Conférence Sauramps. Le philosophe montpellierain revient sur quelques mythes politiques. Jean-Claude Michéa donne ce soir une conférence sur le thème « Le complexe d’Orphée – La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès » autour de son essai Le complexe d’Orphée (Ed. Flammarion). La conférence sera animée par Vincent Taissere, libraire responsable du rayon Philosophie, politique et pensée critique, coordinateur du cycle de conférences La Fabrique de Philosophie.
« Semblable au pauvre Orphée, le nouvel Adam libéral est condamné à gravir le sentier escarpé du Progrès sans jamais pouvoir s’autoriser le moindre regard en arrière. Voudrait-il enfreindre ce tabou – « c’était mieux avant » – qu’il se verrait automatiquement relégué au rang de Beauf, d’extrémiste, de réactionnaire, tant les valeurs des gens ordinaires sont condamnées à n’être plus que l’expression d’un impardonnable « populisme ». C’est que Gauche et Droite ont rallié le mythe originel de la pensée capitaliste : cette anthropologie noire qui fait de l’homme un égoïste par nature. La première tient tout jugement moral pour une discrimination potentielle, la seconde pour l’expression d’une préférence strictement privée. Fort de cette impossible limite, le capitalisme prospère, faisant spectacle des critiques censées le remettre en cause. Comment s’est opéré cette double césure morale et politique? Comment la gauche a-t-elle abandonné l’ambition d’une société décente qui était celle des premiers socialistes? En un mot, comment le loup libéral est-il entré dans la bergerie socialiste? »
Ce soir à 19h Auditorium du musée Fabre (entrée libre)
Le pari du metteur en scène montpelliérain Didier Mahieu redonne vie aux grands philosophes en puisant dans le Panthéon des penseurs pour en faire des êtres de chair.
C’est une expérience humaine qui est à l’origine de ce mariage osé entre philosophie et théâtre : « Je suis retourné en fac assez tardivement, pour étudier la philosophie et je m’y suis retrouvé avec des jeunes, explique Didier Mahieu. Un jour que je lisais le texte d’un philosophe à voix haute, ceux qui m’entouraient m’ont fait remarquer que cette approche leur permettait une meilleure compréhension des idées développées. Cela m’a poussé à approfondir et à formuler une proposition dans laquelle j’ai mis à profit mon expérience théâtrale. »
Ainsi est née une série de spectacles-rencontres où les auteurs parlent de leurs textes sur scène. « Dramatiquement, j’essaie de retrouver le moment où les philosophes sont en prise avec leur pensée pour la rendre lisible. Ma démarche n’est pas didactique. C’est une forme de jeu qui vise à faire remonter le spectateur vers l’auteur en respectant le texte. Chaque spectacle est suivi d’une discussion. On peut même revenir en arrière, en rejouant certains passages. »
Platon, Descartes, Nietzsche, Bachelard…, la collection Philosophie de chair compte une douzaine d’auteurs. La dernière création coproduite par le Théâtre d’O et le théâtre de Chelles est dédiée au rationaliste du XVIIe Benoît de Spinoza, interprété par le comédien Jean-Marc Bourg .
« C’est pas du Feydeau »
Le philosophe qui tire les conséquences de la révolution scientifique, n’est pas d’un abord facile. Le spectacle s’appuie sur deux textes majeurs que Spinoza ne put conduire à leur fin, Le traité de la réforme et de l’entendement, et L’Ethique qu’il avait refusé de faire paraître de son vivant.
« Monter un spectacle philosophique, c’est pas comme un Feydeau, on peut ramasser et quitter la pensée discursive. Pour Spinoza nous innovons avec un travail sur les costumes et la scénographie. Nous nous sommes appuyés sur la géométrie et sur le métier de Spinoza, qui polissait des lentilles optiques, pour élaborer un travail sur la lumière en tant qu’objet physique pour matérialiser sa pensée. »
On a souvent dit que l’auteur avait rédigé L’Ethique selon la méthode géométrique, à partir de définitions, de postulats aboutissant à des théorèmes. Mais Spinoza est souvent infidèle à sa méthode. Ce qui fait le plaisir de Didier Mahieu : « En tant qu’homme de théâtre, je traque les faiblesses du philosophe. Stendhal disait qu’il faut être sec et froid comme banquier pour être philosophe. Parce que le philosophe essaie d’être objectif alors que c’est un homme. Cà, c’est du pain béni pour l’art dramatique. »
Les grands thèmes abordés par Spinoza se concentre dans la typologie des genres de connaissances, la distinction entre le vrai et l’adéquat, ou la relativité du bien et du mal. Le spectacle s’appuie sur un dialogue entre le philosophe et un contradicteur qui incarne sa voix intérieure. C’est à Gilles Deleuze pour qui rien n’est moins fondateur que la pensée qui dépasse la conscience, que Didier Mahieu a judicieusement confié ce rôle. « Spinoza est un philosophe fou de raison. Il défend l’idée que c’est grâce à la conscience du fait que l’on n’est pas libre, que l’on est libre, » avance le metteur en scène qui précise : « Pour moi un philosophe est un créateur .»
Jean-Marie Dinh
Cet Asile de l’Ignorance, du 7 au 9 décembre Resa : 0 800 200 165
Maison de la poésie. Le chansonnier et poèteCorentin Coko célèbre les 140 ans de La Commune de Paris.
La Maison de la Poésie de Montpellier renoue avec l’esprit des goguettes du XIXe siècle en invitant le chansonnier Corentin Coko. « C’est un jeune artiste qui se tourne vers l’histoire pour apprendre le présent, indique Annie Estèves la directrice artistique du lieu, je le suis depuis ses débuts. Corentin Coko dispose d’un talent vraiment original. Il se distingue par la qualité de ses textes qui ne donnent pas dans l’engagement bien pensant. Ici, on tient beaucoup à la poésie engagée qui fait appel à la mémoire du peuple, même si quelque part, la poésie répond toujours à un engagement.»
Armé de son accordéon, l’artiste célèbrera à cette occasion les 140 ans de la Commune de Paris. On le sait, l’espoir soulevé par le soulèvement de Paris et le bain de sang dans lequel le mouvement fut réprimé ont inspiré de nombreux poètes et auteurs, mais curieusement, ce 140e anniversaire aurait pu passer relativement inaperçu.
C’était sans compter sur ce vibrant artiste montpelliérain qui commença sa carrière à 16 ans en première partie d’Arthur H. » On trouve souvent des amnésiques, chez les jeunes auteurs de chanson française que j’apprécie beaucoup par ailleurs. Recevoir une leçon sur le passé donnée par un jeune, c’est plutôt rare. Après le Domaine D’O et avant le Théâtre Jean Vilar, programmer Corentin Coko dans le cadre de la manifestation » Les poètes n’hibernent pas » relève un peu de l’emblématique. Il a tout à fait sa place dans le travail de brassage des générations que nous avons entrepris. »
Un idéal d’humanité
Au travers des textes et chansons d’Eugène Pottier (auteur des paroles de l’Internationale), de Victor Hugo, Louise Michel, Jules Vallès, Jean-Batiste Clément, Emile Zola, Corentin Coko fera revivre ces quelques mois où Paris fut aux mains du peuple et de la révolution sociale.
Passionné par la chanson populaire, l’artiste n’ignore rien du climat de lutte et de misère qui furent à l’origine de la Commune. Mais c’est l’exaltation poétique qu’il retient surtout de cette tentative de rappropriation populaire : « Cet idéal d’une société nouvelle ne se construit pas seulement avec des armes, des canons, mais avec des discours, des mots, des textes, particulièrement emplis de poésie. Une poésie exaltée, vibrante, passionnée, venant de la masse populaire, de la terre rougie de sang, une poésie sortie tout droit des entrailles de Paris. »
Aujourd’hui, il ne reste pas grand chose de l’esprit des goguettes qui émaillaient les nuits françaises du XIXe. On s’y rendait pour boire et chanter. Considérée comme des réunions séditieuses, elles furent supprimées en 1851 par Napoléon III. Mais la chaleureuse ambiance de fête paillarde, propice à l’entraide et à l’amitié décrite notamment par Gérard de Nerval, n’a pas sombré dans l’oubli. Elle a traversé les siècles. On la retrouve encore au carnaval de Dunkerque. Corentin Coko a l’heureuse et riche idée de la faire resurgir près de chez nous. Il suffit de s’y rendre pour se trouver en bonne compagnie.
Jean-Marie Dinh
Maison de la Poésie, Moulin de l’Evêque 78, av du Pirée.
Le nouvel album de Corentin Coko peut être commandé sur le site : www.corentin-coko.fr
Le premier roman de Titiou Lecoq commence dans un lieu de culte et pourrait bien finir par en devenir un, livre culte. Plusieurs arguments étayent cette hypothèse. Née en 1980 Titiou fait partie de la même génération que ses héroïnes. Il y a une réelle proximité entre l’auteur et ses personnages. On touche à une prose spontanée, un peu comme entre Jack, (Kérouac) et les beatniks. Sortie en août au Diable Vauvert, Les Morues a rencontré un très bon accueil des lecteurs et poursuit son bout de chemin. Le livre en est à sa troisième réédition.
Confronté aux changements rapides de leur époque, Ema, Alice et Gabrielle éprouvent de profondes difficultés à trouver leur place, ce qui les amène à rejeter les valeurs traditionnelles pour mordre à pleines dents dans le monde nouveau. Elles se retrouvent mensuellement dans un bar parisien pour les soirées Morues. Lors de ces rendez-vous, il est question trouver un minimum de cohérence à l’héritage du féminisme. On s’intéresse au plaisir féminin en intégrant les problématiques masculines à l’image de Fred un génie introverti qui soigne sa déprime en trinquant avec ses copines à grands bols de Nesquik ou de Blester qui rêve d’une relation suivie au grand dam d’Ema.
Bref, les Morues examinent les possibilités de relations humaines dignes de ce nom dans la société actuelle. Elles planchent par exemple pour savoir faire respecter leur indépendance par les mecs en tant que femmes modernes mais aussi en tant que chiennes, si le besoin s’en faisait sentir.
Se prendre en main
Le bon fonctionnement de l’équipe tient à une ligne de conduite simple en théorie : traquer chez les femmes les réflexes sexistes dont on accuse généralement les hommes. Ce qui suppose de dépasser quelques tabous. Avec un heureux sens de l’organisation, les Morues ont établi leur charte de fonctionnement qui dispose d’une entrée masturbation où les trois copines ratifient de manière tout à fait démocratique les phrases proscrites, genre : « Je me masturbe que quand je suis seule depuis longtemps » ou « Cà m’arrive de me caresser mais que sous la douche » ou encore « Oui, j’ai un gode, il est griffé Sonia Rykiel » !
A l’instar de ses personnages, Titiou Lecoq, pourrait être la première fille à se faire jeter d’une église pour n’avoir pu contenir un fou rire lors de l’enterrement de sa meilleure amie, même si cet événement inexpliqué la ravage en profondeur.
Titiou joue sur la crête de l’équilibre psychique tout en échafaudant une structure précise qui nous maintient en haleine d’un bout à l’autre du roman. La critique du monde est existentielle, mais aussi politique. Le champ lexical peu orthodoxe flirte avec l’ironie du ton, ça décoiffe sans jamais tomber dans la vulgarité.
Les histoires de filles ne manquent pas de réalisme nous rappelle l’auteure en posant dans le fond du décor une réflexion transversale sur la société, l’asservissement du système médiatique et les dessous de la privatisation du système public. Sans s’en extraire Titiou Lecoq, attire notre attention sur le caractère absurde ou factice du consumérisme moderne.
Le premier roman de Titiou Lecoq commence dans un lieu de culte et pourrait bien finir par en devenir un, livre culte. Plusieurs arguments étayent cette hypothèse. Née en 1980 Titiou fait partie de la même génération que ses héroïnes. Il y a une réelle proximité entre l’auteur et ses personnages. On touche à une prose spontanée, un peu comme entre Jack, (Kérouac) et les beatniks. Sortie en août au Diable Vauvert, Les Morues a rencontré un très bon accueil des lecteurs et poursuit son bout de chemin. Le livre en est à sa troisième réédition.
Confronté aux changements rapides de leur époque, Ema, Alice et Gabrielle éprouvent de profondes difficultés à trouver leur place, ce qui les amène à rejeter les valeurs traditionnelles pour mordre à pleines dents dans le monde nouveau. Elles se retrouvent mensuellement dans un bar parisien pour les soirées Morues. Lors de ces rendez-vous, il est question trouver un minimum de cohérence à l’héritage du féminisme. On s’intéresse au plaisir féminin en intégrant les problématiques masculines à l’image de Fred un génie introverti qui soigne sa déprime en trinquant avec ses copines à grands bols de Nesquik ou de Blester qui rêve d’une relation suivie au grand dam d’Ema.
Bref, les Morues examinent les possibilités de relations humaines dignes de ce nom dans la société actuelle. Elles planchent par exemple pour savoir faire respecter leur indépendance par les mecs en tant que femmes modernes mais aussi en tant que chiennes, si le besoin s’en faisait sentir.
Se prendre en main
Le bon fonctionnement de l’équipe tient à une ligne de conduite simple en théorie : traquer chez les femmes les réflexes sexistes dont on accuse généralement les hommes. Ce qui suppose de dépasser quelques tabous. Avec un heureux sens de l’organisation, les Morues ont établi leur charte de fonctionnement qui dispose d’une entrée masturbation où les trois copines ratifient de manière tout à fait démocratique les phrases proscrites, genre : « Je me masturbe que quand je suis seule depuis longtemps » ou « Cà m’arrive de me caresser mais que sous la douche » ou encore « Oui, j’ai un gode, il est griffé Sonia Rykiel » !
A l’instar de ses personnages, Titiou Lecoq, pourrait être la première fille à se faire jeter d’une église pour n’avoir pu contenir un fou rire lors de l’enterrement de sa meilleure amie, même si cet événement inexpliqué la ravage en profondeur.
Titiou joue sur la crête de l’équilibre psychique tout en échafaudant une structure précise qui nous maintient en haleine d’un bout à l’autre du roman. La critique du monde est existentielle, mais aussi politique. Le champ lexical peu orthodoxe flirte avec l’ironie du ton, ça décoiffe sans jamais tomber dans la vulgarité.
Les histoires de filles ne manquent pas de réalisme nous rappelle l’auteure en posant dans le fond du décor une réflexion transversale sur la société, l’asservissement du système médiatique et les dessous de la privatisation du système public. Sans s’en extraire Titiou Lecoq, attire notre attention sur le caractère absurde ou factice du consumérisme moderne.
Médiathèque Emile Zola. L’exposition consacrée à Frédéric Jacques Temple invite au parcours d’une expérience humaine jusqu’au 15 janvier.
La médiathèque Emile Zola, rend hommage à Frédéric Jacques Temple jusqu’au 15 janvier à travers une exposition permettant de découvrir une partie du fond légué par le poète à sa ville natale. Celui-ci vient enrichir les collections patrimoniales de la médiathèque centrale de Montpellier. Livres dédicacés, correspondances, photographies, tapuscrits, objets, sont autant de traces d’une vie en contact permanent avec l’écriture. « L’écrit n’est qu’une des nombreuses formes du vivre » confie avec simplicité l’auteur montpelliérain.
L’exposition présente plus de 200 pièces et documents sur un total de plus de 5 800 documents que compte la donation.
Né en 1921 à Montpellier, Frédéric Jacques Temple vit aujourd’hui dans un village du Gard. Il entretient très tôt une passion pour la littérature américaine : Melleville, Whiteman, Dos Passos, Faulkner, Hemingway… Il traduit notamment Lawrence Durell, Haniel Long, et Henri Miller avec qui il entretient une solide amitié.
Une vie d’engagements
A Alger où il suit son père nommé préfet en 1942, il rencontre l’éditeur de Camus Edmond Charlot qui publiera son premier recueil de poèmes. En 1943-1944, Frédéric Jacques Temple participe aux combats contre l’Afrikakorps en Tunisie, à la campagne d’Italie, et au débarquement de Provence. Cette expérience le pousse à écrire. Le recueil « poèmes de guerre » (1996) réunit ses textes inspirés de cette expérience.
De retour à Montpellier en 1948, l’écrivain entreprend une carrière dans la Radiodiffusion-télévision française. C’est à cette époque qu’il se lie d’amitié avec Joseph Delteil et Blaise Cendrars.
Pour Temple, la vie compte davantage que la fréquentation des salons littéraires. Ses premiers recueils de poèmes ne sont réunis qu’en 1989 par Actes Sud dans une anthologie personnelle plusieurs fois rééditée, qui a obtenu le prix Valery Larbaud. Il a également publié cinq récits chez le même éditeur ainsi que des traductions et des essais. A l’instar de celle de son compagnon Max Rouquette, l’œuvre de Frédéric Jacques Temples se conjugue avec la nature méditerranéenne et une certaine nostalgie d’un paradis perdu.
En complément de l’exposition, une série de manifestations permettent d’approfondir l’œuvre de cet artiste en prise constante avec son époque. L’attraction qu’exerce la folie du monde nourrit le poète montpelliérain. Elle exhume ses forces élémentaires, le pousse à explorer sans jamais rompre avec les amarres de ses origines.
La carte blanche cinématographique offerte à l’auteur dans le cadre du Cinemed comme le colloque, ponctué d’un hommage musical organisé par l’université Paul Valéry, ont permis d’approcher l’univers de Frédéric Jacques Temple. La soirée Parcours d’écrits ouvrira prochainement une autre voie d’accès. Le comédien Julien Guill, le musicien Michel Bismut et le sound designer Armand Bertrand ont choisi avec l’auteur des extraits de son œuvre qui donneront lieu à une performance* forte et sensible.
Jean-Mari Dinh
* Le 14 décembre prochain à 19h à la Médiathèque Emile Zola.