Une journaliste française indésirable en Tunisie

liberte-presse-tunisieUne journaliste française du quotidien parisien Le Monde qui souhaitait couvrir les élections du 25 octobre en Tunisie a été refoulée à son arrivée mardi soir à l’aéroport de Tunis-Carthage, a-t-on appris de source gouvernementale. « Mme Florence Beaugé a été interdite d’accès au territoire tunisien », a indiqué cette source dans un communiqué transmis à l’AFP, précisant que l’envoyée spéciale du quotidien français avait été « avisée qu’elle ne serait pas admise sur le territoire tunisien ». « Il s’agit d’une décision souveraine prise par les autorités tunisiennes », vis-à-vis d’une journaliste qui « a toujours fait preuve de malveillance patente à l’égard de la Tunisie et de partis pris systématiquement hostiles », a-t-on affirmé de même source. Aucune indication n’a pu être obtenue sur les raisons précises ayant motivé le refoulement de la journaliste, qui avait effectué récemment une mission en Tunisie.

AFP 23 10 10 (suite) : L’expulsion de la journaliste : « un acte souverain qui n’a pas à être expliqué » selon le ministre tunisien de la Justice et des droits de l’Homme.

L’expulsion de Tunisie d’une journaliste du quotidien français le Monde est un « acte souverain qui n’a pas besoin d’être expliqué », a affirmé Béchir Tekkari, ministre tunisien de la Justice et des droits de l’Homme. « Nous sommes libres, après plus de 50 ans d’indépendance, d’accepter ou de refouler qui l’on veut », a-t-il déclaré jeudi soir lors d’une conférence de presse. Le ministre était interrogé sur l’explusion mardi soir de Florence Beaugé, envoyée du Monde à Tunis pour la couverture des élections présidentielle et législatives de dimanche. « On l’a avertie qu’elle était indésirable, elle a insisté pour venir, elle a été expulsée (…), un acte souverain qui n’a pas à être expliqué ni motivé », a-t-il dit. La France a effectué une démarche « infructueuse » auprès de la Tunisie pour qu’elle autorise l’entrée de la journaliste, avait indiqué le porte-parole du Quai d’Orsay Bernard Valero.

Florence Beaugé avait été refoulée à son arrivée mardi soir à l’aéroport de Tunis-Carthage. Une source gouvernementale tunisienne lui a ensuite reproché, d' »avoir toujours fait preuve de malveillance patente à l’égard de la Tunisie et de parti-pris systématiquement hostiles ». L’envoyée du Monde a effectué récemment un séjour en Tunisie durant lequel elle a interrogé des opposants particulièrement critiques à l’égard du régime, notamment l’avocate Radia Nasraoui et de son époux Hamma Hammami, chef du Parti communiste ouvrier (PCOT, interdit).

S’agissant de l’interdiction de voyage faite à Me Nasraoui, M. Tekkari a indiqué qu’elle était « sous le coup de poursuites judiciaires ». « Appartenir à un mouvement politique ou être écouté par certains médias n’exonère pas quelqu’un de la loi », a-t-il dit. Me Nasraoui a été empêchée mardi de se rendre à Strasbourg où elle devait participer à une rencontre au Parlement européen. M. Tekkari a fait état de « grandes avancées » en matière de libertés et droits de l’Homme. « Si des cas isolés ont été enregistrés, cela ne veut pas dire qu’il y a une violation continue », a-t-il dit.

Voir aussi : Chroniques Ministre de réserve

Joyandet : Kadhafi a une évolution « de plus en plus positive »

Interrogé sur la chaîne TV5Monde au sujet des propos à l’emporte-pièce et controversés du numéro un libyen sur différents sujets, M. Joyandet s’est refusé à commenter des « déclarations qui lui appartiennent ».

« Tout le monde connaît le président Kadhafi qui a d’ailleurs une évolution qui est plutôt positive, de plus en plus positive », a-t-il observé, en relevant que ce dernier viendrait s’exprimer prochainement à la tribune des Nations unies.

Dans l’entourage du secrétaire d’Etat, on précisait que M. Joyandet avait voulu faire allusion « au fait que le colonel Kadhafi avait renoncé à soutenir le terrorisme international depuis 2003 ».

En réponse à une autre question sur l’engagement français contre le terrorisme en Afghanistan, le ministre français a évoqué à nouveau en passant l’Afrique et le dirigeant libyen, qui, selon lui, peut avoir une influence utile.

« Il faut combattre le terrorisme là-bas en Afghanistan, sinon il viendra chez nous. Vous savez, je vois ce qui se passe en Afrique notamment, dans le Sahel, et pour cela d’ailleurs nous avons besoin du président Kadhafi et de la Libye », a-t-il remarqué.

M. Joyandet a représenté la France la semaine dernière aux cérémonies du 40e anniversaire de l’arrivée au pouvoir de Mouammar Kadhafi.

Ces festivités se sont déroulées sur fond de polémique, après le tollé suscité par l’accueil triomphal à Tripoli d’Abdelbaset Ali Mohamed al-Megrahi, condamné pour l’attentat de Lockerbie (270 morts) et récemment libéré par l’Ecosse pour raisons médicales.

Amin Maalouf : L’occident est peu fidèle à ses propres valeurs

amin-maaloufRencontre avec l’écrivain Amin Maalouf qui signe un ouvrage à large spectre sur notre époque tumultueuse.

Les urgences auxquelles nous devons faire face en ce début de XXIe siècle sont à l’origine du dernier essai de l’écrivain libanais Amin Maalouf Le dérèglement du monde qui s’appuie sur une double connaissance, de l’Occident et du monde arabe, pour appeler à une action lucide et partagée.

« A vous lire, on mesure à quel point la crise identitaire est générale et à quel point elle se trouve au centre des dysfonctionnements du monde

Les gens ont un peu peur de la notion d’identité culturelle. Ils manient cela avec beaucoup de réticences. Je pense au contraire que ne pas parler de la question de l’identité, c’est laisser se développer toute sorte de démons alors que quand on en parle, on peut arriver à définir les choses clairement. Le débat est utile. On doit parler de l’identité française, on doit parler de l’identité européenne et les choses ne sont pas simples. Elles ne sont pas comme elles apparaissent lorsque l’on se contente d’allusions.

Comment créer un sentiment d’appartenance commune notamment au sein de l’UE ?

De mon point de vue, l’identité européenne doit se construire. Il y a des choses qui existent. Toute personne qui adhère à l’Europe doit adhérer à un certain nombre de valeurs. Elle doit considérer comme sien tout un bagage culturel et en même temps elle doit savoir que cela n’est pas figé, qu’il y a des choses qui doivent être apportées. Et que ces apports peuvent venir de la planète entière. Parce que l’histoire ne s’est pas achevée. La culture n’est pas un paquet que l’on se passe de l’un à l’autre. C’est quelque chose de vivant.

Vous insistez sur la primauté de la culture. Sur quelles valeurs doit-elle se fonder ?

L’aspect culturel de la construction européenne doit être un élément essentiel. C’est comme cela que les gens vont adhérer. Parce que l’aspect culturel sous-tend la notion d’appartenance. Universalité des valeurs et diversités des expressions sont les deux faces d’une même monnaie, elles sont inséparables. Si l’on transige sur l’université des valeurs. Si on accepte qu’il y ait des droits de l’homme pour les Européens et d’autres droits pour les Africains, les musulmans ou d’autre, on perd sa route. Et si on considère que la diversité culturelle est une chose secondaire, que l’on peut accepter la marginalisation et la disparition de cultures millénaires, là aussi on fait fausse route. Il faut parler de ces questions et tracer une ligne claire.

A notre stade d’évolution il faut changer dites-vous ?

L’occident à besoin de modifier son comportement. Sans abandonner ses principes. Il doit se comporter dans le reste du monde en fonction de ces valeurs. Sans adopter deux poids et deux mesures en attaquant un dictateur et en se taisant avec un autre parce qu’il a des contrats. Les pays arabes doivent aussi faire leur propre examen de conscience pour sortir de leur puits historique.

Vous dites cela face à des urgences très concrètes ?

Absolument, nous avons besoin aujourd’hui de faire face ensemble à une crise majeure liée au réchauffement climatique, aux pandémies aux armes de destructions massives, à la coexistence des peuples et des cultures… Ce qui n’est possible que s’il existe une véritable confiance, une véritable solidarité parce que nous avons besoin d’agir ensemble pour gérer le monde autrement.

Avec quelle implication citoyenne ?

Il faut changer la manière que nous avons de satisfaire nos envies. Je pense qu’il faut passer d’un monde où nos besoins sont essentiellement satisfaits par une consommation matérielle à un monde où une partie très significative de ces satisfactions viennent de satisfactions immatérielles liées à l’épanouissement de la personne. C’est une question de survie : nous devons vraiment recentrer notre vision du monde ».

recueilli par Jean-Marie Dinh

Le dérèglement du monde, édition Grasset 18 euros.

Voir aussi : Entretien Edgar Morin , la forêt des écrivains combattants, Salah Stétié une restitution ,

Fillon à Tunis, prolixe sur la coopération, muet sur les droits de l’Homme

François Fillon a entamé une visite de travail en Tunisie avec la signature d’accords de coopération dont certains dans le but de décrocher à plus ou moins long terme de nouvelles parts d’une économie prospère, en évitant soigneusement la question des droits de l’Homme.     Le Premier ministre français et son homologue tunisien Mohamed Ghannouchi se sont réjouis de « l’exemplarité » de la relation entre les deux pays. M. Fillon a a évoqué une « coopération gagnant-gagnant » en réponse à M. Ghannouchi qui célébrait une « concordance » totale « de vues et d’analyses ».
« Les échanges sont à un niveau historique », a même dit M. Fillon.

Pour concrétiser cette entente idyllique qui n’est pas sans ambitions commerciales pour Paris, les deux gouvernements ont paraphé plusieurs accords dont certains avaient été mis sur les rails lors de la visite du président Nicolas Sarkozy, il y a tout juste un an.
C’est le cas dans le nucléaire civil, la France espérant à terme obtenir la construction d’une centrale d’ici 2020. Paris a également des ambitions dans le domaine des transports, objet d’un autre accord-cadre, avec le projet d’extension du tramway à Tunis et l’équivalent du RER parisien.
En direction des PME tunisiennes qui participent à une croissance estimée à 3% cette année (4,5% selon des statistiques tunisiennes) malgré la crise, la France débloque une aide de 40 millions d’euros liée à l’obligation de se fournir auprès d’entreprises françaises.

M. Fillon, qui est accompagné d’une cinquantaine de chefs d’entreprise, a en revanche soigneusement évité la question des droits de l’Homme, au centre de critiques récurrentes d’organisations internationales et des opposants au régime de Zine El Abidine Ben Ali, dont des portraits géants ornent la capitale et qui brigue à l’automne un cinquième quinquennat consécutif.
M. Fillon n’en a pas dit un mot devant des étudiants tunisiens réunis à la Cité des Sciences qui avaient pour « recommandations officieuses », selon l’un d’entre eux, de ne pas en parler.     En avril 2008, le président Nicolas Sarkozy s’était risqué sur ce terrain pour louer les « efforts » de la Tunisie, déclenchant une polémique.

En revanche, le Premier ministre n’a pas échappé à une question sur le nombre « trop réduit » de visas d’études accordés par la France à une jeunesse durement touchée par le chômage.     M. Fillon s’en est défendu en avançant le chiffre de 7% d’augmentation en 2008 et a mis en avant la coopération très forte en matière d’enseignement supérieur et de formation professionnelle, qui représentent 60% de l’aide française, laquelle s’est traduite par un nouvel accord global de coopération.
Le chef du gouvernement a aussi insisté sur la stratégie française de « gestion maîtrisée des flux migratoires » qui a fait l’objet d’un accord de mise en oeuvre, un an après avoir été conclu par M. Sarkozy. Il prévoit 40 millions d’euros sur trois ans pour des projets de développement à destination des jeunes dans le but avoué de limiter l’immigration économique.

Par ailleurs, l’Agence française de développement (AFD) a signé trois conventions d’aide d’un montant de 80 millions d’euros dont 65 millions dédiés à la gestion de l’eau. M. Fillon sera reçu par M. Ben Ali avec qui il devrait évoquer des dossiers diplomatiques dont l’Union pour la Méditerranée (UMP), en panne depuis la crise de Gaza, et dans laquelle la Tunisie est très impliquée.

Obama lance la campagne des européennes

« (…)Il eût été difficile de le prédire, mais c’est Obama qui vient de lancer la campagne électorale pour les élections européennes du 7 juin, en soulevant de manière si nette la question turque. Le geste a pris à contre-pied Nicolas Sarkozy, à peine rentré de Strasbourg. Mais, sachant l’opinion largement hostile à l’entrée de la Turquie, il n’a pas hésité un seul instant à réaffirmer, tout aussi nettement, son opposition. Animant un débat d’autant plus vif, à droite comme à gauche, que les clivages traversent chaque camp. L’adhésion de la Turquie n’est ni décidée ni nécessairement pour demain. Elle fait l’objet d’un processus long, entamé formellement en 2005 et conditionné au succès de la négociation sur trente-cinq chapitres thématiques. Seuls dix ont été ouverts à ce jour. Pourquoi le soutien d’Obama à cette adhésion déclenche-t-il alors tant d’émotions ? Sans doute parce que l’Europe craint presque autant d’ouvrir la porte à 70 millions de Turcs que de la fermer à une puissance montante de la Méditerranée. »