Pour renouer avec la croissance, Madrid n’a qu’à faire comme l’Irlande et la Lettonie : réduire les salaires. Une proposition qui a provoqué une levée de boucliers en Espagne et qui, là où elle a été pratiquée, n’a pas eu que des effets positifs.
Il y a de l’espoir. C’est l’idée qu’a voulu faire passer le commissaire européen aux Affaires économiques le 6 août dernier. Olli Rehn a choisi un moyen inhabituel, son blog, pour transmettre un message politiquement brûlant : l’Espagne n’a pas à se résigner à un taux de chômage colossal et une croissance anémique. Mais si elle veut sortir du trou, expliquait-il, elle doit faire de gros efforts. Comme par exemple faire accepter aux travailleurs une baisse générale des salaires de 10%. Le vice-président de la Commission européenne donnait deux modèles à suivre pour l’Espagne : l’Irlande et la Lettonie, deux « réussites brillantes », selon ses propres termes.
Mais si l’on regarde ces deux pays d’un peu plus près, la « réussite » dont parle le commissaire Finlandais ne semble pas aussi évidente. Le remède de cheval qui leur a été administré a provoqué une explosion du nombre de personnes proches du seuil de pauvreté (40% en Lettonie, le deuxième pourcentage le plus élevé dans l’UE) et une chute de la demande interne. En échange, la petite république balte possède l’un des rythmes de croissance les plus élevés d’Europe. L’Irlande, après une dure récession et une légère reprise, reste en revanche enfoncée dans la récession.
L’élève appliqué
« Si trois trimestres consécutifs de recul du PIB sont une réussite, qu’est-ce qu’un échec selon les critères de Rehn ? », se demande Kevin O’Rourke, professeur d’histoire de l’économie à l’université d’Oxford. O’Rourke va plus loin et réfute les arguments de Rehn : il n’y a eu en Irlande ni baisse significative des salaires ni succès des mesures d’austérité. Et les chiffres de l’office irlandais des statistiques lui donnent raison : le salaire horaire moyen est resté stable depuis le début de la crise. « Le seul pays de la zone euro qui ait subi une brusque baisse des salaires est la Grèce« , poursuit-il. Vu les conséquences de cette recette sur l’économie et le tissu social grecs, il faudrait peut-être réfléchir à une autre stratégie.
Dublin est devenu l’élève appliqué de Bruxelles – à la différence de la rebelle Athènes – et a réussi à dompter ses comptes depuis 2010, l’année où l’injection massive d’argent public dans les banques avait fait franchir à son déficit la barre des 30%.
La Commission européenne fait également ressortir que les chiffres de l’emploi, après une rechute en 2012, montrent des signes positifs sous la forme d’une baisse progressive du taux de chômage. Mais malgré ces améliorations et plusieurs années d’application des recommandations du FMI, de la Commission européenne et du gouvernement allemand, l’Irlande est toujours en récession. Et, comme le dit cette semaine dans l’Irish Examiner Séan Healy, président du groupe de réflexion Social Justice, « la politique d’austérité a généré le plus gros transfert de revenus des classes moyennes et inférieures vers les classes supérieures de l’histoire du pays. Les gagnants ont été les entreprises, et surtout les multinationales, ainsi que les Irlandais les plus aisés ».
Un prix élevé à payer
L’autre modèle mis en avant par Rehn est parvenu à sortir de la profonde récession dans laquelle il avait sombré en 2009. La Lettonie a été le pays de l’UE dont l’économie a connu la plus forte croissance l’année dernière et elle devrait établir le même record en 2013.
Le taux de chômage y reste très élevé (presque 15% en 2012) mais selon les pronostics officiels, il devrait bientôt baisser. Son succès va permettre au pays balte d’entrer au club de l’euro le 1er janvier 2014 malgré l’opposition majoritaire de la population, qui craint que l’abandon du lats ne fasse flamber les prix.
Les bonnes nouvelles se terminent ici. La doctrine officielle préfère passer sous silence le prix élevé que les Lettons ont dû payer. Le gouvernement a congédié un tiers des fonctionnaires et ceux qui sont restés ont dû accepter des baisses de salaires allant jusqu’à 40%. Les aides sociales ont été restreintes et les impôts augmentés. La perte de pouvoir d’achat à tous les niveaux de la population, pas seulement chez les fonctionnaires, s’est fait sentir sur la demande interne, qui a baissé de plus de 27% en 2009.
La modeste baisse du chômage s’explique aussi par le nombre important de Lettons qui ont quitté le pays ces dernières années : la population a diminué de 13% entre 2000 et 2011. La Lettonie compte aujourd’hui un peu plus de 2 millions d’habitants, soit autant que dans les années 1950. De façon surprenante, les Lettons n’ont pas réagi comme les Grecs en organisant des grèves et des manifestations, mais en se résignant. Ils ont même réélu le gouvernement qui avait sorti les ciseaux.
« Les réformes ont été payées très cher : les inégalités entre les régions et les classes sociales ont augmenté », résume Martins Kazaks, économiste en chef à la Swedbank.
Indignation
En marge de la réussite ou de l’échec des recettes appliquées à Riga ou à Dublin, les commentaires d’Olli Rehn ont également suscité des doutes sur la possibilité d’exporter le modèle en vigueur dans un pays de 2 millions d’habitants, comme la Lettonie, à un pays de 46 millions d’habitants et quatrième puissance économique de la zone euro comme l’Espagne. Selon des sources proches de la Commission européenne, Rehn voulait seulement encourager à débattre de la situation de l’Espagne, qui est « dramatique pour les millions d’habitants sans emploi », et certainement pas transborder automatiquement la politique pratiquée dans un pays à un autre.
Mais ces explications n’effacent pas l’indignation suscitée par les propos de Rehn chez les syndicalistes, les partis politiques et d’innombrables citoyens. Pour le président d’Analistas Financieros, Emilio Ontiveros, plusieurs facteurs empêchent d’appliquer à l’Espagne les mesures dictées par Bruxelles, comme le niveau de la dette privée et la baisse déjà effective des revenus des ménages.
Rehn dit dans son blog que ceux qui rejetteront automatiquement ses propositions « porteront sur leurs épaules l’énorme responsabilité du prix social et humain » que coûte le fait d’avoir six millions de chômeurs. S’il a raison, les responsabilités seront largement partagées.
Destruction d’une voiture de police à Phnom Penh après la proclamation des résultats contestés. Photo Reuter
Selon les résultats officiels de la commission électorale, le Parti du peuple cambodgien a remporté 49% des voix lors des élections législatives contre 44% pour le parti de l’opposition, qui réclame toujours une commission d’enquête.
Le CPP a obtenu 49% des plus de 6,6 millions de votes, contre 44% au Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP) du leader de l’opposition Sam Rainsy, selon les calculs faits par l’AFP à partir des résultats province par province. Le reste des voix s’est réparti entre de petits partis qui ne devraient obtenir aucun des 123 sièges en jeu.
Au terme d’élections décrites par des organisations locales et internationales comme entachées d’irrégularités, le CPP avait annoncé conserver sa majorité au parlement avec 68 sièges contre 55 au CNRP.
Des accusations de fraudes
Malgré le plus mauvais score du parti au pouvoir depuis 1998, l’opposition a rejeté les résultats du CPP, revendiquant la victoire, avec 63 sièges, et a réclamé une enquête indépendante, avec la participation de l’ONU, sur des fraudes qu’elle estime massives. Elle a également dénoncé les résultats de la NEC. « Le CNRP est très déçu et s’oppose aux résultats provisoires (…) alors que de graves irrégularités avant et le jour des élections n’ont pas fait l’objet d’une enquête », a-t-il souligné lundi dans un communiqué.
Les différentes parties n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur les modalités d’une enquête, les autorités rejetant la participation des Nations unies. La NEC a noté lundi que les résultats préliminaires pouvaient être contestés.
« Les partis politiques peuvent déposer des plaintes contre ces résultats provisoires auprès du Conseil constitutionnel ou de la NEC dans les 72 heures », a précisé son secrétaire général Tep Nytha. S’il n’y a aucune plainte, les résultats définitifs, avec la répartition en sièges, seront publiés « jeudi soir ou vendredi » et dans le cas contraire « d’ici au 8 septembre », a-t-il encore ajouté.
L’exigence d’une commission d’enquête
Alors que l’opposition a menacé de manifestations de masse si la commission d’enquête qu’elle réclame n’est pas formée, des soldats et des véhicules blindés ont été déployés dans Phnom Penh la semaine dernière. Un déploiement destiné selon les autorités à parer à tout débordement, mais dénoncé par l’opposition comme une manoeuvre d’intimidation visant à décourager la population de descendre dans la rue.
Hun Sen, au pouvoir depuis 28 ans et dont le gouvernement est régulièrement accusé de réduire ses opposants au silence, a de son côté assuré qu’il resterait Premier ministre et formerait un nouveau gouvernement même si l’opposition mettait à exécution sa menace de boycotter le nouveau parlement.
le futur porte-hélicoptères dont il va équiper sa flotte, un navire de 248 mètres baptisé « Izumo »
La Corée du Nord a vertement critiqué le Japon mercredi, estimant que ce dernier avait franchi « la ligne du danger », au lendemain du baptême du plus gros navire militaire construit par Tokyo depuis la dernière guerre.
Dans un commentaire, l’agence officielle nord-coréenne KCNA se réfère à un rapport publié le mois dernier par le ministère de la défense nippon, qui appelle à créer « une large capacité d’endiguement » face aux menaces balistiques nord-coréennes.
« Ce n’est rien d’autre qu’un vaste canular par le Japon pour justifier le fait de devenir un géant militaire, ce qui va au-delà de la ligne du danger », s’indigne KCNA.
« Les affirmations du Japon sont trop irraisonnables et illogiques pour justifier ses sinistres objectifs », ajoute l’agence, qui transmet fidèlement les vues du pouvoir.
La veille de la publication de ce commentaire, le Japon avait montré pour la première fois en public le futur porte-hélicoptères dont il va équiper sa flotte, un navire de 248 mètres baptisé « Izumo » et encore en construction à Yokohama (sud de Tokyo).
Le navire, plus gros bateau militaire construit par Tokyo depuis la 2e Guerre mondiale, sera opérationnel après 2015 pour un coût total de quelque 900 millions d’euros. Une fois mis en service, il pourra embarquer neuf hélicoptères.
Mardi, la Chine s’était déclarée « préoccupée par l’expansion constante des équipements militaires du Japon ».
Le nouveau Premier ministre Shinzo Abe, auquel on prête l’intention de faire réviser la constitution pacifiste de 1947 (qui interdit le recours à la guerre), a fait approuver un budget militaire de 38,7 milliards d’euros pour 2013-2014, en hausse pour la première fois depuis onze ans.
Un Touareg se promenant dans les rues de Kidal avec ses ânes. Photo AFP
La démocratisation et la stabilisation du pays sont les deux mamelles de la sécurité régionale, affirment Occidentaux et États voisins ; rien n’est moins sûr, rétorquent les politologues, pour lesquels le Mali reste la pièce maîtresse de « l’échiquier terroriste » au Sahel.
Après l’Afghanistan et les régions tribales du nord-ouest du Pakistan, le Sahel africain est devenu le terrain de jeu de prédilection des islamistes jihadistes. Depuis quelques années, ils y sévissent presque impunément, excepté en de rares occasions comme la récente intervention française au Mali (opération Serval) qui a mis les extrémistes au pas. Enclavé au cœur du Sahel, le Mali était la plaque tournante des jihadistes et une pièce maîtresse de « l’échiquier terroriste » instauré par el-Qaëda au Maghreb islamique (AQMI) dans la région. Quoique le conflit dépasse largement le cadre de ce pays, Occidentaux et États voisins, eux-mêmes concernés par la nébuleuse jihadiste, pensent que la sécurité régionale passe par la démocratisation et la stabilisation du Mali. Pour ce faire, après en avoir chassé les islamistes avec l’aide de quelques pays africains, la France a imposé un calendrier électoral en dépit des réticences de certains acteurs politiques locaux. La présidentielle, qui s’est tenue hier, est ainsi censée sceller la « réconciliation » d’un pays divisé et rétablir l’ordre constitutionnel interrompu par le coup d’État militaire du 22 mars 2012, qui avait renversé le président élu Amadou Toumani Touré (surnommé ATT). Le président malien par intérim, Dioncounda Traoré, et même le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, avaient prévenu d’avance que ce scrutin serait « imparfait », mais qu’il faudrait néanmoins en « accepter » les résultats.
Le pari de Paris
L’élection présidentielle malienne est-elle réellement la solution miracle tant souhaitée par les parties prenantes au conflit ? Les jihadistes sont-ils définitivement muselés, au Mali, et dans le Maghreb par extension ? Selon les analystes, rien n’est moins sûr : la solution ne peut être que régionale et globale, d’autant que le problème implique tous les pays du Sahel et de l’Afrique du Nord.
Roland Marchal, chargé de recherche au Centre national de recherche scientifique (CNRS) et au Centre d’études et de recherches internationales (CERI), estime que la présidentielle malienne relève d’un pari de la France et, derrière Paris, de la communauté internationale. « Il y a consensus sur le fait qu’il faut changer, avoir un nouveau président pour achever les tâches de la transition débutée en avril 2012. Mais nombre d’observateurs, maliens et étrangers, s’inquiètent du fait que des élections tronquées à cause de l’empressement à tenir une date puissent aboutir à des fraudes substantielles », déclare M. Marchal, faisant allusion notamment au nord du Mali. L’analyste s’inquiète d’une forte contestation qui minerait les efforts du président élu. « S’il faut opérer une refondation de l’État malien, mieux vaut donner aux populations l’assurance qu’elles sont toutes partie prenante de ce projet. Aujourd’hui, une partie de la jeunesse et de la diaspora (et des zones entières du pays) peuvent en douter », affirme-t-il.
Confirmant cette fragilité du processus électoral, le général Grégoire de Saint-Quentin, qui a commandé l’opération Serval, a reconnu que le Mali n’est pas encore « complètement stabilisé ». « D’une part, le général de Saint-Quentin a raison car les jihadistes ont un enracinement social ; en particulier dans la région de Gao et les villages alentour, mais aussi à Bamako où près de 20 % de la population est wahhabite (bénéficiant du soutien du Qatar et de l’Arabie saoudite) », assure Michel Galy, politologue et professeur de géopolitique à l’Ileri (Institut des relations internationales, Paris) et coauteur de La Guerre au Mali, comprendre la crise au Sahel et au Sahara, enjeux et zones d’ombre (éditions La Découverte). « D’autre part, les Touareg du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) veulent instaurer leur Etat dans le nord du Mali », poursuit-il, relevant que beaucoup de problèmes ont entaché la tenue du scrutin. Il s’est tenu en plein ramadan et à la saison des fortes pluies, ce qui fait craindre une possible faible participation des électeurs. « Les listes électorales étaient incomplètes car basées sur un vieux recensement ; les jeunes de 18 à 20 ans n’y étaient pas comptabilisés », ajoute-t-il, soulignant que beaucoup de votants au Nord n’ont pas eu leurs cartes électorales car n’ayant pas de carte d’identité. « Mais même si 20 % des électeurs ne votent pas, cela reste mieux que d’avoir un gouvernement fantoche comme celui de Dioncounda Traoré qui est illégitime. Ma position personnelle est qu’un président élu, même avec des imperfections, reste meilleur et plus légitime que M. Traoré qui est un président intérimaire non élu », assure M. Galy.
Réconciliation nationale
Pour Philippe Hugon, de l’Institut de recherches internationales et stratégiques (IRIS) et auteur de Géopolitique de l’Afrique (Paris, A. Colin 2013), la question de la légitimité du nouveau président est centrale. « Bien entendu, il y aura des contestations liées aux listes électorales et aux organisations matérielles du vote, aux difficultés de vote des réfugiés ou déplacés (environ 500 000), aux difficultés d’organisation dans la région de Kidal (malgré l’accord de Ouagadougou) ou aux insécurités lors du vote », dit-il. Selon lui, la question reste toutefois de savoir quelle sera l’ampleur de ces difficultés et les écarts entre les candidats pour le premier et, vraisemblablement, le second tour du scrutin. « Une nette victoire d’un des candidats ne remettrait pas en cause la légitimité de son élection, mais il est important que le Nord puisse voter, même s’il ne représente que 37 000 électeurs sur 6,8 millions », estime-t-il.
De ce qui précède découle le thème-clé de la présidentielle : la réconciliation nationale. « Le Mali a su historiquement gérer les différences, même si la question touareg est restée permanente entre révolte, répression et négociation », poursuit M. Hugon. Pour lui, les facteurs de division sont largement extérieurs au Mali : AQMI bouté hors d’Algérie, mercenaires revenant de Libye après la chute de Kadhafi, développement des trafics, diverses mouvances composées d’Algériens ou de Mauritaniens. « Il faut évidemment que des droits soient reconnus aux différentes communautés et minorités. Ce qui suppose un approfondissement de la décentralisation, l’autonomie des provinces et/ou une institution des règles de partage des rentes minières à venir », affirme l’analyste.
Le vrai débat
« Les élections ont un objectif limité, mais il est clair que le fossé ne peut être comblé ainsi », estime Roland Marchal. L’accord de Ouagadougou, signé en juin 2013 entre les rebelles touareg et l’Etat malien, le dit déjà : il y aura un processus de réconciliation à la suite de l’élection présidentielle, quel que soit l’élu. « Le vrai débat est sur la forme de ce processus et sur l’association des autres régions du pays à une discussion qui, sur bien des points, touche à des revendications communes : la décentralisation, la transparence de l’administration locale, la lutte contre la corruption (…) », ajoute M. Marchal.
Ce qui est à noter, relève pour sa part Michel Galy, c’est l’inversion entre Paris (l’Occident en général) et Bamako. « Au Mali, ce sont les Touareg qui sont rejetés et mal acceptés, alors qu’à Paris, ils sont plutôt bien vus. À Bamako, les jihadistes sont tolérés, en dépit de leur extrémisme, car ils sont considérés comme des citoyens maliens, contrairement aux Touareg. En Occident, les jihadistes font peur », dit-il. La réconciliation nationale se jouera donc, pour les Maliens, au niveau de l’acceptation des Touaregs. M. Galy poursuit sur sa lancée : « Militairement parlant, l’opération Serval a été une réussite (toutefois confinée au Mali). Elle a arrêté la progression des jihadistes vers Bamako, les a refoulés au Nord et les a neutralisés après de rudes combats. Des centaines de combattants jihadistes ont été tués ou détenus, tandis que le reste s’est éparpillé dans les pays voisins comme la Libye, l’Algérie, le Niger ou la Mauritanie. » Et c’est là où le danger guette, selon l’expert. Le conflit risque de s’étendre à ces pays frontaliers et pourrait embraser tout le Sahel. « Il y aura certainement des attentats ponctuels au Mali, mais la crainte est que les jihadistes ne se lancent dans des opérations terroristes du style de celles qui ont eu lieu récemment à Arlit (au Niger) et In Amenas (en Algérie) », déclare-t-il, redoutant un « scénario catastrophe » plus pessimiste encore : un enracinement islamiste, une extension de la nouvelle « guerre nomade » aux pays limitrophes du Mali, à commencer par le Niger.
Le silence de l’UE
Cette « guerre nomade » pourrait s’étendre vers l’ouest du continent africain depuis le Sahara occidental, avec le Front Polisario pour fer de lance. « Des combattants du Polisario, de Boko Haram (secte islamiste nigériane) et des shebab somaliens ont combattu avec les jihadistes maliens », rappelle l’analyste ; cela a engendré des liens entre les différents mouvements. « La crainte est de voir s’embraser une bande de terre allant d’Est en Ouest (séparant l’Afrique du Nord de l’Afrique subsaharienne) », selon lui, une alliance des islamistes avec le Polisario créant une ceinture de feu sur le continent africain.
« L’opération Serval a été une grande réussite sur le plan militaire face à la défaillance des armées africaines (exception faite des Tchadiens et des Nigériens) et du silence de l’Union européenne », renchérit Philippe Hugon. « Bien entendu, elle ne règle pas la question de fond de la lutte contre les jihadistes. Ceux-ci se sont en partie disséminés, notamment au sud de la Libye, et ont encore des moyens de nuisance », ajoute l’expert. L’espace de l’arc sahélo-saharien est gigantesque (20 fois la superficie de la France), rappelle-t-il, et les réseaux de trafic n’ont pas été éradiqués. De plus, ajoute le chercheur, les jeunes ont très peu de perspectives d’insertion dans une zone qui n’a pas enclenché sa transition démographique, formant ainsi un terreau fertile pour les islamistes.
Décalage
Un avis partagé par Roland Marchal, pour qui « l’opération Serval n’est qu’une opération militaire et, comme telle, elle peut être considérée comme une réussite ». Le problème, selon lui, est le décalage entre cet aspect militaire et la stratégie politique mise en œuvre. « Une stratégie un peu simpliste », assure l’expert. « Les militaires français savent qu’il faut poser le problème régionalement ; mais peut-on, comme le fait la France ou l’Union européenne, se limiter à une stratégie sahélienne alors que des États comme la Libye, l’Algérie et la Tunisie sont volontairement ou non des acteurs de la crise ? » se demande l’analyste. « La définition de stabilité est très politique », poursuit-il. « En 2010, la communauté internationale estimait le Mali stable alors que pratiquement tous les ingrédients de la crise étaient là. On peut, sans se tromper, estimer que la résolution de la crise sera longue et qu’elle dépasse de loin le Mali. Celui-ci peut retrouver une normalité (au sens de 2010), mais les États de l’ensemble de la zone doivent savoir qu’il n’y aura qu’une solution collective », conclut M. Marchal.
Son confrère Philippe Hugon estime, lui, que le Mali a été au cœur des réseaux jihadistes du fait de la faiblesse, voire de la connivence, des autorités politiques et militaires à l’époque d’Amadou Toumani Touré. « L’armée est à reconstruire. Le pouvoir politique doit être légitimé. La présence des Casques bleus accompagnant les forces françaises doit assurer la sécurité. Le futur dépendra de la reconstruction économique et des perspectives d’insertion des jeunes, actuellement prêts à se mobiliser pour des causes extrêmes », dit-il.
Les apprentis sorciers
Autre son de cloche du côté de Michel Galy. D’après l’analyste, les États-Unis ont voulu jouer aux apprentis sorciers dans la région. Ils ont dépensé beaucoup d’argent pour ce qu’ils ont appelé « l’Initiative Pan-Sahel». Washington a formé et fourni du matériel à des hommes pour combattre les islamistes. « Mais cela s’est retourné contre eux et s’est terminé en catastrophe », estime M. Galy. « Le capitaine Amadou Sanogo, parfait anglophone formé aux États-Unis, est devenu le chef des putschistes ; certains militaires, eux, sont passés du côté des rebelles touaregs », ajoute-t-il. Il faut savoir en outre que, depuis des siècles, pour les Touaregs et les Arabes, leur mode de vie est basé sur la guerre qu’ils considèrent valorisante, rappelle le chercheur. « Ainsi, depuis 1960, cinq rébellions touaregs ont eu lieu », note-t-il, insistant sur le fait que le problème, chose que l’Occident a tendance à occulter souvent, est également d’origine « culturelle ».
Et M. Galy de conclure : « Les islamistes jihadistes se sont infiltrés dans la brèche laissée par les gouvernements successifs corrompus. Ils offrent des services sociaux divers (scolarisation, hospitalisation, aides humanitaires, etc.), se substituant ainsi au gouvernement central ; et bâtissent de la sorte leur base partisane. » Pour pallier au problème, dit-il, le meilleur remède passe par le développement économique et social des régions pauvres ; mais pour cela, il faudrait un gouvernement central fort et non corrompu.
En espérant, pour le Mali, que la présidentielle d’hier puisse accoucher d’une telle quasi-utopie…
Israël vient de prendre des mesures de rétorsion à l’égard de l’Union européenne. De quoi l’UE serait-elle «coupable»? D’avoir décidé que ses programmes de coopération avec l’État hébreu, et donc l’argent européen, ne pouvaient plus financer des projets israéliens situés en territoire palestinien occupé.
Rappelons quelques faits. Un: l’occupation israélienne de la Palestine, État reconnu depuis peu par l’Assemblée des Nations unies, est illégale aux yeux des lois internationales, comme l’a rappelé la Cour internationale de justice en 2004. Ceci n’est pas que du droit: l’occupation représente un carcan épouvantable, qui empoisonne la vie quotidienne des Palestiniens.
Deuxièmement, la Cisjordanie fait l’objet d’une annexion partielle rampante, par le biais de colonies illégales: c’est du vol de terres, sur lesquelles les Israéliens vont jusqu’à détruire, comme à Jérusalem-Est et dans ses environs, des habitations palestiniennes.
En dépit de l’occupation, Israël est le pays partenaire de l’UE qui bénéficie du statut le plus privilégié en matière de coopération, notamment économique et scientifique. La décision récente de la Commission européenne n’a pas consisté à couper ces programmes de coopération: elle permettra seulement d’éviter que cet argent ne finance l’occupation.
Rappelons par ailleurs que l’Union européenne fournit, bon an mal an, un demi-milliard d’euros à l’Autorité palestinienne depuis 1993: soit la moitié de son budget. Et ceci pour quoi? Pour l’aider à fonctionner en dépit de l’occupation israélienne…
En annonçant ses mesures de rétorsion, Israël adresse à l’Europe un message très simple: «Payez, puis taisez-vous». Ceci est évidemment inacceptable. Et il faut rendre hommage à l’Union européenne et à son exécutif bruxellois, si souvent critiqués pour leur pusillanimité diplomatique, d’avoir enfin mis leurs actes en conformité avec leurs paroles.
Israël, quant à lui, joue un jeu extrêmement dangereux. Par de telles réactions, l’État hébreu administre une nouvelle preuve du mépris dans lequel il tient toute légalité qui ne lui serait pas profitable. Ce faisant, il creuse obstinément son propre isolement. Cet isolement est hélas exalté en Israël par les éléments les plus extrémistes. Ceux-là dégainent systématiquement l’accusation d’antisémitisme contre tous ceux qui, au nom de la loi ou de la compassion, ne veulent plus contribuer à une occupation condamnable. C’est-à-dire à «payer et se taire».