Philosophie politique. Jean-Claude Michéa lève le voile à Montpellier sur son dernier livre «Les mystères de la gauche».
Le philosophe politique Jean-Claude Michéa était l’invité des Amis de l’Huma mardi salle Pétrarque pour un débat autour de son dernier essai Les mystères de la gauche dans lequel il invite à en finir avec l’usage du mot gauche pour construire une alternative efficiente et nécessaire au capitalisme néo-libéral.
En portant un éclairage historique, l’auteur développe dans son ouvrage l’inféodation de la gauche et de la droite à l’économie capitaliste. Avec l’humour éclairé qu’on lui connaît, il a rappelé à Montpellier quelques évidences comme le fait que la Résistance n’a jamais été la lutte de la gauche contre la droite, citant le parcours collaborationniste d’un Jacques Doriot ou le référendum sur le TCE en 2005 figurant comme un bel exemple de coopération avec l’expression de 90% des députés se prononçant en faveur du traité libéral. » Sur ce sujet, on trouve entre la gauche et la droite la même différence qu’entre DSK et Christine Lagarde. »
Michéa poursuit sa thèse critique sur l’idéologie du progrès de la gauche développée dans son dernier livre Le complexe d’Orphée. «L’avant garde de la gauche c’est d’être sur le devant de la scène sur le plan sociétal dans une fuite en avant perpétuelle.» Il pointe les effets qui minent les ressorts moraux des gens ordinaires rendant la révolte impossible. Le philosophe nous explique que le clivage gauche/droite ne pourra jamais aboutir à la sortie du monde crépusculaire que les élites libérales ont mis en place. Il pointe la nécessité de trouver un langage commun face au capitalisme devenu un fait social total. « L’idéologie libérale s’est infiltrée dans la nature des relations humaines, envahissant la sphère familiale, comme dans le monde du travail, la relation avec nos enfants, avec nos amis…».
Selon un sondage récent, 37% des Français n’arrivent plus à se reconnaître dans le clivage gauche/droite. Jusqu’ici la plupart choisissent l’abstention…
Clément Liscoët | Etudiant en sociologie et vendeur chez Virgin
Les événements qui ont eu cours ces 13, 14, 15 mai dans les différents Virgin Megastore pendant la grande opération de déstockage ont suscité de grands sentiments d’indignation qui ont été relayés dans les médias, essentiellement via le support des blogs et de la presse numérique [« Soldes à Virgin : “ Vous vous êtes comportés comme des pourritures” »,
Il est intéressant de constater que l’essentiel de la critique s’est porté sur les clients et moins sur les membres de la direction des Virgin Megastore. Les clients ont été désignés par les doux sobriquets de « charognards » et « pourritures », remettant en cause leur comportement peu digne d’êtres humains.
Vendeur au secteur multimédia du Virgin Megastore de Montmartre depuis cinq ans, j’ai eu l’occasion de vivre cette période de déstockage.
Toutefois, bien que j’aie ressenti ces mêmes sentiments de dégoût et d’indignation, je voudrais rendre un peu plus subtiles les critiques qui ont été faites jusque-là, quitte à les déplacer quelque peu.
Un mode de pensée cynique
L’histoire de notre société moderne se caractérise par l’éveil de la rationalité. L’individu est devenu libre de ses choix par l’usage de la raison. Cependant, alors que pendant longtemps, il a été question d’une rationalité en valeur – l’individu réalisait ses choix en fonction de valeurs morales admises (religieuses, métaphysiques, etc.) – avec l’essor du capitalisme, on a vu émerger une autre forme de rationalité : la rationalité en finalité, une certaine forme de cynisme où « la fin justifie les moyens ».
Or, l’ensemble de la politique de Virgin ces dernières années a eu pour seul but d’inciter les clients, comme les vendeurs, à adopter le mode de pensée cynique au détriment de l’action morale.
Déjà à mon arrivé en 2008, les vendeurs du secteur multimédia avaient le droit à une prime en fonction de la réalisation des taux de ventes de produits numériques (lecteurs MP3, appareils photo, etc.).
Si la nécessité de faire du chiffre n’était pas encore pleinement prescrite sur le terrain, il reste que certaines techniques de vente entraient en ligne de compte dans l’évaluation des vendeurs, réalisée chaque année et au titre desquelles on pourra citer « la montée en gamme ». Du simple lecteur MP3, il était alors recommandé d’encourager le client à se tourner vers celui qui disposerait d’un écran couleur, puis, plus tard, au gré des technologies, vers celui qui capterait Internet.
De la même façon, il pouvait par exemple être assez mal venu de déconseiller l’achat d’une tablette numérique quand bien même celle-ci devait être destinée à un enfant, bien que le produit, autant pour des raisons techniques (la fragilité) qu’éthiques (la somme du produit équivalait au tiers de mon salaire), ne lui était pas approprié.
Le culte du matérialisme
C’est donc très tôt que Virgin, par l’intermédiaire de ses vendeurs, a enchaîné le client au consumérisme. On vouait alors un culte au matérialisme ; les techniques de vente par le renfort d’autres organes de la machine commerciale, comme la publicité, n’avaient de cesse de convertir les clients à ce culte.
A partir de 2010, Virgin a pris la décision de développer plus encore ce culte lorsque l’enseigne a décidé d’introduire la vente d’assurances sur les produits numériques. Les vendeurs ont été formés moins sur les conditions de réparation des produits lors de la souscription d’une assurance que sur la façon de placer ces dernières.
Le devoir de remplir son taux d’assurance était d’autant plus obligatoire qu’un système de sanctions s’était mis parallèlement en place :
dans un premier temps, aux primes données en fonction de la vente des produits s’est ajoutée une autre prime, celle-ci en fonction du nombre d’assurances placées ;
puis un tableau hebdomadaire de classement s’est mis en place, hiérarchisant les vendeurs entre eux.
Le taux de placement d’assurances est alors devenu le seul élément faisant la qualité d’un vendeur. Si un employé voulait évoluer au sein de Virgin, il devait dans un premier temps montrer sa capacité à faire des assurances à tout prix et quels que soient les moyens.
Transformés en vendeurs d’assurance
Après avoir formé ses clients au culte du matérialisme, Virgin insistait désormais sur la préciosité et la fragilité des produits achetés. L’archétype du bon vendeur était alors celui qui était en mesure de conseiller un produit à un prix tel qu’il ne vienne pas limiter le placement d’une assurance, sans trop contraindre le budget du client.
Quant aux vendeurs, leur marge de liberté a été de plus en plus réduite et ils ont dû se contraindre à accepter les nouvelles règles que Virgin leur prescrivait. Bref, de vendeurs en produit numérique, nous nous sommes transformés, bon gré mal gré, en vendeurs d’assurance.
Au cours de ces derniers mois, on a longtemps imputé aux ventes en lignes la chute de Virgin. Loin de remettre en cause complètement ce point, il n’en reste pas moins que Virgin, en raison de la politique menée ces dernières années, a encouragé ses clients à se tourner vers ces mêmes sites en ligne.
Les individus sont devenus des agents
Dans un premier temps, un premier mouvement s’est constitué lorsque Virgin a incité ses clients à épouser l’action calculée, le cynisme, en accordant une part toujours plus importante à la matérialité : en favorisant une consommation toujours plus extrême au moindre coût.
Puis, un second mouvement s’est amorcé lorsque Virgin a supprimé la seule force qui lui restait, ses vendeurs, en les déshumanisant. En contraignant de façon de plus en plus accrue les employés à passer de conseillers clients à vendeurs d’assurance, Virgin a fait de ses employés le rouage d’une mécanique de profit. La relation de vente qui, jusqu’alors, pouvait encore se définir par une relation entre deux individus, vendeur et client, s’est peu à transformée pour faire place à une relation entre deux agents, deux moyens, rapprochant au final une vente en magasin de la virtualité d’une vente sur Internet.
Aussi, quels ont été les torts des clients venus ces derniers jours ? On ne pourrait les incriminer d’avoir voulu faire de bonnes affaires, d’avoir cherché à maximiser le profit qu’ils pouvaient tirer de cette aubaine. Après tout, les clients présents les 13/15 mai se sont assignés le rôle que Virgin a attendu d’eux pendant toutes ces années.
Ces événements n’ont fait que révéler la virtualité de la relation entre employés et clients, non plus incarnée par des individus humains, mais par la rencontre mécanique entre une offre et une demande, dans l’objectif d’atteindre les buts fixés.
Ils ont failli dans leur rôle d’êtres humains
Là où l’horreur peut nous saisir, c’est en constatant que les clients n’ont pas été capables de sortir de ce rôle. On aurait pu espérer, avec la montée des plans de licenciement, un sentiment d’adhésion de la part de clients pour notre sort, d’autant plus que parmi la foule d’individus qui ont passé les portes des Virgin ces derniers jours, certains parmi eux ont subi ou risquent de subir les mêmes menaces. Or, à part de rares exceptions, il n’en fut rien.
Le sentiment de dégoût a par ailleurs été plus fort dans la mesure où nous nous sommes trouvés destitués de nos rôles par les clients eux-mêmes, au fur et à mesure que les stock étaient vidés. Jusqu’à ce point, notre statut d’employé n’avait été que virtuellement remis en cause par les annonces de fermeture ; les conditions matérielles permettant l’exercice de notre activité – les magasins – restaient effectives. La disparition progressive des stocks annonçait, sans retour possible, la fermeture prochaine des magasins.
Or, la confrontation à la disparition de notre activité, de nos statuts d’employés, a été le fait des clients, ceux-là même qui, jusqu’alors, étaient l’élément fondamental et humain de notre activité. Les individus n’ont pas failli dans leur rôle de clients mais nous pouvons leur reprocher d’avoir failli dans leur rôle d’êtres humains. De n’avoir pas su se départir de l’action cynique pour faire le choix d’agir moralement.
Figure du mal
Dans cette équation, il y a pourtant un coupable que l’on a trop facilement oublié. Le jeudi 16 mai, alors que mes collègues et moi-même refusions de ranger les magasins, nous avons eu le droit à la visite de Marc Pinguet, membre de la direction (directeur d’exploitation).
Pendant le bref échange que nous avons eu avec lui, j’ai eu tout le loisir de saisir la figure du mal qui caractérise ce nouveau siècle. J’ai pu constater la différence fondamentale entre lui et nous, clients et employés de Virgin. Si nous avons dû agir par l’effet d’une force mécanique, si nous avons été contraints à nous soumettre à cette action cynique, pour lui il s’agit d’une idéologie.
Par un effet rhétorique assez classique, monsieur Pinguet nous a indiqué que lui-même avait commencé au bas de l’échelle, comme vendeur, comme nous ; nous indiquant alors que ce qu’il exigeait de nous, dans la mesure où il l’avait lui-même vécu, nous nous devions de l’accepter.
Deux types de personnes entrent dans la composition des membres de la direction :
ceux qui sont entrés par voie de diplôme et biberonnés aux discours des écoles de commerces ;
ceux qui y arrivent par ascension progressive.
Or, n’évolue pas qui veut dans une entreprise. Seuls ceux qui adhèrent le plus étroitement aux politiques de l’entreprise gagnent ce droit. Chacun des membres de la direction est donc dans une acceptation forte de l’action cynique. Lorsque monsieur Pinguet nous a annoncé, dans un sursaut de compassion, que ces journées de déstockage avaient été un mal nécessaire, il nous a montré à quel point nous étions, nous les employés, un moyen comme un autre d’atteindre les buts que Virgin s’était fixés.
La preuve en est qu’une fois l’objectif atteint, les soldes ont cessé, et certains magasins ont eu le droit de fermer pour « calmer les esprits ». Pendant ces trois jours, nécessaires pour faire du chiffre, le manque de personnel garantissant la sécurité et les risques de violence de la part de clients n’ont pas été un problème, ils ne le sont devenus qu’une fois les objectifs atteints.
Pendant ces trois jours, madame Christine Mondollot, la présidente de Virgin, était au Mexique : on voit alors à qui s’adressent les notions de sacrifice et de résignation. Aucun des employés n’a choisi la politique qui lui a été imposée, aucun d’entre eux pourtant ne partira en vacances au Mexique ces prochaines années. Si au moins le profit engendré par les soldes finançait le plan de licenciement comme annoncé et non le paiement des dettes… mais rien n’est moins certain.
Les employés mais également les clients resteront toujours pris dans le jeu de forces supérieures activées par les membres des directions et des actionnaires, qui chercheront toujours à attirer vers eux plus de profit. La colère doit donc se diriger vers ces personnes.
Cependant, si le déni de solidarité persiste, on peut espérer que la montée du chômage change la donne. Peut-être que lorsque nous serons tous également lésés, la solidarité sera de nouveau au goût du jour. Espérons seulement que nous aurons compris la leçon et nous ne nous laisserons plus séduire par ces discours faisant l’apologie de l’action cynique.
La plus belle scène de Grand Central, de Rebecca Zlotowski, présenté aujourd’hui à Un Certain regard, surprend tout le monde. Elle a lieu au cours d’un dîner, alors que les nouveaux intérimaires destinés à travailler dans la centrale nucléaire voisine sont accueillis par leur chef d’équipe (Olivier Gourmet). Gary (Tahar Rahim), un de ces jeunes travailleurs, demande ce que cela fait de recevoir une « dose ». Pour toute réponse, une fille (Léa Seydoux) – que le spectateur n’avait pas encore remarquée – se lève de table, se dirige vers Gary et l’embrasse langoureusement, avant de dire : « tu vois, à l’instant, le rythme de ton cœur s’est accéléré, tes jambes se sont mises à trembler, et ton regard s’est brouillé. C’est exactement ça, l’effet d’une dose. »
Dose de radioactivité ou dose d’amour ? C’est le propre de Grand Central de ne pas les démêler, parce que l’une et l’autre sont, aux yeux de Rebecca Zlotowski, tout aussi dangereuses. La radioactivité s’insinue, invisible, dans les corps, tandis que l’amour bouleverse les âmes et perturbe les relations entre les êtres, ceux qui doivent pourtant être solidaires au travail, dans la centrale, pour éviter les accidents.
Grand Central ne développe pas directement une thèse sociale, ce n’est pas un film à charge contre l’industrie du nucléaire. Cependant, les conditions de travail y sont précisément montrées, et les risques démesurés auxquels sont confrontés ces travailleurs au statut précaire relégués dans des mobile home. Ils sont ni plus ni moins de la chair à centrale. « Grand Central ne milite ni pour ni contre le nucléaire », dit Rébecca Zlotowski dans le dossier de presse. Pourquoi dépolitiser à ce point son film ? A tout le moins, celui-ci n’offre pas du nucléaire une image très positive…
Mais je concède bien volontiers à la cinéaste que Grand Central dépasse cette simple dimension. Plus que la centrale, le fleuve (le Rhône) est le lieu nourricier du film : il suggère toutes les sortes d’ondes et de fluides qui y circulent, mais aussi, sur ses rives, une végétation presque sauvage bien qu’accueillante et sensuelle pour les amoureux clandestins. Le fleuve, c’est aussi un paysage lyrique, des tableaux aux atmosphères changeantes en fonction des couleurs du ciel et de l’humeur des personnages. C’est exactement ce à quoi ressemble le film, où la lumière, la musique et la manière dont la cinéaste filme le visage de ses comédiens créent des ambiances renouvelées, entre la tension du danger, la puissance du désir ou la déroute des sentiments. Tahar Rahim y imprime une nouvelle fois l’évidence de sa présence, tandis qu’il émane de Léa Seydoux un érotisme forcément fatal.
Le jeune cinéma français est en mouvement et même à Cannes (pas dans la compétition officielle, toutefois) cela va se voir. Rebecca Zlotowski, la petite trentaine, en est à son second long-métrage (après Belle épine). C’est aussi le cas de Sébastien Betbeder, dont est sorti il y a quelques mois les Nuits avec Théodore, son premier long, et qui présente à l’Acid 2 automnes 3 hivers.
Arman (Vincent Macaigne), Amélie (Maud Wyler) et Benjamin (Bastien Bouillon) sont à l’âge de leur vie où l’on commence à prendre conscience qu’on est entré dans l’âge adulte. Où l’on ressent de moins en moins confusément la nécessité de construire quelque chose. Ils ont chacun la trentaine. Arman est un ancien étudiant des Beaux-Arts à Bordeaux où il s’est lié d’amitié avec Benjamin, on ne sait pas très bien ce qu’ils font dans la vie ; Amélie est une jolie jeune femme qui s’ennuie avec son actuel petit ami.
2 automnes 3 hivers, un film sur une certaine jeunesse insouciante qui s’achève ? Oui, mais encore faut-il préciser de quelle manière. Arman, Amélie, puis Benjamin n’apparaissent pas devant la caméra comme de simples personnages. Chacun s’est présenté, en mettant en avant ce qu’il estime être important pour une bonne exposition de l’histoire, et en employant la première ou la troisième personne du singulier. Puis, tout au long du film, ils interviendront pour expliquer ce qui va se passer et en livrer des commentaires. Bref, Arman, Amélie et Benjamin sont des personnages-narrateurs, off ou le plus souvent in, filmés face caméra, l’action étant alors suspendue
Mon intention n’est pas de réduire 2 automnes 3 hivers à ce procédé – à connotation littéraire, qui plus est. Mais ce choix formel n’est certainement pas un« truc ». Parce que les comédiens disent avec une parfaite légèreté ces monologues qui ne relèvent en rien de la confession romantique. Mais surtout parce que cela crée du jeu entre des situations banalement réalistes – un couple qui se forme, les premières déceptions de la vie partagée, les conséquences d’un grave accident médical sur un jeune homme… – et le regard distancié que le cinéaste porte sur celles-ci. Ce jeu n’entraîne aucun cynisme, mais permet beaucoup d’humour, de décalage, de fantaisie, ainsi qu’une réflexion induite sur les possibles narrations de ce qui s’apparente à un roman d’apprentissage sentimental et contemporain.
2 automnes 3 hivers surmonte ainsi avec intelligence et esprit d’invention des difficultés que les jeunes cinéastes ont à affronter : trouver des solutions formelles à des récits qui ont été déjà maintes fois menés mais qui se posent à eux comme à toute nouvelle génération, tout en ne recouvrant pas l’émotion et la sincérité par un système trop malin. 2 automnes 3 hivers, ou l’imagination au pouvoir.
Le pouvoir… La journée s’est terminée en politique, avec un dîner en compagnie de Jean-Luc Mélenchon, présent ce jour à Cannes, et de quelques cinéastes notamment, Alain Guiraudie et Luc Leclerc du Sablon. Discussion autour de la convention collective des techniciens, du financement des œuvres, du grand marché transatlantique et de l’exception culturelle…
Il est question de la Réforme dans Michael Kohlhass, d’Arnaud des Pallières tourné en Cévennes. Photo DR
Les films tournés en Languedoc-Roussillon génèrent de nombreuses retombées économiques et mettent en valeur le territoire, ce qui fait l’objet de quelques tractations…
Cinq films tournés en Languedoc-Roussillon seront présentés dans les différentes compétitions et sélections du festival de Cannes qui s’ouvre demain. « C’est exceptionnel. Nous vivons un peu ces sélections comme une consécration. Cela montre la dimension qualitative et la diversité de notre travail. Nous le vivons comme un encouragement », se réjouit Marin Rosenstiehl de l’équipe Languedoc-Roussillon Cinéma.
Au sein de la commission du film, Marin oeuvre toute l’année pour faciliter et faire connaître les tournages dans la région. Grâce à cette politique de soutien à la production audiovisuelle, 553 jours de tournage ont eu lieu ici en 2012.
Les cinq films sélectionnés* au grand rendez-vous du cinéma mondial arrivent à point nommé pour démontrer que l’objectif n’est pas seulement quantitatif. L’équipe de Languedoc-Roussillon cinéma se rend chaque année à Cannes pour faire son marché. ?« Le festival est une grand-messe incontournable pour donner de la visibilité à notre potentiel régional. Il y est plus facile de rencontrer les professionnels qu’à Paris. On est assuré d’y trouver les producteurs, les réalisateurs et les journalistes spécialisés. Sur place, on enchaîne sept à huit rendez-vous par jour et généralement on va à l’essentiel », explique Marin.
L’essentiel est de mettre en valeur les atouts de la région comme l’ensoleillement, la variété des décors et des lieux de tournage, ou le travail de valorisation de communication auprès des diffuseurs et autour des films après leur sortie. Il faut aussi tenter de venir à bout des handicaps qui résident surtout dans les coûts. ?« Tourner à 800 km de Paris coûte cher en frais de déplacements. C’est un facteur déterminant pour les producteurs. Nous disposons d’un fonds aide à la production de 1,3 M d’euros à répartir sur une quarantaine de projets. L’autre solution c’est l’association de deux régions comme dans le cas du dernier film de Christophe Honoré qui à lieu en L-R et en PACA.»
Avec cinq films à l’affiche du Festival, l’édition 2013 du Festival de Cannes s’annonce plutôt comme un bon cru pour l’équipe Languedoc-Roussillon Cinéma qui rêve de faire des petits un peu partout sur le territoire.
JMDH
*Michael Kohlhass, long métrage d’Arnaud des Pallières, (en compétition officielle), long métrage de Suzanne de Katell Quillévéré, (en ouverture de la semaine de la critique), Un voyageur de Marcel Ophüls et Le Guepa sur la vilni de Yann Le Quellec, (à la quinzaine des réalisateurs), et Ô heureux jours ! documentaire de Dominique Cabrera (programmé par l’Acid).
Il enchaîne les interviews, se risque sur Twitter et tombe même la veste sur Tumblr : pour lancer L’Opinion, son journal mi-papier, mi-Internet, Nicolas Beytout est partout. Mais il reste étrangement muet sur les investisseurs qui financent ce projet audacieux.
« Le pari fou d’un nouveau média », résume Nicolas Beytout à la une du numéro zéro , distribué gratuitement dans les kiosques ce mardi. L’Opinion s’exprimera simultanément sur deux supports :
un site internet , qui ouvrira ce mardi à 18 heures : il sera alimenté toute la journée en textes et en vidéos, notamment avec un JT fait maison ;
un quotidien de huit à douze pages, lancé mercredi : il sera vendu 1,50 euro en kiosque, et l’abonnement couplé papier-numérique sera proposé à 21 euros.
Sur Internet, le modèle gratuit reste dominant. Et sur le marché des quotidiens payants, aucun nouveau titre n’a survécu depuis le lancement de Libération, en 1973. Pourtant, Nicolas Beytout prévoit d’atteindre l’équilibre en trois ans , avec un million de visiteurs uniques sur le site et 50 000 exemplaires vendus.
« Libérale, probusiness et proeuropéenne »
L’Opinion défendra une ligne clairement identifiée – « libérale, probusiness et proeuropéenne » . Elle ne parlera pas de tout (elle se concentrera sur la politique, l’économie et l’international), ni à tout le monde (elle visera lesCSP+ ). Et elle a débauché des journalistes expérimentés , chez Marianne, France Soir, Europe 1, Paris Match ou au Figaro.
Le pari peut réussir , mais il coûte cher. Sur ce point, Nicolas Beytout se montre moins bavard. Il ne souhaite pas dévoiler le montant des investissements et, encore moins, le nom des investisseurs. Ceux-ci craignent simplement que leurs noms fassent de l’ombre à L’Opinion, nous assure-t-il :
« Ces investisseurs considèrent que ce ne doit pas être le journal des actionnaires. Certains sont plus célèbres que d’autres, donc ce sujet-là était un sujet de préoccupation. »
« Une quinzaine » d’investisseurs participerait au projet, mais Nicolas Beytout refuse de confirmer – ou de démentir – les noms évoqués par la presse. Comme ceux de Bernard Arnault, Xavier Niel ou Claude Perdriel (propriétaire de Rue89 et du Nouvel Observateur). Ce dernier aurait, selon Le Monde , apporté « quelques centaines de milliers d’euros ».
« Actionnaire prépondérant, pas majoritaire »
Le fondateur de L’Opinion ne souhaite pas non plus révéler le montant de son investissement personnel, se contentant de préciser :
« J’avais conçu les choses de manière à être l’actionnaire prépondérant, mais pas forcément majoritaire. »
L’anonymat des investisseurs est également préservé dans les documents déposés par Nicolas Beytout au tribunal de commerce, dont le plus récent date de décembre.
Selon ces documents, Bey Médias, la holding contrôlant le journal et sa régie publicitaire, reste officiellement détenue à 100% par Nicolas Beytout et sa société personnelle, NS Island. En novembre, une augmentation de capital lui avait pourtant permis de déposer 12,2 millions d’euros à la banque.
A défaut de dévoiler des noms, ces documents confirment la subtilité du montage financier. Dans le capital de Bey Médias, NS Island se voit en effet réserver un stock d’actions « assorties du droit de nommer le rédacteur en chef du journal […] et de choisir la composition de l’équipe de rédaction ».
Une garantie de garder le contrôle
Même minoritaire au capital, Nicolas Beytout gardera donc le contrôle de la rédaction de L’Opinion. Une garantie réclamée par… les actionnaires eux-mêmes, nous assure-t-il :
« L’idée est venue de mes conversations avec différents investisseurs et avec ceux que j’avais contactés pour rentrer dans le capital. Tous me disaient que le principe était intéressant, mais qu’ils voulaient être sûrs que ce n’était pas le projet d’un investisseur, mais d’un journaliste. »
Voilà qui le changera. Directeur de la rédaction du Figaro, Nicolas Beytout avait dû composer avec l’interventionnisme de Serge Dassault . Lorsqu’il avait été nommé à la tête de la filiale médias de LVMH, ce sont cette fois les interventions de Nicolas Beytout qui avaient suscité un malaise chez les journalistes , sans lui éviter d’être finalement remercié par Bernard Arnault.
Heureusement qu’à L’Opinion, les actionnaires sont si bien intentionnés – et si discrets…