« Opprimés de l’Inde levez-vous »: le chant de révolte d’un paysan du Pendjab

Il salue le visiteur en brandissant son moignon en l’air, à la manière communiste. Bant Singh, paysan pauvre du nord de l’Inde passé à tabac pour avoir osé traîner en justice les violeurs de sa fille, chante aujourd’hui la révolution, au nom de tous les opprimés. Ses chansons a cappella, scandées avec rage en pendjabi, dénoncent les inégalités héritées du système des castes, l’exploitation des paysans sans terre, la corruption politique et les violences policières.

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Bant Singh chante la révolution

« Nous, les prolétaires, voulons les même droits que les riches, nous voulons une vie de respect et d’égalité. Mes chansons sont des mots que je lance en l’air comme des gouttes de sang », dit cet homme au corps brisé de « 40-42 ans ». Battu avec une barre de pompe à eau jusqu’à ce que sa chair devienne de « la pulpe » par des inconnus venus venger les puissants propriétaires terriens condamnés pour le viol de sa fille de 17 ans, il a dû se faire amputer des deux bras et d’une jambe, raconte-t-il, posé comme une marionnette sur sa paillasse. Les sept auteurs du viol ont été condamnés à des peines de prison mais ils ont été libérés sous caution voici quatre mois. En dédommagement de son agression, il a reçu deux buffles et un million de roupies (16.200 EUR). Le gouvernement lui a promis une parcelle de terre, qu’il attend toujours. Sur le toit de sa maison partiellement recouvert de bouses de vache qui sèchent au soleil, un drapeau rouge flotte, symbole du « sang versé » par les pauvres depuis la nuit des temps. « Je suis rentré chez moi tel un arbre mort. Mais ça m’est égal de ne plus avoir mes membres, ils n’ont pas coupé ma langue », assure ce militant du parti communiste dans le district de Mansa, à huit heures de route de New Delhi.

Son histoire a fait la une des journaux voici cinq ans mais c’est aujourd’hui sur sa voix qu’il veut miser pour toucher les ouvriers exploités. Sa route a croisé par hasard celle de plusieurs jeunes musiciens, dont Taru Dalmia, chanteur de hip-hop et ska dont les paroles en anglais crachent son dégoût de la façon dont l’Inde se développe, au mépris des classes sociales les plus défavorisées.

« La plupart de la musique en Inde est liée au divertissement. Je voulais trouver des chanteurs révolutionnaires locaux qui puissent entrer en résonance avec moi parce qu’il doit y avoir des chansons politiques en Inde », martèle-t-il. « On ne parle que de l’émergence d’une classe moyenne mais elle ne représente que 5% à 10% de la population. Elle permet simplement de créer un marché pour les multinationales étrangères, ce n’est pas la réalité du pays », argumente Taru, de son nom de scène Delhi Sultanate.

Il a découvert l’histoire de Bant Singh dans les journaux et vient de finir en collaboration avec deux autres artistes une maquette baptisée « Word, Sound, Power » (le mot, le son, le pouvoir), disponible sur internet (http://www.wordsoundpower.org). Le CD composé de plusieurs titres en pendjabi sur de la musique électro, devrait sortir d’ici quelques semaines.

Pour Taru, 30 ans, rentré en Inde voici dix ans après une enfance en Allemagne et en Californie, Bant Singh est « une sorte de héros, il est un exemple de la façon dont on peut lutter contre l’adversité. Son corps est à lui seul une révolution ». Il voudrait maintenant rencontrer d’autres chanteurs révolutionnaires, notamment dans les Etats en proie à des violences comme le Cachemire ou le Chhattisgarh — l’un des fiefs de la rébellion maoïste — et créer un label spécifique.

Mais pour Bant Singh, « ce n’est pas seulement avec les chansons qu’on lutte, il faut prendre les armes »: « Des rébellions armées se sont déjà produites dans l’Histoire, pas seulement au Pendjab mais aussi dans le reste de l’Inde et cela peut encore se produire », met-t-il en garde.

Béatrice Le Bohec AFP

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Bavure : Karzaï accuse l’Otan

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Hamid Karzaï, le président afghan, a affirmé dimanche que la Force de l’Otan en Afghanistan, l’Isaf, avait tué « environ 50 civils » lors d’une opération militaire toujours en cours dans la province orientale de Kunar. Le chef de l’Etat afghan précise se baser sur des informations fournies par l’agence afghane de renseignement et des responsables locaux. L’Isaf a reconnu qu’elle enquêtait sur des allégations selon lesquelles une cinquantaine de civils avaient été tués lors d’opérations – notamment des raids aériens – qu’elle mène dans le district de Ghaziabad.

AFP

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Libye: Le nombre des manifestants tués s’alourdit selon les ONG

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Kadhafi fait couler des rivières de sang

Plusieurs villes libyennes, dont Benghazi, sont tombées aux mains des manifestants après des défections dans l’armée, a affirmé lundi 21 février la Fédération internationale des ligues de droits de l’Homme (FIDH), qui avance un bilan de 300 à 400 morts depuis le début du soulèvement, probablement plus près de 400″. Human Rights Watch, une autre ONG, a fait état de son côté lundi matin d’un bilan d’au moins 233 morts.

Ce bilan pourrait bien s’alourdir car dimanche, l’un des fils du colonel Mouammar Kadhafi, Seïf Al-Islam, a affirmé dans une allocution télévisée que le peuple devait choisir soit de construire une « nouvelle Libye » soit de plonger dans la « guerre civile ». « La Libye est à un carrefour. Soit nous nous entendons aujourd’hui sur des réformes, soit nous ne pleurerons pas 84 morts mais des milliers et il y aura des rivières de sang dans toute la Libye », avait déclaré Seïf Al-Islam.

Le ministre libyen de la Justice Mustapha Mohamad Abdeljalil a démissionné de son poste « pour protester contre l’usage excessif de la force » contre les manifestants en Libye, a rapporté lundi 21 février un journal libyen dans son édition en ligne.

« Utiliser les forces de sécurité et des voyous armés pour empêcher le peuple d’exprimer son opposition au gouvernement semble de plus en plus voué à l’échec », ajoute HRW, faisant valoir que cette « tactique » n’avait pas préservé le pouvoir de Hosni Moubarak en Egypte.

HRW AFP (18/02/11)

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La Chine, 2e économie du monde, a encore 150 millions de pauvres

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La Chine, devenue officiellement la deuxième économie mondiale devant le Japon, a affirmé mardi que cette nouvelle « très importante » ne devait pas faire oublier les déséquilibres dans son développement et notamment ses 150 millions de pauvres.

« C’est une nouvelle très importante », a déclaré Ma Zhaoxu, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. « L’économie chinoise a fait des progrès remarquables ces dernières années », a-t-il souligné. « En même temps, il nous faut insister sur les domaines où l’économie chinoise accuse des retards », a-t-il dit lors d’une conférence de presse régulière.

La Chine est devenue la deuxième économie mondiale à la place du Japon en 2010, son produit intérieur brut (5.878,6 milliards de dollars) ayant dépassé celui de l’archipel (5.474,2 milliards) sur l’ensemble de l’année en terme nominal, selon des statistiques publiées lundi par le gouvernement nippon. « Le produit intérieur brut est l’un des indices qui mesurent la puissance économique d’un pays mais pas le seul », a souligné M. Ma.

« Si l’on se réfère à la norme de l’ONU d’un dollar par jour et par personne, il y a encore 150 millions de personnes vivant en état de pauvreté » en Chine, a-t-il poursuivi. Pays le plus peuplé de la planète avec plus de 1,3 milliard d’habitants, la Chine a un revenu par tête qui reste près de dix fois inférieur à celui du Japon.

 AFP

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Alger : manifestation sous haute tension

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Saâd, 28 ans, est caricaturiste pour les journaux El Waqt et El Watan Week-end. Après avoir commencé à dessiné dans Le sandwich universitaire, le journal de sa fac à Sétif, il débute sa carrière à Djazaïr News et El Khabar Hebdo. Retrouvez ses dessins sur le groupe facebook : arabcartoon.net

Ce samedi encore, Alger ne connaîtra pas de marche. Encerclé par l’important dispositif sécuritaire et malmené par les jeunes scandant des slogans pro-Bouteflika, le millier de manifestants réuni à l’appel de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie ne parvient pas à se rassembler.

«Impossible de se rassembler ! Dès que les policiers aperçoivent un groupe de cinq personnes, ils foncent sur eux pour les disperser !» Faika, militante féministe, et ses compagnons de protestation, se sont à nouveau donnés rendez-vous ce samedi 19 février, place du 1er-Mai à Alger, pour réclamer «le changement du système», mot d’ordre de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie, regroupant syndicats, partis politiques et associations.

D’après le site du quotidien El Watan, qui relate les événements en direct, Rachid Malaoui, syndicaliste du Snapap (syndicat autonome de la fonction publique) aurait été blessé et évacué vers l’hôpital voisin. Et d’après le site d’information en ligne TSA, Tahar Besbas, député du Rassemblement pour la culture et la démocratie, serait dans le coma après avoir été agressé par la police. Ali Benhadj, numéro 2 de l’ex Front islamique du salut, aurait été arrêté alors qu’il se dirigeait vers le point de ralliement. «Les seuls à ne pas être inquiétés par la police sont les jeunes venus avec des portraits de Bouteflika et qui nous jettent des pétards dessus !», s’énerve Radia, une manifestante. Autour d’elle, des «boums boums boums» retentissent. Les policiers tapent sur leur bouclier avec leur matraque. «Cette semaine, ils ne nous ont pas envoyé les femmes flics pour discuter avec nous…», note aussi Faika. «C’est sûr, l’ambiance est beaucoup plus tendue que samedi dernier, assurent Kamel et Rym, deux journalistes sur place. Il y a aussi beaucoup de confusion car les bus et les voitures ont obtenu la permission de circuler. Du coup, difficile à dire combien il y a de manifestants car ils se retrouvent isolés ou repoussés dans les ruelles autour de la place.»

Les estimations vers midi évoquent un peu plus d’un millier de manifestants, soit moitié moins que samedi dernier. «Il faut dire que cette fois, celui qui arrive à rejoindre la place est chanceux, assure Yanis, employé dans une entreprise du quartier. Moi, j’ai failli être arrêté ce matin en allant au travail car ma carte d’identité mentionne que j’habite à Tizi Ouzou ! En clair, je suis Kabyle et donc il fait se méfier de moi…» Les barrages ont encore une fois été renforcés sur l’autoroute qui relie Boumerdès, Tizi Ouzou et Béjaïa à Alger et les gares ont été fermées.

Mélanie Matarese

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