Rencontres Nationales des Quartiers Populaires

Mars 2012 – Rencontres Nationales des Quartiers Populaires

Organisation, principes et valeurs

Montpellier, les 29 et 30 octobre 2011
Le présent document s’adresse à l’ensemble des acteurs et des dynamiques issues des quartiers populaires qui souhaitent s’engager à porter ensemble des propositions fortes lors des élections présidentielles de 2012. Un mode d’organisation collectif, des principes et des valeurs communes vous sont ainsi proposé suite au travail fait à Montpellier le week-end du 29 et 30 octobre 2011.

Cet engagement répond à la nécessité portée par plusieurs dynamiques locales et nationales issues des quartiers populaires pour permettre la « re-politisation » de ces territoires abandonnés de la République.

1. Contexte et motivations
Le 30 juin dernier, le Front de Gauche des Quartiers Populaires, une nouvelle composante citoyenne du Front de Gauche, lançait sur MediaPart dans un esprit volontariste d’ouverture un appel à l’ensemble des acteurs et des dynamiques issues des quartiers populaires pour que la question des quartiers populaires, notamment lors des prochaines élections présidentielles, soit prise en compte, et appelait à la tenue de Rencontres Nationales des Quartiers Populaires. Depuis, cette initiative a fait son chemin sur le territoire national et a rencontré un écho très favorable auprès de citoyens, d’associations, d’élus de terrain et de plusieurs dynamiques nationales développées dans les quartiers populaires. Partout, la situation désastreuse de ces quartiers qui concentrent tous les problèmes économiques et sociaux nous impose de nous fédérer et de nous rassembler au-delà de nos différences pour porter ensemble un engagement déterminant pour les présidentielles. Le présent document précise les modalités de cet engagement commun qui nous mènera jusqu’aux Rencontres Nationales des Quartiers Populaires.

2. Objectifs des rencontres nationales
Nous souhaitons peser sur les débats et placer les questions du devenir des quartiers populaires au coeur des réflexions politiques à venir en publiant au sortir de ces rencontres nationales un manifeste des quartiers populaires. Celui-ci fera la synthèse des réflexions, des expériences à valoriser, des propositions qui auront été travaillées avec l’ensemble de la société civile. Ce manifeste sera sous-tendu par un cadre d’analyse politique et sociale permettant de rompre avec les logiques actuelles de segmentation des territoires. Il servira de boite à outil et de réflexion politique lors des débat des présidentielles et cela à destination des partis politiques qui ont la prétention de peser sur la destinée de notre pays. Nous voulons démontrer que les quartiers populaires, qui concentrent l’ensemble des problèmes sociaux et économiques qui traversent notre pays, peuvent être une source extraordinaire de créativité et d’inspiration de solutions nouvelles afin de permettre l’émergence d’une vision politique où le droit commun prime sur la sectorisation et les règles d’exceptions sur l’ensemble du territoire français. Ce manifeste retranscrira de manière fidèle et complète les exigences sociales, politiques et culturelles des quartiers populaires.

3. Principes et valeurs
Nous souhaitons promouvoir une éthique de la citoyenneté en favorisant : La connaissance et le respect mutuels indispensables à cette co-construction L’affirmation de valeurs communes comme la justice sociale, la liberté, l’égalité, la solidarité, la laïcité, valeurs qui exigent le refus d’un monde capitaliste et sécuritaire, et qui placent l’Homme au centre des préoccupations L’apport des contributions participatives, actives et créatives pour enrichir le projet de société nécessaire à la vie de notre pays L’addition des initiatives locales et non pas leur opposition

Tout citoyen et toute organisation peut adhérer à cet engagement commun quelles que soient ses options politiques, philosophiques, religieuses, son sexe et sa condition sociale du moment qu’il s’engage à respecter les valeurs républicaines et l’esprit de cet engagement commun décrits ci-dessus dans le présent document. Une vigilance sera apportée pour contrer toute tentative de clientélisme et/ou de récupération.

4. Relations avec les partis politiques

Notre pari commun est de partir de la base et de la réalité des pratiques des acteurs des quartiers populaires pour construire ce manifeste. Il propose une démarche, un chemin citoyen et politique au sens noble du terme, permettant aux acteurs et individus issus des quartiers populaires (au-delà de leurs appartenances politiques et associatives respectives), de construire un espace d’engagement commun qui a pour objectif de placer la question des quartiers populaires dans les débats des présidentielles. Il appartient ensuite aux différentes formations politiques de notre pays de prendre leur responsabilité au moment de la publication de notre manifeste.

5. Fonctionnement
Une commission de suivi sera mise en place au sortir du week-end du 29-30 octobre 2011 et sera composée de deux membres de chaque organisation.
Une liste de diffusion ainsi qu’un site internet seront mis en place pour préparer les Rencontres Nationales des Quartiers Populaires.

6. Finances
Subventions. Des soutiens financiers seront recevables mais ne donneront aucun droit sur l’orientation et les objectifs de notre engagement.
Cotisations. Chaque citoyen ou chaque organisation sera libre de faire une souscription à la mesure de ses moyens pour financer nos actions. Des appels aux dons seront lancés régulièrement dès lors que les besoins le nécessiteront.

Syrie: l’Europe ne peut plus attendre

La citadelle d'Alep

La pression extérieure ne suffira pas à faire céder Bachar Al-Assad. Le Conseil national syrien, formé le 2 octobre à Istanbul pour fédérer toutes les forces de l’opposition, l’a déclaré, c’est le peuple syrien lui-même qui renversera le régime acharné à l’écraser.

Il a déjà payé le prix du sang pour cela, un prix très élevé: plus de 3 000 morts, des dizaines de milliers de personnes arrêtées, dont près de 15 000 détenues, sans oublier d’innombrables tortures et mutilations, enlèvements et viols. Les souffrances de la société civile ont depuis longtemps dépassé le seuil du soutenable. Sans secours international, elle endurera des épreuves encore plus douloureuses. Aussi importe-t-il de l’aider d’urgence, afin que les sacrifices consentis depuis mars 2011 ne s’avèrent pas vains.

À Paris (où une soirée de solidarité s’est tenue lundi 10 octobre à l’Odéon – Théâtre de l’Europe), Londres et New York, mais également à Delhi, Brasilia et Pretoria, les opinions publiques ont le pouvoir d’interpeller leurs gouvernements, lesquels ont le devoir d’intervenir sur les plans politique, économique et judiciaire pour isoler les assassins. L’Europe et la France en son sein ont une responsabilité particulière à cet égard, en raison de leurs liens historiques, de leur proximité géographique et de leurs relations culturelles avec la Syrie, d’autant que leur voix porte dans les enceintes internationales.

Ajoutant le meurtre à la corruption, le clan Al-Assad est prêt à toute extrémité pour conserver ses privilèges. Ces prédateurs restent indifférents aux admonestations des professeurs de vertu. Les déclarations de «very deep concern» et les appels à «faire preuve du maximum de retenue» éclatent comme bulles de savon sur les murs de leurs villas fortifiées. En revanche, les dirigeants, généraux, banquiers et hommes d’affaires liés à la famille qui s’est accaparé le pays sont vulnérables aux mesures de rétorsion qui les frappent au portefeuille. Or tout n’a pas été tenté en cette matière, loin de là.

Le double véto n’a rien d’étonnant

L’ONU est dans l’impasse, sur ce sujet comme sur d’autres, hélas ! Successivement saisi de projets – les uns invoquant la nécessité du dialogue bien que Bachar Al-Assad rétorque à chaque offre par un durcissement de la répression, les autres évoquant la menace de «mesures ciblées» chaque fois différées alors que le bilan s’alourdit de jour en jour -, le Conseil de sécurité n’est pas parvenu à s’entendre sur une résolution contraignante. Le double veto sino-russe du 5 octobre équivaut à un permis de tuer.

La Russie de Vladimir Poutine entend conserver sa licence d’employer la violence à l’encontre des Ingouches ou des Tchétchènes, si ce n’est aux frontières de l’Ukraine ou de la Géorgie. Fournisseuse de matériels lourds à l’armée syrienne, elle veille jalousement sur la base de Tartous, nœud de son dispositif naval dans les mers chaudes.

Tout autant irritée par le précédent libyen, la Chine récuse les textes qui contestent le droit des dictatures à étouffer les contestataires et pourchasser les minorités, ainsi qu’elle en use elle-même avec les Ouïgours et les Tibétains. Moscou et Pékin courtisent le pouvoir en place à Damas dans l’espoir de jouer leurs propres cartes au Proche-Orient, mais aussi parce que leurs oligarchies préfèrent traiter avec les despotes que négocier avec les imprévisibles républiques en cours d’éclosion dans le monde arabe.

L’attitude des puissances émergentes est moins compréhensible. L’Inde, le Brésil et l’Afrique du sud répugnent à des sanctions qui, selon leurs ambassadeurs, serviraient la prétention des membres permanents du Conseil à régenter les affaires planétaires. Il est pénible de voir ces trois grandes démocraties tourner le dos à l’histoire sous prétexte de solder le passé colonial.

Une vision totalitaire


Ces positions réactionnaires, au plein sens du terme, doivent être publiquement dénoncées. D’abord elles contredisent la «responsabilité de protéger» consacrée par le sommet mondial des Nations Unies de 2005, dans le prolongement de la convention sur la protection du génocide de 1948, selon laquelle la souveraineté d’un État ne saurait plus être invoquée pour bloquer l’ingérence de la communauté internationale en cas de génocide, de crime de guerre ou de crime contre l’humanité.

Elles perpétuent la vision totalitaire qu’exprimait Joseph Goebbels devant la Société des nations en septembre 1933: «Messieurs, charbonnier est maître chez soi. Nous sommes un État souverain […]. Nous faisons ce que nous voulons de nos socialistes, de nos pacifistes et de nos juifs, et nous n’avons à subir de contrôle ni de l’humanité, ni de la SDN».

Ensuite elles contrecarrent l’élan des peuples en quête de liberté et de dignité tout autour de la Méditerranée, comme si les habitants de ces contrées, manquant de maturité pour décider de leur propre destin, étaient condamnés à subir les pires potentats. Enfin, et c’est peut-être le plus grave, sous prétexte d’empêcher une dérive militaire du conflit telle qu’ils l’ont déplorée en Libye, les partisans du laisser faire ouvrent la voie à des aventures plus périlleuses encore pour la paix au Proche-Orient.

Un risque d’embrasement régional


La communauté internationale encourt en effet quatre risques majeurs si elle s’abstient d’agir. Le premier danger s’est déjà concrétisé: l’escalade de la terreur, les tueries de manifestants pacifiques s’accompagnant d’assassinats de personnalités modérées et de bombardements des villes révoltées.

Le second péril prend de l’ampleur au fur et à mesure que le pouvoir multiplie les provocations pour affoler les chrétiens, exciter les passions entre alaouites et sunnites, dresser les Arabes contre les Kurdes: c’est l’affrontement entre communautés et confessions. Une troisième spectre s’avance entre les décombres de Rastan: l’éclatement d’une authentique guerre civile, un nombre croissant de déserteurs – officiers et soldats – se trouvant acculés à combattre la Garde républicaine et la 4e division blindée aux ordres de Maher Al-Assad, féroce frère du président.

On connaît des capitales qui tolèrent de semblables désastres pourvu qu’ils se déroulent à huis clos, comme en 1982, quand Hafez Al-Assad massacra des dizaines de milliers de civils à Hama. Mais une quatrième menace se profile: l’exportation du conflit. Si leur stratégie de la tension échoue, les services secrets syriens seront tentés de déstabiliser l’ensemble de la région avec la complicité de leurs alliés et protégés. D’Israël à l’Iran en passant par le Liban, la Turquie et l’Irak, les terrains de dispute ne manquent pas, qu’un brandon suffirait à embraser.

Elargir les sanctions


Avec beaucoup de maturité, les jeunes des comités de coordination ont réussi jusqu’à présent à repousser le désir de vengeance que les menées des militaires et des miliciens, des mouchards et des mercenaires visent à exacerber. Si vigilante soit-elle, la résistance ne saurait parer tous les coups tordus d’un régime aux abois. Rien ne serait plus imprudent que de l’abandonner à son sort.

La plupart des composantes de l’opposition démocratique, à l’intérieur ou en exil, ont su s’unir pour réclamer aux instances internationales qu’elles œuvrent de tous les moyens légaux pour protéger les Syriens contre la férocité de leurs dirigeants. Il faut que l’Union européenne montre sans délai la voie aux Nations unies en adoptant les plus sévères sanctions qu’elle sera en mesure d’appliquer. Il s’agit dès maintenant d’en élargir la palette.

Le gel des avoirs financiers et les interdictions de visas, qui touchent actuellement moins d’une soixantaine d’individus et d’une vingtaine d’entreprises, devraient concerner l’ensemble des personnes physiques et morales en relation avec les sociétés contrôlées par le clan Al-Assad. Il convient d’inclure dans cette liste tous les responsables de rang exécutif, civils et militaires.

Outre l’embargo sur les hydrocarbures, les armes, les brevets et les fournitures susceptibles de favoriser la répression, l’heure est venue de suspendre d’une manière générale l’exportation à destination de la Syrie des produits et services qui ne sont pas indispensables à la population, en particulier les articles de luxe prisés par les élites. Une stricte limitation des activités des sociétés syriennes affidées au régime et intervenant en Europe s’impose. Il importe également d’interrompre les opérations des organismes de crédit européens en rapport avec cet État.

L’impunité n’est plus de saison

Si les échanges culturels avec les artistes et les intellectuels syriens doivent s’intensifier dans un cadre non gouvernemental, en revanche la coopération officielle avec les institutions publiques semble indécente en pareilles circonstances. Ainsi l’accord entre le Louvre et le Musée national de Damas, signé en grande pompe par Nicolas Sarkozy et Bachar Al-Assad en novembre 2009, et l’accord franco-syrien de coopération culturelle (approuvé par un arrêté de février 2011) doivent faire l’objet d’un moratoire immédiat. L’impunité n’est plus de saison.

Des méfaits d’une envergure méritant la qualification de crimes contre l’humanité ont été commis: cela justifie la saisine de la Cour pénale internationale et l’action indépendante de toute instance capable d’intenter des poursuites, afin qu’Interpol soit en mesure de les relayer. Par ailleurs, il est impératif d’instaurer des mesures de rétorsion contre les personnels d’ambassade qui, comme à Paris, apportent leur concours à la chasse aux opposants.

Il appartiendra au Conseil national syrien de dire s’il prône d’autres mesures de sûreté. Mais l’Europe ne saurait attendre que la situation empire pour porter assistance à un peuple en danger.

Emmanuel Wallon et Farouk Mardam-Bey

Voir aussi : Rubrique Syrie rubrique Moyen Orient, rubrique Livre, Sarkozy au Proche Orient, Rencontre Elias Sambar

  

 

Contestation contre Wall Street: «C’est notre Printemps américain!»

A Washington, à deux pas de la Maison Blanche, des centaines de sympathisants entament une occupation contre la guerre en Afghanistan et la «machine capitaliste» de Wall Street.

Bannières, sacs de couchage, tam-tam: près de trois semaines après le début des manifestations de New York, ils sont plusieurs centaines, écologistes, anciens combattants ou simples « déçus d’Obama », bien décidés à camper « jusqu’à ce que le changement arrive » sur la Freedom plaza, une place située entre le Capitole, siège du Congrès, et la Maison Blanche.

« Cela fait un an que nous travaillons à ce rassemblement, bien avant le mouvement +Occupons Wall Street+ », raconte Lisa Simeone, une des organisatrices de la manifestation hautement symbolique au coeur de la puissance américaine.

« Mais leur mobilisation a amplifié la nôtre: nous nous inspirons mutuellement les uns des autres », explique cette animatrice d’une radio à Baltimore, dans le Maryland (Est).

A l’origine du mouvement « Stop the Machine, Create a New World » (« Arrêtez la machine, créez un nouveau monde »), des pacifistes venus manifester contre le 10e anniversaire du début de la guerre en Afghanistan, mais près de 150 associations à travers le pays se sont jointes à l’initiative.

« Les gens sont déçus », explique le révérend Bruce Wright, un des organisateurs du mouvement venant de Floride (Sud-Est). « Nous sommes là au nom des petites gens, pour réclamer nos droits économiques universels: le droit d’avoir un toit, un métier, un accès gratuit à la santé ».

« Nous aussi nous avons notre printemps américain », lance-t-il, revendiquant l’héritage du printemps arabe. « Comme en Afrique du Nord, en Espagne ou encore en Grèce, nous sommes ici pour réclamer un monde juste et durable! »

Ken Mayers est un ancien combattant du Vietnam: « Nous voulons en finir avec la mainmise des grosses entreprises ». « Si le mouvement se transforme en tsunami, ça peut marcher! » affirme-t-il en rajustant sa casquette militaire. « La Freedom Plaza, c’est comme la place Tahrir en Egypte ou la place Syntagma à Athènes! »

Derrière lui, des hommes, cagoulés de noir et portant la combinaison orange des détenus de Guantanamo, appellent à la traduction de George W. Bush et de Barack Obama devant la Cour pénale internationale.

En fond sonore, un concert des « Raging grannies » (les « mémés déchaînées »), une trentaine de grands-mères, certaines le short coupé court sous la fesse, entonnent une chanson faite-maison: « Nous avons dépensé des milliards pour envoyer nos fils à la guerre, remboursez-nous! »

Les manifestants qui ont suivi la veille des ateliers de désobéissance civile, ont reçu l’autorisation de rester quatre jours sur cette place mais certains, comme cette ancienne hippie, affirment « vouloir rester jusqu’à ce que le changement arrive! »

« Nous sommes des déçus d’Obama: cet homme-là nous a trahis », confie Connie Joe, secrétaire dans une école du Wisconsin (Nord). « J’ai pris une semaine et demie de vacances, ça fait trente ans que j’attendais un mouvement comme ça! ».

Carrie Stone, elle, n’a pas eu à prendre de congés. Son affaire a périclité en 2008, elle n’a plus de couverture maladie ni indemnité chômage. Elle a décidé de venir à pied depuis la Virginie occidentale (Est). Neuf jours sur les routes « pour attirer l’attention des politiques, sur nous, les pauvres ».

AFP

 

Le mouvement Occupy Wall Street commence à être pris au sérieux

Lors d’une marche sur le Brooklyn Bridge, plusieurs centaines de manifestants du mouvement anti-capitaliste Occupy Wall Street ont été arrêtés samedi. Un incident qui a popularisé cette initiative active à l’origine sur l’Internet.

Il aura fallu l’interpellation, samedi, de centaines de manifestants par la police de New York sur le Brooklyn Bridge pour que le mouvement Occupy Wall Street commence à faire les gros titres des médias à travers le monde. Ces militants ont tous été relâchés depuis, mais l’attitude des forces de l’ordre à l’égard d’une initiative anti-capitaliste qui semblait anecdotique jusqu’à présent a marqué les esprits.

Pourtant, depuis trois semaines déjà, ces campeurs de Wall Street qui demandent des comptes à la

“planète finance” ont planté leurs tentes en plein cœur du quartier des affaires de New York. Ils se sont installés à deux pas de la Bourse et occupent les lieux 24 heures sur 24.

Très actifs sur les réseaux sociaux, ils déclarent être les représentants des “99 %” en opposition au “1 % des Américains du nord” les plus riches. À l’instar du collectif d’hacktivistes Anonymous – qui soutient  par ailleurs “Occupy Wall Street” – ces militants ne se reconnaissent aucun leader et tiennent à une organisation aussi décentralisée que possible.

Conséquence : ce mouvement n’a ni unité ni mot d’ordre. Ces indignés du capitalisme sont aussi bien issus de la gauche revendicatrice qui demande une meilleure redistribution des richesses que des libertaires à l’américaine qui revendiquent l’abolition de la Réserve fédérale et ne veulent pas que l’État intervienne de quelque manière que ce soit dans leur vie.

Né de l’appel lancé en juillet à “occuper Wall Street” par le collectif anti-consumériste canadien Adbusters, le mouvement a débuté le 17 septembre avec un millier de manifestants pour atteindre plusieurs milliers de personnes lors de la marche sur le Brooklyn Bridge, le 1er octobre.

Surtout, cette contestation new-yorkaise a créé des émules à travers les États-Unis avec une dizaine de villes, telles que San Francisco ou Chicago pour l’instant. Selon le site OccupyTogether, qui recense toutes les initiatives locales inspirées par le mouvement d’origine, des activistes dans une cinquantaine d’autres localités américaines se préparent à occuper des lieux symboliques de la finance.

France 24

Voir aussi : Rubrique Finance, rubrique Etats-Unis, rubrique Mouvements sociaux, rubrique Afghanistan,

Primaire du PS : « Le pognon devient décisif »

Harlem Désir. Photo AFP Philippe Desmaz

Une « révolution démocratique » pour Arnaud Montebourg, une « juste compétition » pour Ségolène Royal, un « nouveau droit aux Français » pour Harlem Désir… Au PS, l’unanimisme est aujourd’hui de mise pour défendre les « primaires citoyennes » dont le premier tour aura lieu dimanche. Mais il n’en fut pas toujours ainsi, rappelle Rémi Lefebvre dans son excellent ouvrage Les primaires socialistes, la fin du parti militant [1].

Premier « renégat » célèbre, Lionel Jospin. Le même qui promettait lundi « soutenir avec force celui ou celle qui finalement portera nos couleurs », se montrait, en 1995, beaucoup plus circonspect sur le principe des primaires. Lors des premières élections internes au parti, le premier secrétaire du PS, alors en lisse contre Henri Emmanuelli pour l’investiture, voyait dans ce mode de désignation une « perte de fraternité dans le parti » (Le Monde, 28 janvier 1995). De même Laurent Fabius, qui, trois ans après avoir été le candidat malheureux de la primaire de 2006, regrettait l’instauration par la primaire d’une démocratie toute acquise aux sondages : « Désormais, c’est l’opinion qui fait le parti », déplorait-il dans Le Monde du 26 août 2009.

Ni « modernes », ni « émancipatrices »

Un constat que ne renierait pas François Hollande, compétiteur de 2011 et chouchou des sondeurs. Dans un livre paru en 2009, cet opposant farouche aux primaires ouvertes s’alarmait notamment de ce que « les attentes supposées de l’opinion, du souci des sondages, de l’affranchissement des contraintes collectives » prennent le pas sur la « solidarité partisane ». Et de conclure : « Je ne vois pas ce que l’affaiblissement des partis apporterait comme éléments de modernité et d’émancipation ». Des primaires ni modernes, ni émancipatrices… Voilà qui a le mérite d’être clair !

Beaucoup moins clair, Jack Lang : en juin 2010, il craignait sur France Inter « que ces primaires apparaissent plus comme une espèce d’assemblée générale de ratification » et, en décembre, tançait sur LCI une élection ressemblant à « l’hippodrome d’Auteuil, avec chaque jour un nouveau venu pour participer à la course hippique »  !

Mais la palme du retournement de veste revient à Harlem Désir, premier secrétaire du PS par intérim en remplacement de Martine Aubry. Celui qui, le mois dernier, envoyait une lettre aux militants pour les enjoindre à voter massivement, jugeait en 2009 (cité dans Hold-ups, arnaques et trahisons, d’André Antonin et Karim Rissouli) : « Si on fait des primaires alors à quoi ça sert de s’investir dans le parti ? À rien. À quoi sert de travailler avec le parti ? À rien. Donc ça explose. Et tout le monde ne trouvera pas, comme Royal, un mécène pour se préparer. Avec ce système, le pognon devient décisif. Chacun est un parti à lui tout seul. Il n’y a plus aucune égalité et le PS n’est plus qu’un comité électoral ». Et la politique dans tout ça ?

Pauline Graulle (Politis)

[1] Ed. Raisons d’agir, 2011, 8 euros. A contre courant, Rémi Lefebvre, professeur de science politique à l’université Lille-II, estime que les primaires révèlent la dépolitisation croissante des Français et une absence de ligne claire au sein du parti de l’opposition.

Voir aussi : Rubrique Politique parti PS, Les ségolénistes tentent d’entretenir le désirActualité France,

Tunisie : Incertitudes politiques et relative confiance économique

Florian Mantione

C’est au septième étage de la tour du Polygone que L’institut de gestion de ressources humaines Florian Mantione tient régulièrement ses Rencontres du 7ème niveau. Régulièrement, une trentaine de cadres et de chefs d’entreprise se retrouvent pour échanger leurs expériences. Le rendez-vous qui s’est tenu hier avait pour thème « La révolution de Jasmin du Printemps de Tunis ». Un sujet d’actualité à trois semaines des élections tunisiennes du 23 octobre dont émergera une Assemblée constituante. « Les thématiques de nos rencontres sont très larges, confie le chef d’entreprise Florian Mantione. La dernière fois, nous avions convié un astrophysicien, aujourd’hui les participants présents entretiennent une relation privilégiée avec la Tunisie. Ce qui est mon cas, puisque je suis né là-bas et que nous gérons une agence de conseil sur place. »

La Tunisie a su tirer profit de la vague du redéploiement d’activités Nord-Sud. Signataire d’un accord de libre échange avec l’UE, le pays affiche un taux de croissance de 5% depuis une dizaine d’année. Mais captés par le système Ben Ali, les fruits de cette bonne santé économique n’ont pas bénéficié au peuple tunisien.

Florian Mantione porte un regard optimiste sur la situation du pays. « Tout le monde a applaudi des deux mains le programme économique et social du gouvernement provisoire. Même si celui-ci s’inscrit dans un contexte économique difficile caractérisé par une baisse du niveau d’activité très importante dans le secteur du tourisme ». Pour l’année à venir, le chef d’entreprise  se déclare plutôt confiant : « Je pense que l’activité repartira après les élections. Une meilleure redistribution devrait consolider les mesures d’appui et de relance du secteur social et économique. »

Une étape dans la reconstruction politique

Interrogée sur la capacité du peuple tunisien à s’y retrouver face à l’explosion du nombre de liste électorale (111 partis), Samia Miossec* estime qu’au- delà des grands partis qui concentrent l’enjeu, « les tunisiens qui ne disposent pas de culture politique apporteront leur soutien aux partis dont le programme annoncé  correspond le plus à leurs aspirations. » Compte tenu du principe proportionnel choisit pour l’élection de l’Assemblée constituante, il paraît peu probable qu’un parti dispose de la majorité. Ce qui renvoie à un second round de négociations d’où se dégageront des grands courants.

« Un pôle constitué de parti de gauche aborde la question de la liberté de pensée en préconisant un état laïque. Mais sur cette question, la plupart des partis jouent la prudence », estime par ailleurs Samia Miossec. « Ils se prononcent pour l’application d’une laïcité dans la pratique, mais sans l’inscrire dans le marbre de la constitution. On rappelle l’exemple de Bourguiba qui en signe de provocation s’était montré en train de boire un jus d’orange en plein mois du ramadan. Mais on oublie qu’il a fait cela dans le contexte du panarabisme. Nous sommes aujourd’hui dans celui de l’islamiste où ce n’est plus imaginable… »

Jean-Marie Dinh

* Samia  Miossec est maître de conférences à l’université Paul Valéry et directrice du département d’Etudes arabes, tunisienne.

Voir aussi : Rubrique Tunisie, Regards croisés sur la révolution de jasmin, rubrique Méditerranée, Le mouvement de l’histoire s’est accéléré, rubrique Montpellier,