Quel avenir pour Occupy Wall Street ?

Affrontements entre forces de l’ordre et manifestants à Wall Street, le 17 novembre 2011 Le mouvement anti-Wall Street a marqué jeudi son deuxième mois d’existence par une série d’actions dans plusieurs villes américaines, principalement à New York, berceau de la contestation, où des milliers de manifestants se sont rassemblés dont au moins 200 ont été arrêtés. AFP/Getty Images - Allison Joyce

Deux parapluies en guise de « centre médical » et quelques livres offerts dans un coin pour rappeler la « librairie du peuple ». Au lendemain de l’évacuation de Zuccotti Park par les forces de l’ordre, le square symbole d’Occupy Wall Street n’est plus tout à fait le même.

La décision d’un juge new yorkais de réouvrir le parc au public mais d’y interdire désormais les tentes et les sacs de couchage a ainsi mis fin de facto à l’occupation du square du sud de Manhattan, posant la question du futur d’un mouvement qui doit fêter ses deux mois le 17 novembre, par une nouvelle manifestation contre Wall Street et les inégalités. Seulement une trentaine de militants ont passé la nuit de mardi à mercredi dans le square, emmitoufflés dans des anoraks et protégés par des couvertures en aluminium.

Si Occupy Wall Street est sans aucun doute parvenu en huit semaines  à obtenir le soutien des Américains lassés par la crise et frustrés par la cupidité des banques, le mouvement a aussi été victime ces derniers jours d’un problème d’image, alors plusieurs incidents violents -et même des décès- ont été reportés dans différents campements aux Etats-Unis et qu’une douzaine de villes ont décidé d’intervenir pour mettre fin aux occupations.

Surtout, le mouvement doit impérativement peser plus sur la scène politique s’il veut assurer sa survie. « Nous n’allons pas disparaitre comme cela, du seul fait de l’intervention de la police », souligne l’un de ses porte-paroles, Rick DeVoe, « mais c’est vrai que nous devons rebondir ».

D’ores et déjà, Occupy Wall Street songe notamment à s’impliquer dans la politique locale à New York. Le mouvement a également milité la semaine dernière dans l’Ohio pour assurer un vote positif au référendum sur les droits à la convention collective des syndicats.

« Il faut que nous inventions d’autres façons d’intervenir dans le discours public pour faire entendre notre voix », dit encore Anthony, l’un de ceux qui est à Zuccotti Park depuis le début, « on peut peser au niveau des associations de quartier, mais aussi multiplier les actions à travers tout le pays en période électorale ».

Une partie des militants à New York songent également à faire appel de la décision de justice, afin de pouvoir de nouveau camper à Zuccotti Park. « Nous allons trouver les moyens de durer », assure Rick DeVoe, « nous avons entamé depuis deux mois une conversation nationale avec l’opinion publique américaine à propos d’un système qui est brisé et qui ne privilégie que les plus fortunés. Ce dialogue là n’est pas prêt de s’interrompre ».

Fabrice Rousselot (Blog Libé)

 

La gauche contre les libéraux

Par Michael C. Behrent

En réinjectant un discours fermement anticapitaliste dans le débat politique, le mouvement « Occupy Wall Street » (OWS) sème la discorde entre les divers courants de la gauche américaine, en particulier chez les intellectuels. Par le passé, les partisans de ce grand courant de centre gauche américain qu’est le « liberalism » se sont souvent montrés critiques à l’égard de l’idéologie du marché libre, favorisant plutôt un capitalisme soumis aux régulations de l’État. Mais ils ne sont pas enclins à récuser pas autant les grands principes du capitalisme lui-même. Face à ces libéraux (au sens américain), on trouve, depuis au moins un siècle, des courants plus contestataires – anarchiste, communiste, socialiste, voire simplement social-démocrate. Souvent sont-ils surreprésentés dans les milieux intellectuels et universitaires. « Occupy Wall Street » est en train d’attiser les tensions latentes entre ces tendances. Surtout, il contraint les libéraux à préciser leur position face au capitalisme dans sa forme actuelle.

Depuis le début du mouvement, de nombreux intellectuels de gauche ont manifesté leur soutien à l’égard des occupants de Zuccotti Park (ainsi que les mouvements parallèles qui ont depuis vu le jour un peu partout). Certains sont Américains, d’autres des non-Américains qui enseignent ou travaillent aux États-Unis. S’il y a un dénominateur commun à leurs discours de soutien, c’est l’idée que le mouvement effectue une véritable rupture dans le discours politique américain, peu ouvert à des réquisitoires sans ambages contre le capitalisme. D’autre part, ces intellectuels saluent le mouvement comme le noyau potentiel d’une nouvelle conception de la démocratie, se démarquant d’un système représentatif trop impliqué dans les désordres économiques actuels.

La journaliste et militante Naomi Klein, connue pour son essai La stratégie du choc, s’est adressée aux occupants de la « place de la liberté » à Manhattan le 6 octobre. Selon elle, la différence entre 1999 – année qui a marqué la naissance du mouvement altermondialiste – et 2011, c’est qu’aujourd’hui plus personne ne doute que l’ordre économique contemporain est en crise. D’autre part, même à l’intérieur des pays « développés », les inégalités engendrées par le néolibéralisme crèvent les yeux : « Dix ans plus tard, remarque-t-elle, il semblerait qu’il n’y a plus de pays riches, mais simplement beaucoup de gens riches. Des gens qui s’enrichissent en pillant la richesse publique et en épuisant les ressources naturelles partout dans le monde ». L’originalité de « Occupy Wall Street », c’est que plutôt que d’énoncer un projet, le mouvement témoigne par se propre existence d’une autre façon de vivre. Selon Klein, il nous faut « changer les valeurs sous-jacentes qui gouvernent nos sociétés (…) C’est ce que je vois arriver dans ce square, dans la manière dont vous vous nourrissez les uns les autres, dont vous vous tenez au chaud, dont vous partagez gratuitement l’information, et dont vous offrez des soins médicaux, des cours de méditation, et de l’entrainement en ‘empowerment.’ Ma pancarte préférée ici déclare : ‘Je me soucie de toi.’ Dans une culture qui nous entraîne à éviter les regards, à dire ‘qu’ils crèvent,’ c’est une déclaration profondément radicale ».

Le 9 octobre, c’est au tour du philosophe Slavoj Žižek de parler aux manifestants. D’origine slovène, ce penseur postmarxiste d’inspiration lacanienne a souvent enseigné aux États-Unis. Il est très apprécié par certains milieux universitaires américains.  Pour Žižek, comme pour Klein, l’importance de « Occupy  Wall Street» est liée à l’invention d’un nouveau langage politique, qui semblait jusqu’à présent exclu de la « pensée unique » qui prévaut actuellement dans le domaine économique. Pour illustrer son propos, il raconte une plaisanterie de l’ère soviétique. Un habitant de l’Allemagne de l’Est est exilé en Sibérie. Avant de partir, sachant que son courrier sera lu par les censeurs, il propose à ses amis un code : toute lettre qu’ils obtiendraient de lui écrite en encre bleu serait entièrement vraie, alors que toute lettre rédigée en encre rouge ne contiendrait que des mensonges. Après un mois, ses amis reçoivent une lettre écrite en encre bleu. L’exilé raconte : « Tout est merveilleux ici. Les magasins sont pleins d’excellents produits.  Les cinémas montrent de bons films occidentaux. Les appartements sont grands et luxueux. La seule chose qui manque, c’est de l’encre rouge ». Žižek en conclut : « C’est ainsi que nous vivons. Nous avons toutes les libertés que nous voulons. Mais ce qui nous manque, c’est l’encre rouge : un langage pour exprimer notre non-liberté. La manière dont on nous apprend à parler de la liberté – la guerre contre la terreur, etc. – ne fait que falsifier la liberté. Ce que vous faites, c’est nous offrir de l’encre rouge ».

Les remarques de Klein et de Žižek sur le caractère essentiellement politique du mouvement rejoignent celles de Michael Hardt et Antonio Negri. Le premier enseigne la théorie littéraire à Duke University (Caroline du Nord), le dernier est philosophe ainsi qu’une figure historique du marxisme « opéraïste » italien. Ensemble, ils ont coécrits des essais qui sont devenus les véritables bibles du mouvement altermondialiste : Empire et Multitude. Pour Hardt et Negri, « Occupy Wall Street » doit être assimilé aux « indignados » de Madrid, à l’occupation de la place Tahrir au Caire, au mouvement pro-syndicale de Wisconsin, à l’occupation de la place Syntagma à Athènes, et aux campements de tentes dressés au nom de la justice sociale dans plusieurs villes israéliennes. Si les revendications de ces mouvements ont souvent un caractère économique, elles résultent toutes, du moins de façon implicite, d’un souci d’ordre politique : « la démocratie n’est-elle pas supposée être le règne du peuple sur le polis – c’est-à-dire, sur la vie sociale et économique dans son ensemble ? » Or, il semblerait plutôt que « la politique est devenue l’esclave des intérêts économiques et financières ». Par leur organisation même, ces mouvements proposent une alternative au système de représentation politique actuel. Ils « sont tous développés en fonction de ce que nous appelons la ‘forme multitude’ et sont caractérisés par des assemblés fréquentes et des procédures de prise de décision participatives ». Il ne faut donc pas s’attendre à l’apparition d’un leader fédérateur, à la Martin Luther King. Ces mouvements annoncent plutôt la mort prochaine de la démocratie représentative.

Cette appréciation globalement positive du mouvement « Occupy Wall Street » n’est pas pourtant pas partagée par ceux qui se réclament de la tradition libérale américaine. Comme le soulignent les responsables de la revue The New Republic: « Une des différences essentielles entre les libéraux et les radicaux, c’est que les libéraux sont des capitalistes. Ils soutiennent un capitalisme régulé de manière démocratique (…). Mais ce ne sont pas là les principes que nous entendons de la part des manifestants. Plutôt, nous entendons des appels à renverser le capitalisme dans son ensemble ».

Dans les colonnes du magazine The Atlantic, Daniel Indiviglio partage cette perspective : « Le genre de radicaux anarcho-socialistes que l’on retrouve aux manifestations OWS menacent l’opinion progressiste qu’il y a des moments où il est raisonnable et juste pour l’État d’intervenir pour secourir l’économie, l’industrie, voire même des entreprises spécifiques, si telle action est estimée bénéficier à l’économie dans son ensemble. La différence dans ce cas, c’est que les radicaux pensent que la nécessité d’un renflouement occasionnel est la preuve que le capitalisme court à sa perte et doit fermer boutique, alors que les progressistes trouvent que les renflouements peuvent contribuer au fonctionnement du capitalisme ».

Pour certains libéraux, le mouvement « Occupy Wall Street » risque de reproduire les mêmes erreurs qui ont entrainé la faiblesse actuelle de la gauche américaine et ont contribué à la montée de la droite « néolibérale ». Selon Fred Siegel, ces manifestants n’ont pas conscience du fait que l’extension des acquis sociaux et la protection de nouveaux droits individuels au cours des années soixante s’est traduit par le déploiement d’une vaste bureaucratie aux effets souvent pervers. Les manifestants de Manhattan sont « littéralement en train de recréer les folies des années 1960 en miniature ». D’autre part, les « manifestants, inconscients de notre dette nationale, se montrent indifférents au dédain compréhensible dans lequel la plupart des Américains tiennent le gouvernement fédéral ».

S’il est trop tôt pour prédire l’influence qu’aura le mouvement « Occupy Wall Street » sur le débat politique aux États-Unis – et s’il ne faut pas surestimer la capacité de la « gauche de la gauche » à recueillir un large soutien populaire – toujours est-il qu’à l’heure actuelle, c’est la gauche anticapitaliste qui a le vent en poupe. Si les libéraux auront sont doute du mal à se rallier à une critique de cette envergure, le mouvement pourrait leur rappeler que, par le passé (pensez à Franklin Roosevelt), ils avaient osé une politique plus exigeante et méfiante à l’égard des pouvoirs financiers et économiques. Une réorientation du libéralisme américain dans cette direction pourrait être une des conséquences les plus importantes de ce mouvement insolite.

Alternative Economique blog Behrent

 

Voir aussi : Rubrique Mouvement sociaux, rubrique Etats-Unis, rubrique Economie,

24 réacteurs nucléaires à fermer pour EELV et le PS

centrale nuclaire cattenom

Alors que chacun donne de la voix pour imposer sa vision du nucléaire de Jean-François Copé à Manuel Walls, d’Henri Proglio à Daniel Cohn-Bendit, les négociations ardues entre PS et Europe Ecologie les Verts (EELV) continuent en arrière-plan. Ce mardi 15 novembre, Martine Aubry et Cécile Duflot se sont rencontrées et entendues sur un « accord politique de majorité parlementaire » entre les deux partis pour 2012, selon des sources de l’AFP chez EELV.

Cet accord devrait être rendu public ce soir par le PS et validé ce week-end, chez les écologistes, lors du conseil fédéral d’EELV. Le document d’une trentaine de page acte les points d’accords et de désaccord entre les deux formations.

Pour ce qui est des accords, l’addition est salée pour la filière de l’atome. Les deux formations s’entendent sur la fermeture de 24 réacteurs d’ici 2025, l’arrêt du retraitement et de la filière MOX (combustible mélangé de l’uranium et du plutonium), une politique d’efficacité énergétique et de développement des énergies renouvelables, la réduction de la consommation d’électricité et la mise en place d’une filière d’excellence du démantèlement des réacteurs nucléaires. La fermeture de 24 réacteurs, sur les 58 que compte la France, toucherait en premier lieu les centrales les plus anciennes comme Fessenheim ou le Tricastin.

Côté désaccord, demeure l’arrêt du chantier de réacteur EPR de troisième génération en construction à Flamanville (Manche). Les travaux se situent à mi-chemin selon l’opérateur EDF et déjà 3 à 4 milliards d’euros y ont été dépensés.

François Hollande, le candidat PS à la présidentielle, refuse de stopper cette réalisation nécessaire à la réalisation d’une transition énergétique en France. Les verts, de leur côté, jugent que la mise en route de ce réacteur pour 60 ans, à partir de 2016, ne peut que ralentir la France dans une mutation énergétique, considérés comme indispensable par la formation écolo.

Si l’accord est maintenu en l’état, EELV y gagne un groupe parlementaire à l’Assemblée nationale de 25 à 30 députés. En revanche aucun ministre vert ne devrait entrer au gouvernement tant que l’affaire de l’EPR n’est pas tranchée.

Ludovic Dupin (L’Usine Nouvelle)

 

Communiqué du Réseau sortir du nucléaire

Les négociations PS-EELV à la botte du lobby nucléaire 

Accord ou diktat du PS ?

L’accord EELV-PS présenté le mardi 15 novembre laisse un goût amer à ceux qui veulent réellement la sortie du nucléaire. En fait d’accord, François Hollande est tout bonnement parvenu à imposer son positionnement initial : sous de belles formules, on ne retrouve rien d’autre que son propre programme. Pas question de remettre en cause l’EPR de Flamanville, malgré ses surcoûts, dangers et malfaçons qui sont maintenant de notoriété publique.

La poursuite du nucléaire n’est absolument pas remise en question par la promesse de fermeture de 24 réacteurs d’ici 2025. Cette maigre concession passe outre l’état de vieillissement du parc restant (rappelons que d’ici 2025, plus de trente réacteurs auront dépassé la quarantaine, alors même que les cuves des réacteurs, qui ne se remplacent pas, ne sont conçues que pour une durée de fonctionnement de 30 ans) [1] Plus grave, ni calendrier précis ni liste de réacteurs (à l’exception de Fessenheim) n’ont été publiés : en évoquant une échéance à 2025, le PS se laisse ainsi les coudées franches pour se contenter de la seule fermeture de la centrale alsacienne lors d’un futur quinquennat !

La catastrophe de Fukushima persiste maintenant depuis plus de huit mois, et la majorité des Français (et des membres du PS) souhaite la sortie du nucléaire… mais cela importe peu à M. Hollande !

Une rédaction sous la dictée du lobby nucléaire

Ces dernières semaines, alors que se poursuivaient les négociations, les nucléocrates de tous bords, de Jean-François Copé à Michel Rocard se sont relayés pour décrédibiliser l’idée d’une sortie du nucléaire. Les affirmations caricaturales ont fusé de toute part pour qualifier d’apocalyptique une transition énergétique pourtant indispensable et créatrice d’emplois [2]. Or le journal Médiapart révèle aujourd’hui à quel point l’industrie nucléaire a pris le pas sur le politique. Le seul paragraphe véritablement ambitieux, promettant l’arrêt du retraitement et de la fabrication du MOX, un combustible extrêmement dangereux et récemment abandonné par les Britanniques, a ainsi été tout bonnement supprimé de la version soumise au vote du PS… suite à des SMS envoyé par l’équipe d’Henri Proglio aux membres du Bureau National du PS ! [3].

Pour le Réseau « Sortir du nucléaire », cette manipulation de la démocratie est intolérable. Il est inacceptable qu’un parti politique, censé défendre l’intérêt général, se soumette ainsi aux ordres du lobby nucléaire. Le Réseau « Sortir du nucléaire » appelle à dénoncer haut et fort cet accord biaisé, et à la mobilisation citoyenne pour une sortie ferme et définitive du nucléaire.

voir aussi : Rubrique Ecologie, rubrique Politique,

Couple mixte et respect du droit : un documentaire

Depuis 2007, la situation des étrangers conjoints de Français n'a cessé de se dégrader.

Société. Nicolas Ferran a réalisé un docu autour des amoureux au ban public.

Depuis 2007, le mouvement des Amoureux au ban public accompagne les couples franco-étrangers dans leur combat pour mener une vie familiale normale sur notre territoire.

Nicolas Ferran, ancien coordinateur national du mouvement parti de Montpellier, vient de terminer la réalisation d’un documentaire qui donne la parole à treize de ces couples comme l’avait fait l’Hérault du jour il y a quelques années en s’associant à  cette action. Avec intensité et émotion, ces derniers décrivent un parcours du combattant pour se marier en France, faire reconnaître une union célébrée à l’étranger, obtenir un visa pour la France ou bénéficier d’un titre de séjour. Ils racontent le traumatisme des arrestations à domicile et des expulsions, leur révolte de devoir vivre cachés ou séparés, l’opacité des administrations, les interrogatoires policiers, le dévoilement de leur intimité, la difficulté d’obtenir le respect de leurs droits.

Souscription
Ce film, exclusivement financé par son réalisateur, ne bénéficie pas du soutien d’un producteur ou d’un diffuseur professionnels. Dans un contexte budgétaire difficile, le mouvement a donc besoin de votre aide pour financer sa sortie en DVD et assurer sa diffusion auprès d’un public le plus large possible.

Le montant de la participation est de 12 euros (prix du DVD à l’unité – frais de port inclus) les modalités de la souscription sont  disponibles sur le site des Amoureux au ban public. Les participants recevront le DVD après sa sortie le 15 novembre 2011. Le documentaire fera l’objet de projections publiques organisées par les Amoureux au ban public et par leurs partenaires associatifs. Si vous souhaitez vous-même participer à l’organisation d’une projection, vous pouvez joindre Julien Gittinger (chargé de diffusion) en écrivant à amoureuxlefilm@gmail.com

Voir aussi : Rubrique Société, citoyenneté, La police fouille nos sentiments, rubrique Politique de l’immigration,

Charlie Hebdo, pas islamophobe, simplement opportuniste et faux-cul

Par Pascal Boniface

L’attentat contre les locaux de Charlie Hebdo a suscité une vive émotion, un vaste mouvement de solidarité mais également des raisonnements manichéens et des dérapages en tous genres. Le temps de la réflexion pourrait utilement être venu.

1. Cet attentat – car c’en est un – doit être condamné. Ceux qui l’ont commis sont aussi criminels qu’imbéciles.

2. On ne peut admettre l’argument « Charlie l’a bien cherché ». Rien ne justifie la violence dans une démocratie.

3. Si le Coran interdit la représentation du Prophète, Charlie Hebdo a parfaitement le droit de ne pas respecter cette règle. Il doit respecter les lois de la république pas celles de l’islam.

4. La liberté d’expression n’est pas totale en France, elle est encadrée par de nombreuses lois, notamment sur le racisme et par le droit et la jurisprudence sur la diffamation. Si quelqu’un estime que ces règles sont outrepassées, il peut faire un procès à Charlie. On notera que pour « l’affaire des caricatures » en 2006, le procès entamé par des représentants du monde musulman avait été à tort considéré comme une atteinte à la liberté expression, alors que ce n’était que l’exercice d’un droit. Les plaignants ont par ailleurs été déboutés.

5. La condamnation de l’attentat, l’affirmation du principe de liberté, n’impliquent pas une obligation de trouver judicieux cette publication. On doit pouvoir avoir le droit de critiquer Charlie sans être accusé d’être complice ou complaisant avec les auteurs de l’attentat. Charlie, qui revendique le droit à la critique, doit admettre de pouvoir être critiqué, comme certains de ses défenseurs. On a le droit de ne pas trouver drôle Charlie Hebdo. Condamner l’attentat n’oblige pas à approuver la ligne de Charlie Hebdo, le terrorisme intellectuel est également condamnable.

6. Les soutiens inconditionnels de Charlie estiment que ce dernier critique toutes les religions et qu’on ne peut lui faire le reproche de viser spécifiquement les musulmans. Le directeur de la rédaction de Charlie, « Charb », a cependant déclaré le contraire sur France 5, ce 2 novembre dans une interview à Patrick Cohen affirmant que Charlie ne s’en prend pas aux juifs « parce qu’on attend que les juifs fassent des conneries à la hauteur des catholiques intégristes et des musulmans intégristes. » Pourtant dans la période récente, à de nombreuses occasions la Ligue de défense juive a procédé à des actions musclées contre des librairies, dans une mairie et même au tribunal de Paris. Il peut, par ailleurs, paraître curieux de penser qu’une religion (ou un peuple) serait, contrairement aux autres, immunisée contre la connerie ou le fanatisme de quelques-uns. La réalité c’est qu’il est très difficile de surmonter professionnellement, médiatiquement et politiquement l’accusation d’antisémitisme, contrairement à celle d’islamophobie.

7. Le principe de liberté est exercé par Charlie à géométrie variable, chacun ayant en mémoire l’affaire Siné.

8. Charlie prétend ne pas faire d’amalgame. Ses responsables, après l’attentat, ont dit à de nombreuses reprises qu’il ne fallait pas confondre les musulmans et les deux extrémistes qui avaient commis l’attentat (dont on ne connaît toujours pas l’identité). Le problème est que leur numéro « Charia hebdo » était justement basé sur le principe de l’amalgame, mettant dans le même sac l’évocation du rétablissement de la charia en Libye et la victoire d’un parti musulman en Tunisie, qui ne réclame pas le rétablissement de la charia. De même, lorsque leur avocat, Richard Malka, dit de moi que « j’aime la charia », que je « défends la charia » ou que j’ai une orientation pro-charia, ne pratique-t-il pas un amalgame malhonnête ?

9. L’émotion manifestée à l’occasion de l’attentat contre Charlie Hebdo est bien supérieure à celle ressentie lorsqu’il y a des attentats contre des mosquées ou plus récemment contre un camp de Roms qui pourtant a fait un mort.

10. L’argument selon lequel il devient dangereux ou interdit de critiquer l’islam, ne résiste pas à l’examen du débat public et de la tonalité ambiante des médias. La peur de l’islam, aussi bien sur le plan national qu’international, est largement entretenue et par ailleurs très vendeuse. 48 heures avant sa publication, il y avait eu une campagne de promotion médiatique sur la Une de Charlie sans aucune comparaison avec les couvertures précédentes. Aucun de ceux qui, d’une façon ou d’une autre, ont critiqué les musulmans n’a eu à subir de sanctions professionnelles, médiatiques ou politiques.

11. Charlie a parfaitement le droit de participer à l’ambiance générale de la peur de l’islam. Mais il ne peut pas refuser le débat sur cette ligne politique, vouloir incarner un courageux combat pour les libertés alors qu’il suit le vent dominant. Il nourrit ce climat général qui profite à l’extrême droite qu’il dit vouloir combattre. Vis à vis de l’extrême droite qui se nourrit de la peur de l’islam, il fournit à la fois le poison et le contre-poison.

12. Le résultat de cette affaire est que l’islam fait un peu plus peur qu’avant, que les musulmans se sentent un peu plus rejetés. Bref, l’extrême droite et le communautarisme ont progressé, le vouloir vivre ensemble a reculé. Certes Charlie Hebdo n’a pas d’obligation particulière à le défendre, mais il ne peut d’un côté le revendiquer comme valeur et de l’autre, le piétiner.

J’admets bien volontiers que les dirigeants de Charlie ne sont pas islamophobes. Mais ce ne sont pas non plus de preux chevaliers de la liberté. Ce sont tout simplement des faux-culs opportunistes, qui ont voulu faire un coup et doper leurs ventes en jouant sur la peur (vas-y coco la menace islamiste c’est vendeur), au moment où le journal était en difficulté, sans tenir compte du coût social de leur coup médiatique.

 

Voir aussi : Rubrique Médias, rubrique Cinéma, Siné libre combat à coups de crayons,

Prix du livre unique et taxe aveugle

Un point un trait, librairie à Lodève. Photo Sylvie Goussopoulos

De façon fortuite, la  célébration des 30 ans du prix du livre unique programmée hier à la Médiathèque Emile Zola par Languedoc-Roussillon livre et lecture (LR2L) tombe de concert avec l’effet dévastateur pour la chaîne du livre du nouveau plan de rigueur Fillon. « Une augmentation du prix du livre est la pire chose à faire dans un moment où le livre est fragilisé par de nouvelles pratiques, l’arrivée du livre numérique et un pouvoir d’achat en baisse », s’inquiète la structure régionale qui accompagne les différents acteurs de la chaîne du livre. « Cette situation appelle à s’unir autour du livre pour que cette mesure soit retirée, s’alarme l’élue régionale à la culture Josiane Collerais. On est devant un choix de société, celui de la conception que l’on a du livre et de la culture et au-delà de celle de l’humain. »

Cette mesure devrait se traduire par un surcoût de 60M d’euros, estime le Syndicat national de l’édition (SNE) qui a demandé mardi un rendez-vous d’urgence avec le Premier ministre. Evidemment, aucun des acteurs  économiques concernés, ne voit avec bienveillance le relèvement du taux de TVA qui devrait passer de 5,5 à 7% sur tous les produits culturels, mais concernant les libraires indépendants, dont beaucoup ont déjà la tête sous l’eau, cette mesure va précipiter l’hécatombe.

Les libraires menacés

Hier, l’ex-président de LR2L, Bernard Pingaud*, dont le travail auprès de Jacques Lang sur la politique publique du livre a joué un rôle déterminant dans l’adoption du prix unique du livre en 1981, s’est félicité de l’action menée par l’actuelle équipe de la structure régionale. L’écrivain et compagnon de route de Michel Butor a également souligné : « Le problème nouveau et fondamental pour les libraires que représente la vente de livres en ligne. »

Si les développements autour de l’iPod ont relancé un marché du disque moribond (pas concerné par la hausse en raison d’un taux déjà maximal), le développement irrémédiable des ventes de livres en ligne risque en effet de porter un coup fatal aux libraires dans les prochaines années. Aux Etats-Unis, le site de vente Amazon est déjà en situation de quasi monopole pour le livre numérique avec 60% à 70% du marché. Il lorgne désormais avidement sur l’Europe.

Face à cette offensive peu amicale, les acteurs de la chaîne du livre demeurent dispersés. Certains éditeurs qui veulent être absolument dans la course pratiquent des remises aux opérateurs qui pénalisent le réseau des libraires. Ceux-ci peinent à faire front commun comme en témoignent les difficultés pour rendre vraiment opérationnel le portail des libraires indépendants. Dans ce contexte tendu, l’augmentation du taux de TVA pour les livres, décidé par le gouvernement, s’inscrit à l’opposé de l’action publique nécessaire au soutien au secteur. A son échelle, LR2L engage une action dont la philosophie est de développer du lien avec les librairies indépendantes. Ce sera  le cas avec l’exposition itinérante de la photographe Sylvie Goussopoulos  qui présente le portrait de 30 libraires de la région mis en relation avec les textes de 30 auteurs choisis sur le territoire.

Dans une ville qui compte beaucoup de lecteurs comme Montpellier, on recensait plus de 30 librairies indépendantes, il y à 25 ans. Aujourd’hui, elles ne sont que 13 et nombre de leurs propriétaires connaissent des difficultés quotidiennes pour maintenir leurs activités. La mobilisation pour la diversité culturelle et celle de ses acteurs reste plus que jamais à l’ordre du jour.

Jean-Marie Dinh

*Dernier ouvrage paru : L’horloge de verre, Acte sud 2011

Voir aussi : Rubrique Livre, rubrique Edition, On line, Sauvez la librairie : ouvrez une librairie,