Syrie: l’Europe ne peut plus attendre

La citadelle d'Alep

La pression extérieure ne suffira pas à faire céder Bachar Al-Assad. Le Conseil national syrien, formé le 2 octobre à Istanbul pour fédérer toutes les forces de l’opposition, l’a déclaré, c’est le peuple syrien lui-même qui renversera le régime acharné à l’écraser.

Il a déjà payé le prix du sang pour cela, un prix très élevé: plus de 3 000 morts, des dizaines de milliers de personnes arrêtées, dont près de 15 000 détenues, sans oublier d’innombrables tortures et mutilations, enlèvements et viols. Les souffrances de la société civile ont depuis longtemps dépassé le seuil du soutenable. Sans secours international, elle endurera des épreuves encore plus douloureuses. Aussi importe-t-il de l’aider d’urgence, afin que les sacrifices consentis depuis mars 2011 ne s’avèrent pas vains.

À Paris (où une soirée de solidarité s’est tenue lundi 10 octobre à l’Odéon – Théâtre de l’Europe), Londres et New York, mais également à Delhi, Brasilia et Pretoria, les opinions publiques ont le pouvoir d’interpeller leurs gouvernements, lesquels ont le devoir d’intervenir sur les plans politique, économique et judiciaire pour isoler les assassins. L’Europe et la France en son sein ont une responsabilité particulière à cet égard, en raison de leurs liens historiques, de leur proximité géographique et de leurs relations culturelles avec la Syrie, d’autant que leur voix porte dans les enceintes internationales.

Ajoutant le meurtre à la corruption, le clan Al-Assad est prêt à toute extrémité pour conserver ses privilèges. Ces prédateurs restent indifférents aux admonestations des professeurs de vertu. Les déclarations de «very deep concern» et les appels à «faire preuve du maximum de retenue» éclatent comme bulles de savon sur les murs de leurs villas fortifiées. En revanche, les dirigeants, généraux, banquiers et hommes d’affaires liés à la famille qui s’est accaparé le pays sont vulnérables aux mesures de rétorsion qui les frappent au portefeuille. Or tout n’a pas été tenté en cette matière, loin de là.

Le double véto n’a rien d’étonnant

L’ONU est dans l’impasse, sur ce sujet comme sur d’autres, hélas ! Successivement saisi de projets – les uns invoquant la nécessité du dialogue bien que Bachar Al-Assad rétorque à chaque offre par un durcissement de la répression, les autres évoquant la menace de «mesures ciblées» chaque fois différées alors que le bilan s’alourdit de jour en jour -, le Conseil de sécurité n’est pas parvenu à s’entendre sur une résolution contraignante. Le double veto sino-russe du 5 octobre équivaut à un permis de tuer.

La Russie de Vladimir Poutine entend conserver sa licence d’employer la violence à l’encontre des Ingouches ou des Tchétchènes, si ce n’est aux frontières de l’Ukraine ou de la Géorgie. Fournisseuse de matériels lourds à l’armée syrienne, elle veille jalousement sur la base de Tartous, nœud de son dispositif naval dans les mers chaudes.

Tout autant irritée par le précédent libyen, la Chine récuse les textes qui contestent le droit des dictatures à étouffer les contestataires et pourchasser les minorités, ainsi qu’elle en use elle-même avec les Ouïgours et les Tibétains. Moscou et Pékin courtisent le pouvoir en place à Damas dans l’espoir de jouer leurs propres cartes au Proche-Orient, mais aussi parce que leurs oligarchies préfèrent traiter avec les despotes que négocier avec les imprévisibles républiques en cours d’éclosion dans le monde arabe.

L’attitude des puissances émergentes est moins compréhensible. L’Inde, le Brésil et l’Afrique du sud répugnent à des sanctions qui, selon leurs ambassadeurs, serviraient la prétention des membres permanents du Conseil à régenter les affaires planétaires. Il est pénible de voir ces trois grandes démocraties tourner le dos à l’histoire sous prétexte de solder le passé colonial.

Une vision totalitaire


Ces positions réactionnaires, au plein sens du terme, doivent être publiquement dénoncées. D’abord elles contredisent la «responsabilité de protéger» consacrée par le sommet mondial des Nations Unies de 2005, dans le prolongement de la convention sur la protection du génocide de 1948, selon laquelle la souveraineté d’un État ne saurait plus être invoquée pour bloquer l’ingérence de la communauté internationale en cas de génocide, de crime de guerre ou de crime contre l’humanité.

Elles perpétuent la vision totalitaire qu’exprimait Joseph Goebbels devant la Société des nations en septembre 1933: «Messieurs, charbonnier est maître chez soi. Nous sommes un État souverain […]. Nous faisons ce que nous voulons de nos socialistes, de nos pacifistes et de nos juifs, et nous n’avons à subir de contrôle ni de l’humanité, ni de la SDN».

Ensuite elles contrecarrent l’élan des peuples en quête de liberté et de dignité tout autour de la Méditerranée, comme si les habitants de ces contrées, manquant de maturité pour décider de leur propre destin, étaient condamnés à subir les pires potentats. Enfin, et c’est peut-être le plus grave, sous prétexte d’empêcher une dérive militaire du conflit telle qu’ils l’ont déplorée en Libye, les partisans du laisser faire ouvrent la voie à des aventures plus périlleuses encore pour la paix au Proche-Orient.

Un risque d’embrasement régional


La communauté internationale encourt en effet quatre risques majeurs si elle s’abstient d’agir. Le premier danger s’est déjà concrétisé: l’escalade de la terreur, les tueries de manifestants pacifiques s’accompagnant d’assassinats de personnalités modérées et de bombardements des villes révoltées.

Le second péril prend de l’ampleur au fur et à mesure que le pouvoir multiplie les provocations pour affoler les chrétiens, exciter les passions entre alaouites et sunnites, dresser les Arabes contre les Kurdes: c’est l’affrontement entre communautés et confessions. Une troisième spectre s’avance entre les décombres de Rastan: l’éclatement d’une authentique guerre civile, un nombre croissant de déserteurs – officiers et soldats – se trouvant acculés à combattre la Garde républicaine et la 4e division blindée aux ordres de Maher Al-Assad, féroce frère du président.

On connaît des capitales qui tolèrent de semblables désastres pourvu qu’ils se déroulent à huis clos, comme en 1982, quand Hafez Al-Assad massacra des dizaines de milliers de civils à Hama. Mais une quatrième menace se profile: l’exportation du conflit. Si leur stratégie de la tension échoue, les services secrets syriens seront tentés de déstabiliser l’ensemble de la région avec la complicité de leurs alliés et protégés. D’Israël à l’Iran en passant par le Liban, la Turquie et l’Irak, les terrains de dispute ne manquent pas, qu’un brandon suffirait à embraser.

Elargir les sanctions


Avec beaucoup de maturité, les jeunes des comités de coordination ont réussi jusqu’à présent à repousser le désir de vengeance que les menées des militaires et des miliciens, des mouchards et des mercenaires visent à exacerber. Si vigilante soit-elle, la résistance ne saurait parer tous les coups tordus d’un régime aux abois. Rien ne serait plus imprudent que de l’abandonner à son sort.

La plupart des composantes de l’opposition démocratique, à l’intérieur ou en exil, ont su s’unir pour réclamer aux instances internationales qu’elles œuvrent de tous les moyens légaux pour protéger les Syriens contre la férocité de leurs dirigeants. Il faut que l’Union européenne montre sans délai la voie aux Nations unies en adoptant les plus sévères sanctions qu’elle sera en mesure d’appliquer. Il s’agit dès maintenant d’en élargir la palette.

Le gel des avoirs financiers et les interdictions de visas, qui touchent actuellement moins d’une soixantaine d’individus et d’une vingtaine d’entreprises, devraient concerner l’ensemble des personnes physiques et morales en relation avec les sociétés contrôlées par le clan Al-Assad. Il convient d’inclure dans cette liste tous les responsables de rang exécutif, civils et militaires.

Outre l’embargo sur les hydrocarbures, les armes, les brevets et les fournitures susceptibles de favoriser la répression, l’heure est venue de suspendre d’une manière générale l’exportation à destination de la Syrie des produits et services qui ne sont pas indispensables à la population, en particulier les articles de luxe prisés par les élites. Une stricte limitation des activités des sociétés syriennes affidées au régime et intervenant en Europe s’impose. Il importe également d’interrompre les opérations des organismes de crédit européens en rapport avec cet État.

L’impunité n’est plus de saison

Si les échanges culturels avec les artistes et les intellectuels syriens doivent s’intensifier dans un cadre non gouvernemental, en revanche la coopération officielle avec les institutions publiques semble indécente en pareilles circonstances. Ainsi l’accord entre le Louvre et le Musée national de Damas, signé en grande pompe par Nicolas Sarkozy et Bachar Al-Assad en novembre 2009, et l’accord franco-syrien de coopération culturelle (approuvé par un arrêté de février 2011) doivent faire l’objet d’un moratoire immédiat. L’impunité n’est plus de saison.

Des méfaits d’une envergure méritant la qualification de crimes contre l’humanité ont été commis: cela justifie la saisine de la Cour pénale internationale et l’action indépendante de toute instance capable d’intenter des poursuites, afin qu’Interpol soit en mesure de les relayer. Par ailleurs, il est impératif d’instaurer des mesures de rétorsion contre les personnels d’ambassade qui, comme à Paris, apportent leur concours à la chasse aux opposants.

Il appartiendra au Conseil national syrien de dire s’il prône d’autres mesures de sûreté. Mais l’Europe ne saurait attendre que la situation empire pour porter assistance à un peuple en danger.

Emmanuel Wallon et Farouk Mardam-Bey

Voir aussi : Rubrique Syrie rubrique Moyen Orient, rubrique Livre, Sarkozy au Proche Orient, Rencontre Elias Sambar

  

 

Egypte : «Des crispations interreligieuses exacerbées»

Sophie PommierSophie Pommier, chargée de cours à Sciences-Po à Paris, a longtemps travaillé au ministère des Affaires étrangères. Elle dirige le cabinet de consultants sur le monde arabe, Méroé. Spécialiste de l’Egypte, elle a consacré à ce pays de nombreuses publications dont Egypte, l’envers du décor, aux éditions La Découverte. Elle analyse les causes des affrontements.

Pourquoi ces affrontements ?


On ne peut pas nier qu’il y ait une dimension religieuse mais, même si les tensions sont exacerbées, il ne faut pas tout réduire à cela. Les problèmes sont nombreux et la question copte n’est qu’une de ces difficultés même si elle joue le rôle de caisse de résonance. Les crispations interreligieuses existent mais elles sont avivées par un contexte politique trouble et une crise économique et sociale.

La situation des coptes s’est-elle aggravée depuis la révolution ?

Ce n’est pas directement lié à la révolution, il y a un contexte plus profond. Cela fait déjà plusieurs années que la situation de cette minorité chrétienne s’est dégradée sous l’effet d’une réislamisation et même d’une salafisation de la société égyptienne. Lors des législatives de 2010, seuls trois coptes ont été élus. Cela a été vécu comme une véritable claque au sein de la communauté. Les tensions religieuses ne sont pas nouvelles. Le point de départ est presque toujours une affaire sentimentale entre personnes de religion différente ou à propos de travaux d’extensions d’église, souvent juridiquement complexes à réaliser pour les chrétiens. Après la révolution, les militaires avaient assuré aux coptes que la loi relative à la construction des lieux de culte serait amendée. Ça n’a pas été le cas et, de ce point de vue, la révolution n’a pas tenu ses promesses. Les coptes reprochent aux autorités – et c’était déjà le cas à l’époque de Moubarak – de ne pas suffisamment les protéger. On peut observer, en parallèle, l’apparition d’une nouvelle génération plus revendicative et même d’une frange extrémiste chez les coptes. Cela tranche avec l’attitude plutôt passive et très légaliste qui a été celle d’une majorité de la communauté pendant longtemps.

Ces violences marquent-elles un coup d’arrêt dans la transition démocratique ?


Les affrontements font suite à une série d’événements qui ont déjà fragilisé le processus démocratique. Après l’assaut de l’ambassade d’Israël, l’armée avait élargi l’état d’urgence. Là, le couvre-feu a été décrété et certains médias inquiétés. A chaque fois, l’armée grignote un peu plus de pouvoir.

Comment interpréter l’attitude de l’armée ?


Elle a un rôle très ambigu, car elle a été portée par la révolution alors qu’elle était très liée au pouvoir. Elle a deux objectifs : conserver ses prébendes et éviter un clash avec Israël. Les militaires se trouvent dans une impasse d’autant que la situation est également tendue aux frontières avec la Libye ou dans le Sinaï.

Les législatives du 28 novembre seront-elles maintenues ?


C’est difficile à dire. Si les élections sont repoussées, les islamistes vont descendre dans la rue car, pour l’heure, malgré des divisions internes, ils sont la force politique structurée et ce calendrier leur convient bien.

Ces affrontements interreligieux sont-ils du même ordre qu’ailleurs dans la région ?

Oui, mais là encore il ne faut pas s’arrêter aux tensions entre chrétiens et musulmans. Il suffit de voir ce qui se passe en Irak entre chiites et sunnites. Les clivages communautaires se ravivent dans la région, et les crises et les enjeux des recompositions politiques réveillent les lignes de fracture et les réflexes identitaires.

 Recueilli  par Marwan Chahine (Libération)

Trois femmes prix Nobel de la paix

Le prix Nobel de la paix a été conjointement attribué vendredi, pour la première fois de son histoire, à trois femmes: deux Libériennes, la présidente Ellen Johnson Sirleaf -actuellement en campagne- et la militante Leymah Gbowee, et une Yéménite, la journaliste Tawakkol Karman.

Première femme arabe à recevoir la prestigieuse récompense, la Yéménite a été la première à réagir et a immédiatement dédié son prix au « printemps arabe », cet élan de révolte populaire qui a renversé ou ébranlé plusieurs régimes autoritaires en Afrique du Nord et au Moyen-Orient cette année.

Les trois lauréates sont récompensées « pour leur lutte non violente en faveur de la sécurité des femmes et de leurs droits à participer aux processus de paix », a déclaré le président du comité Nobel norvégien, Thorbjoern Jagland.

Ellen Johnson Sirleaf, la « dame de fer »

Première femme à être démocratiquement élue à la tête d’un pays africain en 2005, Mme Sirleaf, 72 ans, a oeuvré pour la reconstruction d’un pays ravagé par 14 ans de guerres civiles, qui ont fait quelque 250.000 morts et laissé une économie exsangue. Elle reçoit le Nobel quatre jours seulement avant une élection présidentielle incertaine au cours de laquelle la « Dame de fer », comme elle est surnommée, brigue un second mandat.

« Depuis son investiture en 2006, elle a contribué à assurer la paix au Liberia, à promouvoir le développement économique et social, et à renforcer la places des femmes », a fait valoir M. Jagland.

D’abord soutien de Charles Taylor entré en rébellion contre le régime de Samuel Doe, elle en devient l’adversaire à la lumière des violences qui vaudront au chef de guerre devenu président (1997-2003) d’être jugé à La Haye pour des crimes de guerre et contre l’humanité. Son accession au pouvoir a été rendue possible par le travail sur le terrain de Leymah Gbowee, « guerrière de la paix » à l’origine d’un mouvement pacifique qui contribuera, notamment à l’aide d’une « grève du sexe », à mettre fin à la deuxième guerre civile en 2003.

Lancée en 2002, l’initiative originale de cette travailleuse sociale quadragénaire voit les femmes -toutes confessions religieuses confondues- se refuser aux hommes tant que les hostilités se poursuivent, ce qui oblige Charles Taylor à les associer aux négociations de paix peu avant sa chute.

Leymah Gbowee, la militante pacifiste

« Leymah Gbowee a mobilisé et organisé les femmmes au-delà des lignes de division ethniques et religieuses pour mettre fin à une longue guerre au Liberia et assurer la participation des femmes aux élections », a noté M. Jagland.

Fondé en 1822 par des esclaves noirs affranchis venus des Etats-Unis, le Liberia connaît toujours une paix fragile du fait des vives tensions ethniques et de la présence de mercenaires difficilement délogeables dans sa forêt tropicale.

Tawakkol Karman, figure emblématique de la révolution arabe

La troisième lauréate, Tawakkol Karman, « aussi bien avant que pendant le printemps arabe », a elle aussi joué « un rôle prépondérant dans la lutte en faveur des droits des femmes, de la démocratie et de la paix au Yémen », a-t-il ajouté.

Journaliste née en 1972, cette jeune femme frêle est une figure emblématique du soulèvement populaire contre le président contesté Ali Abdallah Saleh dans un pays conservateur où les femmes ne jouent pas de rôle de premier plan en politique. Elle a été un des principaux meneurs des manifestations estudiantines de janvier qui ont donné le coup d’envoi au soulèvement, ce qui lui valu d’être brièvement arrêtée.

Les Femmes et le prix Nobel

Jusqu’à présent, seules 12 femmes avaient reçu le prix Nobel de la paix en 110 ans d’histoire, la dernière étant l’écologiste kényane Wangari Maathai (2004) qui vient de décéder.

« Ce prix est un tribut à toutes les femmes dans le monde et à leur rôle dans les processus de paix et de réconciliation », a réagi le Premier ministre norvégien, Jens Stoltenberg.

Remise du prix à Oslo le 10 décembre 2011

Le prix sera remis aux trois lauréates à Oslo le 10 décembre, date-anniversaire de la mort de son fondateur, l’industriel et philanthrope suédois Alfred Nobel. Il consiste en une médaille, un diplôme et un chèque de 10 millions de couronnes suédoises (environ un million d’euros) que les trois lauréates se partageront.

Voir aussi : Rubrique Afrique, rubrique Droit des femmes, rubrique Médias,

Contestation contre Wall Street: «C’est notre Printemps américain!»

A Washington, à deux pas de la Maison Blanche, des centaines de sympathisants entament une occupation contre la guerre en Afghanistan et la «machine capitaliste» de Wall Street.

Bannières, sacs de couchage, tam-tam: près de trois semaines après le début des manifestations de New York, ils sont plusieurs centaines, écologistes, anciens combattants ou simples « déçus d’Obama », bien décidés à camper « jusqu’à ce que le changement arrive » sur la Freedom plaza, une place située entre le Capitole, siège du Congrès, et la Maison Blanche.

« Cela fait un an que nous travaillons à ce rassemblement, bien avant le mouvement +Occupons Wall Street+ », raconte Lisa Simeone, une des organisatrices de la manifestation hautement symbolique au coeur de la puissance américaine.

« Mais leur mobilisation a amplifié la nôtre: nous nous inspirons mutuellement les uns des autres », explique cette animatrice d’une radio à Baltimore, dans le Maryland (Est).

A l’origine du mouvement « Stop the Machine, Create a New World » (« Arrêtez la machine, créez un nouveau monde »), des pacifistes venus manifester contre le 10e anniversaire du début de la guerre en Afghanistan, mais près de 150 associations à travers le pays se sont jointes à l’initiative.

« Les gens sont déçus », explique le révérend Bruce Wright, un des organisateurs du mouvement venant de Floride (Sud-Est). « Nous sommes là au nom des petites gens, pour réclamer nos droits économiques universels: le droit d’avoir un toit, un métier, un accès gratuit à la santé ».

« Nous aussi nous avons notre printemps américain », lance-t-il, revendiquant l’héritage du printemps arabe. « Comme en Afrique du Nord, en Espagne ou encore en Grèce, nous sommes ici pour réclamer un monde juste et durable! »

Ken Mayers est un ancien combattant du Vietnam: « Nous voulons en finir avec la mainmise des grosses entreprises ». « Si le mouvement se transforme en tsunami, ça peut marcher! » affirme-t-il en rajustant sa casquette militaire. « La Freedom Plaza, c’est comme la place Tahrir en Egypte ou la place Syntagma à Athènes! »

Derrière lui, des hommes, cagoulés de noir et portant la combinaison orange des détenus de Guantanamo, appellent à la traduction de George W. Bush et de Barack Obama devant la Cour pénale internationale.

En fond sonore, un concert des « Raging grannies » (les « mémés déchaînées »), une trentaine de grands-mères, certaines le short coupé court sous la fesse, entonnent une chanson faite-maison: « Nous avons dépensé des milliards pour envoyer nos fils à la guerre, remboursez-nous! »

Les manifestants qui ont suivi la veille des ateliers de désobéissance civile, ont reçu l’autorisation de rester quatre jours sur cette place mais certains, comme cette ancienne hippie, affirment « vouloir rester jusqu’à ce que le changement arrive! »

« Nous sommes des déçus d’Obama: cet homme-là nous a trahis », confie Connie Joe, secrétaire dans une école du Wisconsin (Nord). « J’ai pris une semaine et demie de vacances, ça fait trente ans que j’attendais un mouvement comme ça! ».

Carrie Stone, elle, n’a pas eu à prendre de congés. Son affaire a périclité en 2008, elle n’a plus de couverture maladie ni indemnité chômage. Elle a décidé de venir à pied depuis la Virginie occidentale (Est). Neuf jours sur les routes « pour attirer l’attention des politiques, sur nous, les pauvres ».

AFP

 

Le mouvement Occupy Wall Street commence à être pris au sérieux

Lors d’une marche sur le Brooklyn Bridge, plusieurs centaines de manifestants du mouvement anti-capitaliste Occupy Wall Street ont été arrêtés samedi. Un incident qui a popularisé cette initiative active à l’origine sur l’Internet.

Il aura fallu l’interpellation, samedi, de centaines de manifestants par la police de New York sur le Brooklyn Bridge pour que le mouvement Occupy Wall Street commence à faire les gros titres des médias à travers le monde. Ces militants ont tous été relâchés depuis, mais l’attitude des forces de l’ordre à l’égard d’une initiative anti-capitaliste qui semblait anecdotique jusqu’à présent a marqué les esprits.

Pourtant, depuis trois semaines déjà, ces campeurs de Wall Street qui demandent des comptes à la

“planète finance” ont planté leurs tentes en plein cœur du quartier des affaires de New York. Ils se sont installés à deux pas de la Bourse et occupent les lieux 24 heures sur 24.

Très actifs sur les réseaux sociaux, ils déclarent être les représentants des “99 %” en opposition au “1 % des Américains du nord” les plus riches. À l’instar du collectif d’hacktivistes Anonymous – qui soutient  par ailleurs “Occupy Wall Street” – ces militants ne se reconnaissent aucun leader et tiennent à une organisation aussi décentralisée que possible.

Conséquence : ce mouvement n’a ni unité ni mot d’ordre. Ces indignés du capitalisme sont aussi bien issus de la gauche revendicatrice qui demande une meilleure redistribution des richesses que des libertaires à l’américaine qui revendiquent l’abolition de la Réserve fédérale et ne veulent pas que l’État intervienne de quelque manière que ce soit dans leur vie.

Né de l’appel lancé en juillet à “occuper Wall Street” par le collectif anti-consumériste canadien Adbusters, le mouvement a débuté le 17 septembre avec un millier de manifestants pour atteindre plusieurs milliers de personnes lors de la marche sur le Brooklyn Bridge, le 1er octobre.

Surtout, cette contestation new-yorkaise a créé des émules à travers les États-Unis avec une dizaine de villes, telles que San Francisco ou Chicago pour l’instant. Selon le site OccupyTogether, qui recense toutes les initiatives locales inspirées par le mouvement d’origine, des activistes dans une cinquantaine d’autres localités américaines se préparent à occuper des lieux symboliques de la finance.

France 24

Voir aussi : Rubrique Finance, rubrique Etats-Unis, rubrique Mouvements sociaux, rubrique Afghanistan,

Le Nobel de littérature attribué au poète suédois Tomas Tranströmer

Tomas-Transtrmer. Photo The Guardian

Le prix Nobel de littérature 2011 a été attribué jeudi au poète suédois Tomas Tranströmer, dont les oeuvres surréalistes sur les mystères de l’esprit humain lui ont valu d’être reconnu comme le poète scandinave le plus influent de ces dernières décennies.

L’oeuvre de Tranströmer, 80 ans, est marquée « par des images denses, limpides », par lesquelles « il nous donne un nouvel accès au réel », souligne l’Académie suédoise. Son oeuvre suscite l’intérêt bien au-delà de la Scandinavie, et il est actuellement traduit dans plus de 60 langues.

Utilisant des métaphores expressives, les poèmes de Tranströmer s’inspirent souvent de ses expériences et sont marqués par son amour de la musique et de la nature. Ses textes plus récents explorent des questions existentielles sur la vie, la mort et la maladie.

Psychologue de profession et pianiste amateur, il est victime en 1990 d’un accident vasculaire cérébral qui l’a laissé partiellement paralysé et l’a privé en grande partie de l’usage de la parole. Il a toutefois continué à écrire, ne prenant sa retraite d’écrivain qu’après la publication en 2004 de « La grande énigme », un recueil de poèmes.

Interrogé par les journalistes à son domicile sur ce que cela lui faisait d’être le premier Suédois à remporter ce prix depuis 1974, Tranströmer a répondu « très bien ». Il a surtout donné des réponses d’une syllabe aux questions de la presse, son épouse Monica, présente à ses côtés, donnant plus de précisions.

« C’est une très grande surprise », a-t-elle déclaré. « Tomas, je sais que tu as été surpris », a-t-elle ajouté. Alors que beaucoup estimaient depuis des années qu’il avait des chances de remporter le Nobel de littérature, Mme Tranströmer a précisé que son mari n’avait « pas vraiment pris au sérieux » ces spéculations. Elle a également souligné qu’il était heureux que le prix mette à l’honneur la poésie pour la première fois depuis son attribution à la Polonaise Wislawa Szymborska en 1996.

Anna Tillgren, porte-parole de Bonniers, sa maison d’édition suédoise, a déclaré que Tranströmer était « ravi ». De son côté, le Premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt s’est dit « heureux et fier » de ce prix, espérant qu’il renforcerait l’intérêt pour la littérature suédoise dans le monde. Tomas Tranströmer est le premier Suédois distingué par le Nobel de littérature depuis Eyvind Johnson et Harry Martinson, co-lauréats en 1974.

Il était considéré depuis longtemps comme l’un des favoris au Nobel de littérature. « Il aborde de grandes questions. Il écrit sur la mort, l’histoire, la mémoire et la nature », souligne Peter Englund, secrétaire perpétuel de l’Académie suédoise, qui décerne le prix.

Né à Stockholm en 1931, Tranströmer a été élevé par sa mère, institutrice, après le divorce d’avec son père, un journaliste. Il commence à écrire des poèmes à l’école Sodra Latin de Stockholm. Ses textes paraissent d’abord dans des magazines avant la publication de son premier recueil, « 17 poèmes », en 1954, qui reçoit un très bon accueil en Suède.

A l’université de Stockholm, il étudie la littérature, la poésie, l’histoire et la psychologie. Il partagera ensuite son temps entre la poésie et son métier de psychologue, qui le conduit à travailler dans une maison de correction entre 1960 et 1966.

A partir des années 1950, il se lie d’amitié avec le poète américain Robert Bly, qui a traduit nombre de ses textes en anglais. En 2001, Bonniers publie la correspondance entre les deux auteurs. A l’occasion du 80e anniversaire de Tranströmer, sa maison d’édition a également publié début 2011 une collection de ses oeuvres couvrant la période 1954-2004.

La littérature est le quatrième Nobel attribué cette semaine. Le prix de médecine a été décerné lundi à l’Américain Bruce Beutler, au Français d’origine luxembourgeoise Jules Hoffmann et au Canadien Ralph Steinman pour leurs découvertes sur le système immunitaire. Celui de physique a été attribué mardi aux Américains Saul Perlmutter et Adam Riess, et à l’Américano-australien Brian Schmidt pour leurs découvertes de l’accélération de l’expansion de l’univers. Le prix de chimie est revenu mercredi au scientifique israélien Daniel Shechtman pour « la découverte des quasi-cristaux ».

Chacun de ces prix est assorti d’une récompense de 10 millions de couronnes suédoises (1,08 million d’euros) et sera remis lors d’une cérémonie prévue le 10 décembre à Stockholm.

AP

Voir aussi : Rubrique Littérature, Nobel 2010 à Mario Vargas Llosa, rubrique Poésie, rubrique Suède,