Un groupe de Saoudiens mène campagne sur Facebook pour des réformes politiques, sociales et économiques dans le royaume, réclamant notamment l’instauration d’une monarchie constitutionnelle. Le groupe, qui comptait près de 2.000 membres mardi, est intitulé « le peuple veut la réforme du régime », en écho au principal slogan du soulèvement en Egypte, où les manifestants clament « le peuple veut la chute du régime ». Le texte appelle à l’instauration d’une « monarchie constitutionnelle », et à la tenue d' »élections législatives » dans le royaume. Monarchie absolue, l’Arabie saoudite avait organisé en 2005 les premières élections municipales partielles de l’histoire du pays, dont les femmes ont été exclues. En mai 2009, le gouvernement saoudien a prolongé de deux ans le mandat des conseils municipaux, reportant ainsi des élections qui devaient se tenir cette année-là.
Le groupe réclame également « le respect des droits de l’Homme » dans le royaume et « la reconnaissance des droits des femmes », qui n’ont pas le droit de conduire et ne peuvent pas travailler, se marier ni voyager sans l’autorisation d’un membre masculin de leur famille. Il demande également un « système juridique indépendant et équitable », « une répartition équitable de la richesse » dans le pays, premier exportateur mondial de pétrole, et « des mesures pour résoudre le problème du chômage ». Les réseaux sociaux Twitter et Facebook ont joué un rôle très important dans la révolte qui a mené en Tunisie au départ du président Ben Ali, et dans le soulèvement qui se poursuit en Egypte.
Après avoir participé à la grande soirée parisienne en solidarité avec la Tunisie à l’Elysée Montmartre, le jeune percussionniste et compositeur tunisien Imed Alibi a insufflé sa volonté de débattre à Montpellier. » J’étais en Tunisie mi-décembre en tournée avec Amel Mathlouthi. Juste après un concert à Sfax je suis rentré voir ma famille à Asidi Bouzid. Il y régnait un sentiment d’injustice très fort après la tragédie Bouazizi*. C’est là que tout a commencé. A la différence des revendications de Gafsa en 2008 qui ont été étouffées par le régime, on sentait que cette fois, le peuple irait jusqu’au bout. «
Concert traditionnel
Les événements qui ont suivi ont montré la puissance de cette volonté. Et ce qui paraissait impensable est arrivé, provocant la fuite du dictateur Ben Ali face au surgissement d’une révolution démocratique et sociale. La soirée de dimanche à La Laiteriese proposait d’interroger ce que cet événement réveille en nous. Le débat très participatif a été suivi d’un concert traditionnel du trio Nainawa. » C’est une initiative spontanée, citoyenne et apolitique issue de la société civile « , explique Imed Alibi. L’info diffusée via Facebook a réuni une cinquantaine de ses compatriotes auxquels s’ajoutait un public avide de connaissances sur la transition majeure qui se profile au Maghreb et dans le monde arabe.
L’Europe endormie
Pour faire face à ce questionnement, un plateau d’universitaires de choix répond à chaud à cette invitation. Parmi lesquels, l’ex-président de l’université Paul Valéry, Jean-Marie Miossec qui tire d’entrée le constat du silence assourdissant qui pèse en France et en Europe sur cette question. Sans s’attarder sur les effets particulièrement contre-productifs de la diplomatie française, le géographe évoque le raté complet de la diplomatie de L’UE. » L’Europe semble plongée dans le sommeil des mille et une nuits. Il a fallu attendre un mois avant quela responsable des affaires étrangères de l’UE, Catherine Ashton, évoque le sujet en publiant un communiqué dont le contenu apparaît vide de sens. Alors que dès le début des événements, le président Obama s’est saisi du dossier qu’il a suivi au jour le jour en assurant clairement son soutien au peuple tunisien. « Le second constat de Jean-Marie Miossec pointe l’absence d’intervention des intellectuels, hormis les sempiternelles thèses qui prônent la nécessité d’un régime fort pour faire barrage aux Islamistes, ou les craintes exprimées que l’équilibre en faveur de certains ne soit modifié. » Un certain nombre d’intellectuels ne peuvent concevoir que le flambeau de la démocratie soit dans les mains du monde arabe. «
L’économie aux enchères
Fonctionnaire au ministère des Finances et chargé de mission auprès de l’UE, Mourad Kelnissi dresse pour sa part un panorama optimiste de l’économie tunisienne. » Le taux d’endettement du pays qui est de 47%, se situe en dessous des standards de l’UE. Le pays dispose d’un système bancaire efficace et les hauts fonctionnaires du ministère desFinances sont compétents et peu corrompus. » Selon Mourad Kelnissi, les dérives proviennent directement du pouvoir politique. « La finance publique a été détricotée par morceaux. On a maquillé les finances en créant des comptes bancaires qui échappent à tout contrôle. Le ratio de solvabilité d’une partie des banques pose des problèmes qui sont liés à des prêts à découvert effectués au profit des familles proches du clan Ben Ali. Pour s’en sortir les banques couvraient leurs risques sur les PME-PMI. » Et l’expert de conclure : « La révolution n’est pas finie.Une bonne partie de l’économie tunisienne va être mise aux enchères. On peut s’attendre au retour des investisseurs qui s’étaient éloignés à cause des dérives du pouvoir »
L’universalisation
Après le volet diplomatique et économique, le dernier éclairage de la soirée est revenu au philosophe Salim Mokaddem pour aborder ce qui s’est amorcé avec la révolte tunisienne à travers l’analyse des liens peuple/pouvoir/liberté. Le rôle majeur des réseaux sociaux venant rappeler opportunément que » la liberté n’est pas un concept national qui s’arrête aux frontières « . Dès lors, les valeurs morales qui fondent les régimes démocratiques sont également à questionner. « Est-ce que ce sont les Etats qui protègent les peuples ou les peuples qui protègent les peuples ? » interroge Salim Mokaddem qui nous invite à penser l’événement dans notre propre rapport à la démocratie. « L’acte déclencheur de Mohammed Bouazizi nous renvoie à la dignité. On ne peut plus continuer à vivre en le faisant comme des animaux (…) L’indifférence meurtrière nous plongerait dans des régressions amnésiques (…) Qu’est-ce qui se passe d’inédit qui nous concerne ici ? » Autant de questions qui doivent faire leur chemin pour rendre pertinente l’universalisation possible du fait tunisien dont l’onde de choc se poursuit…
Jean-Marie Dinh (L’Hérault du Jour)
* Mohammed Bouazizi un jeune surdiplômé qui vendait des légumes pour subvenir aux besoins des siens s’est immolé par le feu le 17 décembre pour protester contre la confiscation de sa marchandise.
Les Sud-Soudanais ont voté à 98,83% en faveur de la sécession, selon les résultats définitifs officiels rendus publics lundi soir par la commission référendaire. Cette annonce était une simple formalité puisque les résultats préliminaires complets publiés le 30 janvier avaient déjà indiqué que 98,83% des Sud-Soudanais avaient voté pour l’indépendance de leur région, appelé ainsi à devenir en juillet un nouvel Etat. Les résultats, affichés sur des écrans lors d’une cérémonie à Khartoum, montrent que sur les 3.837.406 votes valides, seulement 44.888, soit 1,17% étaient en faveur du maintien de l’unité avec le Nord.
Dans la matinée, le président soudanais Omar el-Béchir avait déclaré: «les résultats du référendum sont bien connus. Le Sud-Soudan a choisi la sécession». «Mais nous nous engageons à maintenir les liens entre le Nord et le Sud et (…) à maintenir de bonnes relations fondées sur la coopération», avait-il ajouté, soulignant «accept(er) les résultats» et «respect(er) le choix des Sud-Soudanais». Le référendum, qui s’est tenu du 9 au 15 janvier, était un élément clé de l’accord de paix qui avait mis fin en 2005 à plus de deux décennies de guerre civile meurtrière entre le Nord, principalement musulman et arabe, et le Sud, principalement chrétien et noir.
La contestation du régime de Moubarak entame sa troisième semaine. Et semble même connaître un regain: ils sont des dizaines de milliers au Caire. Sur la place Tahrir, poumon de la révolte, mais aussi devant le parlement ou le ministère de l’Intérieur. Moubarak a formé une commission pour amender la Constitution, en vue d’élections plus ouvertes en septembre. Wael Ghonim, cadre égyptien de Google, a été relâché hier soir, après douze jours de détention. Les syndicats de plusieurs pays appellent à manifester devant les ambassades égyptiennes. François Fillon, le Premier ministre français, confirme que ses vacances en Egypte, à Noël, ont été partiellement payées par le gouvernement égyptien.
Les Etats-Unis risquent de rendre un accord de paix en Afghanistan encore plus difficile à atteindre en mettant dans le même panier talibans afghans et Al-Qaïda, estiment lundi des universitaires américains pour qui des frictions existent entre les deux groupes.
Les Etats-Unis risquent de rendre un accord de paix en Afghanistan encore plus difficile à atteindre en mettant dans le même panier talibans afghans et Al-Qaïda, estiment des universitaires américains pour qui des frictions existent entre les deux groupes.
« Les talibans et Al-Qaïda sont toujours des groupes distincts avec des objectifs, des idéologies et des moyens de recrutement différents; des frictions considérables existaient entre eux avant le 11 septembre 2001 et aujourd’hui ces frictions persistent », indiquent-ils dans un rapport.
Intitulé « Separating the Taliban from Al Qaeda: The Core of Success in Afghanistan » (Séparer les talibans d’Al-Qaïda: la clé du succès en Afghanistan), le rapport avait été mentionné dans un premier temps par le New York Times dans son édition de lundi.
Alex Strick van Linschoten et Felix Kuehn, du Centre de Coopération internationale de l’université de New York, assurent que l’intensification des opérations militaires contre les talibans pourrait rendre plus difficile la conclusion d’un accord avec eux.
Les deux universitaires, qui ont travaillé pendant des années en Afghanistan, ajoutent que les attaques menées contre les chefs talibans se traduisent par l’arrivée à la tête du mouvement de nouveaux combattants plus jeunes et radicaux, ce qui permet à Al-Qaïda d’augmenter son influence.
Ils suggèrent que les Etats-Unis engagent un dialogue avec les talibans les plus âgés avant que ces derniers ne perdent le contrôle de leur mouvement. « Il est possible de faire en sorte que les talibans renoncent à Al-Qaïda et qu’ils donnent des garanties contre l’utilisation de l’Afghanistan par des groupes terroristes internationaux de telle manière que cela remplisse les objectifs clés des Etats-Unis », estiment-ils.
Ils ne s’opposent pas à la guerre menée par l’Otan dans le pays, mais ils estiment que des négociations doivent être menées parallèlement aux combats. Un accord politique est nécessaire, écrivent-ils, autrement le conflit va s’intensifier. « La façon dont le combat est mené est importante. Si ce que l’on cherche à obtenir c’est vraiment un accord politique, il n’y a alors pas beaucoup de sens à essayer de détruire les organisations avec lesquelles on essaie de discuter », assurent-ils.
La force internationale Isaf dirigée par l’Otan doit transférer aux soldats afghans la responsabilité des combats en première ligne à une date encore indéterminée, ce printemps, une phase qui doit s’achever en 2014 avec la prise de contrôle totale du théâtre des opérations par l’armée afghane. L’objectif de l’Otan est d’aider à constituer une armée et une police afghane fortes au total de 306.000 hommes d’ici la fin 2011, afin de faciliter le transfert des responsabilités actuellement exercées par les quelque 140.000 soldats de l’Isaf.