Onu conférence sur le climat :Tractations autour du Fond vert à Durban

Accélération du changement climatique et patinage politique...

Les ultimes tractations étaient engagées jeudi à la conférence sur le climat de Durban pour rendre opérationnel le Fonds vert, attendu par les pays du Sud, et tenter de dégager un accord, encore très incertain, sur l’idée d’une « feuille de route » vers un traité contraignant.

« Il ne nous reste pas beaucoup d’heures », a mis en garde la commissaire européenne en charge du climat, Connie Hedegaard, alors que les douze jours de discussions se terminent vendredi soir en Afrique du Sud.

Près de 200 pays sont réunis à Durban depuis le 28 novembre pour la 17e conférence de l’ONU sur le climat. La communauté internationale s’est fixée comme objectif de limiter la hausse de la température mondiale à +2°C. A ce jour, le constat est clair, et sombre: l’addition des promesses de réduction d’émissions de gaz à effet de serre des différents pays ne permet pas d’atteindre cet objectif.

Le degré d’ambition dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre n’est cependant pas au menu des discussions sud-africaines qui se concentrent en particulier sur l’avenir du protocole de Kyoto, seul outil juridique contraignant sur le climat existant à ce jour.

L’UE est prête à partir sur une deuxième période d’engagement (post-2012) mais martèle que cela ne peut être qu’une solution transitoire et qu’elle ne le fera que si elle a l’assurance, dès Durban, que les autres la rejoindront ensuite dans un nouvel accord global juridiquement contraignant.

Une proposition à laquelle les Etats-Unis et la Chine, acteurs centraux des négociations avec leurs plus de 40% des émissions mondiales à eux deux, n’ont toujours pas apporté de réponse claire.

Les Chinois ont jusqu’ici soufflé le chaud et le froid, se montrant ouverts mais sans être très précis.

Les Etats-Unis, plutôt réticents, ont néanmoins paru faire un petit pas en direction des Européens jeudi en indiquant, par la voix de leur représentant Todd Stern, qu’ils « soutenaient » l’idée d' »une feuille de route » pour « préparer et négocier un futur régime » mais se prononcer sur le fait de savoir si ce cadre devrait être contraignant ou non.

Fonds vert bientôt opérationnel ?

« Nous n’y sommes pas encore, mais nous faisons des progrès », a estimé le ministre britannique de l’Energie Chris Huhne, affirmant que les deux-tiers des 190 pays présents soutenaient la proposition européenne.

Les discussions sur la mise en place effective d’un Fonds vert pour aider les pays en développement à faire face au changement climatique semblaient elles plus avancées, en dépit de quelques points de blocage avec les Etats-Unis.

« D’ici la fin de la semaine, le Fonds vert devrait être opérationnel », estimait mercredi soir le Premier ministre norvégien Jens Stoltenberg.

Toutefois, ajoutait-il aussitôt, « cela ne sert à rien d’avoir un fonds s’il n’est pas alimenté ! », rappelant que l’engagement pris à Copenhague était d’aboutir à 100 milliards de dollars par an à compter de 2020.

« Sans avancée sur la question financière, il n’y aura pas d’avancée (…) sur un accord international pour combattre le changement climatique », a mis en garde le Premier ministre éthiopien Meles Zenawi.

Jeudi matin, à la tribune, en séance plénière, la ministre française de l’Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, citait la Sud-africaine Nadine Gordimer, prix Nobel de littérature: « Les formules qui semblent avoir perdu tout leur sens à force d’avoir été répétées trop souvent sont celles qui contiennent le plus de vérité ».

« Nous répétons à loisir que l’urgence du changement climatique doit nous pousser à agir », ajoutait-elle.

Jérôme Cartillier (AFP)

Voir aussi : Rubrique Ecologie,

Sommet UE-US: les mensonges et omissions

 

 

Ils ont osé : les leaders « de l’Occident », comme ils se définissent eux-mêmes, ont conclu ce lundi leur « sommet UE-US » par trois petites déclarations (d’abord Obama, puis Van Rompuy puis Barroso) sans permettre aux journalistes de leur poser la moindre question (1).  Ces sommets « ne sont pas toujours les plus spectaculaires car nous sommes d’accord sur tellement de choses qu’il est parfois difficile de faire l’actualité » a asséné Barack Obama. Il est vrai que ces sommets n’intéressent pratiquement personne aux Etats-Unis (pas une ligne publiée dans les grands journaux américains jusqu’à ce lundi), et n’intéressent pas grand monde en Europe non plus (pas une ligne publiée dans la version papier de Libération jusqu’à présent, il faut l’avouer, seul l’internet permet de se défouler…). Mais si personne ne parle de ces sommets, c’est plutôt parce qu’Européens et Américains réussissent à masquer leurs différends.

En réalité, Barack Obama est très inquiet de la crise de l’euro et l’a fait savoir ce lundi encore, en invitant aussi son secrétaire au Trésor, Tim Geithner à se joindre aux entretiens avec les dirigeants européens. Dans ses discours aux Etats-Unis, Obama a pris l’habitude de citer la crise de l’euro, avec le tsunami japonais, comme explication des difficultés actuelles de l’économie américaine. Pour le cas où le président américain en ferait trop sur ce thème, ses invités européens avaient d’ailleurs préparé tout un contre-argumentaire sur la dette américaine et le récent échec du « super-comité » washingtonien censé réduire les déficits… Selon un diplomate qui a participé aux entretiens à la Maison Blanche, les Européens n’ont finalement pas eu besoin lundi de sortir leur couplet sur les dérives budgétaires et la paralysie politique de ce côté de l’Altantique. Mais dans sa déclaration publique, José Manuel Barroso a tout de même rappelé que les problèmes européens actuels proviennent de la « crise financière de 2008 », c’est-à-dire de la crise américaine… Sur le fond, les dirigeants américains ont encore une fois assuré qu’ils sont prêts à aider l’Europe… mais sans débourser l’argent du contribuable bien sûr (au dernier G20 de Cannes, Obama a déjà bloqué l’idée d’un renflouement de l’Europe avec l’aide du FMI).

Le climat est un autre exemple sur lequel « l’entente cordiale » (selon l’expression de Van Rompuy lundi) UE-US cache de profondes divergences. Barack Obama a exprimé sa « préoccupation » au sujet des quotas européens d’émission de carbone qui à partir du 1er janvier 2012 doivent s’appliquer à toutes les compagnies aériennes desservant l’UE, a rapporté William Kennard, l’ambassadeur américain à Bruxelles finalement chargé de « débriefer » les journalistes, avec son homologue européen à Washington, Joao Vale de Almeida. « Notre position est que la meilleure approche serait par le biais de forums multilatéraux, a expliqué l’ambassadeur américain. L’Union européenne a choisi de ne pas procéder par ce chemin ». L’argument est culotté, vu le grand cas que les Etats-Unis ont fait des négociations multilatérales sur le climat jusqu’à présent. L’ambassadeur européen n’a pas eu de mal à rétorquer: « Nous ne sommes pas opposés à des solutions multilatérales, s’il y en avait de bonnes. Mais il n’y en a pas sur la table ».

Pour mémoire, la Chambre des représentants a voté en octobre dernier une loi qui interdirait aux compagnies aériennes américaines de respecter la législation européenne sur les quotas d’émissions de CO2… A la veille de ce sommet, les diplomates européens espéraient encore qu’Obama pourrait mettre le holà à une initiative aussi « inouïe » des élus américains. Vu le peu d’empressement de la Maison Blanche pour raisonner le Congrès, Barroso et Van Rompuy en ont été réduits à rendre visite lundi à Harry Reid, le leader de la majorité démocrate au Sénat, pour le dissuader de voter une loi similaire à celle de la Chambre. L’idée est de « bien lui savonner la tête » expliquait un diplomate européen avant la rencontre.

Tout cela mériterait bel et bien de « faire l’actualité« , comme dit Obama, qui n’y a visiblement pas intérêt et fait tout son possible pour expédier ces sommets aux oubliettes. Pour la prochaine édition, les diplomates européens s’attendent déjà à ce que cette rencontre UE-US, théoriquement annuelle, soit reportée peut-être jusqu’au printemps… 2013, du fait des élections américaines (prévues en novembre 2012). Selon la règle de l’alternance des sommets, Obama ou son successeur devront alors se rendre en Europe. Déjà on les soupçonne d’avoir d’autres priorités…

Lorraine Millot (Blog Great America)

(1) A titre de comparaison: même les sommets de l’Union européenne avec la Russie (et la Russie n’est vraiment pas un modèle de démocratie) permettent aux journalistes d’interroger les dirigeants européens et russes. Et à titre de comparaison encore: même le prochain voyage du vice-président américain, Joe Biden, en Turquie et en Grèce a fait l’objet ce lundi d’un briefing téléphonique préalable de la Maison Blanche. Pas le sommet UE-US.

Voir aussi : Rubrique UE, rubrique Etats-Unis,

Languedoc-Roussillon : Culture et cohérence…

Maison du Languedoc-Roussillon à NY

 

Convention. La Région Languedoc-Roussillon s’engage dans une politique culturelle internationale avec l’Institut français.

La Région Languedoc-Roussillon a signé le 30 novembre dernier une convention avec l’Institut français, établissement public sous tutelle du ministère des Affaires étrangères et Européennes chargé de promouvoir  les actions d’échanges et la culture française à l’étranger.

« C’est la première convention de ce type signée par l’Institut français avec une Région, a indiqué Xavier Darcos qui préside l’établissement depuis juin 2010, en précisant que d’autres partenariats similaires seraient signés. La convention entre les deux institutions vise à développer les échanges artistiques internationaux en favorisant la concertation et la cohérence. L’accord se traduit concrètement par un appel à projets artistiques (doté de 500 000 euros financés à parité) toutes disciplines confondues*.

Dans l’après-midi, la convention a fait l’objet d’une présentation conjointe des politiques culturelles à l’international en direction des acteurs culturels régionaux qui avaient répondu nombreux à ce rendez-vous. Les échanges avec l’exécutif se sont avérés fructueux, même si le délai pour déposer les premiers dossiers paraît assez court.

« Nous avons ciblé New-York, Londres, et Casablanca comme zones prioritaires, explique le président de Région Christian Bourquin, en fonction des bons résultats économiques obtenus sur place. La culture y vient comme un complément utile et nécessaire. Notre action commune s’inscrit en bonne intelligence, l’Institut Français nous rejoint sur un terrain ouvert où un certains nombre d’actions sont déjà engagées. De son côté, la Région pourra profiter des réseaux de cette institution pour fluidifier les relations sur place. »

De l’utilité du ministère de la culture

L’ancien ministre UMP Xavier Darcos a souligné son attachement au travail de terrain mené par les Régions dans le domaine culturel notamment celui du Languedoc-Roussillon qui « se distingue par un engagement significatif dans la durée ».

Poussant un peu le trait sur sa sensibilité d’homme de terroir, au détour d’un discours un peu clientéliste, Xavier Darcos est revenu insidieusement sur la stratégie qui vise à s’interroger sur la pertinence du  Ministère de la Culture face à l’action des collectivités locales. « Sans remettre en cause le travail de Frédéric Mitterrand, si l’on ferme la rue de Valois, la culture se poursuivra en trouvant d’autres voies, affirme-t-il. Cela ne serait pas forcément le cas, si l’on fermait les théâtres et d’autres structures de diffusion culturelle en région. »

Ironie du sort, ce débat avait été porté en 2009, par Jean-Jacques Aillagon avec qui Xavier Darcos avait livré bataille pour la présidence du Château de Versailles. Au final Darcos sort gagnant. Il est resté en selle, alors que Jean-Jacques Aillagon vient de remettre les clés du château de  Versailles à Catherine Pégard, conseillère du Président de la République, ex-responsable du service politique du Point.

L’Institut français pourrait par ailleurs élargir son champ d’action. Il s’apprête à assurer la programmation, et la gestion administrative et financière, d’une douzaine de missions diplomatiques à titre expérimental.

« Le basculement va se faire au 1er janvier, confirme son président, à terme le processus pourrait être généralisé à l’ensemble des missions diplomatiques afin de répondre à des critères d’efficacités. Un outil mutualisé permet une même impulsion et une même stratégie pour faire face à de nouveaux enjeux comme le numérique,» affirme Xavier Darcos qui admet en théorie, la différence formulée par Paul Ricoeur entre le concept d’échanges culturels faisant appel à une stratégie d’échange et le concept géopolitique qui renvoie à une stratégie d’influence.

Jean-Marie Dinh

*La  convention signée le 30 novembre 2011  porte sur la période 2011-2013. Elle fera l’objet d’une évaluation annuelle.

Voir aussi : Rubrique Politique culturelle, rubrique Rencontre, Olivier Poivre d’ArvorJérome Clément,

Egypte: les islamistes triomphent au premier tour des législatives

 

Les islamistes en Egypte ont été officiellement proclamés vainqueurs dimanche du premier tour des premières élections post-Moubarak avec 65% des voix, un raz de marée qui augure leur domination du futur Parlement face à des libéraux laminés.

Les Frères musulmans sont officiellement crédités de 36,62% des voix et les salafistes (fondamentalistes musulmans), dont ils s’efforcent de se démarquer, les talonnent avec 24,36% des voix. Une troisième liste islamiste, celle du Wassat, plus modérée, remporte 4,27% des suffrages.

Le Bloc égyptien, principale coalition libérale, a obtenu 13,35%. Les libéraux, divisés en six listes, atteignent 29,39% et restent les grands perdants de ce premier tour organisé dans un tiers des gouvernorats et marqué par un taux de participation historiquement haut (62%).

« Nous saluons le choix du peuple égyptien », a réagi Ahmed Sobea, le porte-parole du Parti de la liberté et de la justice (PLJ), émanation politique des Frères musulmans.

« L’Egypte a besoin maintenant que toutes les parties coopèrent ensemble pour sortir de la crise », a-t-il déclaré à l’AFP, en référence à la période de transition marquée par des violences et des impasses politiques.

Malgré cet appel, une rude bataille est attendue lundi et mardi au sein du camp islamiste pour la quasi-totalité des sièges attribués au scrutin uninominal. Un duel serré est notamment prévu entre les Frères musulmans et les salafistes sur 22 des 56 sièges.

« Le deuxième tour met fin à la lune de miel entre les Frères et les salafistes », écrivait dimanche le quotidien Al Akhbar, évoquant le cas d’Alexandrie, deuxième ville du pays, où le parti salafiste Al Nour (Lumière) est né après le soulèvement qui a renversé Hosni Moubarak en début d’année.

La bataille opposera également les deux mouvements à Damiette, dans le Delta du Nil, où les salafistes l’ont déjà remporté sur les Frères musulmans pour le scrutin de listes.

Les libéraux tenteront eux de batailler contre la vague islamiste, en particulier au Caire.

La journée de dimanche a été marquée par un incident, le premier depuis le début de la période électorale: le chauffeur d’un candidat libéral est mort lors d’un échange de tirs avec des partisans du Wassat dans la province de Manoufia (nord), a rapporté l’agence officielle Mena.

Mohammed Hamed, un candidat pour le parti des Egyptiens libres fondé par le milliardaire copte Naguib Sawiris, a mis en garde les islamistes contre une stricte application de l’islam, la religion de près de 90% des Egyptiens.

« Tout le peuple basculerait dans l’opposition. La plupart des musulmans ne sont pas des extrémistes. S’ils ne ressentent pas encore le danger (du fondamentalisme musulman), ils le ressentiront quand ce sera appliqué », a-t-il affirmé.

La percée des salafistes, plus intransigeants que les Frères musulmans –qui se présentent comme « modérés »– a pris la confrérie au dépourvu et semé la crainte dans les milieux laïques et coptes (chrétiens d’Egypte).

Ainsi, le porte-parole des Frères musulmans Mahmoud Ghozlane a appelé « à ne pas mettre tous les islamistes dans le même panier », en référence à Al-Nour.

Les salafistes se différencient physiquement des Frères musulmans par leur longue barbe et leurs costumes traditionnels et la majorité des femmes portent le niqab (voile intégral ne laissant apparaître qu’une fente pour les yeux), répandu en Arabie saoudite.

Forts de leur percée dans les urnes, ces fondamentalistes ont multiplié les déclarations en faveur d’un islam rigoriste, similaire à celui en vigueur dans le royaume wahhabite.

Le dirigeant salafiste Abdel Monem Chahat a assuré que les romans de l’écrivain égyptien et prix Nobel de littérature Naguib Mahfouz « encourageaient le vice car ils portent sur la prostitution et la drogue ».

Une autre personnalité de ce courant, Hazem Abou Ismaïl, a estimé qu’il fallait « créer un climat pour faciliter » le port du voile, et dit que s’il était élu président, il « ne permettrait pas à un homme et à une femme de s’asseoir ensemble dans un lieu public ».

Ces prises de position ont provoqué de vives réactions, en particulier sur les réseaux sociaux. « C’est parti pour qu’on devienne un nouvel Afghanistan! » lançait un internaute.

Au Proche-Orient, le Hamas palestinien, qui contrôle la bande de Gaza, s’est réjoui de cette percée des islamistes égyptiens, tandis que plusieurs responsables israéliens ont fait part de leur inquiétude devant la montée de l’islamisme dans les pays arabes.

Les élections, qui doivent se poursuivre jusqu’en mars, se déroulent au moment où le nouveau Premier ministre Kamal el-Ganzouri a annoncé que son gouvernement pourrait être investi d’ici à mercredi.

M. Ganzouri, 78 ans et ancien Premier ministre sous Moubarak, est contesté par une partie de la population réclamant le départ du pouvoir militaire, car ils l’assimilent au président déchu.

AFP

Voir aussi : Rubrique Egypte, Moubarak a joué avec le feu intégriste, Moubarak quitte le pouvoir, rubrique Histoire, Histoire de l’Egypte chronologie, rubrique Religion, Laïcité et République … , rubrique Rencontre, Khaled Al Khamissi , rubrique Livre, L’Egypte une littérature d’Idées, rubrique Société Religion, La question religieuse dans l’espace social,

Pour les agriculteurs, ressemer sa propre récolte sera interdit ou taxé

La réduction de la biodiversité se traduit par une perte de résistance aux diverses agressions de ravageurs et autres pathogènes, donc par un recours accru aux pesticides. AFP/MYCHELE DANIAU

Dans le champ de l’agriculture, l’usage libre et gratuit des graines ne sera bientôt plus qu’un doux souvenir rappelant des méthodes paysannes d’un autre temps. Surnommées « semences de ferme », ces graines étaient jusqu’alors sélectionnées par les agriculteurs au sein de leurs propres récoltes et replantées l’année suivante.

Depuis plusieurs décennies, ces pratiques n’allaient déjà plus de soi lorsque ces semences étaient protégées par un Certificat d’obtention végétale (COV) à savoir le droit de propriété des « obtenteurs » de l’espèce. Ressemer ces graines était théoriquement interdit. Mais cet usage demeurait, dans les faits, largement toléré en France. Il est désormais strictement réglementé par une proposition de loi UMP adoptée lundi 28 novembre par le Parlement.

« Sur les quelque 5 000 variétés de plantes cultivées dans le commerce, 1 600 sont protégées par un COV. Ces dernières représentent 99 % des variétés cultivées par les agriculteurs », explique Delphine Guey, du Groupement national interprofessionnel des semences (GNIS). Or, environ la moitié des céréales cultivées étaient jusqu’ici ressemées par les agriculteurs, selon la CNDSF (Coordination nationale pour la défense des semences fermières). Presque toujours illégalement, donc. Mais le temps de « l’incertitude juridique » semble révolu : pour le ministre de l’agriculture, Bruno Le Maire, ces semences « ne peuvent pas être libres de droit, comme elles le sont aujourd’hui ».

Ce qui change

En fait, la proposition de loi du sénateur UMP Christian Demuynck transpose un règlement européen de 1994 sur la protection des obtentions végétales, jusqu’ici nullement en vigueur en France. Conséquence : les semences de ferme, jusqu’ici tolérées, sont désormais légalisées… à condition de verser une « rémunération aux titulaires des COV » – à savoir aux entreprises de semenciers , « afin que soit poursuivi le financement des efforts de recherche et que les ressources génétiques continuent d’être améliorées », dit le texte de loi. En sont exemptés les petits agriculteurs produisant moins de 92 tonnes de céréales.

Depuis 2001, cette taxe est appliquée pour une seule espèce : le blé tendre. Nommée « contribution volontaire obligatoire », elle est empochée par l’interprofession des semenciers. L’agriculteur doit payer 50 centimes par tonne de blé lors de la livraison de sa récolte. Ce système devrait donc être étendu à 21 espèces, dont la liste reste ouverte, assure Xavier Beulin, président de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), sur le site du syndicat.

En somme, pour Guy Kastler, délégué général du réseau Semences paysannes et membre de la Confédération paysanne, « pour la moitié des espèces cultivées – le soja, les fruits, les légumes… –, il est interdit de réutiliser ses propres graines, et pour l’autre moitié – céréales et plantes fourragères , il faut payer pour ressemer. »

Vers une privatisation des semences ?

Plusieurs associations écologistes et paysannes craignent ainsi une mainmise accrue de la filière semencière sur l’accès aux graines, via un droit de propriété étendu aux récoltes et aux graines qui en sont issues. Avec la taxe, « même les agriculteurs qui se passent des semences commerciales doivent payer pour ces semences », déplore Guy Kastler. Le militant redoute que la part des semences de ferme ne s’amenuise, à mesure que ces dernières deviennent plus chères et donc moins intéressantes pour l’agriculteur. Entre cette taxe et l’interdiction de ressemer ses propres graines, l’agriculteur est de plus en plus incité, non plus à produire, mais à acheter ses semences. D’où la crainte d’une dépendance accrue aux entreprises semencières.

Mais du point de vue de Xavier Beulin, la contribution de tous à la recherche sur les espèces cultivées se justifie, dans la mesure où même les semences de ferme en sont généralement issues. Dressant un parallèle avec la loi Hadopi visant à « protéger les créateurs » de films et de musique, le président de la FNSEA estime qu’il est « normal que [ceux qui utilisent des semences fermières] participent aussi au financement de la création variétale, puisqu’ils en bénéficient ». Opposé à cet argumentaire, le syndicat Coordination rurale relève sur son site que Xavier Beulin n’est pas seulement à la tête du premier syndicat agricole. Il dirige aussi le groupe Sofiprotéol, « qui détient des participations dans plusieurs grands groupes semenciers français (Euralis Semences, Limagrain…) ».

Vers une perte de biodiversité ?

Autre crainte : l’impact de cette mesure sur la diversité agricole. Certes, ressemer une même variété – presque toujours issue de la recherche – n’accroît pas, a priori, la biodiversité. D’autant que « pour les grandes cultures, aucune variété utilisée n’est le fruit d’une conservation ancestrale ; toutes ont été développées grâce à la création variétale », souligne Xavier Beulin.

Toutefois, ressemer sa récolte peut entraîner des variations dans l’espèce, et donc favoriser cette biodiversité, nuance Guy Kastler. « Des caractères nouveaux apparaissent, permettant à la plante d’être mieux adaptée au sol, au climat, aux conditions locales. Il est alors possible de réduire les engrais et les pesticides. A l’inverse, les semenciers adaptent les plantes aux engrais et aux pesticides, qui sont partout les mêmes. » Ils tendraient donc plutôt à créer de l’uniformité dans les plantes, où qu’elles soient cultivées.

Vers le régime du brevet ?

Le COV est, en France, une alternative au brevet sur le vivant, en vigueur aux Etats-Unis par exemple. Ce droit de propriété intellectuelle est détenu par les entreprises ayant obtenu, par la recherche, les espèces cultivées, et qui jouissent donc du monopole de la vente des semences de cette espèce avant qu’elle ne tombe dans le domaine public – comme c’est le cas d’environ 450 d’entre elles en France. D’aucuns, comme Guy Kastler, craignent un glissement vers ce régime du brevet, en limitant le droit des agriculteurs d’utiliser librement les semences protégées.

Toutefois, à la différence du COV, le brevet interdit complètement aux agriculteurs de ressemer leur récolte, indemnités ou pas, note Delphine Guey. C’est le cas des variétés OGM de la firme américaine Monsanto qui, selon Marie-Monique Robin dans le documentaire Le Monde selon Monsanto, a même créé une sorte de « police des semences » spécialisée dans la traque des agriculteurs semant ou échangeant illégalement les graines qu’ils récoltent.

Autre différence avec le brevet, le COV permet aux obtenteurs d’utiliser librement une variété protégée pour utiliser ses ressources génétiques et en sélectionner de nouvelles. Ainsi, travailler sur un gène d’une espèce ne permet pas de la breveter et donc de se l’approprier totalement. Une distinction qui a permis, selon Delphine Guey, de préserver une diversité d’entreprises semencières françaises. Et donc de laisser aux agriculteurs un plus ample choix d’espèces à leur disposition. Toutefois, si le brevet des espèces vivantes n’est pas de mise en France, le brevetage des gènes des plantes y est, lui, de plus en plus pratiqué.