Vieillesse: seule la dépendance lourde prise en charge, propose l’APREF

L’Association des professionnels de la réassurance en France (APREF) a rédigé un projet de réforme de la prise en charge de la dépendance qui prévoit de la limiter à la dépendance lourde, et de diminuer les allocations versées par l’Etat au profit d’un système d’assurance. « Il serait souhaitable de cibler la couverture sur la dépendance lourde, et d’exclure la dépendance légère », qui « ne pose pas de réel problème financier aux ménages » et « est plus susceptible de donner lieu à dérive, voire à fraude », proposent les réassureurs dans un projet révélé par Les Echos mardi, et dont l’AFP a obtenu copie.

La définition de la dépendance lourde, qui serait mieux indemnisée, « demande une réflexion approfondie des pouvoirs publics, organismes de santé, experts, assureurs et réassureurs », souligne l’Apref. Elle suggère pour sa part de la définir comme l’incapacité de la personne à effectuer trois Actes de la vie quotidienne (AVQ) sur quatre (toilette, habillement, déplacement, alimentation). Un affinement de la grille des AVQ pourrait être souhaitable si cette logique était retenue.

L’association estime que la dépendance réduite n’impose « pas de dépenses importantes » (440 euros en moyenne par mois). Elle reconnaît toutefois que sa non prise en charge pourrait « poser des problèmes en terme de perception sociale ». Autre proposition majeure de l’association: un rôle accru pour les assureurs, avec « une offre de marché adressée à la demande +solvable+, qui couvre la majorité de la population française, et une offre publique (…) dédiée à la demande +moins solvable+ ».

La garantie qu’un tel système mettrait en place apparaît à l’Apref « plus intéressante, transparente et crédible » que celle offerte par une prise en charge dans le cadre de la sécurité sociale, compte tenu de la dégradation des finances publiques. Dans le schéma proposée par l’association, la cotisation annuelle pour un contrat dépendance à 60 ans serait d’environ 900 euros par an pour une personne seule et d’environ 1.200 euros par an pour un couple.       L’Allocation personnalisée d’autonomie (APA) serait réformée, avec une prise en charge plus restreinte. La souscription d’une assurance serait facultative mais favorisée par des incitations fiscales.

D’après les calculs de l’Apref, le coût pour l’Etat de l’APA passerait grâce à ces deux changements majeurs de cinq milliards d’euros en 2009 à 1,25 milliard. A plus long terme « l’économie pour les finances publiques serait beaucoup plus importante en raison de la progression des effectifs de personnes dépendantes ».     Le coût de l’APA pourrait s’élever à une dizaine de milliards en 2040, si elle n’est pas réformée, estime l’Apref. Une loi sur la dépendance pourrait voir le jour au deuxième semestre 2010, a indiqué la secrétaire d’Etat aux Aînés, Nora Berra, fin novembre. Elle devrait améliorer la prise en charge de la dépendance et introduire une part de financement privé.

Voir aussi : Rubrique Santé Entretien avec Patrick Pelloux

Bolivie: Elio Morales réélu pour un deuxième mandat

morales-bolivieEvo Morales, le président socialiste de la Bolivie, a été réélu triomphalement dimanche au premier tour de l’élection présidentielle, avec 61 à 63 % des voix. C’est près de 10 points de plus que les prévisions des sondages préélectoraux, confirmant l’assise populaire du premier chef d’Etat indien (aymara) de la Bolivie en 184 ans d’indépendance.

Les résultats officiels ne seront pas proclamés avant lundi, mais selon les sondages sortie des urnes de trois instituts, confirmés par des projections du décompte, M. Morales distance de près de 40 points son premier rival de droite, l’ex-militaire et gouverneur provincial Manfred Reyes Villa, à 23-25 %  des voix. L’entrepreneur et ex-ministre de centre droit Samuel Doria Medina est crédité de 7 % à 10 %. Quant au parti présidentiel, le Mouvement vers le socialisme (MAS), il recueillerait 24 ou 25 des 36 sièges du Sénat, soit la majorité absolue des deux tiers. Il était déjà majoritaire à la Chambre des députés.

Ce contrôle du Parlement garantit au gouvernement une mise en œuvre sans entrave de sa « refondation » socialiste et pro-indigène du pays, sur la base de la nouvelle Constitution adoptée en janvier 2009. Il lui permet surtout, le cas échéant, d’amender la Constitution, par exemple sur le nombre de mandats présidentiels – deux consécutifs actuellement. Il lui donne enfin les mains libres pour les nominations, dans la justice en particulier. La toute-puissance du MAS est redoutée par l’opposition et préoccupe aussi des observateurs. La droite dénonce un risque de dérive despotique de la part d’Evo Morales, dans la lignée du président vénézuélien Hugo Chavez, son allié et mentor de la gauche radicale latino-américaine. Dimanche matin, M. Morales a d’ailleurs laissé planer la possibilité d’un troisième mandat, estimant que sur la base d’une nouvelle Constitution, son 2e mandat peut-être considéré « comme une première élection ».

Les élections se sont déroulées dans un climat « de tranquillité et de paix », selon la mission d’observateurs de l’Union européenne. Le climat contraste avec la tensions de 2007-2008, qui poussa le pays au bord de la guerre civile, après une fronde autonomiste dans l’Est prospère, fief de l’opposition, et des violences politiques qui firent des dizaines de morts. « La polarisation politique continue », a dénoncé dimanche soir le candidat battu Reyes Villa, promettant de lutter au Parlement dans la « tranchée de la démocratie » contre des abus de pouvoir.

L’ancien syndicaliste et ex-planteur de coca devrait renforcer la mainmise de l’Etat sur l’économie lors de son second mandat. Il a promis de créer des entreprises publiques dans la cimenterie, le papier, les produits laitiers et le secteur pharmaceutique. Evo Morales veut que le pays se développe dans les secteurs du fer et du lithium de façon à ce que la Bolivie exporte plutôt des produits à valeur ajoutée plutôt que de matières premières. Le carbonate de lithium est le principal composant des batteries rechargeables qui équipent les ordinateurs portables, les téléphones mobiles et les appareils photo numériques. La demande pour ce métal pourrait exploser si les constructeurs automobiles se lançaient dans la fabrication à grande échelle de véhicules électriques.

Très critique envers les Etats-Unis, Evo Morales entretient des relations difficiles avec Washington, notamment en matière de politique de lutte contre la drogue. La Bolivie est le troisième producteur mondial de cocaïne. Le président, ancien cultivateur de feuille de coca, a dit vouloir limiter la production de cocaïne, tout en permettant la culture de la feuille pour la mastication traditionnelle et sa consommation en infusion. Certains estiment que cette politique a contribué au contraire au développement de la production.

Reuter

«Nous exigeons la suppression du ministère de l’Identité nationale et de l’Immigration»

Appel pour la suppression du ministère de l’Identité nationale

« Libé » publie l’appel de vingt chercheurs «contre ce rapt nationaliste de l’idée de nation»

« Promesse électorale de Nicolas Sarkozy, la création d’un ministère chargé de l’Immigration et de « l’Identité nationale » a introduit dans notre pays un risque d’enfermement identitaire et d’exclusion dont on mesure, chaque jour depuis deux ans et demi, la profonde gravité. Très officiellement, des mots ont été introduits sur la scène publique, qui désignent et stigmatisent l’étranger – et par ricochet, quiconque a l’air étranger. Réfugiés et migrants, notamment originaires de Méditerranée et d’Afrique, et leurs descendants, sont séparés d’un «nous» national pas seulement imaginaire puisque ses frontières se redessinent sur les plans matériel, administratif et idéologique.

« Qu’a fait naître ce ministère? De nouveaux objectifs d’expulsion d’étrangers (27 000 par an), des rafles de sans-papiers, l’enfermement d’enfants dans des centres de rétention, le délit de solidarité, l’expulsion des exilés vers certains pays en guerre au mépris du droit d’asile, la multiplication des contrôles d’identité au faciès, enfin la naturalisation à la carte, préfecture par préfecture, qui rompt avec le principe d’égalité…

« Dans cette fissure de la République se sont engouffrés nos dirigeants. Par des propos inadmissibles dans une démocratie, banalisés et désormais quotidiens, ils légitiment tous les comportements et les paroles de rejet, de violence, et de repli sur soi. Nous ne sommes pas ici face à des « dérapages » individuels. En réalité, ces propos sont la conséquence logique d’une politique que le gouvernement souhaite encore amplifier sous le couvert d’un « débat » sur l’identité nationale. Nous sommes ainsi appelés à devenir coauteurs et coresponsables du contrôle identitaire sur la France.

« La circulaire ministérielle adressée aux préfectures pour encadrer le débat lance une interrogation : « Pourquoi la question de l’identité nationale génère-t-elle un malaise chez certains intellectuels, sociologues ou historiens ? » La réponse est simple. Nous ne pouvons pas accepter que le regard inquisiteur d’un pouvoir identitaire puisse planer, en s’autorisant de nous, sur la vie et les gestes de chacun.

« C’est pourquoi il est temps aujourd’hui de réaffirmer publiquement, contre ce rapt nationaliste de l’idée de nation, les idéaux universalistes qui sont au fondement de notre République.

« Nous appelons donc les habitants, les associations, les partis et les candidats aux futures élections à exiger avec nous la suppression de ce « ministère de l’Identité nationale et de l’Immigration », car il met en danger la démocratie ».

Signataires: Michel Agier (anthropologue, EHESS et IRD), Etienne Balibar (philosophe, université Paris-X et university of California), Marie-Claude Blanc-Chaléard (historienne, université Paris-X) Luc Boltanski (sociologue, EHESS), Marcel Detienne (historien, EPHE et université Johns Hopkins), Eric Fassin (sociologue, ENS), Michel Feher (philosophe, Paris), Françoise Héritier (anthropologue, Collège de France), Daniel Kunth (astrophysicien, CNRS), Laurent Mucchielli (sociologue, CNRS), Pap Ndiaye (historien, EHESS), Gérard Noiriel (historien, EHESS), Mathieu Potte-Bonneville (philosophe, Collège international de philosophie), Richard Rechtman (psychiatre, Institut Marcel Rivière, CHS la Verrière) Serge Slama (juriste, université d’Evry), Emmanuel Terray (anthropologue, EHESS), Tzvetan Todorov (historien, CNRS), Paul Virilio (urbaniste, Ecole spéciale d’architecture de Paris), Sophie Wahnich (historienne, CNRS), Patrick Weil (historien, CNRS).

publié par Libération

Pour signer la pétition : http://appel.epetitions.net/

Voir aussi : Rubrique actualité France Le corpus nationaliste de Sarkozy , Rubrique littérature  situation de pensée et d’actions humaines,

Didier Decoin « « Ma Bible d’homme parle du monde entier »

Didier Decoin : "La Bible et ses progénitures."

Auteur, journaliste, scénariste romancier et actuel le Secrétaire Général de l’Académie Goncourt, Didier Decoin a présenté son dictionnaire amoureux de la Bible au Musée Fabre de Montpellier : Rencontre

Vous indiquez avoir eu un rapport précoce à la Bible, comment cette relation a-t-elle évolué avec le temps ?

« Ma première découverte était celle d’un livre d’aventures. Il était illustré d’images un peu à la Gustave Doré, pour moi qui avait huit ans, c’était un peu une BD. J’en ai fait plus tard une relecture, sur le plan littéraire cette fois, lorsque j’ai commencé à écrire. Je cherchais des modèles, des maîtres etc. Je dois avouer que cette fichue bible me donnait des leçons de grandeur, d’ampleur… J’ai même utilisé des thématiques bibliques pour certains livres, comme dans Abraham de Brooklyn qui a eu le prix des libraires en 1971. La troisième phase a été la découverte de ce que le livre contenait de spiritualité.

Pourquoi avoir choisi la formule du dictionnaire ?

Parce qu’elle permet d’évacuer des choses pour lesquelles je n’avais ni l’envie ni la compétence de parler. L’avantage d’un dictionnaire « amoureux » c’est le choix des entrées notamment subjectives qu’il permet, et la possibilité d’écarter des choses qui ne m’inspiraient pas trop. Et de faire en revanche des entrées sur ce que j’appelle les progénitures de la Bible. C’est-à-dire tout ce qui prolonge la Bible dans le monde d’aujourd’hui que ce soit en musique, peinture, dans le cinéma…

Trouvez-vous que la Bible est un livre violent ?

Oui, je ne pense pas que l’on puisse dire le contraire. Les deux époques, que ce soit celle de l’Ancien ou du Nouveau testament, sont des périodes de violences et de guerres. C’est un livre où il y a des combats, des affrontements, où on n’hésite pas à commettre des meurtres. Ce qui est troublant dans cette violence, c’est que Dieu en prend sa part. Dans le passage où il fait tomber une pluie d’énormes rochers du haut du ciel sur les ennemis du peuple juif, on est très très loin du « aimez-vous les uns les autres ». Même quand on lit les psaumes : « Seigneur, anéantis mon ennemi, fais-moi piétiner son cadavre que je me repaisse de ses yeux… » Il faut resituer dans le contexte. Ce livre a été écrit par des êtres humains qui vivaient dans une époque où on ne rigolait pas tellement.

A propos d’Abraham, vous indiquez que sa nature conflictuelle est peut-être l’origine du Dieu unique ?

Dans l’histoire d’Abraham telle que je la raconte, je rapporte la légende de son enfance où, tout en gardant la boutique de son père, il se pose la question du Dieu unique. Ce qui me fascine chez ce personnage, c’est que non seulement il conçoit l’idée du monothéisme mais en plus, il ose poser des questions, discuter avec Dieu d’égal à égal, n’hésitant pas à le mettre face à ses contradictions.

Comment avez-vous abordé la problématique des sources ?

J’ai mis six ans à faire le livre, dont quatre de recherches, livresques et géographiques. J’ai travaillé en arborescence en confrontant mes sources, j’ai interrogé des biblistes, de préférence des laïques. La Bible est un livre pour les hommes écrit par cinquante auteurs. A la différence du Coran écrit par Dieu, dans la Bible, Dieu est un acteur.

Quel regard portez-vous sur la manière dont réagit l’Eglise lorsque l’on découvre des vestiges bibliques ?

Je pense qu’elle ne réagit pas très bien, parce qu’elle perçoit souvent cela comme une contradiction. Ce qui m’exaspère un peu parce que la foi n’a rien de dogmatique ou de figé. »

Recueilli par Jean-Marie Dinh

« Le dictionnaire amoureux de la Bible ». Editions Plon

La nouvelle stratégie américaine en Afghanistan a un impact considérable sur le Pakistan

Les experts pakistanais ont indiqué mercredi à Islamabad que la nouvelle stratégie américaine en Afghanistan, dans laquelle le président américain Barack Obama a annoncé l’envoi de 30.000 renforts et un calendrier de retrait, a de sérieuses implications sur le Pakistan.

L’expert des questions sécuritaires Humayun Qazi a confié à Xinhua qu’avec l’augmentation de l’effectif militaire en Afghanistan, les combattants talibans, pour avoir du repit, franchiront les frontières incontrôlables et poreuses afghanes vers les zones tribales pakistanaises où ils bénéficient des repaires depuis des années.

« Ceci pourrait conduire à une poursuite acharnée des Américains dans le territoire pakistanais créant des difficultés dans notre relations complexes avec l’Amérique », a indiqué Qazi, ajoutant que « les Etats-Unis augmenteront la pression sur le Pakistan pour qu’il fasse plus ». Il a déclaré que le Pakistan a déployé plus de 100.000 troupes dans les opérations de contre-insurrection à Swat et au Sud- Waziristan dans le nord-ouest et qu’il ne sera, par conséquent, pas capable d’accomplir cette mission.

Qazi, par ailleurs ancien ambassadeur de Pakistan en Afghanistan, a indiqué que les talibans pakistanais qui ont des liens avec ceux afghans augmenteront la pression sur le gouvernement et le public en envoyant plus de kamikazes et en faisant des attentats suicides sur le personnel de l’armée et de la police pakistanaises.

Avec un soutien international et national de moins en moins important, Qazi a estimé que l’administration Obama est sous pression pour contenir immédiatement l’insurrection et proposer une stratégie de retrait des troupes. Tout aussi significatif est le fait qu’Obama a l’obligation de tenir sa promesse électorale qui était de mettre un terme à la guerre en Afghanistan, a-t-il déclaré. L’ancien ambassadeur a affirmé que la politique annoncée est un renforcement des effectifs de l’armée, un mouvement politique et un partenariat durable avec le Pakistan allant au-delà de la fin de l’insurrection en Afghanistan.

En Afghanistan, selon lui, cela sous-entend des campagnes militaires plus agressives pour éliminer Al-Qaïda et désarmer les talibans. Cela impliquerait aussi une escalade considérable dans la guerre puisque l’armée doit produire des résultats dans 18 mois avant le début du retrait, ce qui conduit à la mort et à la destruction en raison des dégâts collatéraux.

Qazi a indiqué que l’objectif des Etats-Unis est passé de la contre-insurrection au contre-terrorisme. Qazi a également noté que la nouvelle stratégie d’Obama n’ouvre pas la porte à un « espace politique » conduisant finalement à la négociation avec les talibans, ce qu’il considère comme une étape cruciale pour briser la volonté politique des talibans.

Un expert de la défense a approuvé l’hypothèse de Qazi selon laquelle le nouveau plan a un impact important sur le Pakistan mais s’est dit ne pas être d’accord que l’accroissement des effectifs militaires en Afghanistan conduirait les militants vers le Pakistan. « Je ne crois pas. Je pense que cette mesure donnera juste 30. 000 autres cibles aux militants afghans, talibans et à ceux d’Al- Qaïda, » a confié à Xinhua Makhdoom Babar.

Babar, rédacteur en chef du journal pakistanais Daily Mail, a indiqué que l’envoi des renforts n’est pas une solution à la paix en Afghanistan. Il a déclaré que les Etats-Unis devraient proposer davantage de plans diplomatiques et économiques pour aborder le problème afghan. Il a estimé qu’ils devraient créer la stabilité en Afghanistan en y investissant, en créant des opportunités d’emploi pour la population afghane qui est avec les talibans à cause du chômage et de la pauvreté.

« D’abord tous les Américains devraient essayer d’améliorer leur image en Afghanistan pour montrer qu’ils ne sont pas de conquérants, qu’ils ne sont pas d’invahisseurs, qu’ils veulent juste la paix, qu’ils veulent que cette partie du monde ne soit plus une pépinière pour le terrorisme et le militantisme », a-t-il déclaré.

Xinhua