Festival Arabesques : Ces chevaux qui passent les frontières

Photo Audrey Le Mault

Arabesques est un festival qui s’est bâti ici sur l’enthousiasme et la volonté d’échanges avec les cultures de l’autre rive de la méditerranéenne. En rendant compte d’une pluralité d’expression artistique où se mêle tradition et modernité, il offrait en perspective le désir d’une jeunesse que confirme le mouvement de démocratisation impulsé dans les pays arabes qui surprend le monde depuis six mois. Il faut rendre hommage à l’équipe d’Uni’Sons pour la volonté de conduire ce projet et au Conseil général de l’Hérault de lui avoir fait confiance, car souvent les vérités ne sont pas bonnes à dire avant l’heure.

On peut s’attendre à ce que cette sixième édition soit emprunte d’un vent de joie et de liberté particuliers dont la mesure nous en sera  offerte dès ce soir. A 18h débute sur l’esplanade royale du Peyrou de Montpellier – qui porte singulièrement bien son nom pour l’occasion –  la parade équestre et musicale marocaine. Un avant goût des réjouissances à retrouver au Domaine D’O du 20 au 22 mai.

Cette année Arabesques investit l’ensemble du site départemental dédié à la culture. Al andaluz, le paradis éternel ouvre vendredi la grande soirée de l’amphithéâtre avec le spectacle Rêves d’Andalousie qui fusionne l’esprit andalou. Une ébullition joyeuse et colorée de musiques et de danses arabes, de flamenco et de poésie s’inscrit sur scène sous le signe de la tolérance propre à cette civilisation.
Samedi ce sera au tour de l’orchestre national de Barbès de faire vibrer la grande scène qui donne la part belle aux « péchés originaux ».

Dimanche l’orchestre traditionnel Marrakechi Jil Jilala jouera sur les modulations vocales pour exhumer les textes malhouns du terreau de la culture maghrébine et renouer avec les maîtres musiciens de l’art gnaoua. Les spectacles de 19h de la Kasbah D’o sont très alléchants. A ne pas manquer notamment le Trio Joubran qui fera parler le oud avec la Palestine au cœur et de nombreuses rencontres autour du monde arabe.

L’historienne Agnès Carayon retrace  » la destinée héroïque des cavaliers zénètes berbères « 

Agnès Carayon est historienne, spécialiste du cheval dans le monde arabe médiéval. Elle s’est intéressée au statut du cheval et du cavalier dans la civilisation  d’al-Andalus, notamment au rôle décisif des berbères zénètes et de leur chevaux à barbes dans l’armé musulmane d’opposition à la Reconquista (reconquête chrétienne des royaumes musulmans de la péninsule ibérique).  Elle consacre aujourd’hui ses recherches  à un autre peuple d’éminents cavaliers en terre d’islam : les Mamlûks d’Egypte.

D’où vient l’origine des Fantasias dites aussi Tbourida ?

« A l’origine la Tbourida provient des zénètes une branche de la confédération berbère qui  occupait les hauts plateaux du Sahara et les franches côtières au Moyen âge. Les membres de la cavalerie légère des Berbères zénètes étaient renommés  pour être de grands guerriers. A l’époque il n’y avait pas d’arme à feu. Durant la Reconquista, la cavalerie lourde des Chrétiens s’est trouvée dans un premier temps décontenancée par cette façon de combattre. Puis ils décidèrent de l’adopter, lui donnant le nom de monta a la gineta (Le bon cavalier) en l’honneur de ces Berbères qui excellaient en sa maîtrise. Les Zénètes qui étaient nomades se sont progressivement sédentarisés. Ils ont fondé des dynasties importantes notamment au Maroc. Ils ont mis le cavalier à l’honneur. Ce sont les ancêtres de la Fantasia.

L’Andalousie actuelle reconnaît-elle ou ignore-t-elle plutôt l’héritage de ses cavaliers Berbères ?

Cet héritage a été accepté dès le Moyen âge. A l’époque, l’art équestre des cavaliers guerriers a été intégré dans toutes les cours d’Espagne. On montrait  ainsi une certaine  admiration à l’égard des Maures. Les cavaliers zénètes sont également entrés dans la littérature. Le cheval andalou provient du croisement avec des purs sangs arabes.  Aujourd’hui toutes ses choses sont un peu noyées.

Le Maroc célèbre ses fêtes nationales et religieuses avec des Fantasias, ces manifestations véhiculent-elles une dimension spirituelle ?

La destinée fantastique du cheval arabe est étroitement liée à l’Islam. Selon la légende, Allah aurait créé le cheval arabe. « Deviens chair, car je vais faire de toi une nouvelle créature, en l’honneur de mon Saint Dieu, et pour la défaite de mes ennemis, afin que tu sois le serviteur de ceux qui me sont soumis », aurait-il dit au vent du Sud avant de prendre une poignée de vent, de souffler dessus et de créer l’animal. Ce qui donne au cheval un statut particulier. Mais aujourd’hui  les Fantasias font partie du folklore. Ce sont surtout des mises en scène qui donnent à voir le savoir-faire des cavaliers.

De quelle façon ?

L’équipe de cavaliers se met en place. Elle vient saluer le jury puis exécute une charge suivie d’un arrêt brusque et d’une salve de tirs. La rapidité de la charge et la simultanéité de l’arrêt et des coups de feu donnent toute la beauté à la chevauchée.

L’invitation d’Arabesques concernait la troupe cavalière de Sofia Balouk. A l’arrivée on trouve des cavaliers n’est ce pas significatif d’une certaine crispation à l’égard des femmes ?

La société royale d’encouragement du cheval est le principal levier du développement de la filière équine au Maroc. Elle est dirigée  par la princesse Lalla Anima qui avait donné son accord. Le fait que cette tradition marocaine soit représentée par des femmes qui sont pourtant de plus en plus nombreuses à accéder à cette discipline, n’a pas été apprécié au plus au niveau marocain. Ce qui est de mon point de vue assez significatif ».

Jean-Marie Dinh

Agnès Carayon évoquera les origines de la Fantasia lors des veillées équestres les 20 et 22 mai au Domaine d’O.

Tout le programme du festival Abesques en ligne

Parade équestre et musicale ce soir à 18 h sur esplanade du Peyrou à Montpellier.

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Mediterranée en bref

 

Des milliers d’Egyptiens se rassemblent à Tahrir Square (Thousands gather in Egypt’s Tahrir Square)
13/05/2011 – Al Jazeera

Des milliers de militants se sont réunis au Caire à place Tahrir, mobilisés contre les conflits sectaires et pour exprimer leur solidarité à l’unité palestinienne. Certains manifestants ont appelé à une marche vers Gaza au cours du week-end pour protester contre l’occupation israélienne des territoires palestiniens.

Les puissances occidentales tournent le regard pendant que Bahreïn réprime (Western powers turn blind eye to Bahrain crackdown on demonstrators)
10/05/2011 – Daily Star

Le sort du mouvement de protestation de Bahreïn est un rappel brutal de la façon dont la politique des puissances occidentales et régionales peuvent éclipser les aspirations réformistes, même dans un monde arabe secoué par des soulèvements populaires contre l’autocratie. Bahreïn n’est pas la Libye ou la Syrie, mais la tolérance de l’Ouest vis-à-vis de la répression de la monarchie sunnite suggère que des intérêts tels que la base navale américaine à Manama, des liens avec le géant pétrolier saoudien et la nécessité de contenir l’Iran voisin, l’emportent sur toute sympathie avec les manifestants pro-démocratie principalement chiites.

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Revue de presse Méditerranée

du 2 au 6 mai (Médéa)

Siège du gouvernement dans la région de Sidibouzid. Photo Nicolas Fauqué, imagesdetunisie.com

 

Tunisie : Sidi Bouzid, cent jours après…
02/05/2011 – Jeune Afrique

Fiers du nouveau statut de leur ville, les Bouzidiens savourent leur victoire sur la dictature. Mais ils ne relâchent pas leur vigilance et attendent avec impatience les premières mesures destinées à relancer le développement local.

 

Yémen: Le refus de Saleh de signer l’accord de transfert de pouvoir fait douter d’une issue proche (Special from Yemen: Saleh’s failure to sign sends power transfer deal further into doubt)
02/05/2011 – Al Masry al Youm

L’accord censé mettre fin à trois mois de manifestations anti-gouvernementales au Yémen semble être sur le point d’être mis en échec après que le président, Ali Abdullah Saleh, a refusé de le signer, maintenant le pays dans la tourmente. Le pacte, négocié par le Conseil de coopération du Golfe, aurait fait de Saleh, qui a été au pouvoir pendant 33 ans, le troisième dirigeant à faire les frais du printemps arabe.

 

Les tensions montent alors que le Hamas refuse de prendre parti en Syrie

(Tensions Rise as Hamas Refuses to Take Sides in Syria)
02/05/2011 – New York Times

Les relations entre le parti palestinien Hamas, qui est basé dans la capitale syrienne, Damas, et les autorités syriennes se sont faites de plus en plus tendues ces dernières semaines, principalement en raison du soulèvement antigouvernemental. Al Hayat, le journal panarabe basé à Londres, a rapporté samedi que l’aile politique du Hamas a trouvé refuge à Doha, la capitale du Qatar, mais les responsables du Hamas en Syrie et au-delà ont nié. Des rapports similaires ont été diffusé lundi mais ont été niés à nouveau.

 

Neuf blessés dans une manifestation étudiante à Alger (Nine hurt in student demo in Algiers)
02/05/2011 – Middle East online

Des affrontements ont éclaté en Algérie lundi entre forces de sécurité et des centaines d’étudiants réclamant un changement politique, en laissant au moins neuf personnes blessées, dont trois policiers selon l’AFP. Les étudiants avaient prévu de se rencontrer au bureau de poste central d’Alger, qui est un point de repère dans la capitale, et de lancer une marche sur les bâtiments du gouvernement à environ deux kilomètres de là, mais la police était présente en masse et a réprimé le mouvement.

 

Les troupes syriennes commencent leur retrait de Deraa (Syrian troops ‘begin withdrawal’ from Deraa)
05/05/2011 – Al Jazeera

Selon des rapports, les unités de l’armée syrienne ont commencé un « retrait progressif » de Deraa, une ville du sud qui a été en état de siège militaire depuis plus d’une semaine. Les responsables militaires prétendent que l’armée a achevé sa mission, à savoir supprimer des éléments de groupes terroristes et rétablir la sécurité.

Voir aussi : Rubrique Méditerrannée,

La mort de Ben Laden

Dans la nuit de dimanche à lundi 2 mai, une unité des forces spéciales américaines a abattu Oussama Ben Laden dans la ville pakistanaise d’Abbottabad.

La deuxième mort du fondateur d’Al-Qaida

Le hasard fait, parfois, bien les choses. L’homme qui a incarné le djihadisme international meurt au moment où le « printemps arabe » vient de porter un coup à ce fantasme totalitaire. Dès lors que les peuples arabes se révoltent au nom de la démocratie et non de l’islamisme ou du retour au califat prônés par Al-Qaida, Oussama Ben Laden était un moribond politique.

C’est presque la deuxième mort du fondateur d’Al-Qaida qu’a annoncée dimanche soir 1er mai le président Barack Obama, en indiquant qu’un commando américain avait tué Ben Laden au Pakistan.

Le premier avis de décès, politique celui-ci, du dissident saoudien, on pouvait le lire dans les slogans des manifestants de Tunis et du Caire. Y transparaissaient non pas la haine de l’Occident, « des croisés et des juifs », la haine de l’Amérique, cris de ralliement habituels de Ben Laden, mais un désir de liberté et de démocratie, deux « valeurs » abhorrées par le chef djihadiste. Dans le monde arabe, au moins, Ben Laden avait perdu la bataille : la révolte en cours ne célèbre pas l’islamisme, cette illusion mortelle que portait le chef d’Al-Qaida selon laquelle le retour au califat et à l’islam des origines est la réponse à tous les problèmes des pays musulmans – voire à ceux du monde entier.

Ben Laden meurt au moment où la capacité de mobilisation et d’entraînement de l’islamisme est sur le déclin. Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura plus d’attentats. Ni même qu’Al-Qaida et ses filiales maghrébine et sahélienne ne séviront plus. Il y aura toujours des groupes se réclamant de la marque pour tuer et enlever, ici et là. Le Maroc vient d’en faire l’expérience. Ce culte de la violence la plus aveugle n’est pas le seul héritage laissé par Ben Laden. L’homme qui disparaît a profondément marqué – pour le pire – ce début de XXIe siècle. Oussama Ben Laden, ce fils d’une riche famille saoudienne qui fit ses premières armes dans la lutte contre les Soviétiques en Afghanistan, a façonné le paysage stratégique qui est le nôtre.

Parce qu’ils ont cru devoir répondre par la guerre aux attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis sont toujours empêtrés dans deux conflits : en Irak et, surtout, en Afghanistan. Ces aventures les ont épuisés militairement, budgétairement ; elles ont durablement terni leur image dans le monde arabo-musulman. M.Obama va pouvoir tirer profit aux Etats-Unis de l’élimination de Ben Laden; il n’en reste pas moins enlisé dans l’imbroglio afghan.

L’héritage encore : Al-Qaida a prouvé qu’un petit groupe pouvait perpétrer un crime de masse. Si Ben Laden, doté d’une arme chimique ou biologique, avait pu tuer non pas 3 000 mais 3 millions de personnes à New York, il l’aurait fait. Cette perspective a posé la lutte contre le terrorisme en priorité absolue. Et, au nom de celle-ci, en Amérique, en Europe et ailleurs, l’obsession sécuritaire a conduit à limiter les libertés publiques. On n’en a pas tout à fait fini avec Ben Laden.

Le Monde (02/05/11)

 

Une intéressante réflexion du journal La Croix

« sans baisser la garde face au danger terroriste, les pays qu’il menace doivent se porter aux côtés des jeunes forces, dans les pays du monde arabo-musulman, qui cherchent des voies nouvelles pour développer leur pays et y instaurer la démocratie. (…) Soutenir ces mouvements avec la même détermination, conclut La Croix, la même persévérance qui furent mises en œuvre pour traquer le chef d’Al-Qaïda, c’est – plus efficacement encore – combattre le terrorisme. »


Chine : une étape importante dans la lutte antiterroriste internationale

La Chine a déclaré lundi soir que la mort d’Oussama Ben Laden constituait une étape importante et un développement positif dans la lutte internationale contre le terrorisme. La porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Jiang Yu, s’est ainsi exprimé, commentant la mort du leader du mouvement terroriste Al-Qaïda.

Le président américain, Barack Obama, a annoncé dimanche soir que Ben Laden avait été tué lors d’une opération américaine au Pakistan. « La Chine a pris note de cet annonce », a affirmé Mme Jiang. « Le terrorisme est l’ennemi commun de la communauté internationale. La Chine est également une victime du terrorisme », a-t-elle indiqué.

Elle a souligné que la Chine s’était toujours opposée à toutes les formes de terrorisme et participait activement aux efforts anti-terroristes internationaux. « La Chine soutient que la communauté internationale devra établir une coopération afin de lutter ensemble contre le terrorisme », a réitéré Mme Jiang. « La Chine considère qu’il est nécessaire de trouver une solution temporaire et un règlement permanent dans la lutte contre le terrorisme et de faire de grands efforts pour éliminer le sol sur lequel repose le terrorisme pour se développer, » a ajouté la porte-parole chinoise.

Xinhua (3/05/11)

ONU : La mort de ben Laden est un tournant dans la lutte contre le terrorisme

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a estimé lundi que la mort du chef d’Al-Qaïda, Oussama ben Laden, annoncée par le président américain Barack Obama, constituait un tournant dans la lutte contre le terrorisme à travers le monde et a appelé à se souvenir des victimes.

« La mort d’Oussama ben Laden annoncée par le président Obama la nuit dernière constitue un tournant dans notre lutte commune et globale contre le terrorisme », a dit Ban Ki-moon dans une déclaration à la presse. « Les crimes d’Al-Qaïda ont touché la plupart des continents, causant des tragédies et la mort de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants. Les Nations Unies condamnent dans les termes les plus forts possibles le terrorisme dans toutes ses formes quels que soient ses objectifs et les lieux où il frappe », a-t-il ajouté.

« C’est un jour pour se souvenir des victimes et des familles des victimes ici aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde », a encore dit le secrétaire général. Il a indiqué qu’il se souvenait personnellement très bien du 11 septembre 2001, alors qu’il se trouvait à New York ce jour-là.« Les Nations Unies continueront à combattre le terrorisme et prendront la tête de cette campagne contre le terrorisme », a insisté Ban Ki-moon.

L’opposition indienne accuse le Pakistan de fournir refuge aux terroristes

Le principal parti de l’opposition indienne, le Bharatiy Janata Party (BJP) a annoncé lundi que la mort d’Oussama Ben Laden au Pakistan avait montré que « le Pakistan fournit de refuge aux terroristes ».

« Il a été tué au Pakistan, tout près de sa capitale Islamabad, cela confirme le fait que le Pakistan reste l’épicentre du terrorisme », a indiqué le porte-parole du BJP Ravi Shankar Prasad. « Les terroristes sont encouragés par le Pakistan qui les fournissent de refuge, et la mort de ben Laden au Pakistan est le plus grand exemple », a-t-il ajouté.

 

Dans la presse européenne

El País – Espagne
Un revers important pour Al-Qaida

Si la mort d’Oussama Ben Laden affaiblit le réseau terroriste Al-Qaida, elle ne le détruira pas, estime le quotidien de centre-gauche El País : « La perte de Ben Laden est un revers cinglant pour Al-Qaida. Il sera difficile de remplacer la force symbolique de son leader. Mais Al-Qaida poursuivra son existence et disposera d’un nouvel émir, probablement de l’Egyptien Aiman Al-Zawahiri. Celui se présente depuis des années comme le stratège du terrorisme mondial, même s’il n’est peut-être pas soutenu par tous les acteurs de ce réseau multiforme. Ces dernières semaines ont été arrêtées en Allemagne trois personnes qui étaient en relation avec la cellule dirigeante d’Al-Qaida et qui se préparaient à commettre des attentats-suicides dans le pays. On continuera à recevoir des nouvelles de ce type dans les années à venir. » (03.05.2011)

România Liber? – Roumanie
La jeunesse musulmane a besoin de perspective

La mort du chef d’Al-Qaida Oussama Ben Laden ne signifie pas la fin du terrorisme, ce dont l’Occident est lui-même coupable, estime le quotidien România Liber? : « Ce combat n’existerait pas si la jeunesse appauvrie du monde islamique disposait d’une véritable alternative aux sociétés archaïques et à la violence qui les entoure. … Mais les données statistiques compilées par les organisations internationales ces dernières années montrent combien la situation de l’éducation est décourageante dans les pays musulmans. … La lutte contre les mouvements comme celui d’Oussama Ben Laden devrait être menée avec des livres plutôt qu’avec des bombes, et c’est l’élite politique, culturelle et aussi économique des Etats musulmans qui devrait la mener, plutôt que les généraux des armées occidentales. L’Occident pourrait jouer un rôle important qu’il n’a jusque là pas assumé avec suffisamment de détermination. C’est une obligation ! Si ce n’est par empathie, du moins pour préserver ses citoyens de nouveaux actes terroristes. » (03.05.2011)

De Morgen – Belgique
La fin du choc des civilisations

Avec la disparition d’Oussama Ben Laden, l’indicible « choc des civilisations » peut aussi prendre fin, espère le quotidien De Morgen : « On peut voir dans la mort de Ben Laden la fin presque symbolique du terrorisme fondamentaliste, mais aussi celle de l’exploitation qui en a été faite pour amplifier et problématiser la contradiction entre monde occidental et monde musulman. … Il n’y a dans l’histoire ni table rase ni rupture soudaine d’un jour à l’autre. … Mais la mort de Ben Laden, associée aux évolutions dans les pays arabes, contribuera à ce que l’on ne puisse plus parler de la politique mondiale en des termes manichéens, ‘noir et blanc’, ‘vous et nous’. Elle ne contribuera pas à ce que l’on abandonne la politique hégémonique, ni à ce que tout devienne rose. Mais la mort d’Oussama Ben Laden et le printemps arabe pourraient augurer une ère où les deux ‘cultures’ ne seront plus hermétiques l’une à l’autre. » (03.05.2011)

Le Monde – France
Les révolutions arabes ont tué le djihad

Oussama Ben Laden est mort politiquement depuis déjà longtemps, écrit le quotidien de centre-gauche Le Monde : « La mort physique d’Oussama Ben Laden fait suite à la mort politique du chef d’Al-Qaida, liquidé par les révolutions démocratiques arabes dont les slogans étaient aux antipodes de son idéologie islamiste radicale. Eût-il été éliminé par George W. Bush durant la guerre contre la terreur, Ben Laden aurait pu servir de martyr à la cause jihadiste, voire d’icône aux mouvements anti-occidentaux divers du monde musulman. Sa mort vient clore une sombre décennie dans les relations entre le monde arabe et musulman et l’Occident, ouverte par les attentats du 11-Septembre et refermée par la révolution du jasmin tunisienne, par la place Tahrir au Caire et par les aspirations des peuples arabes à la démocratie et aux droits de l’homme. » (03.05.2011)
Gilles Kepel

The Times – Royaume-Uni
Le Pakistan mis en cause

Le fait qu’Oussama Ben Laden ait pu se cacher aussi près de la capitale pakistanaise préoccupe le quotidien libéral-conservateur The Times : « Un problème certain de Washington est désormais de savoir comment traiter le Pakistan. Il est difficile de croire que personne ne savait ce qui se trouvait dans ce camp largement fortifié – à quelques centaines de mètres d’une école militaire d’élite. Dans le meilleur des cas, Islamabad est coupable de négligence, dans le pire des cas, de complicité. Les Etats-Unis ont désormais besoin du Pakistan à leurs côtés, notamment pour les prochaines décisions sur l’Afghanistan, et traiteront Islamabad avec un certain tact diplomatique. Il serait toutefois imprudent de se fier à ce gouvernement dysfonctionnel. » (03.05.2011)

Méditerranée revue presse

Egypte : le passage frontalier avec Gaza sur le point d’être ouvert en permanence *

(Egypt FM: Gaza border crossing to be permanently opened)
28/04/2011 – Haaretz

Le Ministère des Affaires étrangères égyptien a informé Al-Jazeera que des préparatifs sont déjà en cours pour ouvrir de façon permanente le passage frontalier de Rafah, entre l’Égypte et la bande de Gaza, ce qui permettrait aux marchandises et aux personnes d’entrer et sortir de la bande de Gaza sans contrôle israélien. Cette annonce montre qu’il y a un changement significatif dans la politique égyptienne à l’égard de la bande de Gaza, politique qui, avant l’insurrection en Égypte, était mise en œuvre conjointement avec Israël.

Fatah et le Hamas: Les plaques tectoniques commencent à se déplacer (Fatah and Hamas: Tectonic plates start to shift)
29/04/2011 – Guardian

Le Hamas et le Fatah, les deux mouvements rivaux des Territoires palestiniens, se sont mis d’accord mercredi pour former un gouvernement d’union qui sera notamment chargé de fixer les prochaines échéances électorales. Cette réconciliation surprise intervient dans le contexte du printemps arabe mais aussi dans un contexte de blocage du processus de paix. Le Fatah était ressorti très affaibli de la publication des Palestine papers et avait de moins en moins confiance dans l’Administration américaine pour mener à une paix juste après le veto opposé à une résolution de l’ONU condamnant la colonisation. Le gouvernement israélien a fulminé face à la nouvelle qui risque bien de perturber le statu quo maintenu par Israël.

Attentat à Marrakech : « A qui profite le crime ? »
28/04/2011 – Rue 89

L’attentat d’un ou plusieurs kamikazes a détruit le café Argana situé sur la Place emblématique Jemaa el-Fna au coeur de Marrakech, tuant au moins 16 personnes. Le moment de l’attentat est évidemment particulier : le Maroc, comme l’ensemble du monde arabe, fait face à une poussée démocratique d’une partie de la jeunesse. Aucune menace de recours à une violence terroriste n’avait été proférée par ces mouvements pro-démocratie, et l’attentat de Marrakech paraît plus susceptible d’entraver l’action des jeunes de la société civile regroupés au sein du « 20 février » plutôt que de l’aider.

Berlusconi et Sarkozy veulent restreindre la libre circulation
27/04/2011 – L’Humanité

Lors du 29e sommet franco-italien hier à Rome, les deux gouvernements se sont accordés pour proposer une modification des accords abolissant les contrôles aux frontières au sein de l’UE. Berlusconi annonce des frappes en Libye.

Yémen: Les forces du régime ouvrent le feu sur les manifestants rejettant le projet négocié par le CCG (Special from Yemen: Regime forces open fire on protesters rejecting GCC-brokered plan)
28/04/2011 – Al Masry al Youm

L’opposition a rendu jeudi le pouvoir yéménite responsable d’un « massacre sauvage », au lendemain de la mort de 13 manifestants à Sanaa, affirmant que le régime cherchait à torpiller la prochaine signature d’un accord de sortie de crise. Les monarchies arabes du Golfe ont élaboré un plan de sortie de crise et ont convié le pouvoir et l’opposition à sa signature à Ryad.

 

Source MEDEA

 

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