe Vladimir Poutine a répondu à un billet de LiveJournal, la populaire plate-forme de blogs, et a par inadvertance créé un nouveau thème Internet appelé “rynda.”

L’histoire commence avec un billet de blog très lu de l’utilisateur LJ top-lap re-publié par Aleksey Venediktov, le rédacteur en chef hautement respecté de la radio russe “Echo Moskvy,” sur le site internet de la station [en russe].

Dans son introduction, Venediktov s’addresse à Vladimir Poutine :

Cher Vladimir Vladimirovitch,
Savez-vous que la population est indignée du travail effectué par le gouvernement pour éteindre les incendies dans les régions de la Fédération de Russie ? Evidemment, personne ne vous le dira en face, mais Internet est rempli de critiques et de colère.
En particulier, de nombreux habitants des régions touchées parlent en termes extrêmement peu flatteurs de l’action de votre gouvernement.
Ceci est un exemple, et pas le plus vif, de billet sur Internet.
Que répondriez-vous à cet homme ?

Et Venediktov de poursuivre avec l’intégralité du billet de top-lap. En voici des extraits :

Vous savez pourquoi nous brûlons ? Parce que c’est un merdier. […] Dans mon village sous les connards de communistes – que tout le monde critique – il y avait trois étangs anti-incendies, une rynda [Note de l’auteur : apparemment le vieux mot russe de “rynda” désigne une clochette servant à signaler les événements importants du village] que l’on sonnait en cas d’incendie, et, miracle – un camion de pompiers, un pour trois villages il est vrai, mais au moins il y en avait. Puis messieurs les démocrates sont arrivés et le merdier a commencé. La première chose qu’ils ont faite, c’est de combler les étangs anti-incendies et de vendre les terrains pour la construction. On a aussi fait quelque chose au camion de pompiers, probablement les extra-terrestres l’ont embarqué, et la rynda a été remplacée (putain de modernisation) par un téléphone qui ne fonctionne que dalle parce qu’on a oublié de le connecter. Il est resté un pompier mais il n’a rien d’autre qu’un casque et une combinaison qui lui restent de ces mêmes méchants communistes.

Top-lap continuait en décrivant comment le manque de moyens élémentaires rendait impossible d’éteindre efficacement les incendies. Plein de rage, le blogueur interroge :

J’ai une question.
Où va notre argent ? Pourquoi est-ce que chaque année nous glissons toujours plus vers une société primitive ? A quoi bon un centre de recherche à Skolkovo [Note de l’auteur : à propos de ce projet, voir ici [en russe]] si nous n’avons même pas de camions de pompiers élémentaires ? Pourquoi avant, y avait-il des gens comme les gardes-forestiers, qui prévenaient des feux et transmettaient les informations opérationnelles aux pompiers, ne laissant pas ces incendies atteindre les habitations. Je ne veux pas un téléphone dans le village, je veux qu’on me rende les étangs d’incendie et ma rynda. Rendez-moi ma putain de rynda et creusez-moi un étang, je m’en occuperai moi-même et je le remplirai et si l’administration locale ne veut pas le faire, donnez-moi juste un emplacement.

Critiquant les autorités locales et préconisant l’autonomie, top-tap propose :

Libérez-moi de mes impôts ou enlevez-moi simplement mes déductions pour le fonds de pension, de toute façon, avec une vie pareille je n’arriverai pas jusqu’à l’âge de la retraite, et avec cet argent j’achèterai un camion de pompiers pour trois villages et je dormirai tranquille, sachant que personne ne l’enlèvera à mon peuple, à mes voisins villageois, parce que cette chienne sera à nous et que nous tuerons pour elle s’il le faut.

Top-lap conclut par ce cri :

Redonnez-moi ma putain de rynda et reprenez votre putain de téléphone.

Ce billet passionné et linguistiquement coloré aurait pu ne rester que l’une des millions de plaintes contre le gouvernement dans la blogosphère russe si la radio “Echo Moskvy” n’avait reçu une réponse officielle de Vladimir Poutine :

Cher usager,
Aujourd’hui, à la fin d’une journée de travail, respirant, comme tous les Moscovites, la fumée des forêts de banlieue en feu, c’est avec grand intérêt et plaisir que j’ai pris connaissance de votre appréciation sur la situation constituée en Russie centrale par les feux de forêt.
Pour être juste, il faut noter qu’il n’y a pas eu de températures aussi élevées en Russie en 140 ans et donc, non plus sous les communistes.

Un fait qui, pour Poutine, écarte en partie les reproches faits aux autorités. La réponse de Poutine conclut sur une vision positive de l’avenir et la promesse de rendre la rynda au blogueur :

Malgré tous les problèmes et toutes les difficultés, j’espère que nous tiendrons jusqu’à votre retraite.
Tous les moyens financiers nécessaires pour remédier aux conséquences de cette catastrophe naturelle et résoudre les autres problèmes urgents ont déjà été transférés du budget fédéral vers les comptes des sujets affectés de la Fédération de Russie.
Sur indication de votre adresse, vous recevrez immédiatement votre rynda de votre gouverneur.
Bien sincèrement à vous,
V. Poutine

Inutile de dire que la réponse inattendue et pince-sans-rire de Poutine a soulevé une vague de plaisanteries parmi les utilisateurs de RuNet. Jusque là largement inconnu, le mot “rynda” est devenu la nouvelle métaphore populaire symbolisant la lutte contre les incendies en Russie et l’incapacité des administrations locales actuelles à gérer efficacement la catastrophe naturelle. “Rynda” est aussi devenu un thème de caricatures politiques :

« Abramovitch? Salut ! Ecoute, tu as une rynda sur ton yacht? Voilà… Il faudrait la rendre. »

La popularité du site internet de “Echo Moskvy” semble être montée en flèche après la réponse de Poutine. L’utilisateur LJ teh_nomad affirme [en russe] que le site a reçu 50.000 visiteurs dans les deux heures qui ont suivi la publication de la réponse.

Voir aussi : Rubrique Russie Livre, Retour au pays des âmes piégées,