Expo Providence au Miam. Art circulant Lovegraft es-tu là ?

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Le mur de Jim Drain et les totems de Leif Goldberg. Photo JMDI

Expo. Les artistes de Providence Rhode Island (USA) exposés au Musée International des Arts Modestes.

Depuis 15 piges, le MIAM pose des lignes aux quatre coins de la planète et ferre des artistes qui ouvrent les horizons de l’art contemporain en captant les marqueurs identitaires de leur zone urbaine. Actuellement le musée invite les artistes de la ville de Providence, capitale de Rhode Island, une des premières colonies de la Nouvelle Angleterre qui vit naître et s’épanouir les oeuvres hallucinées d’Edgard Allan Poe et de Philip Lovecraft.

Providence devient au XIXe siècle une ville industrielle qui entre en déclin à partir des années 20 sans jamais vraiment se remettre du crac de 1929. Au milieu des années 90, un vieux entrepôt d’une usine de textile rebaptisé Fort Thunder va devenir le lieux carrefour de groupes de musique et de performance undergound.

« La légende raconte que la chaîne CNN, s’est appuyée sur l’anecdote d’un concert sauvage en 1993 par Mat Brinkman et Brian Chippendale, dans un tunnel ferroviaire pour soutenir l’existence d’un culte satanique persistant à Providence, indique le Commissaire de l’exposition Fracas psychédélique en Nouvelle-Angleterre, Jonas Delaborde, mais c’est surtout une certaine texture psychotrope des objets et des images inventés par ces artistes, fracas psychédélique ou assemblage de rebus qui permet de convoquer une Couleur tombée du ciel et des montagnes hallucinées» chère à HP Lovecraft.

L’énergie Providence

Dans ce registre, les dessins en noir et blanc de Mat Brinkman sont sans doute ceux qui se situent les plus près de l’imaginaire de l’auteur de L’Appel de Cthulhu. Si les monstres horribles sont maintenant supplantés par les monstres cinématographiques, cela n’enlève rien à la puissance des dessins de Brinkman destinés à devenir les cartes d’un jeu de plateau.

La quinzaines d’artistes exposés tels que, Melissa Brown, Jessica Ciocci, Philippe Druillet,  Leif Goldberg, Jungil Hong, Marie Lorenz… ne proposent pas une vision du monde commune. Ils partagent en revanche la pratique de la récup et certains réflexes de la pop culture avec un goût soutenu pour exploiter le champ d’aliénation de la conscience.

Le mur où Jim Drain reproduit le T shirt d’Hendrix porté par Iggy Pop apparaît comme un stéréotype du pop art mais le coté mal finit un peu flou, renvoie aussi à une prise de distance à l’égard de l’exaltation.

L’expo propose des connexions multiples entre les artistes en laissant au visiteur l’initiative d’y trouver des liens. Parmi les points communs, on peut relever, l’efficacité de la narration et la dimension transgressive.

S’ajoute cette façon d’établir un contact entre la vie moderne extérieure et la vie empreinte du passé à l’intérieur. On le relève dans la pratique des collages de Brian Chippendale qui joue sur la saturation en renvoyant à la gentrification, ou encore dans la vidéo de Takeshi Murata qui a scanné son atelier pour le restituer éclaté, en nous plongeant dans une totale entropie visuelle.

Le Fracas psychédélique ne se résume-t-il pas après tout dans l’indéterminée relation entre le rêve et la réalité ?

JMDH

Fracas psychédélique en Nouvelle-Angleterre jusqu’au 22 mai 2016 à Sète.

Source : La Marseillaise 20/12/2015

Voir aussi : Actualité Locale,  rubrique Art, rubrique Exposition,

Les méditations vivantes de Rizzo

832485-ad-noctum4jpgDanse. Ad noctum, co-accueilli par Montpellier Danse, le CCN ICI et le Théâtre de La Vignette.

Ad Noctum est le second volet d’un triptyque chorégraphique élaboré par Christian Rizzo sur sa pratique d’écriture. La démarche est introspective, au sens philosophique, à ce moment de sa carrière, l’artiste prend le temps d’un regard intérieur, d’une attention portée à ses propres sensations. Et il est probable que la dimension universelle qui émane de son travail tienne à cette sincérité.

Ad Noctum est une pièce écrite pour deux de ses interprètes emblématiques, Julie Guibert et Kerem Gelebek. Ce dernier, souligne les qualités d’observation de Rizzo. « On travaille ensemble, il n’impose pas, il conjugue. » Le chorégraphe puise dans le répertoire des danses de couples, dites de salon. Mais si Rizzo touche aux racines de gestes commun à tous, ce n’est pas pour s’y appesantir. Il donne une visibilité aux anonymes. A la dualité du couple s’ajoute celle de la modernité et de la tradition, du noir et de la lumière ponctués par une soixantaine de tops qui sont autant d’espaces de démarrage.

La présence des noirs double le temps en y installant des silences. Les corps s’évanouissent pour se retrouver dans de nouveaux lieux. L’écriture se rapproche du montage cinématographique la présence en plus. Sur le plateau un bloc de sept mètres conçu par le taiwanais Iuan-Hau Chiang fait office de troisième personnage combinant lumière son et images, il propulse la dynamique spatiale. Le lien tenu et sans cesse redistribué entre les interprètes semble traverser le temps. Les danseurs évoluent dans un hyperprésent entre passé et futur.

Suivant le fil d’une invisible narration, Rizzo offre à Julie Guibert et Kerem Gelebek, un duo dont la force n’a d’égale que la fragilité. La dernière pièce du triptyque sera créée au festival Montpellier Danse 2016.

JMDH

Source : La Marseillaise 16/12/2015

Voir aussi : Actualité Locale, Rubrique Danse, Rizzo Festival Montpellier danse 2015,  rubrique Politique, Politique Culturelle, Christian Rizzo. Que se passe-t-il donc ICI ?  rubrique Montpellier,

Régionales. Le candidat Dominique Reynié (LR UDI) confirme son échec

Dominique Reynié seul candidat LR arrivé dernière le FN. Photo Dr

Dominique Reynié seul candidat LR arrivé dernière le FN. Photo Dr

LR-UDI-MoDem. L’électorat de droite n’a pas cédé aux appels du pied du frontiste Aliot. Son score reste médiocre.

La contre-performance républicaine du 1er tour s’était soldée pour le candidat LR-UDI-MoDem Dominique Reynié, par un mauvais résultat : 18,8% des voix sur la grande région. Avec 21,6% des voix au 2e tour le candidat confirme son échec.

En 2010, Raymond Couderc réalisait pour l’UMP 26,4%tandis que son homologue Brigitte Bareges en Midi-Pyrénées recueillait 32,2% des suffrages. En revanche la stratégie de l’entre-deux tour menée par Louis Aliot sur le thème du vote utile à droite n’a pas fonctionné. L’électorat traditionnel de droite a probablement réaffirmé son vote sans le reporter sur le candidat frontiste.

Dominique Reynié améliore son score de deux petits points entre les deux tours. Il n’a pas profité de l’apport de voix massif de la mobilisation des abstentionnistes qui ont joué un rôle crucial dans la victoire de Carole Delga. Le maintien de sa candidature y contribue également partiellement. Si Dominique Reynié s’est inscrit à cette occasion dans la stratégie prônée par Nicolas Sarkozy, cela n’efface pas les querelles intestines qui ont émaillé la campagne dans le camp de la droite.

Une partie de ses ténors régionaux n’ont jamais admis le parachutage du politologue ex-star des plateaux télés, notamment dans le Gard. En novembre, Dominique Reynié avait modifié sa liste en excluant le secrétaire général héraultais Arnaud Julien contre l’avis de Sarkozy.

Cette bataille interne se ressent dans les résultats puisque Dominique Reynié, est le seul candidat LR arrivé derrière le FN au second tour. Dans bon nombre des treize départements il ne dépasse pas la barre des 20% : Hérault 19,17%, Gard 19,95%, Lozère 32,16%, Aude 16,92%, PO 19,01%, Ariège 17,26%, Haute-Garonne 21,08%, Hautes-Pyrénées 22,32%, Gers 23,45, Tarn-et-Garone 22,86%, Tarn 23,29%, Lot 24,5%, Aveyron 32,7%. Dans beaucoup de villes du Gard et de l’Hérault la progression du FN s’opère en défaveur de la droite classique comme en témoigne le résultat de Dominique Reynié à Béziers (16,67%), Nîmes (23,05%), Lunel (17,41%) et Montpellier (18,75%). La droite occupera 25 sièges dans la future assemblée régionale.

JMDH

Source : La Marseillaise 14/12/2015

Voir aussi Actualité locale : Rubrique Politique, Politique Locale, A Beaucaire, le FN dans un gant de velours,

 

« Changer les choses autrement que par le vote »

Hélène Balazard, docteure en sciences politiques

Hélène Balazard, docteure en sciences politiques

Au ras-le-bol de la politique traditionnelle exprimé dans l’abstention, Hélène Balazard, auteure de l’étude « Agir en démocratie », répond en exposant une alternative : le modèle du « community organizing ».

« Je revendique le fait de pouvoir faire changer les choses autrement que par le vote », témoignait récemment sur Rue89 un riverain abstentionniste.

Dans les nombreux messages que vous nous avez adressés pendant les régionales, on a lu du ras-le-bol et de la résignation. Certains d’entre vous votent sans y croire et d’autres, nombreux, ne votent pas ou plus.

Rappelons qu’en matière d’action politique, il n’y a heureusement pas que les élections : il existe des lieux et des groupes où l’on pratique la politique autrement.

A Chicago, en 1940…

Hélène Balazard, docteure en sciences politiques, a étudié deux expériences construites sur le modèle du « community organizing ». Elle a consacré à ces alternatives un ouvrage, « Agir en démocratie » (Les Editions de l’atelier, 2015).

Le « community organizing », que l’on pourrait traduire par organisation communautaire, est un mode d’action locale né aux Etats-Unis. Saul Alinsky, un sociologue américain, a expérimenté ce mode d’organisation dans un quartier de Chicago, à partir de 1940, avant de le développer dans d’autres villes.

Un de ses disciples a plus tard essaimé à Londres. London Citizens, qui a remporté plusieurs combats depuis sa création, a été le sujet de thèse d’Hélène Balazard. Cette dernière a aussi fait partie du petit collectif qui a initié en 2010, sur le modèle londonien, une Alliance citoyenne à Grenoble. Un autre collectif s’est depuis formé à Rennes.

« Créativité citoyenne »

Le « community organizing » est fondé sur l’action de terrain et le pragmatisme anglo-saxon. « Une de ses caractéristiques, c’est de fonctionner en parallèle du système politique partisan, électoral, et de faire de la politique autrement », résume Hélène Balazard.

« Ce n’est pas la panacée, simplement une organisation qui permet de faire avancer les choses, tant du point de vue de la justice sociale qu’en termes de développement du pouvoir politique et de l’engagement. Mais il y a plein d’autres choses qui se font ou qui restent à imaginer. Il ne faut surtout pas se limiter dans sa créativité citoyenne. »

 

Entretien.

Rue89 : Pendant les régionales, on a lu ou entendu du ras-le-bol, de la résignation. Comment agir là-dessus ?

Hélène Balazard : Face au problème du Front national, il y a un travail d’éducation populaire de longue haleine à faire. Le FN joue sur le fait qu’il y a une défiance croissante envers la classe politique mais il en fait lui-même partie. Dans leurs discours, ils disent que le pouvoir est entre les mains des élites politico-économiques mais au lieu d’allier les gens pour créer un contre-pouvoir, ils divisent les classes populaires. Les électeurs sont trompés.

Il y a pas mal de choses à faire en dehors de la politique partisane et des élections. On peut par exemple s’organiser au niveau local pour créer une force citoyenne capable de faire rendre des comptes à ses élus et aux dirigeants économiques.

Concrètement, ça veut dire dans un premier temps réunir des gens du quartier, essayer de faire le tour de tous les problèmes qu’ils rencontrent et qu’ils aimeraient voir changer. Il faut ensuite s’attaquer à un ou deux problèmes qui sont le plus partagés et qui pourraient être résolus assez facilement afin de sortir du fatalisme « de toute façon, on n’a pas de pouvoir, on ne peut rien faire ».

S’il y a des intérêts divergents, on laisse le problème de côté : on travaillera dessus plus tard et peut-être qu’il va se résoudre naturellement, quand on aura appris à se connaître. Le but, c’est de recréer du lien entre les gens pour redonner du sens à la politique. Faire de la politique, c’est organiser la vie en société et pour cela, il faut qu’on la vive cette société, il faut en être conscient.

La démocratie n’est pas un modèle figé. A l’école, dans les cours d’éducation civique, on a l’impression qu’on est des citoyens passifs, qu’on attend que des gens prennent des décisions à notre place. Sauf qu’on peut s’organiser en fonction d’intérêts communs pour faire pression sur les personnes qui prennent des décisions. C’est du pragmatisme.

Il y a quelque chose à tirer d’Alinsky et de l’expérience de Londres : le pragmatisme, l’action. En France, on a tendance à être un peu trop dans la théorie, à réfléchir à un modèle qui serait idéal, à être dans la critique permanente et du coup à rester plutôt inactifs. On reste fixés dans l’idéal républicain issu des Lumières – un idéal assez parfait mais qui, dans la pratique, ne marche pas.

Vous dites qu’il faut redonner du sens à la politique. Qu’entendez-vous par là ?

On a perdu le sens de pourquoi on s’organise. La politique, ce n’est pas une affaire de professionnels : cela devrait concerner tout le monde.

On a l’impression que de toute façon, on ne peut rien faire, que la politique est cette machine opaque que l’on voit à la télé, que d’autres la font à notre place… Si tout le monde remettait la main à la pâte, y compris au niveau local, cela permettrait que des gens différents se rencontrent et se rendent compte de la complexité d’organiser la vie en société : il y a des aspirations différentes, il faut ménager la chèvre et le chou et les décisions sont parfois dures à prendre.

En étant intégrés à ce processus, on serait aussi plus enclins à être dans un esprit coopératif plutôt que dans la compétition. Avec les logiques de partis, on a parfois du mal à voir en quoi ces derniers s’opposent, on est perdus. La politique devient un truc qui n’a plus de sens pour les citoyens qui ne sont pas engagés dans ces rouages-là.

Le premier pas, c’est agir. Il y a déjà plein de gens qui agissent dans des associations, qui s’impliquent dans les écoles de leurs enfants, dans un syndicat ou un CE d’entreprise, dans un parti politique… L’idée aussi, c’est de rencontrer des gens qu’on n’a pas l’habitude de rencontrer, de sortir de sa zone de confort, de parler à des gens sur lesquels on a des préjugés. Il faut peut-être aussi changer la manière dont la citoyenneté est enseignée à l’école. En Angleterre, ils ont un enseignement de la citoyenneté plus actif – des écoles sont notamment membres de la London Citizens.

Qu’est-ce que le « community organizing » et comment ses participants agissent-ils ?

Le principe du « community organizing », c’est d’organiser des communautés de citoyens qui se réunissent autour de problèmes communs, d’intérêts partagés.

Le mot communauté a parfois un sens péjoratif en France, les Anglais en ont une utilisation beaucoup plus large : ils diraient par exemple que créer une association, c’est créer une communauté de gens qui partagent des intérêts, des opinions ou des valeurs.

Dans le modèle du « community organizing », on crée d’abord sa communauté d’intérêts, on identifie les sujets sur lesquels on veut agir et on se lance dans une enquête (quel est le problème ? D’où vient-il ? comment apporter une solution ?).

L’idée, c’est d’être dans la critique constructive : ne pas dire « on est contre ça » mais « on n’est pas contents et on pense que ça serait mieux ainsi, on est ouverts à la discussion ». Il faut pour cela dialoguer avec les personnes qu’on a identifiées comme responsables et qui ont le pouvoir de changer cette situation problématique.

Parfois, ces responsables ne vont pas vouloir nous rencontrer. C’est là qu’on va organiser des petites actions pour les interpeller, les forcer à nous recevoir. Comme l’idée est de susciter constamment des occasions pour que les gens se rencontrent, les actions sont conviviales, sympathiques, plutôt positives.

A Grenoble par exemple, pour un problème de poubelles non ramassées, ils ont apporté des sacs-poubelle dans le bureau du bailleur qui a fini par les écouter. En 2012, toujours à Grenoble, un autre combat a concerné des femmes de ménage dont on avait augmenté les cadences. Comme les demandes de rendez-vous restaient sans réponse, ils ont ramené du monde dans l’hôtel des impôts où les femmes étaient employées. Les gens sont arrivés avec des sceaux, des balais, des serpillères : « On va faire le ménage avec elles : elles ne peuvent plus le faire seules car les cadences ont été augmentées. » C’était une action visuelle pour les médias, qui décrit bien la situation problématique, qui mobilise du monde, qui est sympathique à faire. A Grenoble encore, les élèves sont allés faire classe dans la mairie pendant un conseil municipal. Leur école, qui avait brûlé en 2012, a fini par être reconstruite.

Par rapport à ce que je décris, vous pourriez vous dire qu’une communauté d’intérêts pourrait très bien porter sur quelque chose qui s’oppose à l’intérêt général. Dans le « community organizing », il y a une volonté de réunir des personnes différentes pour ne pas créer des groupes qui vont s’opposer à d’autres groupes dans la société. Les organisateurs sont là pour éloigner tous les sujets qui pourraient ne pas être progressistes. Pour cela, ils essaient toujours de remonter aux causes d’un problème plutôt qu’à ses conséquences qui pourraient diviser. L’idée, c’est de retisser la société civile dans son ensemble et ne pas monter des personnes les unes contre les autres. Il y a une visée humaniste derrière, l’idée de justice sociale, d’égalité…

Le fait de retisser des liens entre des personnes va recréer des liens de confiance pas officiels. Ce n’est pas comme voter tous les cinq ans pour une personne qu’on connaît à peine et à qui on fait moyennement confiance. On peut faire davantage confiance à quelqu’un qu’on voit régulièrement. Cela permet de redonner du sens à la représentation : mis à part certains élus qui font un travail de terrain, on ne connaît plus nos représentants et il n’y a pas de rendu compte du lien de confiance…

Petit à petit, les citoyens qui participent à des expériences de « community organizing » construisent un pouvoir et s’attaquent à des sujets sur lesquels ils ne pensaient pas avoir d’emprise. Ils vont plus loin dans les changements qu’ils proposent tout en continuant de mener des actions sur des sujets plus anecdotiques pour ne pas s’éloigner de la base et continuer à mobiliser du monde.

Ils utilisent aussi des moyens d’action classique (pétitions, manifs…) ?

Ils essaient d’utiliser ce qui va faire avancer les choses le plus rapidement possible. A Grenoble, ils n’ont jamais organisé de manifestations ; à Londres, si. Disons qu’ils ont globalement un répertoire d’actions plus larges. Sur les pétitions, ils vont souvent dire que ce n’est pas une action qui regroupe, qui va être conviviale. Dans leur manière d’agir, ils pensent toujours à développer l’exercice du pouvoir ainsi que les relations interpersonnelles entre les personnes qui d’habitude ne se rencontrent pas.

Le numérique fait-il partie des outils utilisés par ces groupes ?

Il l’est, forcément, mais ce n’est pas un outil principal. Ils ne se sont pas construits sur le numérique. Quand les réseaux sociaux sont apparus, ils ont même mis du temps à s’y mettre. En fait, le numérique seconde les moyens de mobilisation classique : quand ils organisent un événement, ils créent aussi un évènement Facebook par exemple.

C’est comme si les réseaux sociaux venaient seconder les vraies relations qu’ils ont construites. Ce n’est pas en créant un évènement Facebook que les gens vont venir en réunion. Eux disent que le meilleur moyen d’organiser une réunion, ce n’est pas d’envoyer un courrier, un e-mail ou distribuer des flyers, mais cela doit passer par la construction de liens – une personne vient en réunion parce qu’elle sait qu’elle va retrouver des personnes qu’elle connaît.

Quelles sont les relations entre les membres des « community organizing » et les élus ?

Ça dépend. London Citizens, par exemple, organise depuis 2000, avant chaque élection municipale, une assemblée qu’ils appellent « Accountability Assembly » [assemblée des responsabilités, ndlr]. Ce sont des grandes réunions qu’ils organisent eux-mêmes pour ainsi maîtriser toutes les règles du jeu (c’est un moyen d’action).

Avant chaque assemblée, ils font une campagne d’écoute auprès de tous leurs membres pour définir quels sujets vont être prioritaires. Ils vont ensuite travailler sur quatre propositions correspondant à des revendications. Ils demandent à chaque candidat politique : « Est-ce que, oui ou non, vous êtes prêt à agir, à mettre en place cette solution et si oui, êtes-vous prêt à nous rendre compte de la mise en place de cette action ? »

Ken Livingstone, maire de Londres de 2000 à 2008, avait bien joué le jeu en étant quand même critique. En tant que travailliste, il était plus proche d’eux idéologiquement que Boris Johnson, élu en 2008.

London Citizens n’est pas partisan : ils ne donnent pas de consigne de vote à la fin des assemblées. Ils essaient de rester très indépendants du pouvoir.

A Grenoble, quelles actions de l’Alliance ont abouti ?

Les femmes de ménage ont obtenu le retour à des cadences normales et certaines ont même été titularisées alors qu’elles enchaînaient les CDD, l’école des Buttes a été reconstruite, les étudiants étrangers de la fac ont obtenu l’ouverture d’un nouveau guichet d’accueil pour faciliter les démarches administratives… Il y a eu d’autres victoires.

Quels effets la participation a sur les gens ?

Il y a d’abord une prise de conscience de leur pouvoir. En impliquant les personnes dans une petite action qui aura de l’effet, elles vont prendre conscience qu’elles peuvent changer les choses. Il y a aussi une forme de reconnaissance : « C’est la première fois qu’on me demande mon avis, je ne pensais pas qu’il comptait. »

A travers toutes ces actions, l’idée, c’est aussi de développer des compétences politiques. Organiser des réunions, les animer, développer des compétences d’expression et de négociation… : ce sont des choses que les organisateurs essaient d’apprendre aux participants. Il y a des cours d’éducation au leadership. Ceux qui participent vont par ailleurs devenir plus engagés dans leurs activités, ça renforce leur engagement de citoyen.

L’engagement, l’action politique, ça s’apprend ?

Ça s’apprend notamment en se vivant, pas forcément en lisant des livres. Il faut pour cela que des gens nous entraînent à le faire – dans les deux sens du terme.

L’engagement, d’une certaine manière, ça s’apprend aussi. La motivation à s’engager se développe. Certaines personnes l’acquiert de par leur éducation ou leur parcours de vie, d’autres non. L’engagement peut se développer par des récits d’expérience, des rencontres, la prise de conscience d’injustices qu’on subies ou la prise de conscience qu’on a un moyen d’action dessus.

Après, ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que les gens ont leur emploi du temps, leur vie personnelle… Les engagements, ça va et ça vient en fonction de ses envies, de son emploi du temps et d’autres contraintes de la vie.

Il faudrait peut-être changer la manière dont on peut participer à l’organisation de la vie en société : avoir plus de temps libre, des congés de citoyenneté payés, un revenu de base universel, etc.

 Emilie Brouze

Source Rue 89 14/12/2015

* Hélène Balazard est auteure de « Agir en démocratie » aux  Editions de l’atelier, 2015

Voir aussi : Rubrique Politique, Société civile, rubrique Société, Citoyenneté, rubrique Sciences, Sciences politiques, rubrique DébatLes Français crèvent de 30 ans de manque de courage politique, rubrique Co développement,

Christian Rizzo. Que se passe-t-il donc ICI ?

Le danseur et chorégraphe Christian Rizzo. © Marc Domage

Le danseur et chorégraphe Christian Rizzo :  « Une institution comme le CCN doit se donner les moyens de partager le savoir ». © Marc Domage

Danse. A la tête du centre chorégraphique national de Montpellier, Christian Rizzo présente ce soir « AD Noctum ».

Artiste pluriel, Christian Rizzo a pris ses fonctions de Directeur du Centre chorégraphique national, en janvier 2015. Il succède à Mathilde Monnier qui a dirigé le lieu durant vingt ans avant d’être nommée, fin 2013, à la tête du Centre national de la danse à Pantin.

« C’est un lieu chargé d’histoire dans lequel j’essaie de faire naître un deuxième épisode correspondant à mon projet artistique », indique Christian Rizzo. Le CCN est un lieu de création, de recherche et de formation pour la danse contemporaine. Depuis 2010, il a intégré tout en conservant sa mission et son indépendance financière, l’Agora – Cité internationale de la danse, voulue par Dominique Bagouet et dirigée par Jean-Paul Montanari.

Sous l’impulsion de Jacques Lang, les 19 centres chorégraphiques nationaux ont vu le jour en 1984 avec  la particularité d’être dirigés par des artistes chorégraphiques assimilés à des courants artistiques variés.

A son arrivée à Montpellier, Christian Rizzo a nommé le CDN ICI. « Le projet associe la notion de territoire et de mouvement. Nous sommes entourés de murs d’un mètre d’épaisseur avec de toutes petites portes. Mon idée est de travailler sur le système d’ouverture. ICI, parce qu’on est là dans la multiplicité des pratiques, et à la fois dehors, parce que ces pratiques donnent du sens au territoire. Les cartographies se superposent, se rencontrent et des projets naissent. Une institution comme un CCN doit se donner les moyens de partager le savoir. Les dimensions locale, régionale, nationale, internationales, sont à mes yeux, une seule et même chose. Tout a lieu dans un va et vient permanent. »

La nouvelle aventure est déjà partie à la rencontre des désirs exprimés en Lozère, ou à Font-Romeu. A Montpellier, elle accueille désormais un artiste associé. Le chorégraphe Vincent Dupond inaugure ce cycle pour trois saisons. En octobre est arrivée la nouvelle promo du master exerce qui vise à accompagner le devenir d’artistes-chercheurs par l’exploration chorégraphique. C. Rizzo a souhaité l’ouvrir aux danseurs professionnels de la région qui sont accueillis pour certaines pratiques. Tous les mois, Le club de la danse propose à tous de rencontrer un chorégraphe et de suivre un atelier de pratique accessible.

Création Ad Noctum

Du 14 au 16 décembre, on peut découvrir Ad Noctum au Théâtre de la Vignette, seconde partie du triptyque débuté par D’après une histoire vraie qui connaît un succès international. « Le starter de l’écriture est parti d’un questionnement. Je me suis demandé de quoi je suis fait quand je pense chorégraphique, explique C Rizzo J’ai deux histoires, celle d’un auteur inspiré par Cunningham, de Keersmaeker, Martha Graham… et celle d’une inspiration provenant d’anonymes, de motifs issus de la tradition populaire. »

La force de l’oeuvre de Christian Rizzo tient pour beaucoup à la sincérité issue d’émotions personnelles. Avec Ad Noctum, l’artiste les relie aux origines mêmes de sa discipline à partir de la danse en couple auquel s’ajoute un troisième personnage, un totem pourvoyeur d’images digitales…

JMDH

Source : La Marseillaise 14/12/2015

Voir aussi : Actualité Locale, Rubrique Danse, Rizzo Festival Montpellier danse 2015, rubrique Politique Culturelle,  rubrique Montpellier,