Voix Vives: Le dialogue des cultures passe

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Une fréquentation en hausse pour écouter les poètes méditerranéens. Photo dr

Festival de poésie. 5ème édition de Voix Vives à Sète. Désirs et pensée en liberté rencontrent un nouveau succès.

Voix Vives, la célébration marathonienne de la poésie méditerranéenne s’est achevée samedi. Une nouvelle fois le festival laisse derrière lui de multiples sillages que l’on se promet de suivre un peu plus tard, dans le bleu pastel où le ciel rejoint la mer. Neuf jours quasi continus de l’aube à loin dans la nuit, ponctués d’étoiles, de bouches roses et noires qui arrosent et de mots qui font mouche.

Pour la cinquième année Sète s’est vue consacrée ville escale des poètes issus de toutes les rives. Si Voix Vives célèbre avant tout l’espace méditerranéen c’est dans une optique d’élargissement, de frontières repoussées en y associant les sphères d’influences terrestres, maritimes et parfois cosmiques… Des Balkans à l’Afrique en passant par les Caraïbes et l’Amérique latine, les poètes ont afflué de tous horizons, portant témoignage des lieux secrets où la culture puissante de cette petite mer a laissé des traces.

« Ce fut une très belle édition, commente la directrice du festival Maïté Vallès Bled, on nous l’a dit et nous l’avons vécu. » Les langues et les voix éphémères, libérées dans la ville font état de la richesse des esprits et des arts qui se rencontrent. Elles dessinent un périmètre de tolérance dans les rues de Sète. « D’année en année, nous observons une vraie appropriation de la part du public sétois. Alors que nous avions enregistré quelques plaintes les premières années liées à des problèmes de stationnement, beaucoup d’habitants sont venus nous dire cette année de poursuivre le festival. »

Dans le quartier haut, où il concentre l’essentiel des 600 manifestations proposées, le festival est un facteur de tolérance. Entre les origines, entre les poètes et avec les autres, ceux pour qui hier encore, les cinq lettres du mot poème inspiraient des craintes ou imposait une distance. Aujourd’hui les vertus de la poésie semblent opérer en ramenant le public à lui-même.

Le décompte des chiffres de cette 5e édition sétoise n’est pas encore tout à fait terminé mais l’on prévoit une augmentation de l’ordre de 10% par rapport à 2013 (49 000 spectateurs). En dépit du concert de Maria Carmen Vega, au Théâtre de la mer où la capacité de l’artiste à rassembler a été surévaluée le bilan des concerts payants reste positif. « Le marché au livre qui a réuni une centaine d’éditeurs de poésie a bénéficié d’une très bonne fréquentation. Le public qui vient écouter gratuitement de la poésie achète aussi des livres pour poursuivre la découverte ce qui est un signe significatif », se réjouit la directrice.

Pour la seconde année Voix Vives s’exporte à l’étranger après Sidi Bou Saïd et Gènes, il mettra les voiles sur Tolède dès septembre.

JMDH

Source : L’Hérault du Jour : 01/08/2014

 Voir aussi : Rubrique Festival,Sans frontières les poèmes disent l’essentiel, rubrique Rencontre Grand Corps Malade,  rubrique Livre, Poésie, rubrique /Méditerranée, Palestine, Jordanie, On Line Festival Voix Vives,/

 

Lybie. Un pays bientôt coupé du monde

2807-libyeLes Etats-Unis ont évacué le 26 juillet leur ambassade à Tripoli et plusieurs autres pays, dont le Royaume-Uni et la France, ont appelé leurs ressortissants à quitter le pays. Alors que la guerre de l’aéroport fait rage, les tentatives d’apaisement peinent à aboutir.

Les plus durs parmi les miliciens islamistes de Misrata [ville côtière située à 200 km à l’est de Tripoli], conduits par l’ex-membre du Congrès général national (CGN, Parlement) Salah Badi, refusent toutes les tentatives de cessez-le-feu, en prétextant l’attachement aux principes de la révolution du 17 février 2011. « Pourtant, ce Badi n’est pas le saint des saints. Il a été exclu du Parlement pour connivence avérée avec le régime de Kadhafi et il défend aujourd’hui les intérêts du Qatar », rappelle Fatma Ghandour, rédactrice en chef d’Al-Mayadine [journal créé à Benghazi pendant la révolution].En quinze jours de combats, la quasi-majorité de la flotte rattachée à l’aéroport international de Tripoli a été détruite, et les quartiers riverains vivent pratiquement en permanence sous des bombardements intenses [l’offensive Libya Dawn (Aube de la Libye) a été lancée le 13 juillet par la Force de stabilité et de sécurité libyenne, une coalition d’islamistes et de milices de Misrata].Plusieurs dizaines d’habitations et de commerces du quartier de Ben Ghachir [à proximité de l’aéroport] ont été démolis par des tirs d’obus. Deux missiles Grad sont tombés non loin de l’ambassade américaine. La direction de l’aéroport de Tripoli évalue à plus de 90 % le niveau de démolition de l’infrastructure. Les pertes sont évaluées par le gouvernement libyen à plus de 2 milliards de dollars.

« Le complot international se poursuit en Libye
 »

Le pire, c’est qu’en opposition avec les précédents pics de tension les missions de réconciliation ne sont pas parvenues à des solutions viables. Mme Ghandour déplore que « l’unique accord de cessez-le-feu, signé le 17 juillet à la mairie de Tripoli par les anciens chefs de guerre de Zintan [ville de l’ouest de la Libye dont les milices contrôlent l’aéroport depuis 2011] et de Misrata, ceux-là mêmes qui ont libéré Tripoli en août 2011, n’ait jamais été respecté parce que les nouveaux chefs de guerre de Misrata, notamment Salah Badi, ont peur pour leur avenir politique après la défaite des islamistes aux élections du 25 juin 2014 ». « Badi et sa bande veulent outrepasser les résultats des élections. »

Entre-temps, une dernière mission de réconciliation, conduite par le président du Conseil national de transition, Moustapha Abdel Jalil, essaie de rapprocher les belligérants, en exploitant la chute des tensions pendant l’Aïd [fête qui marque la fin du ramadan]. A l’échelle internationale, on ne cesse d’appeler à un cessez-le-feu, que ce soit au niveau des pays arabes ou de l’Union européenne et des Etats-Unis. « Mais personne ne demande fermement au Qatar de freiner ses pions en Libye. Le complot international se poursuit en Libye », regrette Mme Ghandour.

En rapport avec les conséquences de cette gabegie, le chef du gouvernement intérimaire, Abdallah Al-Theni, a été interdit le 25 juillet de partir de l’aéroport de Maitigua [situé dans la banlieue est de la capitale]. Il devait se rendre aux Etats-Unis pour assister au sommet afro-américain [prévu du 4 au 6 août à Washington]. Mais les milices islamistes d’Abdelhakim Belhaj, qui contrôlent l’aéroport et la base aérienne adjacente, ont interdit à la délégation gouvernementale d’embarquer.

Par ailleurs, l’Organisation internationale de l’aviation civile a décrété des interdictions de vol pour les aéroports de Maitigua, Misrata et Syrte à partir du 28 juillet pour des raisons de sécurité. Seuls les aéroports de Labraq (à Al-Baïda) et de Tobrouk [deux villes situées dans l’est du pays] resteront ouverts aux mouvements aériens. Mais au rythme où vont les choses, c’est toute la Libye qui risque d’être mise en quarantaine.

Source El Watan 28/07/14
Voir aussi : Rubrique Actualité Internationale rubrique  Lybie, Quatar,

Festival : Cette Lozère où se croisent les cultures

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A l’occasion du festival Chanac double sa population chaque année. Photo dr

Bilan positif pour la 11e édition de Détours du Monde qui se projette dans l’avenir sans perdre ses valeurs.

En Lozère, le festival Détours du Monde de Chanac qui s’est clôturé le 19 juillet, joue les prolongation. En collaboration avec le Festival de Radio France, il amène les musiques du Monde sur les Chemins de St Jacques de Compostelle qui traversent le plateau de l’Aubrac. Ce soir, le poète chanteur portugais Lula Pena captivera l’auditoire de son fervent Fado en l’église de Saint-Alban-sur-Limagnole. Demain ce sera au tour du poly-instrumentiste Aziz Sahmaoui ex-membre de l’Orchestre National de Barbès d’envoûter le public en l’église Ste-Marie à Nasbinals.

Le temps fort du festival s’est déroulé du 17 au 19 juillet à Chanac où étaient invités cette année quelques fines fleurs de la word musique comme le Berbère Titi Robin, le Malien Cheick Tidane seck pour une rencontre sensible avec le slamer Feat Oxmo Puccino, le Réunionais René Lacaille, le maître malien Lansiné Kouyaté accompagné du jazzman David Neerman, le bassiste des Gladiators Clinton Fearon et bien d’autres musiciens venus d’ici et d’ailleurs.

Détours du Monde célébrait cette année sa 11ème édition. Ce festival est lié à une histoire de rencontres. Né d’un petit groupe d’amis lycéens qui organisaient des concerts dans la région. Il a pris son envol et poursuit son développement entre soutien à la création et réflexions. « A l’époque nous avons rencontré des gens formidables à Chanac et l’histoire se poursuit, explique le directeur artistique Florian Olivères, c’est de là qu’est né le festival. Au pied de cette tour rescapée du XIIème, nous avons imaginé qu’elle pourrait devenir une antenne relais avec le monde. Cela a donné Détours du monde. »

Les fondateurs ne pensaient pas ancrer l’événement dans le temps mais une conjonction de circonstances allait en décider autrement. Dès la première édition, Richard Bohringer devient le parrain du festival et encourage les organisateurs. Trois plus tard le passage de Pierre Rabhi impulse une dynamique de réflexion autour du respect de la terre et de l’humain. A chaque édition, autour d’expressions musicales et artistiques multiculturelles,  le débat s’ouvre, nourri par des initiatives locales et soutenu par l’engagement intellectuel des invités. « A l’occasion de nos dix ans, nous avons ouvert un cycle nouveau autour de la prise de parole et de la citoyenneté impliquant des associations, des bénévoles, des collectifs soucieux et respectueux de l’avenir. Nous avons également ouvert de nouveaux espaces, une scène des possibles, et une scène sociale nous permettant d’accueillir des spectacles plus intimistes ».

L’association du festival s’affirme aussi dans le paysage culturel en impulsant en partenariat avec le festival de Thau, la création du Silo. Une fabrique coopérative dédiée aux musiques du monde qui met des moyens en commun dans la région pour favoriser la création et la diffusion.

Le désert culturel lozérien recule même si l’on peut y croiser des Touaregs.

JMDH

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Festival Voix Vives. Sans frontière les poèmes disent l’essentiel

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Le poète Jihad Hudaib.

Festival. Alors que la guerre cause rage et désespoir, Voix Vives consacre la poésie comme territoire de paix en Méditerranée. A Sète jusqu’au 26 juillet.

La poésie contemporaine méditerranéenne occupe pacifiquement depuis vendredi le quartier haut de Sète et plusieurs enclaves de l’île singulière. C’est dans ce quartier populaire que les mots d’une centaines de poètes venus de toutes les rives accostent.

En levant la tête, on décrypte des extraits de poèmes pris au piège des banderoles qui les offrent à nos regards, mais la plupart des mots parcourent librement les rues. Portés par un vent émancipateur, ils pénètrent les ruelles, les parcs, et les jardins. L’imaginaire collectif se trouve enrichi de ce grand partage inédit qui aiguise notre savoir-vivre.

A l’instar de ses éditions à Sidi Bou Said (Tunisie), Gènes et Tolède (en septembre), le festival Voix Vives privilégie les relations maritimes en élargissant sa sphère géographique à la Méditerranée, africaine, latine, orientale et à celle des Balkans. Une escale au festival Voix Vives permet de saisir à quel point la grande bleue vivifie le monde en mouvement.

La poésie : territoire de paix

« Je suis né sur le chemin de l’exil et n’ai jamais connu la mer même si je viens d’une famille qui dort sur son épaule, explique le poète palestinien Jihad Hudaib. Du fait de la colonisation, la seule mer que j’ai connue était une mer morte, en Jordanie

Le regard de Jihad se veut lucide sur les sociétés, leurs entrecroisements et dysfonctionnements : « Le dialogue n’est toujours pas instauré entre les deux rives défend-il, heureusement qu’il existe entre les personnes et les citoyens, même s’il est le plus souvent basé sur l’idée du vainqueur et du vaincu. Soyons honnêtes, personne ne veut prendre la responsabilité de cette différence. La mer est bleue, obscure et claire, entre deux idées et le poète un oiseau qui voyage continuellement entre les deux rives.»

Le poète France-Maximin Daniel

Le poète France-Maximin Daniel

Pour le poète romancier guadeloupéen Daniel Maximin, la Méditerranée n’est pas seulement une mer qui noie et sépare les ennemis. L’ami de Césaire, revendique un cousinage :

« Comme la Méditerranée la Caraïbe est un lieu à la croisée des cultures où l’on doit trouver une solution de paix parce que nous sommes cousins et pas parce que nous sommes différents. C’est la raison pour laquelle nous comprenons la Méditerranée. Comment être prétentieux lorsque l’on dépend comme nous des cyclones, des tremblements de terre, des éruptions volcaniques et des raz de marée ? La nature est notre modèle elle est la source même de la poésie. En Méditerranée, la proximité des civilisations explique la violence. Tout le monde est cousin et chacun veut marquer sa personnalité

La Méditerranée comme la Caraïbe sont des terres débordantes de créativité, « des terres de poésies » souligne Daniel Maximin qui fait un lien géographique et géologique entre les deux cultures « issues d’une terre en éruption, animées par un feu intérieur. »

Et le poète de se demander pourquoi les religions monothéistes ne parlent que de l’homme, et pas de l’homme et de la nature. « La mer est une fatalité au bout de chaque sentier et en même temps elle permet d’aller des deux côtés.»

Se pourrait-il que la poésie lave de sa pluie tous les affronts…

Jean-Marie Dinh

Source : L’Hérault du Jour 22/07/14

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