Habyarimana: un enquête judiciaire au coeur des relations franco-rwandaises

L’enquête française sur l’attentat contre le président Habyarimana en 1994, à l’origine de la rupture entre Paris et Kigali, est repartie sur de nouvelles bases depuis la mise en examen d’une proche du président rwandais, visée par l’un des mandats d’arrêt qui avaient provoqué l’ire du Rwanda.

Le 9 novembre 2008, Rose Kabuye, 48 ans, était arrêtée en Allemagne, puis mise en examen à Paris pour « complicité d’assassinat ». Un coup de tonnerre, deux ans après l’émission de mandats d’arrêt par le juge français Jean-Louis Bruguière contre neuf proches de Paul Kagame, dont Rose Kabuye. Le juge Bruguière, auquel a succédé en 2007 Marc Trévidic, les soupçonnait d’avoir participé à l’attentat contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana, considéré comme le signal déclencheur du génocide qui fera au moins 800.000 tués, principalement tutsis. A l’époque, Paul Kagame dirigeait la rébellion tutsie du Front patriotique rwandais (FPR).

Dans la foulée de la décision de la justice française, saisie car l’équipage de l’avion était français, les autorités rwandaises avaient rompu les relations diplomatiques avec Paris, qu’elles accusaient déjà depuis des années d’avoir aidé les génocidaires.
Mais paradoxalement, l’arrestation de Mme Kabuye, directrice du protocole de la présidence rwandaise, a permis de faire repartir l’enquête sur de nouvelles bases, alors que les juges étaient sur le point de clore l’enquête.

La mise en examen de Mme Kabuye, à laquelle l’ordonnance du juge Bruguière ne prêtait qu’un rôle périphérique dans l’attentat, a permis à Kigali d’avoir accès à la procédure française et de demander des actes d’enquête, comme un déplacement du juge au Rwanda. Un « comité indépendant » rwandais s’est également attaché à démontrer, dans un volumineux rapport remis début janvier au juge, que la responsabilité de l’attentat incombait à des extrémistes hutus qui voulaient faire échec à un partage du pouvoir avec la rébellion tutsie auquel s’était résolu Juvénal Habyarimana. Enfin, plusieurs témoins sur lesquels s’appuyait le juge Bruguière pour lancer ses mandats d’arrêt sont revenus sur leurs accusations ces derniers mois.

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Plaidoyer de députés pour une défense antimissile française et européenne

bouclier-antimissile-236x300La France et l’Union européenne ont le devoir de se doter d’une défense antimissile autonome face à la prolifération d’armes de destruction massive et de missiles balistiques, estiment en substance des députés dans une étude rendue publique mercredi. « Il serait irresponsable pour la France de (…) négliger, par souci immédiat des coûts financiers, cette prolifération balistique », écrivent les auteurs de ce document publié par les Cercles interparlementaires d’étude air-espace et naval de défense.

Christophe Guilloteau (UMP), Francis Hillmeyer (NC) et Gilbert Le Bris (PS) pointent une situation géopolitique brouillée par « de nombreuses organisations telles qu’al-Qaïda, des Etats instables aux pouvoirs illégitimes, une course aux armements et aux capacités NBC (nucléaires, biologiques et chimiques, ndlr), une recherche de moyens balistiques ».
« Inde, Chine, Pakistan, Etats-Unis, Grande-Bretagne, Israël, Russie détiennent l’arme nucléaire ; peut-être la Corée du Nord, mais plus encore demain, dans des horizons de temps différents : l’Iran, l’Arabie Saoudite, l’Egypte, la Turquie, l’Algérie, le Brésil, voire le Japon », font-ils valoir.

Si « la dissuasion nucléaire demeure le meilleur outil pour prévenir l’utilisation de certaines menaces provenant d’Etats clairement identifiés », estiment les députés, la « défense antimissile prend tout son sens » dans ce contexte. Pour eux, il s’agit d’un « complément de la dissuasion » et non d’un nouveau « risque de course aux armements ». Il en va, ajoutent-ils, de « l’autonomie stratégique » de la France et de l’UE face aux Etats-Unis engagés dans une politique de « couverture globale ».
La France, relèvent-ils également, s’apprête à se doter d’une « capacité initiale de défense antimissile balistique de théâtre » et pourrait s’appuyer sur le missilier européen MBDA « concepteur et développeur des capacités françaises et européennes actuelles ». Si toutefois Paris et l’UE décidaient d’une politique « a minima », ajoutent-ils, il faudrait « veiller à maintenir (une) maîtrise technologique afin (…) d’éviter une vassalisation complète de notre pays et des Européens ».

Pour Gilbert Le Bris, interrogé par l’AFP, « il faudra bien que les Européens et les Français qui ont le leadership dans ce domaine aient quelque chose à dire » lors du prochain sommet de l’Otan, prévu fin 2010 ou début 2011 à Lisbonne, sauf à laisser « les Américains décider pour eux et leur demander de participer financièrement à leur programme ». « Il ne faut pas croire que ça coûte des milliards », assure-t-il aussi, parlant d’une « adaptation progressive de notre outil de défense d’un coût annuel de l’ordre de 200 à 250 millions d’euros sur dix ans qui pourrait être partagé avec des partenaires européens ».

AFP

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Les erreurs d’Obama, vues par Allan Lichtman

Allan Lichtman

C’est déjà l’heure des premiers bilans à Washington. Le 19 janvier, Barack Obama pourra célébrer le premier anniversaire de son installation à la Maison Blanche. Nous sommes notamment allés interroger Allan Lichtman, professeur d’histoire politique à l’American University. Démocrate non conformiste, il faisait partie de tous ceux qui avaient placé d’immenses espoirs en Obama, et s’avoue aujourd’hui « déçu ».

Que retenez vous de cette première année du président Obama?

J’ai été surpris et déçu. Je croyais qu’Obama avait le potentiel pour être un président de transformation de l’Amérique, comme Franklin Roosevelt ou Ronald Reagan. Comme Franklin Roosevelt, il a été élu à la fin d’une ère républicaine conservatrice, qui a commencé avec Reagan et s’est achevée avec W. Bush. Je pensais qu’il y avait là une occasion historique pour Obama. Mais cela ne s’est pas réalisé. A cause des erreurs de leadership qu’il a commises , mais aussi du contexte politique américain. La plus grande erreur d’Obama, je crois, est de ne pas avoir pris le contrôle du débat politique national. Il est notre président le plus charismatique depuis Ronald Reagan. Et il n’a pas utilisé son immense charisme pour mener le débat. Le meilleur exemple est la réforme de l’assurance maladie. Il était si soucieux d’éviter les erreurs de Bill Clinton qu’il a renvoyé le sujet au congrès. C’est une erreur énorme. On ne peut pas laisser le gouvernail aux 535 membres du Congrès. Le résultat est qu’il n’y a pas de message clair sur la santé. Les opposants ont pris la direction du débat. Une bonne partie de la population américaine associe maintenant la réforme à des coûts énormes, un contrôle gouvernemental, ou même des escadrons de la mort pour tuer les grand-mères… Tout cela est faux bien sûr, mais une fois le débat ainsi cadré, il est très difficile d’en sortir. Quand Obama a voulu le reprendre en main, il était trop tard. La même chose s’est produite avec le climat… On n’arrivera à rien de cette façon.

Il faut bien pourtant gagner le vote des sénateurs. Obama aurait-il pu s’y prendre autrement?

La question essentielle n’est pas le vote des sénateurs, mais la façon dont la réforme est présentée à l’opinion publique. Même si la loi sur la santé est adoptée, un nombre substantiel d’Américains s’y oppose maintenant. Ils ne comprennent pas un traître mot de cette loi.La seconde erreur commise par Obama a été de croire qu’il pourrait coopérer avec les républicains. S’il avait lu mon livre (White Protestant Nation: The Rise of the American Conservative Movement), il aurait su qu’on ne peut pas faire de compromis avec eux. Les Républicains ont un seul et unique objectif: le faire échouer. On ne peut pas être gentil avec l’opposition, de nos jours. Ils vous couperont la gorge. De toutes façons, un président américain n’a pas à être gentil. Si Franklin Roosevelt avait tenté d’apaiser les isolationnistes, il n’aurait pas gagné la guerre! Tout le cours de l’histoire mondiale aurait été différent.La troisième erreur de Barack Obama est la guerre en Afghanistan. Il aurait dû nous sortir d’Afghanistan. Le seul appui dont il dispose sur ce sujet, ce sont les républicains…

Tout de même, sur l’Afghanistan, on peut plaider qu’Obama a fait preuve de « leadership »…

Non. Ce n’est pas courageux que d’envoyer des troupes américains au champ de bataille. Tous les présidents l’ont fait. Ce qui serait courageux, c’est de quitter une guerre quand on n’y est pas obligé. Voilà qui serait plus rare: quel président a jamais abandonné une guerre sans y être forcé?

Comment expliquez-vous ces « erreurs » de Barack Obama? Manquait-il d’expérience des rouages de Washington?

C’est peut-être une partie du problème. Il avait peu d’expérience à Washington. Mais Abraham Lincoln aussi n’avait servi que deux ans au Sénat avant d’être élu président, contre quatre ans pour Barack Obama. Obama écoute trop les consultants, les sondeurs et tous les intermédiaires. Ou les généraux, qui sont formés pour tuer ou détruire. Il faudrait se débarrasser de tous les consultants politiques, qui ne font que vous tirer vers le bas. Ils suivent les sondages au jour le jour, et vous poussent toujours vers le plus petit dénominateur commun. Ils ne veulent pas que vous preniez des risques. Quand tu es aussi brillant que Barack Obama, pourquoi écouter tous ces gens qui ne font que te rabaisser? S’il y avait eu tous ces sondages et ces consultants à l’époque de Lincoln, nous aurions peut-être deux pays aujourd’hui. Lincoln aurait été paralysé. Les grands présidents ont toujours été audacieux. En 100 jours, Franklin Roosevelt avait fait adopter quinze lois par le congrès. S’il avait suivi la méthode Obama, il n’y en aurait pas eu une seule… Mais il faut reconnaître aussi que les circonstances historiques ne sont pas les mêmes.

Vous oubliez que Barack Obama a fait adopter, très vite, un énorme plan de relance…

Oui, mais c’était facile.Tout le monde voulait l’argent de la relance. A part cela, il n’a pas accompli grand chose durant cette première année. Même si la réforme de la santé est adoptée, on ne sait pas encore si la loi sera bonne ou non. Il faudra cinq ou dix ans pour en juger car beaucoup de ses dispositions n’entreront pas en vigueur avant plusieurs années.

N’est-ce pas plutôt que l’Amérique est devenue ingouvernable?

Oui, les circonstances sont particulièrement difficiles. D’abord à cause de cette règle des 60 voix au Sénat, pour éviter le filibuster. C’est devenu un énorme problème. Tout le débat sur la santé aurait été différent s’il suffisait de 50 voix au lieu de 60. On ne se soucierait pas de Joe Lieberman ou Ben Nelson, qui ont maintenant toute latitude pour démolir la loi. Ensuite, il y a le problème du partisanisme extrême, avec un parti républicain très dur qui n’a pour seul souci que de revenir au pouvoir. Nous n’avons plus ces républicains progressistes qu’on appelait Rockefeller Republicans, du nom du gouverneur de New York Nelson Rockefeller. Richard Nixon fut sans doute le dernier président progressiste que nous ayons eu. Avec le républicain Nixon, nous avons eu les lois de protection de l’environnement, des traités majeurs avec l’Union soviétique, la percée avec la Chine, une vaste extension du système de sécurité sociale et des avancées pour les droits civiques. Il a fait beaucoup plus que Jimmy Carter ou Bill Clinton. Mais ces républicains n’existent pratiquement plus, ils appartiennent à l’histoire.

Qu’en est-il de la promesse Obama de changer la façon dont on gouverne à Washington?

Il n’a rien fait. Et c’est le troisième élément qui rend les choses si difficiles: le pouvoir de l’argent et des lobbyistes. Obama est le président dont la campagne a été la plus coûteuse de tous les temps, et de loin. Jadis il suffisait de quelques dizaines de millions de dollars pour être un candidat crédible à la présidence. Il faut maintenant des centaines de millions. Même pour un poste local, cela vous coûtera maintenant 100 000 dollars pour se présenter à un county council. Des millions de dollars pour faire campagne pour un siège au Congrès, dans une circonscription disputée. Où trouver cet argent? A moins d’être vous-même très riche, il faut l’obtenir auprès de grands groupes d’intérêts. Et ce ne sont pas les hommes politiques qui profitent le plus de tout cet argent qui vont changer ce système.

Barack Obama semble très soucieux de sa place dans l’Histoire. Sur la base de cette première année, quelle pourrait-elle être?

Oui, il se soucie de son rôle dans l’histoire, comme tous les présidents. Mais il n’a pas fait grand chose encore pour devenir un président historique. Les grands présidents, qui ont marqué l’histoire, comme Abraham Lincoln, Theodore Roosevelt, Franklin Roosevelt ou Ronald Reagan, deux républicains et deux démocrates, étaient tous des audacieux. On n’admire pas les Jimmy Carter ou les William Harrison, les présidents du « milieu de la route », les pragmatiques.  S’il continue sur la même voie, Barack Obama sera vite oublié. Il sera peut-être réélu, comme Bill Clinton l’a été. Mais il n’entrera pas dans l’histoire comme un Ronald Reagan ou un Franklin Roosevelt, des présidents qui ont marqué leur époque.

Justement, vous avez élaboré un système de « clés » (The Keys to the White House, 1996), permettant de prédire l’élection des présidents américains. Que disent vos clés actuellement au sujet d’une réelection de Barack Obama?

Les clés disent qu’ils sera réélu. Car il est peu probable que l’économie reste dans le fossé jusqu’à l’élection. L’économie va sûrement repartir, et les républicains n’ont pas de candidat charismatique à opposer à Obama. Mais être réélu ne veut pas dire qu’il sera un grand président. Bill Clinton aussi a été réélu…

Vous êtes vraiment sévère, ce n’est qu’une première année…

Oui, je suis sévère. Et d’ailleurs Obama peut encore se reprendre. Il a encore trois ans, c’est beaucoup. Il est jeune, intelligent. Mais je crois qu’il devra changer de méthode. Peut-être aussi son second mandat sera différent, s’il n’a plus besoin de se soucier de sa réélection.

Recueillis par Lorraine Millot (blog)

Voir aussi : Revue de Presse Obama un an après

Obama un an après

Il y un an aujourd’hui, Barack Obama prenait officiellement ses fonctions de président américain. Le monde a placé de grands espoirs dans sa politique et a été déçu, estiment certains commentateurs. D’autres recommandent la patience en ce qui concerne la résolution des problèmes mondiaux. » suite

Extraits des publications suivantes:
Hospodá?ské noviny – République tchèque, Der Standard – Autriche, Delo – Slovénie, La Repubblica – Italie

Hospodá?ské noviny – République tchèque

Au cours de sa première année en tant que président des Etats-Unis, Barack Obama a considérablement amélioré l’image des Etats-Unis, salue le journal économique Hospodá?ské Noviny. Mais son aspiration au dialogue et aux solutions pacifiques n’a pas rencontré de succès notable : « L’Afghanistan peut devenir le Vietnam d’Obama. Les talibans ont salué sa déclaration malheureuse selon laquelle l’Amérique ne mènerait pas une guerre interminable à tout prix en Afghanistan. Une rhétorique plus sévère à l’égard de la Russie ne serait pas de trop non plus. Obama a offert à Moscou un visage plus pacifique que son prédécesseur. Il n’est malgré tout pas parvenu à négocier jusqu’au bout le traité Start pour un nouveau cycle de désarmement. La Russie se révèle être un partenaire auquel on ne peut pas se fier, même en ce qui concerne la demande d’une pression accrue sur l’Iran. » (20.01.2010)


Der Standard – Autriche

Le président américain s’en est bien sorti au cours de sa première année de mandat, estime le quotidien Der Standard. Mais il ne faudrait tirer un bilan qu’à partir de 2012 : « Lors de ses douze premiers mois de mandat, Obama a dû aussi s’attaquer à des questions impopulaires. La réforme de la santé ou le renforcement des troupes en Afghanistan ont fait partie des sujets difficiles à faire passer, même pour Obama. A cela s’ajoute un ‘enthousiasm gap’, une grande désillusion avec laquelle tout président aurait des difficultés. … Outre la critique systématique d’Obama, la comparaison historique avec d’autres présidents est une discipline très en vogue en ce moment à Washington. Il résulte de tout cela que Ronald Reagan est le seul président à avoir disposé d’une côte plus défavorable que celle d’Obama après un an d’exercice. Le Californien avait obtenu sa réélection en 1984 par une large avance. Rien ne dit qu’Obama ne puisse en faire autant. Car on ne fera pas les comptes après sa première année de mandat, mais bien en 2012 seulement. » (20.01.2010)


Delo – Slovénie

Un an après la prise de fonctions du président américain Barack Obama, les problèmes qu’il avait promis de résoudre pendant sa campagne sont toujours là, écrit le quotidien Delo : « Le système capitaliste américain et sa spéculation financière effrénée, les immenses inégalités sociales, la relation servile de la politique avec les grandes entreprises, le non-respect des droits des travailleurs et la terrible tragi-comédie que l’on qualifie de meilleur système de santé du monde : rien de tout cela n’a changé. Les adversaires d’Obama avaient déjà dit, avant son élection à la présidence, qu’il tenait de bons discours mais qu’il n’y avait aucune garantie que ses propos seraient également suivis par des actes. … Obama fait justement partie d’un système duquel il pourrait seulement tirer les forces surnaturelles d’un Baron de Münchhausen. » (20.01.2010)


La Repubblica – Italie

Après la première année de mandat de Barack Obama, le prix Nobel d’économie Paul Krugman, dans le quotidien progressiste de gauche La Repubblica, demande avant tout au président américain une plus grande résistance à ses détracteurs : « Barack Obama ne s’est pas mis à l’abri des critiques de ses opposants. Obama a omis de faire ce qu’avait fait Ronald Reagan au début de son mandat : se préserver de toute critique en expliquant et en rappelant que la responsabilité de ce qui ne fonctionnait pas incombait aux gouvernements précédents. … Quelle qu’en soit la raison, Obama a ainsi toujours toléré que le public oublie très rapidement que les problèmes économiques n’ont pas débuté sous sa présidence. … La seule chose que peut désormais tenter de faire Obama, c’est de présenter les républicains pour ce qu’ils sont : des opposants aux réformes. Les démocrates doivent désormais tout mettre en œuvre pour mener à terme la réforme de la santé. L’adoption de celle-ci ne constituera certes pas leur salut politique, mais son rejet signifierait assurément leur perte. » (20.01.2010)

Voir aussi : Rubrique internationale Ses erreurs vues par Allan Lichtman

Sebastian Pinera remporte l’élection présidentielle au Chili

 

Sebastian Pinera

Le milliardaire de droite Sebastian Pinera a remporté dimanche le second tour de l’élection présidentielle au Chili face à Eduardo Frei, mettant fin à 20 ans de domination de centre gauche sur la vie politique du pays. Pinera a récolté près de 52% des suffrages contre à peine plus de 48% à Frei, candidat de la coalition de gauche, qui a rapidement reconnu la victoire de son adversaire. « Je tiens à féliciter Sebastian Pinera », a dit l’ancien président, au pouvoir de 1994 à 2000. « Je lui souhaite de réussir pendant son mandat. » La victoire de Pinera, âgé de 60 ans, marque un retour de la droite sur la scène politique en Amérique du Sud, où la gauche a enchaîné les victoires électorales ces dernières années, de Montevideo à Buenos Aires et de Caracas à La Paz. « Nous avons besoin d’un État fort et efficace avec plein de muscles et peu de graisse », a déclaré Pinera devant des milliers de partisans en liesse dimanche soir à Santiago. « Nous avons besoin d’un État qui aide les gens dans le besoin et les classes moyennes à aller de l’avant », a ajouté le milliardaire, qui prendra ses fonctions au mois de mars.

C’est la première fois que la droite devance la gauche dans une présidentielle au Chili depuis la fin de la dictature du général Augusto Pinochet et le retour de la démocratie en 1990. La très populaire présidente sortante, la socialiste Michelle Bachelet, ne pouvait légalement briguer un nouveau mandat. Mais nombre de Chiliens s’étaient dit déçus par la coalition de centre-gauche « Concertacion », estimant que le gouvernement aurait pu mieux utiliser les milliards de dollars de revenus tirés de l’exploitation du cuivre. Ils semblaient également lassés par la vieille garde politique du pays. « DE L’AIR FRAIS » « Les gens voulaient du changement. Ils voulaient respirer après 20 ans de règne de la Concertacion », a déclaré Patricia Acosta, une publiciste de 39 ans célébrant la victoire de Pinera.

Formé à l’université américaine de Harvard, Pinera est classé 701e fortune mondiale par le magazine Forbes. Il était le favori des marchés financiers. Soucieux de faire entrer « de l’air frais » et d’apporter du « changement » au pays, le candidat de la droite a su se démarquer de l’héritage de la dictature militaire, endeuillée par la mort ou la « disparition » de plus de 3.000 personnes et quelque 28.000 cas de torture. L’un de ses frères fut ministre de Pinochet et une partie de son entourage a travaillé pour la dictature. L’homme d’affaires, qui a fait fortune en introduisant les cartes de crédit au Chili, s’est engagé à relancer l’économie en créant un million d’emplois. Il promet un taux de croissance annuel de 6% grâce à des allègements fiscaux pour inciter les entreprises à recruter. L’économie du Chili, qui repose sur le cuivre et les exportations de saumon, d’agrumes et de vins, émerge de sa première récession en dix ans. Ses détracteurs estiment que le projet de Pinera dépend trop largement de la capacité du secteur bancaire à créer des emplois et d’une reprise générale progressive assortie d’une demande maintenue pour le cuivre. Il risque aussi d’avoir des difficultés à faire adopter ses réformes à un Congrès divisé. Il a promis par ailleurs de céder ses parts dans la compagnie aérienne LAN avant sa prise de fonctions en mars. Certains analystes estiment que le ralliement à Frei du producteur de films Marco Enriquez-Ominami – arrivé en troisième position au premier tour avec 20% des voix -, mercredi, a été trop tardif et trop tiède pour lui permettre une victoire qui aurait été autrement arithmétiquement logique.

Reuter

Voir aussi : Rubrique Amérique Latine , Chili,En finir vraiment avec l’ère Pinochet , On Line, Du retour des Chicago boys,