Legislatives en Russie

Consolidation du régime, crispation face à l’Occident, intégration eurasiatique… L’étape qui débute avec les législatives du 4 décembre et la présidentielle de mars 2012 sera, sauf énorme surprise, celle du retour de Vladimir Poutine au Kremlin pour les six, voire les douze prochaines années. Bienvenue dans la nouvelle ère Brejnev !

(Le courrier International)

 

Des centaines de personnes ont manifesté contre les multiples fraudes aux élections législatives du 4 décembre, qui ont vu la victoire du parti de Vladimir Poutine, Russie unie. Des dizaines d’opposants, dont le blogueur anti-corruption Alexeï Navalni, ont été interpellés à Moscou ce lundi soir. Ils tentaient d’organiser une marche de protestation pour dénoncer les fraudes aux législatives.

Selon le site d’information en ligne Gazeta.ru, près de 5000 personnes, pour la plupart des jeunes, se sont rassemblées sous une pluie battante dans le centre-ville en fin d’après-midi pour dénoncer la manière dont ont eu lieu les élections du 4 décembre, qui ont vu la victoire du parti de Vladimir Poutine, Russie unie, et ont été marquées par de multiples accusations de fraudes. La police a quant à elle fait état de 2.000 manifestants, d’après l’agence Interfax.

AFP (05/12/11)

 

Le grand perdant du scrutin ? Medvedev !

Dessin Tiounine.

Lors des législatives du 4 décembre, le parti au pouvoir, Russie unie, a perdu près de 15 millions d’électeurs par rapport à 2007. Le destin politique du président pourrait en être compromis.

Après examen de 95,1 % des procès-verbaux remis par les bureaux de vote, Russie unie, le parti au pouvoir, recueille 49,54 % des voix, ce qui lui donne 238 sièges à la Douma [sur 450, la majorité se situant donc à 226], le Parti communiste en obtient 19,6 % (92 sièges), Russie juste 13,22 % (64 sièges) et le Parti libéral-démocrate (LDPR) 11,6 % (56 sièges). C’est ce qu’a annoncé ce matin Vladimir Tchourov, le président de la Commission électorale centrale, précisant que Russie unie avait perdu sa majorité des deux tiers. Mais, selon nos experts, une trop nette victoire du parti au pouvoir n’aurait pas été une bonne chose pour Vladimir Poutine [candidat à la présidentielle de mars prochain].

Les décomptes provisoires montrent que les trois autres partis qui siégeaient déjà à la Douma ont amélioré leurs scores : le Parti communiste avait plafonné à 11,57 % en 2007 et Russie juste avait alors quasiment séduit moitié moins d’électeurs (7,74 %). Le parti nationaliste de Vladimir Jirinovski (LDPR) affichait à l’époque un score de 8,14 %.

Russie unie est donc le seul parti à avoir fait moins bien. A l’heure actuelle, on dénombre 30,38 millions de personnes qui ont voté pour ce parti, contre 44,7 millions en 2007, où son score avait été de 64,3 %. En 2003, en revanche, les chiffres étaient de 37,56 %, soit 22,77 millions d’électeurs en sa faveur. La majorité des deux tiers s’établit à 300 députés. Russie unie ne les obtiendra pas, alors qu’elle avait disposé de cette majorité absolue lors des deux précédentes législatures.

« Ce résultat en baisse s’explique entre autres par l’atmosphère consécutive à la crise, par le fait que le parti n’était pas emmené par Poutine lui-même [c’est Dmitri Medvedev qui était la tête de liste] et par la multiplication des critiques contre Russie unie durant la campagne. Mais la raison principale de cette chute est certainement que Vladimir Poutine n’avait pas besoin que Russie unie fasse un score impressionnant », estime le politologue Sergueï Tcherniakhovski. D’après lui, toutes les lois indispensables ont déjà été adoptées, et c’est sous le mandat de la Douma sortante que Poutine avait besoin de pouvoir provoquer un impeachment, tant que Dmitri Medvedev était président. « Vu le résultat d’aujourd’hui, on se demande ce que pèse Medvedev », poursuit Tcherniakhovski, pour qui Russie unie l’emportait largement quand Poutine était à la tête du parti.
« Ces législatives remettent en question le destin politique de Medvedev », renchérit le politologue Rostislav Tourovski. Le vice-président du Centre de communication politique, Gueorgui Tchijov, partage cet avis : en cédant la direction du parti à Dmitri Medvedev, Poutine a « bien joué et a évité de se retrouver associé à un parti qui est sur la pente descendante ».

Hier, le chef de l’administration présidentielle, Sergueï Narychkine, a déclaré que Dmitri Medvedev pourrait à l’avenir se contenter de diriger le parti. Evgueni Mintchenko, directeur de l’Institut international d’expertise politique, pense que « Medvedev a à plusieurs reprises été chargé de faire le ménage dans les institutions, que ce soit parmi les gouverneurs ou au sein des forces de l’ordre, et il n’est pas exclu qu’il lui incombe désormais de ‘nettoyer’ le parti ». Il note toutefois que la perte de popularité de Russie unie est patente. « Reste à savoir si un point de non-retour a été atteint. »
Cela dit, au siège même de Russie unie on se montre satisfait du résultat. Le secrétaire du présidium, Sergueï Neverov, estime qu’avec sa majorité simple dans la prochaine Douma le groupe Russie unie pourra « faire adopter sans hésiter les lois proposées par le parti afin de mettre en œuvre ce qui est prévu dans son programme ». Il précise que le parti continuera à appliquer la politique de Dmitri Medvedev et de Vladimir Poutine, et conservera Boris Gryzlov comme président de l’assemblée.

Rappelons que, dès hier soir, le président Medvedev en personne qualifiait l’issue de ces élections de « résultat d’une démocratie réelle ».

Natalia Bachlykova (Kommersant)

Voir aussi : Rubrique Russie, Poutine revient…fichons le camp !,

Languedoc-Roussillon : Culture et cohérence…

Maison du Languedoc-Roussillon à NY

 

Convention. La Région Languedoc-Roussillon s’engage dans une politique culturelle internationale avec l’Institut français.

La Région Languedoc-Roussillon a signé le 30 novembre dernier une convention avec l’Institut français, établissement public sous tutelle du ministère des Affaires étrangères et Européennes chargé de promouvoir  les actions d’échanges et la culture française à l’étranger.

« C’est la première convention de ce type signée par l’Institut français avec une Région, a indiqué Xavier Darcos qui préside l’établissement depuis juin 2010, en précisant que d’autres partenariats similaires seraient signés. La convention entre les deux institutions vise à développer les échanges artistiques internationaux en favorisant la concertation et la cohérence. L’accord se traduit concrètement par un appel à projets artistiques (doté de 500 000 euros financés à parité) toutes disciplines confondues*.

Dans l’après-midi, la convention a fait l’objet d’une présentation conjointe des politiques culturelles à l’international en direction des acteurs culturels régionaux qui avaient répondu nombreux à ce rendez-vous. Les échanges avec l’exécutif se sont avérés fructueux, même si le délai pour déposer les premiers dossiers paraît assez court.

« Nous avons ciblé New-York, Londres, et Casablanca comme zones prioritaires, explique le président de Région Christian Bourquin, en fonction des bons résultats économiques obtenus sur place. La culture y vient comme un complément utile et nécessaire. Notre action commune s’inscrit en bonne intelligence, l’Institut Français nous rejoint sur un terrain ouvert où un certains nombre d’actions sont déjà engagées. De son côté, la Région pourra profiter des réseaux de cette institution pour fluidifier les relations sur place. »

De l’utilité du ministère de la culture

L’ancien ministre UMP Xavier Darcos a souligné son attachement au travail de terrain mené par les Régions dans le domaine culturel notamment celui du Languedoc-Roussillon qui « se distingue par un engagement significatif dans la durée ».

Poussant un peu le trait sur sa sensibilité d’homme de terroir, au détour d’un discours un peu clientéliste, Xavier Darcos est revenu insidieusement sur la stratégie qui vise à s’interroger sur la pertinence du  Ministère de la Culture face à l’action des collectivités locales. « Sans remettre en cause le travail de Frédéric Mitterrand, si l’on ferme la rue de Valois, la culture se poursuivra en trouvant d’autres voies, affirme-t-il. Cela ne serait pas forcément le cas, si l’on fermait les théâtres et d’autres structures de diffusion culturelle en région. »

Ironie du sort, ce débat avait été porté en 2009, par Jean-Jacques Aillagon avec qui Xavier Darcos avait livré bataille pour la présidence du Château de Versailles. Au final Darcos sort gagnant. Il est resté en selle, alors que Jean-Jacques Aillagon vient de remettre les clés du château de  Versailles à Catherine Pégard, conseillère du Président de la République, ex-responsable du service politique du Point.

L’Institut français pourrait par ailleurs élargir son champ d’action. Il s’apprête à assurer la programmation, et la gestion administrative et financière, d’une douzaine de missions diplomatiques à titre expérimental.

« Le basculement va se faire au 1er janvier, confirme son président, à terme le processus pourrait être généralisé à l’ensemble des missions diplomatiques afin de répondre à des critères d’efficacités. Un outil mutualisé permet une même impulsion et une même stratégie pour faire face à de nouveaux enjeux comme le numérique,» affirme Xavier Darcos qui admet en théorie, la différence formulée par Paul Ricoeur entre le concept d’échanges culturels faisant appel à une stratégie d’échange et le concept géopolitique qui renvoie à une stratégie d’influence.

Jean-Marie Dinh

*La  convention signée le 30 novembre 2011  porte sur la période 2011-2013. Elle fera l’objet d’une évaluation annuelle.

Voir aussi : Rubrique Politique culturelle, rubrique Rencontre, Olivier Poivre d’ArvorJérome Clément,

Egypte: les islamistes triomphent au premier tour des législatives

 

Les islamistes en Egypte ont été officiellement proclamés vainqueurs dimanche du premier tour des premières élections post-Moubarak avec 65% des voix, un raz de marée qui augure leur domination du futur Parlement face à des libéraux laminés.

Les Frères musulmans sont officiellement crédités de 36,62% des voix et les salafistes (fondamentalistes musulmans), dont ils s’efforcent de se démarquer, les talonnent avec 24,36% des voix. Une troisième liste islamiste, celle du Wassat, plus modérée, remporte 4,27% des suffrages.

Le Bloc égyptien, principale coalition libérale, a obtenu 13,35%. Les libéraux, divisés en six listes, atteignent 29,39% et restent les grands perdants de ce premier tour organisé dans un tiers des gouvernorats et marqué par un taux de participation historiquement haut (62%).

« Nous saluons le choix du peuple égyptien », a réagi Ahmed Sobea, le porte-parole du Parti de la liberté et de la justice (PLJ), émanation politique des Frères musulmans.

« L’Egypte a besoin maintenant que toutes les parties coopèrent ensemble pour sortir de la crise », a-t-il déclaré à l’AFP, en référence à la période de transition marquée par des violences et des impasses politiques.

Malgré cet appel, une rude bataille est attendue lundi et mardi au sein du camp islamiste pour la quasi-totalité des sièges attribués au scrutin uninominal. Un duel serré est notamment prévu entre les Frères musulmans et les salafistes sur 22 des 56 sièges.

« Le deuxième tour met fin à la lune de miel entre les Frères et les salafistes », écrivait dimanche le quotidien Al Akhbar, évoquant le cas d’Alexandrie, deuxième ville du pays, où le parti salafiste Al Nour (Lumière) est né après le soulèvement qui a renversé Hosni Moubarak en début d’année.

La bataille opposera également les deux mouvements à Damiette, dans le Delta du Nil, où les salafistes l’ont déjà remporté sur les Frères musulmans pour le scrutin de listes.

Les libéraux tenteront eux de batailler contre la vague islamiste, en particulier au Caire.

La journée de dimanche a été marquée par un incident, le premier depuis le début de la période électorale: le chauffeur d’un candidat libéral est mort lors d’un échange de tirs avec des partisans du Wassat dans la province de Manoufia (nord), a rapporté l’agence officielle Mena.

Mohammed Hamed, un candidat pour le parti des Egyptiens libres fondé par le milliardaire copte Naguib Sawiris, a mis en garde les islamistes contre une stricte application de l’islam, la religion de près de 90% des Egyptiens.

« Tout le peuple basculerait dans l’opposition. La plupart des musulmans ne sont pas des extrémistes. S’ils ne ressentent pas encore le danger (du fondamentalisme musulman), ils le ressentiront quand ce sera appliqué », a-t-il affirmé.

La percée des salafistes, plus intransigeants que les Frères musulmans –qui se présentent comme « modérés »– a pris la confrérie au dépourvu et semé la crainte dans les milieux laïques et coptes (chrétiens d’Egypte).

Ainsi, le porte-parole des Frères musulmans Mahmoud Ghozlane a appelé « à ne pas mettre tous les islamistes dans le même panier », en référence à Al-Nour.

Les salafistes se différencient physiquement des Frères musulmans par leur longue barbe et leurs costumes traditionnels et la majorité des femmes portent le niqab (voile intégral ne laissant apparaître qu’une fente pour les yeux), répandu en Arabie saoudite.

Forts de leur percée dans les urnes, ces fondamentalistes ont multiplié les déclarations en faveur d’un islam rigoriste, similaire à celui en vigueur dans le royaume wahhabite.

Le dirigeant salafiste Abdel Monem Chahat a assuré que les romans de l’écrivain égyptien et prix Nobel de littérature Naguib Mahfouz « encourageaient le vice car ils portent sur la prostitution et la drogue ».

Une autre personnalité de ce courant, Hazem Abou Ismaïl, a estimé qu’il fallait « créer un climat pour faciliter » le port du voile, et dit que s’il était élu président, il « ne permettrait pas à un homme et à une femme de s’asseoir ensemble dans un lieu public ».

Ces prises de position ont provoqué de vives réactions, en particulier sur les réseaux sociaux. « C’est parti pour qu’on devienne un nouvel Afghanistan! » lançait un internaute.

Au Proche-Orient, le Hamas palestinien, qui contrôle la bande de Gaza, s’est réjoui de cette percée des islamistes égyptiens, tandis que plusieurs responsables israéliens ont fait part de leur inquiétude devant la montée de l’islamisme dans les pays arabes.

Les élections, qui doivent se poursuivre jusqu’en mars, se déroulent au moment où le nouveau Premier ministre Kamal el-Ganzouri a annoncé que son gouvernement pourrait être investi d’ici à mercredi.

M. Ganzouri, 78 ans et ancien Premier ministre sous Moubarak, est contesté par une partie de la population réclamant le départ du pouvoir militaire, car ils l’assimilent au président déchu.

AFP

Voir aussi : Rubrique Egypte, Moubarak a joué avec le feu intégriste, Moubarak quitte le pouvoir, rubrique Histoire, Histoire de l’Egypte chronologie, rubrique Religion, Laïcité et République … , rubrique Rencontre, Khaled Al Khamissi , rubrique Livre, L’Egypte une littérature d’Idées, rubrique Société Religion, La question religieuse dans l’espace social,

Un logiciel-espion installé sur plusieurs millions de téléphones américains

Un développeur spécialisé dans Android, le système d’exploitation de Google pour téléphones mobiles, a révélé l’existence d’un programme installé par des fournisseurs d’accès américains sur des millions de portables, qui enregistre de très nombreuses informations sur l’activité des utilisateurs et les transmet au fournisseur d’accès.

CarrierIQ, édité par la société du même nom, enregistre une très grande quantité d’informations, allant des touches activées aux messages envoyés, en passant par les recherches effectuées via le navigateur Internet. Selon CarrierIQ, ce logiciel est déployé sur plus de 140 millions de terminaux, des téléphones Android comme des BlackBerry ou des téléphones Nokia. Le logiciel est présenté comme un outil permettant aux opérateurs d’établir des statistiques sur l’utilisation des téléphones ; il n’est a priori pas utilisé par les opérateurs européens.

Pour Trevor Eckhart, le développeur bien connu dans la communauté Android qui a révélé l’existence de CarrierIQ, ce logiciel est un véritable service d’espionnage. Après avoir publié un long article sur son blog, le jeune homme, âgé de 25 ans, a reçu une lettre de menaces des avocats de CarrierIQ. Après avoir reçu le soutien de plusieurs organisations, dont la puissante Electronic Frontier Foundation, M. Eckhart a reçu une lettre d’excuses (pdf) de la part de CarrierIQ.

Dans ce courrier, CarrierIQ affirme que son logiciel sert uniquement à améliorer le fonctionnement des réseaux. Carrier IQ « n’enregistre pas les activations de touches, ne fournit pas d’outils de traçage, et n’inspecte ni ne communique le contenu de vos communications, comme le contenu des e-mails ou les SMS », explique l’entreprise. Mais ce mardi, dans une nouvelle vidéo publiée sur son blog, M. Eckhart démontre, preuves à l’appui, que CarrierIQ stocke bien le contenu des messages SMS. Il enregistre également des données a priori protégées, comme les recherches effectuées sur un navigateur Internet connecté en « https », un mode de connexion sécurisé.

Le Monde.fr

Voir aussi : Rubrique Internet, rubrique Société, Consommation,

Pour les agriculteurs, ressemer sa propre récolte sera interdit ou taxé

La réduction de la biodiversité se traduit par une perte de résistance aux diverses agressions de ravageurs et autres pathogènes, donc par un recours accru aux pesticides. AFP/MYCHELE DANIAU

Dans le champ de l’agriculture, l’usage libre et gratuit des graines ne sera bientôt plus qu’un doux souvenir rappelant des méthodes paysannes d’un autre temps. Surnommées « semences de ferme », ces graines étaient jusqu’alors sélectionnées par les agriculteurs au sein de leurs propres récoltes et replantées l’année suivante.

Depuis plusieurs décennies, ces pratiques n’allaient déjà plus de soi lorsque ces semences étaient protégées par un Certificat d’obtention végétale (COV) à savoir le droit de propriété des « obtenteurs » de l’espèce. Ressemer ces graines était théoriquement interdit. Mais cet usage demeurait, dans les faits, largement toléré en France. Il est désormais strictement réglementé par une proposition de loi UMP adoptée lundi 28 novembre par le Parlement.

« Sur les quelque 5 000 variétés de plantes cultivées dans le commerce, 1 600 sont protégées par un COV. Ces dernières représentent 99 % des variétés cultivées par les agriculteurs », explique Delphine Guey, du Groupement national interprofessionnel des semences (GNIS). Or, environ la moitié des céréales cultivées étaient jusqu’ici ressemées par les agriculteurs, selon la CNDSF (Coordination nationale pour la défense des semences fermières). Presque toujours illégalement, donc. Mais le temps de « l’incertitude juridique » semble révolu : pour le ministre de l’agriculture, Bruno Le Maire, ces semences « ne peuvent pas être libres de droit, comme elles le sont aujourd’hui ».

Ce qui change

En fait, la proposition de loi du sénateur UMP Christian Demuynck transpose un règlement européen de 1994 sur la protection des obtentions végétales, jusqu’ici nullement en vigueur en France. Conséquence : les semences de ferme, jusqu’ici tolérées, sont désormais légalisées… à condition de verser une « rémunération aux titulaires des COV » – à savoir aux entreprises de semenciers , « afin que soit poursuivi le financement des efforts de recherche et que les ressources génétiques continuent d’être améliorées », dit le texte de loi. En sont exemptés les petits agriculteurs produisant moins de 92 tonnes de céréales.

Depuis 2001, cette taxe est appliquée pour une seule espèce : le blé tendre. Nommée « contribution volontaire obligatoire », elle est empochée par l’interprofession des semenciers. L’agriculteur doit payer 50 centimes par tonne de blé lors de la livraison de sa récolte. Ce système devrait donc être étendu à 21 espèces, dont la liste reste ouverte, assure Xavier Beulin, président de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), sur le site du syndicat.

En somme, pour Guy Kastler, délégué général du réseau Semences paysannes et membre de la Confédération paysanne, « pour la moitié des espèces cultivées – le soja, les fruits, les légumes… –, il est interdit de réutiliser ses propres graines, et pour l’autre moitié – céréales et plantes fourragères , il faut payer pour ressemer. »

Vers une privatisation des semences ?

Plusieurs associations écologistes et paysannes craignent ainsi une mainmise accrue de la filière semencière sur l’accès aux graines, via un droit de propriété étendu aux récoltes et aux graines qui en sont issues. Avec la taxe, « même les agriculteurs qui se passent des semences commerciales doivent payer pour ces semences », déplore Guy Kastler. Le militant redoute que la part des semences de ferme ne s’amenuise, à mesure que ces dernières deviennent plus chères et donc moins intéressantes pour l’agriculteur. Entre cette taxe et l’interdiction de ressemer ses propres graines, l’agriculteur est de plus en plus incité, non plus à produire, mais à acheter ses semences. D’où la crainte d’une dépendance accrue aux entreprises semencières.

Mais du point de vue de Xavier Beulin, la contribution de tous à la recherche sur les espèces cultivées se justifie, dans la mesure où même les semences de ferme en sont généralement issues. Dressant un parallèle avec la loi Hadopi visant à « protéger les créateurs » de films et de musique, le président de la FNSEA estime qu’il est « normal que [ceux qui utilisent des semences fermières] participent aussi au financement de la création variétale, puisqu’ils en bénéficient ». Opposé à cet argumentaire, le syndicat Coordination rurale relève sur son site que Xavier Beulin n’est pas seulement à la tête du premier syndicat agricole. Il dirige aussi le groupe Sofiprotéol, « qui détient des participations dans plusieurs grands groupes semenciers français (Euralis Semences, Limagrain…) ».

Vers une perte de biodiversité ?

Autre crainte : l’impact de cette mesure sur la diversité agricole. Certes, ressemer une même variété – presque toujours issue de la recherche – n’accroît pas, a priori, la biodiversité. D’autant que « pour les grandes cultures, aucune variété utilisée n’est le fruit d’une conservation ancestrale ; toutes ont été développées grâce à la création variétale », souligne Xavier Beulin.

Toutefois, ressemer sa récolte peut entraîner des variations dans l’espèce, et donc favoriser cette biodiversité, nuance Guy Kastler. « Des caractères nouveaux apparaissent, permettant à la plante d’être mieux adaptée au sol, au climat, aux conditions locales. Il est alors possible de réduire les engrais et les pesticides. A l’inverse, les semenciers adaptent les plantes aux engrais et aux pesticides, qui sont partout les mêmes. » Ils tendraient donc plutôt à créer de l’uniformité dans les plantes, où qu’elles soient cultivées.

Vers le régime du brevet ?

Le COV est, en France, une alternative au brevet sur le vivant, en vigueur aux Etats-Unis par exemple. Ce droit de propriété intellectuelle est détenu par les entreprises ayant obtenu, par la recherche, les espèces cultivées, et qui jouissent donc du monopole de la vente des semences de cette espèce avant qu’elle ne tombe dans le domaine public – comme c’est le cas d’environ 450 d’entre elles en France. D’aucuns, comme Guy Kastler, craignent un glissement vers ce régime du brevet, en limitant le droit des agriculteurs d’utiliser librement les semences protégées.

Toutefois, à la différence du COV, le brevet interdit complètement aux agriculteurs de ressemer leur récolte, indemnités ou pas, note Delphine Guey. C’est le cas des variétés OGM de la firme américaine Monsanto qui, selon Marie-Monique Robin dans le documentaire Le Monde selon Monsanto, a même créé une sorte de « police des semences » spécialisée dans la traque des agriculteurs semant ou échangeant illégalement les graines qu’ils récoltent.

Autre différence avec le brevet, le COV permet aux obtenteurs d’utiliser librement une variété protégée pour utiliser ses ressources génétiques et en sélectionner de nouvelles. Ainsi, travailler sur un gène d’une espèce ne permet pas de la breveter et donc de se l’approprier totalement. Une distinction qui a permis, selon Delphine Guey, de préserver une diversité d’entreprises semencières françaises. Et donc de laisser aux agriculteurs un plus ample choix d’espèces à leur disposition. Toutefois, si le brevet des espèces vivantes n’est pas de mise en France, le brevetage des gènes des plantes y est, lui, de plus en plus pratiqué.