Montpellier Danse 2018. Premier bilan

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LE 38e Festival Montpellier Danse se termine ce soir…

Il a accueilli 35 000 spectateurs.

27 spectacles différents
dont 16 sont des créations ou des 1ères en France
40 représentations payantes • 29 chorégraphes
12 pays représentés (Allemagne, Belgique, Brésil, Canada, Cap-Vert,
Espagne, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Iran, Israël, Pays-Bas)
19 conférences de presse
10 000 personnes ont assisté aux 47 événements gratuits
35 lieux dont 20 en plein air • 11 villes de la Métropole
450 000 € de recettes de billetterie pour 980 000 € de dépenses artistiques
130 emplois générés par le Festival
6 soli • 1 quintet • 48 danseurs de la Compañia Nacional de Danza pour Artifact Suite 1 corbeau-pie • 7 acrobates • 1 violoncelliste
340 danseurs et membres des compagnies
1520 projecteurs • 45 km de câbles électriques • 2438 nuits d’hôtel

Diffusion

LES CRÉATIONS PARTENT EN TOURNÉE
Après Montpellier, les 16 créations du Festival partent sur les routes
à la rencontre des publics du monde entier.
À l’heure où le 38e Festival prend fin, plus de 214 représentations
dans 78 villes de 11 pays sont déjà confirmées.

 

Dans la Presse

C’est le plus grand festival de danse de l’été
et il s’est ouvert ce week-end à Montpellier.
France Inter, Nicolas Demorand, Le journal de 7h40, 25 juin 2018

Montpellier Danse se donne en spectacle : La 38e édition du festival international jongle habilement entre grands noms et signatures pointues.

Rosita Boisseau, Le Monde, 21 juin 2017

De la création, de la longévité, de la résistance, des qualificatifs qui font du Festival Montpellier Danse un lieu sûr où se réfugier dans la tempête qui balaie corps et âmes sans laisser de traces.

Jean-Marie Dinh, La Marseillaise, 17 mars 2018

Montpellier Danse is to contemporary dance what the Avignon Festival is to theatre; now nearly in its fortieth year (it was founded at the height of the Nouvelle Danse explosion), it has always been in the capable hands of Jean Paul Montanari.

Danza&Danza Internationale (Italie), Mai-Juin 2018

Montpellier Danse programme ses créations les plus audacieuses devant un public averti.

Jean-Marie Gavalda, Midi Libre, 26 juin 2018

Montpellier Danse, un festival de références. La programmation reste fidèle à l’essence du festival : montrer les différentes facettes de la création contemporaine.

La Gazette de Montpellier, 22 mars

Il y aura bien des raisons d’être à Montpellier Danse l’été prochain, tant la 38e édition du festival est riche : grands noms, troupes foisonnantes et têtes chercheuses.

Emmanuelle Bouchez, Télérama, 20 mars 2018

Voir aussi : Rubrique Danse

Destruction de la nature : un crime contre l’humanité

eunes hirondelles de fenêtre au nid. Depuis 2008-2009, les déclin des oiseaux des champs est de plus en plus marqué. Cela correspond à la flambée des cours du blé et à la généralisation des insecticides neurotoxiques très persistants. Photo Christian Décout. Biosphoto

eunes hirondelles de fenêtre au nid. Depuis 2008-2009, les déclin des oiseaux des champs est de plus en plus marqué. Cela correspond à la flambée des cours du blé et à la généralisation des insecticides neurotoxiques très persistants. Photo Christian Décout. Biosphoto

 

C’est la première fois. La première fois depuis quinze ans pour l’un, quarante ans pour l’autre, que nous travaillons dans la protection de l’environnement, que nous entendons cela. Dans notre réseau professionnel et amical, des directeurs de grandes associations naturalistes, des responsables de réserves naturelles nationales, des naturalistes de terrain sont de plus en plus nombreux à le dire, en «off» : «C’est fichu !» Ils n’y croient plus. Pour eux, les politiciens, les industriels mais aussi le grand public, personne ne comprend la catastrophe environnementale qui s’est enclenchée.

Ils continuent la lutte car il faut bien le faire, mais au fond, ils pensent que l’homme ne pourra pas faire machine arrière, c’est terminé. Nous courons à notre perte.

Quand on a, comme nous, consacré sa vie à la protection de l’environnement, de tels discours font froid dans le dos. Jusqu’ici, nous autres naturalistes, pensions que nous arriverions un jour à faire bouger les choses, à faire prendre conscience à l’humanité de son autodestruction. Mais si même nous n’y croyons plus, qui y croira ?

Ce printemps est un printemps vide. Les hirondelles, il y a encore quelques années très communes dans les villages, sont en train de disparaître à grande vitesse. On savait qu’on risquait de perdre un jour les éléphants. Que les guépards suivaient la même piste. Mais personne n’aurait imaginé que nous perdrions aussi les hirondelles, en même temps que les abeilles. Est-ce vraiment cela dont nous voulons ? Un monde sans éléphants, sans hirondelles ? Sans abeilles ? Aujourd’hui, plus de 12 000 espèces sont menacées d’extinction (et sans doute bien plus, certaines étant encore inconnues de la science). Depuis combien de temps n’avez-vous pas vu un hérisson autrement que sous forme de cadavre en bordure de route ? Depuis combien de temps n’avez-vous pas vu un hanneton butiner la haie fleurie au fond du jardin ? Ces animaux étaient communs, il y a encore peu de temps. Et plus besoin de nettoyer la calandre de la voiture après un long voyage. Il n’y a quasiment plus d’insectes écrasés dessus…

Les apiculteurs constatent un effondrement sans précédent au niveau des abeilles et des insectes pollinisateurs en général, avec toutes les questions agricoles et environnementales que cela pose. Comment allons-nous continuer à produire des fruits et des légumes sans insectes pollinisateurs ?

Dans le milieu des agriculteurs sensibles à l’environnement, une autre inquiétude est bien présente, depuis quelques années maintenant : les risques de grandes famines à venir, dues à l’agriculture industrielle, à la surexploitation des sols, à l’érosion et à la diminution des terres agricoles.

Contrairement à certains de nos amis naturalistes et scientifiques, nous espérons qu’il est encore possible pour l’homme de réagir, de se sauver, et donc de sauver ses enfants. Mais seulement si nous réagissons maintenant. Chaque jour, chaque heure compte désormais dans le compte à rebours.

Certains journalistes ont une grande part de responsabilité dans ce qui est en train de se passer, eux, qui sont censés donner l’alerte, eux, qui sont au courant des chiffres terrifiants de la situation écologique. Eux qui, lors des interviews des hommes politiques, ne posent presque jamais de questions sur l’environnement. Eux qui préfèrent consacrer des journaux entiers à des faits divers et autres informations malheureusement tellement dérisoires au regard de ce qui est en train de se jouer pour l’humanité.

Nous continuons de nous regarder le nombril, pendant que tout s’effondre autour de nous.

A chaque fois qu’un naturaliste essaie d’alerter l’opinion publique, on lui retourne qu’il est «moralisateur» ou «culpabilisant». Dirait-on à un assistant social qui explique à des parents mettant en danger leurs enfants l’urgence de changer de comportement qu’il est «moralisateur» ? Qu’il est «culpabilisant» ? Alors pourquoi, sur l’environnement, avons-nous le droit de mettre en danger l’avenir des enfants ? Pourquoi avons-nous le droit de leur donner à manger des aliments gorgés de pesticides ? De respirer un air pollué ?

Il est possible de retourner la situation, si ceux qui nous gouvernent et si les journalistes, qui doivent alerter l’opinion, prennent leurs responsabilités. Aujourd’hui, les politiques accouchent de «COP 21» médiatiquement parfaites mais dont les objectifs (inatteignables) font grimacer la communauté scientifique tant ils sont désormais irréalistes et non soutenus par des actions concrètes. C’est à nous citoyens qu’il appartient de montrer le chemin, en faisant pression pour que l’environnement devienne une priorité absolue.

On rétorque depuis des années aux scientifiques et aux naturalistes qu’ils sont «anxiogènes». Mais ce n’est pas d’alerter, ce n’est pas de parler du problème qui est anxiogène. C’est de laisser faire les choses sans réagir, alors qu’on a encore quelques moyens d’agir. Ce qui est anxiogène, ce sont les résultats d’études scientifiques qui s’accumulent depuis des décennies et qui vont aujourd’hui tous dans le même sens de l’accélération et de l’irréversibilité.

Nous devons urgemment apprendre à vivre avec mesure. Avant de se demander quelle énergie utiliser, il faut faire des économies d’énergie. Nous sommes dans une surconsommation énergétique, à l’échelle de la société comme à l’échelle individuelle. Cela pourrait être changé.

Nous devons aussi nous remettre à réfléchir à un thème banal dans les années 80 et devenu au fil du temps complètement tabou : la surpopulation. La société française reste profondément nataliste, tout comme le reste de la planète. Nous serons bientôt 8 milliards d’êtres humains sur Terre, engloutissant toutes les ressources.

Pourquoi faire autant d’enfants si c’est pour leur laisser une planète ravagée et l’impossibilité d’avoir une vie correcte ? A l’heure des enfants rois, nous leur faisons le pire des cadeaux : un environnement dévasté, une planète à bout de souffle.

Ne pourrions-nous pas faire preuve d’intelligence, nous, qui nous sommes hissés de facto au sommet de la pyramide du vivant ? Faire de deux domaines porteurs et concrets, l’alimentation bio et l’écoconstruction, des urgences prioritaires. Arrêter la course à la surconsommation. Réfléchir à notre façon de nous déplacer. Adhérer aux associations de protection de la nature. Ces dernières sont toutes extrêmement fragiles. Elles œuvrent à protéger l’humanité, mais leurs (maigres) subventions sont en permanence réduites, quand elles ne sont pas coupées. Cela demande un courage réel que de non plus changer de logiciel de vie, mais plutôt le disque dur de nos existences.

Nous appelons le gouvernement à écouter désormais Nicolas Hulot et à lui laisser la place et la marge de manœuvre promises. Nous sommes au-delà de l’urgence. Ceux qui auront contribué à la destruction de la nature, et donc des hommes, seront accusés, et peut-être même qui sait un jour jugés, pour «crime contre l’humanité». Car plus que la planète encore, c’est l’homme qui est aujourd’hui en danger.

Elise Rousseau écrivaine naturaliste , Philippe J. Dubois écologue

Source Libération 09/06/2018

Philippe J. Dubois est l’auteur de : Syndrome de la grenouille et de la Grande Amnésie écologique. Elise Rousseau est l’auteure de :  Mais pourquoi j’ai acheté tout ça ?! Stop à la surconsommation.

 

Géographies en mouvement. Le vieux monde contre les ZAD

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Après l’enterrement du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, on pouvait s’attendre à ce que l’État cède la ZAD à ses occupant·e·s. Pour comprendre l’obstination du gouvernement à évacuer la zone, il faut examiner les fondements géographiques de l’État moderne.

Le 17 janvier 2018, après des décennies de bras de fer, l’exécutif renonce officiellement à construire un aéroport à quelques kilomètres au nord-ouest de Nantes. Depuis 2008, des groupes opposés au projet occupaient la Zone d’aménagement différé, rebaptisée «Zone à défendre». Pour justifier leur évacuation malgré l’arrêt du projet, le Premier ministre se fend d’un message ferme: pas question de laisser « des zones s’enkyster sur des parties du territoire national ».

Si Édouard Philippe parle au pluriel, c’est qu’il pense à Notre-Dame-des-Landes, mais aussi à d’autres lieux de contestation: des zadistes s’opposent, à Bure, à l’enfouissement de 70 000 mètres cube de déchets nucléaires avec la bénédiction de Nicolas Hulot et le soutien logistique de la gendarmerie, d’autres tentent, à Kolbsheim, de bloquer le projet de contournement autoroutier de Strasbourg, d’autres encore ne veulent pas des 400 boutiques d’Europa City à Gonesse(1).

Le point commun de ces ZAD? Elles mobilisent l’espace, courroie de transmission entre nous et le monde, pour proposer d’autres rapports humains, et donc précisément d’autres formes d’interaction collective avec les lieux. De quoi donner de l’urticaire au gouvernement, émanation d’un territoire conquis, contrôle, maîtrisé.

Trois siècles et demi d’État westphalien

Alors gare aux kystes, s’emporte le Premier ministre, et le sens de sa fine métaphore médico-géographique se trouve en partie dans un événement vieux de près de 370 ans. En octobre 1648, la paix de Westphalie met fin à la guerre de Trente Ans, une suite de conflits entre puissances européennes – notamment la France et le Saint-Empire germanique. Cette paix inaugure la domination de la France de Louis XIV sur l’Europe, mais pas seulement: les traités cèlent un nouvel ordre politique européen, et avec lui un nouvel ordre géographique.

Désormais, en lieu et place de royaumes aux frontières floues, d’empires exerçant une autorité variable sur des territoires pas toujours contigus, de principautés et autres cités-États, un État aux frontières nettes et reconnues internationalement servira de modèle.

Pour le dire à la manière de Bernard Debarbieux (1), l’État westphalien surgit, à la fin du 17e siècle, au cœur de notre «imaginaire de l’espace» – d’autres parleraient d’idéologie. Traduction: le territoire devient la référence sur laquelle se fonde l’État pour se penser lui-même, celui-ci se définit par l’existence de celui-là.

Quelques siècles plus tard, il nous est difficile de penser le monde autrement qu’à travers cette «croyance partagée» en un territoire étatique aux contours bien délimités. Et sait-on jamais, si la croyance venait à faiblir, des limites matérielles viennent la renforcer ici et là: bornes, panneaux, barbelés, murs et autres incarnent notre imaginaire collectif de la frontière.

L’État, ce nouvel objet politique et géographique, ne fait pas irruption sans raison dans les esprits européens. Il va servir, explique Paul Claval (2), de support à l’utopie moderne. L’unification juridique et politique d’un territoire – et donc d’abord sa délimitation – permet au pouvoir central et ses relais locaux de faire respecter les mêmes règles et de mettre en œuvre les transformations techniques et sociales inspirées par les penseurs de la Renaissance et des Lumières. L’État souverain exerce son autorité sur un espace en théorie homogène – d’où par exemple la chasse aux langues régionales – et sa police doit notamment empêcher la formation de zones de non-droit.

Voilà la première faute, impardonnable, des ZAD : elles commettent, par leur existence même, un crime de lèse-majesté. Le pouvoir politique tel que nous le concevons depuis bientôt quatre siècles ne peut tolérer des «trous» dans son territoire.

Frontières externes et internes

Derrière l’utopie moderniste, ou du moins à ses côtés, se tient le projet capitaliste. Durant les 16e et 17e siècles, le capitalisme marchand prend son essor au rythme de la désintégration du système féodal et l’État trouve là une deuxième raison d’être. Colbert, bourgeois propulsé au sommet de l’État par Louis XIV, a besoin du cadre territorial pour mettre sur pied sa politique de développement productif du pays, inspirée par les théories économiques mercantilistes (3).

Et ce n’est pas pour rien si, en même temps que s’affirme en Europe l’État moderne, s’enclenche un processus de marchandisation de la terre. La propriété foncière ne va plus être réservée à la noblesse et la société va devenir, selon le mot d’Hannah Arendt (4), une «organisation de propriétaires». Dans un État moderne, ajoute la philosophe, «les hommes n’ont en commun que leurs intérêts privés», et ils exigent de l’État qu’il préserve ces intérêts. En première ligne: la garantie de la propriété foncière, sur un territoire désormais délimité par des frontières externes mais aussi internes.

La Zad, une hétérotopie

Face à cette puissante idéologie spatiale associant frontières étatiques et propriété foncière, les ZAD proposent une vision du monde concurrente quoique minoritaire. Elles ouvrent des horizons, au propre comme au figuré: des espaces partagés, sur lesquels s’appliquent d’autres logiques que la rentabilité de la terre et la compétition entre individus.

Elles ont tout des hétérotopies, terme forgé par Michel Foucault il y a un demi-siècle (5). Elles sont des «contre-emplacements, des sortes d’utopies effectivement réalisées», des espaces «autres». Elles offrent des poches de résistance où la proposition d’une autre société accompagne la contestation de la société comme elle est.

Si notre rapport au monde et aux autres individus est médiatisé par l’espace, alors détruire les ZAD, c’est détruire la possibilité d’autres interactions, d’autres modes d’existence. C’est interdire toute innovation sociale et géographique. C’est, de la part d’un exécutif clamant sa modernité, une manière de s’accrocher à un vieux monde et à un système de pensée vieux de plus de trois siècles et demi.

Source Blog Libé Géographie en mouvement 07/05/2018


* Manouk Borzakian est géographe et enseigne à Lausanne. Ses recherches portent sur les pratiques culturelles et les représentations de l’espace au cinéma. Il est le rédacteur du blog ciné-géographique Le Monde dans l’objectif.

(1) Pour un tour de France des Zad avec Libé, c’est ici.

(2) Debarbieux, Bernard, L’espace de l’imaginaire, CNRS éditions, 2015.

(3) Claval, Paul, L’aventure occidentale, Éditions Sciences humaines, 2016.

(4) Beaud, Michel, Histoire du capitalisme, Seuil, 2010.

(5) Arendt, Hannah, Condition de l’homme moderne, Pocket, 2002 (1958).

(6) Foucault, Michel, « Des espaces autres », in Dits et écrits II. 1976-1988, p. 1571-1583. 1994 (1984).

«Culture près de chez vous», mais sans nous ?

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Visiblement soucieux de la disparité d’offre culturelle sur le territoire, le ministère de la Culture lançait le 29 mars son plan «Culture près de chez vous». Une façon de répondre au problème du centralisme par encore plus de centralisme, tempête l’association des Centres dramatiques nationaux.

Créer, partager, transmettre l’Art ne se pense pas en régions ou en banlieues dans les mêmes termes qu’à Paris. L’inégalité territoriale, pointée par Madame la ministre de la Culture lors de son discours du 29 mars, est bien réelle. Si la situation n’est pas nouvelle, elle n’est pas non plus sans conséquence sur la gestion des établissements publics. La politique culturelle de l’Etat est centralisée. Ses moyens sont concentrés. Il était temps de le reconnaître. Mais il serait surtout temps d’agir en conséquence. Prioritairement en apportant la reconnaissance qu’elles méritent aux équipes qui font vivre les projets des théâtres en province et en renforçant leurs missions et leur fonctionnement. Le plan «Culture près de chez vous», présenté par notre ministre, ne répond en aucun cas aux problématiques qui traversent nos lieux et préoccupent nos équipes. Au contraire, ces nouvelles mesures occultent savamment les enjeux de développement de ces lieux ressources et alimentent significativement le déficit de reconnaissance du travail mené par les personnels des théâtres publics en régions et en banlieues.

Une fois encore les «déserts culturels», les «zones blanches» sont regardées d’un point de vue surplombant et aérien. Quant à nos établissements, chevilles ouvrières de la structuration d’une véritable politique culturelle décentralisée sur le territoire, ils sont une nouvelle fois laissés sans perspectives et sans considération.

Rhétorique  habile

En témoignent les mots de ce discours à la rhétorique habile mais dont le raisonnement n’est qu’un syllogisme qu’il nous faut ici démasquer. Ainsi, le ministère évoque la concentration des moyens sur Paris et le centralisme de la politique culturelle, dresse le constat que pour chaque euro investi par habitant en province, dix euros sont investis à Paris, et en guise de conclusion, imagine s’appuyer sur les grands équipements culturels publics nationaux, dont la quasi-totalité se trouvent à Paris intra-muros, pour mieux diffuser l’art et la culture sur les territoires.

Ce qui est énoncé en préambule de ce discours aurait dû être un électrochoc, une prise de conscience, et aurait pu aboutir à une prise de parole gouvernementale remarquable : «nous avons trop concentré nos moyens sur Paris», «nous avons négligé les régions, les banlieues et leurs habitants et nous allons réagir en conséquence pour rééquilibrer nos investissements entre les équipements à Paris et les établissements labellisés en province».

Voilà qui aurait été une position responsable pour un Etat Français réellement soucieux de l’équité sur ses territoires.

Méconnaissance totale

Comment est-il possible, en partant d’un état des lieux aussi lucide, de répondre par encore davantage de centralisme ? Demander aux établissements nationaux parisiens de rayonner davantage dans nos campagnes et autres «zones blanches», en diffusant leurs productions sur ces territoires, relève au mieux d’une méconnaissance totale de la situation, au pire d’une irresponsabilité politique et d’un mépris pour l’ensemble des acteurs culturels. La décentralisation, c’est-à-dire la présence en région d’institutions d’envergure nationale, productrices d’œuvres à rayonnement national, est à l’œuvre depuis soixante-dix ans. N’aurait-il pas été plus intelligent et efficace de s’appuyer sur cette expertise ; plus glorieux, d’agir hautement pour que l’Etat redonne du souffle à cette politique d’ensemencement local et de coaction avec les collectivités territoriales et les opérateurs locaux ?

Les habitant.e.s de ce pays ne sont pas une simple clientèle éloignée de l’offre parisienne ! Ils n’ont pas besoin d’une plus grande diffusion de produits culturels, mais d’une politique publique digne de ce nom qui s’engage pour eux au même titre que pour les habitant.e.s de la capitale. La vitalité de nos territoires passe par davantage d’implantation d’artistes, par une plus juste répartition des moyens au service des projets artistiques et des publics entre Paris et la «province», par un soutien réaffirmé de l’Etat à toutes les structures de création et de diffusion implantées en régions, qu’il s’agisse des Centres dramatiques nationaux dont l’Etat est majoritairement responsable, des scènes nationales ou des scènes conventionnées dont il abandonne trop régulièrement l’existence et les missions essentielles au bon vouloir des collectivités territoriales.

Bon sens

Comment interpréter, dans ce contexte, l’effet d’annonce de mesures nouvelles à hauteur de 6,5 millions d’euros pour soutenir les projets engagés au service des publics les plus éloignés ? 6,5 millions, dont près de la moitié sera consacrée à l’implantation de micro-folies numériques et dont le reste devra se répartir sur plus de 300 structures labellisées et des centaines de compagnies indépendantes ? Une diversion en forme de saupoudrage, alors que dans la même temporalité, on nous annonce un gel de précaution de 3% des budgets confiés aux directions régionales des affaires culturelles (Drac). Cela veut dire que 3% des budgets dédiés à nos établissements et à l’ensemble des équipes de création ne seront pas distribués tant qu’un dégel ne sera pas annoncé par Bercy. 3% des budgets «création», cela représente près de 24 millions d’euros. Qu’on nous explique le bénéfice de gagner quelque 6 millions de mesures nouvelles pour aller à la rencontre des publics tout en perdant 24 millions pour la création ? Il n’y a ni itinérance ni actions artistiques et culturelles possibles, sans création. Là, il ne s’agit plus de mathématiques mais de bon sens.

Et qu’on ne vienne plus nous dire que c’est une question de rigueur budgétaire. Nous avons la preuve ici que c’est une question d’idéologie. Au lieu de renforcer les projets d’établissements qui soutiennent au quotidien la création au service de tous les publics, au lieu de soutenir l’existence des compagnies indépendantes qui meurent à petit feu du resserrement drastique des marges budgétaires des Drac, on préfère investir dans un dispositif nommé «Pass culture», qui offrira aux jeunes un «pouvoir d’achat culturel», dont l’encadrement est mal défini, dont le coût est estimé à 400 millions d’euros et dont une grande partie des retombées profitera aux industries culturelles privées.

Acte II

L’enjeu à peine dissimulé de cette politique est de mieux industrialiser les produits artistiques et culturels dans ce pays pour mieux amortir les investissements centralisés de l’Etat. Il devient clair désormais que la redistribution équitable des moyens sur l’ensemble du territoire n’est pas ici l’objectif du gouvernement. Pourtant ce sont de ces territoires qu’émergent les artistes les plus inventifs et les plus innovants. Ce sont les artistes en création sur ces territoires, les compagnies indépendantes implantées localement, en lien direct ou indirect avec nos lieux, qui forgent la richesse et la diversité de la culture française, qui irriguent toutes les régions de pensées et de rencontres, et nourrissent même l’attraction culturelle de la capitale en y diffusant leurs plus belles créations.

Plus qu’un acte II de la décentralisation, c’est en vérité un acte II de l’industrialisation culturelle qui nous est proposé. Cela ne correspond aucunement à la politique culturelle publique dont nous portons les missions et que nous animons au quotidien sur les territoires. Durant les six derniers mois, l’ACDN, comme toutes les autres associations des scènes labellisées, a travaillé à partager avec les services du ministère de la Culture un état des lieux éclairant sur la cartographie des actions menées par les acteurs artistiques de la décentralisation. Nous imaginions, par ce dialogue constructif, permettre à une politique culturelle ambitieuse de s’appuyer sur l’édifice du Théâtre Public. Nous pensions qu’il était possible de se saisir des immenses perspectives de redéploiement de l’accès aux arts sur le territoire qu’offre cet ensemble inventif, dynamique et structuré. Nous le pensons encore et toujours. C’est même un des enjeux majeurs pour notre pays et nos concitoyens. Mais aucune de nos paroles, de nos idées et de nos propositions ne sauraient se traduire par le plan inconséquent de «la culture près de chez vous».

 

L’association des Centres dramatiques nationaux

Source : Tribune publiée dans Libération Le 23/04/2018

Les maires se révoltent contre l’encadrement des dépenses de fonctionnement

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Finances locales

Durant le quinquennat de François Hollande, la baisse des dotations de l’Etat aux collectivités locales avait suscité la bronca auprès des élus locaux. Cette fois, le gouvernement a joué autrement, en agissant sur les dépenses de fonctionnement. Les effets sont différents mais suscitent autant de colère. Explications.

 

Pétitions, manifestations, banderoles sur les mairies, toutes tendances politiques confondues… La diminution de 11,5 milliards d’euros entre 2014 et 2017 du montant des dotations globales de fonctionnement (DGF) attribuées par l’Etat aux villes, départements, régions, pour contribuer au financement de ces institutions aux côtés des impôts locaux, a suscité des réactions très fortes de la part des élus locaux. Expliquant être pris à la gorge entre de nouvelles obligations, comme par exemple l’accompagnement de la réforme des rythmes scolaires (désormais enterrée quasiment partout), les maires indiquaient que cette baisse des dotations entraînerait une baisse des investissements. De fait, un certain nombre de reports ou rééchelonnements d’investissements dans de nouveaux équipements ont été constatés. Si, sur le fond, le nouveau président de la République n’a pas changé d’objectif, à savoir diminuer le poids de la dépense publique locale, avec un objectif de diminution de 13 milliards d’euros d’ici à 2022, la méthode est différente. Afin de ne pas obérer les dépenses d’investissement, le nouvel exécutif a décidé de jouer sur les dépenses de fonctionnement en demandant aux collectivités de ne pas les augmenter de plus de 1,2% d’une année sur l’autre, inflation comprise. Pour les 340 collectivités dont les dépenses de fonctionnement dépassent 60 millions d’euros, l’Etat a même instauré un système de contractualisation géré au niveau des préfectures. « Ces collectivités représentent à elles seules 80% de la dépense locale », motive le préfet du Val-de-Marne, Laurent Prévost. Concrètement, ce contrat permet de jouer à la marge sur les 1,2%, en autorisant jusqu’à trois fois 0,15% de marge supplémentaire en fonction de différents paramètres comme l’augmentation de la population, la présence de quartiers prioritaires, les efforts déjà engagées en matière de réduction des dépenses, la politique de logement… En contrepartie, l’Etat n’inflige plus de baisse des dotations supplémentaire. Si les 1,2% d’augmentation des dépenses de fonctionnement sont dépassées en revanche, la collectivité se voit infliger une baisse des dotations correspondant à ce dépassement, l’année suivante. Cette baisse est réduite à 75% du montant du dépassement si le contrat a été signé. Les contrats doivent être signés d’ici le 30 juin et sont prévus sur une durée de trois ans.  Concernant les communes dont les dépenses de fonctionnement sont inférieures à 60 millions d’euros, la contractualisation et pénalisation ne sont pas prévues pour l’instant mais l’incitation est la même.

 

9 villes et le Conseil départemental concernées par la contractualisation en Val-de-Marne

Dans le Val-de-Marne, 9 communes sont concernées par cette contractualisation, ainsi que le Conseil départemental du Val-de-Marne. Il s’agit de Champigny-sur-Marne, Créteil, Choisy-le-Roi, Fontenay-sous-Bois,  Ivry-sur-Seine, Saint-Maur-des-Fossés, Villejuif, Vincennes et Vitry-sur-Seine. Au total, les dépenses de fonctionnement de ces 9 communes représente près d’un milliard d’euros. Dans la quasi-totalité des villes concernées, la lettre du préfet les invitant à mettre en place cette contractualisation a suscité la colère.

 

Les villes qui ne rentrent pas dans les clous des 1,2 %

« Nous avons reçu la lettre du préfet fin février alors que le budget doit être voté le 12 avril. Mais un budget ne se prépare pas en cinq minutes. Pour l’heure, le montant des dépenses de fonctionnement prévues est en progression de 1,9% par rapport à l’an dernier, et non de 1,2%. La différence, qui représente 600 000 euros, correspond au budget annuel de fonctionnement d’un service complet!« , détaille Philippe Bouyssou, maire PCF d’Ivry-sur-Seine. « Quand bien même je négocierai les 3 fois 1,5%, je ne serai autorisé à augmenter les dépenses de fonctionnement que de 1,65%, et non de 1,9%. Cette mesure remet en cause notre autonomie de gestion », dénonce l’élu. A Villejuif, l’écart est encore plus important. « Nous avons réduit les dépenses de fonctionnement depuis 2014 et réduit notre dette mais nous avons aussi de grands projets en cours. La ville s’apprête à développer 800 000 m2 dans les années qui viennent, entre le projet de Zac Grand Campus et le programme de rénovation urbaine. Cela implique des nouveaux habitants. C’est dans ce contexte que nous avons par exemple posé la première pierre de l’école des Réservoir la semaine dernière. Le budget a été voté avec une progression d’un peu plus de 4% et nous avons reçu le courrier du préfet après le vote du budget!« , explique-t-on au cabinet du maire de Villejuif.

 

Bâtir d’un côté pour couper les services de l’autre ?

A Champigny-sur-Marne, Choisy-le-Roi ou encore Fontenay-sous-Bois, le budget 2018 ne dépasse pas les 1,2% d’augmentation, contraint par les baisses de dotation des années précédentes, mais ce n’est pas pour autant que les villes sont prêtes à signer le contrat. « En plus de la baisse continue des dotations depuis quatre ans, le fait d’entrer dans l’EPT Paris Est Marne et Bois nous a fait perdre 1,7 millions d’euros de la part du Fonds de compensation suite à l’agrégation du potentiel de toutes les villes. C’est énorme pour nous, cela nous oblige à réduire des services comme par exemple l’activité des deux mairies annexes. Les 1,2% ne sont donc malheureusement pas un problème pour nous de manière concrète. Sur le fond, nous sommes opposés à cette mesure qui remet en cause la libre administration des communes. Lorsque l’on ouvre un groupe scolaire, cela entraîne forcément des dépenses de fonctionnement nouvelles entre les Atsem, le gardien, le régisseur, les personnes qui s’occupent de la cantine… Ces dépenses nouvelles sont liées à un rajeunissement de la ville et correspondent à un certain dynamisme, mais elles nous obligeraient à supprimer d’autres dépenses par ailleurs car elles entraîneraient automatiquement une augmentation de plus de 1,2% du budget. D’un côté l’Etat nous demande de bâtir, de construire du logement et les équipements qui vont avec, et de l’autre de couper d’autres services! Le résultat est que demain, les villes hésiteront à construire des piscines, crèches, conservatoires… car ils entraînent des dépenses de fonctionnement. C’est donc une fausse bonne solution. Je ne veux pas avoir à faire un choix entre une école et un conservatoire! Nous sommes tous fiers, y compris au niveau national, d’avoir des champions olympiques. Mais ces jeunes ont bien souvent commencé par un parcours associatif dans leur ville, c’est le cas des champions olympiques de Champigny-sur-Marne. Nous  conduire à réduire de manière forte ce qui contribue au parcours de réussite de tous les jeunes est dommageable. Pourquoi casser cette réussite lorsque les choses vont bien? » questionne Christian Fautré, premier adjoint au maire de Champigny-sur-Marne.

 

Vincennes a intégré la nouvelle règle

Seule la ville de Vincennes n’est pas montée au créneau contre cette obligation de contractualisation à ce stade.  « Nous avons une tradition de rigueur budgétaire depuis des années et avons intégré cette règle du jeu. Pour l’instant, nous ne sommes pas dans une logique de ne pas signer le contrat, mais nous attendons la réunion avec le préfet qui doit se tenir le 7 avril« , indique-t-on à la ville.

 

L’association des maires du Val-de-Marne fait valoir le développement des communes

L’association des maires du Val-de-Marne, elle, a pris position contre la réforme, à l’instar du Comité des finances locales (CFL), du Conseil national de l’évaluation des normes (CNEN) et de l’Association des Maires de France, et publié une résolution contre cette mesure à l’issue d’une réunion qui s’est tenue la semaine dernière. « Le redressement des comptes publics, ne peut conduire à transférer l’essentiel de l’effort sur les collectivités locales, alors que dans le même temps l’Etat aggrave son déficit sur la période de programmation 2017-2020 (LPFP). Les maires rappellent que les communes ont déjà réalisé des efforts de gestion considérables (baisse des dotations et rationalisation de leurs dépenses de fonctionnement pour ne citer qu’eux) alors que les administrations centrales contributrices nettes au déficit public ne prennent pas leur part à sa réduction« , dénoncent les élus. « Ce nouveau dispositif vise à dégager 13 milliards d’euros pour redresser les comptes publics, somme qualifiée de dérisoire rapportées aux 2000 milliards d’euros de dette publique française à endiguer. Pour mémoire, les maires précisent que les collectivités n’y contribuent qu’à hauteur de 10% et toujours pour investir ».

« Sous des dehors plus techniques, cette mesure est aussi retors que la baisse des dotations car elle entrave les choix politiques des villes. Cela va conduire à des externalisations faute de pouvoir gérer les services directement », note Olivier Capitanio, maire LR de Maisons-Alfort.

Les élus insistent particulièrement sur le fait que leur population est dans une dynamique de développement et cette mesure les contraindra à remettre en cause des services à la population et renoncer à des investissements nouveaux. « Les maires conviennent du fait que les collectivités locales ont réduit le déficit public à hauteur de 0,1 point de PIB en 2016 : ils ne comprendraient donc pas être pénalisés alors que par nature leur budget n’est pas en déficit. Ils rappellent aussi avoir déjà fait les efforts de gestion visant à contracter les dépenses de fonctionnement et qu’ils ne peuvent plus en faire. »

Source : 94 Citoyen.Com  26/03/2018