Festival Arabesques : Ces chevaux qui passent les frontières

Photo Audrey Le Mault

Arabesques est un festival qui s’est bâti ici sur l’enthousiasme et la volonté d’échanges avec les cultures de l’autre rive de la méditerranéenne. En rendant compte d’une pluralité d’expression artistique où se mêle tradition et modernité, il offrait en perspective le désir d’une jeunesse que confirme le mouvement de démocratisation impulsé dans les pays arabes qui surprend le monde depuis six mois. Il faut rendre hommage à l’équipe d’Uni’Sons pour la volonté de conduire ce projet et au Conseil général de l’Hérault de lui avoir fait confiance, car souvent les vérités ne sont pas bonnes à dire avant l’heure.

On peut s’attendre à ce que cette sixième édition soit emprunte d’un vent de joie et de liberté particuliers dont la mesure nous en sera  offerte dès ce soir. A 18h débute sur l’esplanade royale du Peyrou de Montpellier – qui porte singulièrement bien son nom pour l’occasion –  la parade équestre et musicale marocaine. Un avant goût des réjouissances à retrouver au Domaine D’O du 20 au 22 mai.

Cette année Arabesques investit l’ensemble du site départemental dédié à la culture. Al andaluz, le paradis éternel ouvre vendredi la grande soirée de l’amphithéâtre avec le spectacle Rêves d’Andalousie qui fusionne l’esprit andalou. Une ébullition joyeuse et colorée de musiques et de danses arabes, de flamenco et de poésie s’inscrit sur scène sous le signe de la tolérance propre à cette civilisation.
Samedi ce sera au tour de l’orchestre national de Barbès de faire vibrer la grande scène qui donne la part belle aux « péchés originaux ».

Dimanche l’orchestre traditionnel Marrakechi Jil Jilala jouera sur les modulations vocales pour exhumer les textes malhouns du terreau de la culture maghrébine et renouer avec les maîtres musiciens de l’art gnaoua. Les spectacles de 19h de la Kasbah D’o sont très alléchants. A ne pas manquer notamment le Trio Joubran qui fera parler le oud avec la Palestine au cœur et de nombreuses rencontres autour du monde arabe.

L’historienne Agnès Carayon retrace  » la destinée héroïque des cavaliers zénètes berbères « 

Agnès Carayon est historienne, spécialiste du cheval dans le monde arabe médiéval. Elle s’est intéressée au statut du cheval et du cavalier dans la civilisation  d’al-Andalus, notamment au rôle décisif des berbères zénètes et de leur chevaux à barbes dans l’armé musulmane d’opposition à la Reconquista (reconquête chrétienne des royaumes musulmans de la péninsule ibérique).  Elle consacre aujourd’hui ses recherches  à un autre peuple d’éminents cavaliers en terre d’islam : les Mamlûks d’Egypte.

D’où vient l’origine des Fantasias dites aussi Tbourida ?

« A l’origine la Tbourida provient des zénètes une branche de la confédération berbère qui  occupait les hauts plateaux du Sahara et les franches côtières au Moyen âge. Les membres de la cavalerie légère des Berbères zénètes étaient renommés  pour être de grands guerriers. A l’époque il n’y avait pas d’arme à feu. Durant la Reconquista, la cavalerie lourde des Chrétiens s’est trouvée dans un premier temps décontenancée par cette façon de combattre. Puis ils décidèrent de l’adopter, lui donnant le nom de monta a la gineta (Le bon cavalier) en l’honneur de ces Berbères qui excellaient en sa maîtrise. Les Zénètes qui étaient nomades se sont progressivement sédentarisés. Ils ont fondé des dynasties importantes notamment au Maroc. Ils ont mis le cavalier à l’honneur. Ce sont les ancêtres de la Fantasia.

L’Andalousie actuelle reconnaît-elle ou ignore-t-elle plutôt l’héritage de ses cavaliers Berbères ?

Cet héritage a été accepté dès le Moyen âge. A l’époque, l’art équestre des cavaliers guerriers a été intégré dans toutes les cours d’Espagne. On montrait  ainsi une certaine  admiration à l’égard des Maures. Les cavaliers zénètes sont également entrés dans la littérature. Le cheval andalou provient du croisement avec des purs sangs arabes.  Aujourd’hui toutes ses choses sont un peu noyées.

Le Maroc célèbre ses fêtes nationales et religieuses avec des Fantasias, ces manifestations véhiculent-elles une dimension spirituelle ?

La destinée fantastique du cheval arabe est étroitement liée à l’Islam. Selon la légende, Allah aurait créé le cheval arabe. « Deviens chair, car je vais faire de toi une nouvelle créature, en l’honneur de mon Saint Dieu, et pour la défaite de mes ennemis, afin que tu sois le serviteur de ceux qui me sont soumis », aurait-il dit au vent du Sud avant de prendre une poignée de vent, de souffler dessus et de créer l’animal. Ce qui donne au cheval un statut particulier. Mais aujourd’hui  les Fantasias font partie du folklore. Ce sont surtout des mises en scène qui donnent à voir le savoir-faire des cavaliers.

De quelle façon ?

L’équipe de cavaliers se met en place. Elle vient saluer le jury puis exécute une charge suivie d’un arrêt brusque et d’une salve de tirs. La rapidité de la charge et la simultanéité de l’arrêt et des coups de feu donnent toute la beauté à la chevauchée.

L’invitation d’Arabesques concernait la troupe cavalière de Sofia Balouk. A l’arrivée on trouve des cavaliers n’est ce pas significatif d’une certaine crispation à l’égard des femmes ?

La société royale d’encouragement du cheval est le principal levier du développement de la filière équine au Maroc. Elle est dirigée  par la princesse Lalla Anima qui avait donné son accord. Le fait que cette tradition marocaine soit représentée par des femmes qui sont pourtant de plus en plus nombreuses à accéder à cette discipline, n’a pas été apprécié au plus au niveau marocain. Ce qui est de mon point de vue assez significatif ».

Jean-Marie Dinh

Agnès Carayon évoquera les origines de la Fantasia lors des veillées équestres les 20 et 22 mai au Domaine d’O.

Tout le programme du festival Abesques en ligne

Parade équestre et musicale ce soir à 18 h sur esplanade du Peyrou à Montpellier.

Voir aussi : Rubrique Méditerranée, rubrique Festival

OTAN: les divergences persistent sur le renforcement des moyens militaires en Libye

Au premier jour d’une réunion à Berlin, les ministres des Affaires étrangères des pays membres de l’OTAN ont insisté jeudi sur leur objectif commun en Libye -la fin du régime de Moammar Kadhafi- tout en affichant leurs divergences sur le renforcement de la campagne militaire dans le pays, réclamé notamment par la France et la Grande-Bretagne.

Cette réunion s’est ouverte alors que Paris et Londres ont émis des critiques cette semaine sur l’implication de l’Alliance atlantique en Libye, jugée insuffisante. France et Grande-Bretagne ont également demandé aux Etats-Unis de s’impliquer davantage dans le conflit. Washington, pour sa part, affirme vouloir s’en tenir à un rôle de soutien aux opérations.

Le secrétaire général de l’OTAN Anders Fogh Rasmussen a fait savoir que les ministres avaient approuvé une déclaration demandant le départ de Moammar Kadhafi et soulignant leur attachement à la mission de l’Alliance atlantique en Libye, malgré les récentes divisions. Ils ont en revanche rappelé les objectifs déclarés de la mission -la mise en place d’un embargo sur les armes, la protection des civils, et le retrait des forces de Kadhafi des villes tenues par les insurgés dans lesquelles elles sont entrées.

Anders Fogh Rasmussen a également estimé que l’OTAN avait besoin de nouveaux avions pour s’en prendre aux forces de Kadhafi, qui s’immiscent parmi les populations civiles. Le premier jour de réunion n’a toutefois débouché sur aucune engagement en ce sens de la part des pays membres.

« Pour éviter des pertes civiles, nous avons besoin d’équipements très sophistiqués, donc nous avons besoin d’un peu plus d’avions de combat de précision pour des missions sol-air », a-t-il déclaré. « Je n’ai pas eu d’engagement ou de promesse spécifique lors de cette réunion, mais j’ai entendu des indications qui m’ont donné bon espoir ».

La secrétaire d’Etat américaine Hillary Rodham Clinton n’a pas dit si les Etats-Unis enverraient plus d’équipement militaire, mais a remarqué que le renversement de Kadhafi ne figurait pas dans le mandat opérationnel de l’OTAN. Elle a par ailleurs appelé les autres membres de l’OTAN à l’unité dans la campagne libyenne.

Les pays de l’Alliance atlantique « partagent le même objectif, qui est de voir la fin du régime Kadhafi en Libye », a-t-elle déclaré. « Nous devons également intensifier notre mission politique, diplomatique et économique pour faire pression sur Kadhafi, l’isoler et parvenir à son départ ».

Le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé a lui aussi assuré que les pays membres de l’OTAN partageaient « en réalité le même objectif ». « Cet objectif est de permettre au peuple libyen de jouir des libertés démocratiques », a-t-il déclaré, tout en reconnaissant: « la divergence, elle porte sur les moyens ».

« Nous nous retrouvons pour dire qu’il n’y aura pas une solution militaire au problème, il ne peut y avoir qu’une solution politique », a ajouté M. Juppé, rappelant que Paris souhaitait qu’un dialogue politique s’engage en Libye. Interrogé sur une éventuelle fourniture d’armes aux insurgés libyens, proposée par l’Italie, il a répondu: « la France n’est pas dans cette disposition d’esprit ».

L’Elysée estime que la résolution 1973 des Nations unies « n’interdit pas » d’armer les insurgés. Paris ne juge toutefois pas cette option « nécessaire » actuellement, car « les dirigeants du CNT (Conseil national de transition libyen, NDLR) n’éprouvent pas de difficultés particulières à trouver les armes dont ils ont besoin », selon l’Elysée.

La situation en Libye a parallèlement fait l’objet d’une réunion d’organisations régionales et internationales, et présidée jeudi au Caire par le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon. Les participants y ont fixé trois objectifs: conclure et faire appliquer un cessez-le-feu, fournir une aide humanitaire aux civils, et engager un dialogue sur l’avenir politique de la Libye.

AP

Voir aussi : Rubrique Lybie, Déssaccord à l’Otan sur l’option militaire, La France et l’Italie premiers fournisseurs d’armes à Kadhafi, rubrique Otan,

Intervention en Libye : Il n’existe pas de guerre juste

L’intervention militaire en Libye a suscité en France un chœur d’approbations. On entend dire que la France vient de réussir un grand coup. Le chef ennemi n’est plus désigné que par des superlatifs, il est devenu le «dément», le «bourreau», le «tyran sanguinaire», quand il n’est pas renvoyé à ses origines de «Bédouin rusé». Les euphémismes sont de mise, on ne dit pas qu’il faut tuer sans remords, mais qu’«il faut assumer ses responsabilités» ; ni qu’on essaie de diminuer le nombre de cadavres, mais qu’on doit procéder «sans casse excessive». Des comparaisons hasardeuses justifient l’entrée en guerre : ne pas intervenir aurait été répéter les erreurs commises en Espagne en 1937, à Munich en 1938, au Rwanda en 1994… Ceux qui traînent les pieds sont stigmatisés : l’Allemagne n’a pas été à la hauteur, l’Europe a témoigné d’une étonnante frilosité – à moins que ce ne soit son habituelle pusillanimité. Les pays émergents sont coupables de ne pas vouloir courir de risques – comme si les va-t-en-guerre de la capitale française en prenaient beaucoup !

Il est vrai qu’à la différence de la guerre en Irak, l’intervention en Libye a été approuvée par le Conseil de sécurité. Mais légalité vaut-elle légitimité ? A la base de la décision se trouve un concept récemment introduit, la responsabilité de protéger la population civile d’un pays contre les agissements de ses propres dirigeants. Or, dès l’instant où cette protection signifie l’intervention militaire d’un autre Etat et non plus une assistance humanitaire, on voit mal en quoi elle diffère du droit d’ingérence que l’Occident s’était arrogé il y a quelques années. Si chaque pays pouvait décider qu’il a le droit d’intervenir chez ses voisins pour défendre les droits d’une minorité maltraitée, de nombreuses guerres éclateraient à la seconde. Il suffit de penser aux Tchétchènes en Russie, aux Tibétains en Chine, aux chiites en pays sunnites (et inversement), aux Palestiniens dans les territoires occupés…

Il faudrait, il est vrai, que le Conseil de sécurité leur en donne l’autorisation. Ce conseil a toutefois une particularité, qui est en même temps son péché originel : ses membres permanents disposent d’un droit de veto sur toutes ses décisions, ce qui les place au-dessus de la loi qu’ils sont censés incarner : ni eux ni les pays qu’ils soutiennent ne peuvent jamais être condamnés ! Pire : pour échapper au veto, ils interviennent sans l’autorisation des Nations unies, comme cela s’est produit au Kosovo ou en Irak. L’invasion armée de ce dernier, conduite sous un prétexte fallacieux (la présence d’armes de destruction massive), s’est soldée par des centaines de milliers de morts ; les pays qui l’ont menée n’ont pas souffert pour autant de la moindre sanction officielle. L’ordre international incarné par le Conseil de sécurité consacre le règne de la force, non du droit.

Mais cette fois-ci, on défend des principes, dit-on, non des intérêts. Est-ce si sûr ? La France a soutenu pendant longtemps les dictatures établies dans les pays voisins, Tunisie et Egypte ; en choisissant aujourd’hui d’épauler les insurgés en Libye, elle espère restaurer son prestige. Elle fait en même temps la démonstration de l’efficacité de ses armes, ce qui la place en position de force dans de futures négociations. Sur le plan intérieur, mener une guerre victorieuse – au nom du Bien, en plus – rehausse toujours la popularité des dirigeants. Des considérations semblables se retrouvent aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne.

On a fait grand cas du soutien affiché par la Ligue arabe (avant que celle-ci ne commence à changer d’avis) : il est rare que les opinions de cet organisme soient aussi appréciées en Occident ! A y regarder de plus près, les Etats qu’il réunit ont plusieurs intérêts en jeu dans l’affaire. L’Arabie Saoudite et ses alliés sont prêts à soutenir les Occidentaux face au rival libyen, car cela leur permet de réprimer impunément les mouvements de protestation chez eux. Les Saoudiens, peu réputés pour leurs institutions démocratiques, sont déjà intervenus militairement au Bahreïn et ont encouragé la répression au Yémen : dans ces Etats voisins, ils ont choisi de «protéger» les dirigeants contre la population.

Le colonel Kadhafi massacre sa population : ne devrait-on pas se réjouir de l’en empêcher, quelles que soient les justifications affichées ou dissimulées de cet acte ? L’inconvénient est que la guerre est un moyen si puissant qu’elle fait oublier le but poursuivi. Seuls les jeux vidéos permettent de détruire les armements sans toucher aux êtres humains qui les entourent ; dans les guerres réelles, même les «frappes chirurgicales» les plus précises ne permettent pas d’éviter les «dégâts collatéraux», c’est-à-dire les morts, la destruction, les souffrances. A partir de là on s’engage dans un calcul incertain : les victimes et les dégâts seront-ils plus ou moins nombreux que si l’intervention n’avait pas eu lieu ? N’existait-il vraiment aucun autre moyen pour empêcher le massacre de la population civile ? Une fois commencée, la guerre ne risque-t-elle pas d’être conduite par sa propre logique, au lieu d’obéir à la lettre de la résolution initiale ? Ne va-t-on pas compromettre les élans démocratiques de la population en les rendant dépendants des anciens pays colonisateurs ?

Il n’existe pas de guerre propre ni de guerre juste, seulement des guerres inévitables, comme la Deuxième Guerre mondiale menée par les alliés ; ce n’est pas le cas aujourd’hui. Avant d’entonner un hymne à la gloire de cette équipée vraiment meilleure que toutes les autres, on ferait peut-être mieux de méditer les leçons que, il y a deux cents ans, Goya avait tirées d’une autre guerre conduite au nom du Bien, celle des régiments napoléoniens apportant les droits de l’homme aux Espagnols. Les massacres commis au nom de la démocratie ne sont pas plus doux à vivre que ceux causés par la fidélité à Dieu ou à Allah, au Guide ou au Parti : les uns et les autres conduisent aux mêmes désastres de la guerre.

 

Tzvetan Todorof

 

Voir aussi : rubrique Libye, désaccord à l’Otan sur l’option militaire, rubrique Débat , rubrique Essai situation de pensée et d’action humaine, rubrique Rencontre, Tzvetan Todorov

Sarkozy s’emballe contre Kadhafi

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"Sarkozy semble avoir complètement changé d'avis. Et cela sent l'improvisation."

Le président français Nicolas Sarkozy a reconnu le Conseil national de transition des insurgés libyens comme la représentation officielle du pays. Il veut en outre présenter ce vendredi à ses partenaires européens des plans d’attaque aérienne contre le régime de Kadhafi. La presse déplore ce cavalier seul qui nuit à tous les protagonistes.

De Volkskrant – Pays-Bas

Paris nuit à Bruxelles

La reconnaissance par Paris du Conseil national de transition des rebelles libyens est précipitée et nuit à l’UE, estime le quotidien de centre-gauche De Volkskrant : « La France a été pendant des années le pays européen qui a entretenu les relations les plus étroites avec les régimes autocratiques d’Afrique du Nord. Cela a généré des situations embarrassantes ces dernières semaines lorsque la vague de protestations a balayé la région comme un tsunami. Avec ces bouleversements, Paris semble désormais privilégier la fuite en avant. L’initiative française est fort maladroite, notamment parce que la situation en Libye est extrêmement confuse. … Il s’avère une fois de plus que si les Français parlent beaucoup de l’Europe, ils préfèrent affûter leur propre image au moment décisif. Sur l’initiative de Paris également, les chefs de gouvernement de l’UE se rassemblent aujourd’hui pour évoquer la situation en Libye. En raison de l’intervention unilatérale de la France, la portée de la conférence semble d’emblée limitée. » (11.03.2011)

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Der Standard – Autriche

Le mauvais service rendu par la France

En reconnaissant le Conseil national libyen et en présentant des plans d’attaque, le président français Nicolas Sarkozy agit trop vite, estime le quotidien de centre-gauche Der Standard : « Ce qui a été déterminant dans l’initiative de Sarkozy, c’est sans aucun doute la tentative de redorer l’image écornée de la France au Maghreb – et remédier en même temps à sa grande impopularité politique en France. La question d’une opération militaire hante Sarkozy depuis des jours : au début de la semaine encore, il avait rejeté une zone d’exclusion aérienne en indiquant que l’Occident ‘ne pouvait se permettre un nouvel Afghanistan’. Il semble avoir complètement changé d’avis. Et cela sent l’improvisation. Des décisions rapides sont parfois nécessaires en temps de guerre. Mais il serait sans doute préférable que les membres de l’UE s’entendent sur cette situation de crise avant que les projets ne soient rendus publics. Une aide inappropriée ne peut que nuire aux rebelles. » (11.03.2011)

Tages-Anzeiger – Suisse

Le come-back d’une ex-puissance mondiale

Le revirement soudain du président français Nicolas Sarkozy dans le conflit libyen s’avère crispé et impuissant, estime le quotidien de centre-gauche Tages-Anzeiger, pour lequel Sarkozy n’atteindra pas son objectif réel : « Sa brusque initiative est probablement censée profiter d’abord au rôle géopolitique grandement diminué de son pays. Parmi les grands pays occidentaux, c’est la France – caractérisée et gênée par la vieille double morale dans le traitement des despotes – qui a semblé la plus effacée et parfois même la plus étriquée ces trois derniers mois face au tournant historique dans le monde arabe. … Aujourd’hui Sarkozy entreprend donc surtout de redorer l’image du pays. En ce moment historique, il fait revenir sur la scène internationale un pays qui a toujours eu une représentation embellie et exagérée de son propre rôle international. En solo. Dans un revirement spectaculaire et imposant, pour ne pas dire risqué, mais assurément intense et hypocrite. » (11.03.2011)

Voir aussi :  Rubrique Lybie, Déssaccord à l’OTAN sur l’option militaire, La France et l’Italie premier fournisseur d’armes à Kadhafi, rubrique UE, rubrique Politique internationale,

Libye: déssaccord à l’Otan sur l’option militaire

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L’option d’une intervention militaire de l’Otan en Libye suscite de profondes divisions en raison des craintes de réaction dans le monde arabe, des réticences à voir l’alliance élargir son champ d’influence et de la complexité de l’opération.

Une réunion des ambassadeurs des 28 pays de l’organisation, programmée de longue date, s’est tenue à Bruxelles. En débat : « La situation libyenne en général  » et il est probable que l’éventualité d’une zone d’exclusion aérienne ai fait partie des sujets sur la table, a indiqué à l’AFP un responsable de l’Otan, alors que le régime du colonel Kadhafi organise la contre-offensive avec des raids aériens contre les insurgés.

Mais si Londres et Washington ont poussé en ce sens, dans les faits « il n’y a pas de consensus au sein de l’Otan pour le recours à la force », a reconnu mardi le secrétaire à la Défense américain Robert Gates.

La France, en particulier, a fait connaître son opposition clairement. « Je ne sais pas quelle serait la réaction de la rue arabe, des populations arabes tout au long de la Méditerranée si on voyait les forces de l’Otan débarquer sur un territoire du sud méditerranéen« , a déclaré le nouveau ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé, « je pense que cela pourrait être extrêmement contre-productif« .

La Turquie, autre membre de l’Otan, ne veut pas non plus en entendre parler. « Est-ce que l’Otan doit intervenir en Libye? Ce serait absurde. L’Otan n’a rien à faire là-bas. L’Otan ne peut uniquement intervenir militairement lorsqu’un pays allié est attaqué« , a prévenu lundi le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, cité par l’agence Anatolie.

Moscou, qui coopère avec l’alliance atlantique, veille aussi au grain. « Les événements récents donnent un prétexte à l’Otan pour essayer de s’implanter dans cette région, sous couvert de vouloir pacifier la situation en Afrique du Nord« , a accusé le représentant permanent de la Russie auprès de l’alliance atlantique, Dmitri Rogozine.

Sur le plan pratique, l’alliance de 28 pays aurait les moyens de réaliser une zone d’exclusion aérienne, malgré sa complexité et la lourdeur des moyens à mettre en oeuvre. Cela nécessiterait le déploiement d’avions de surveillance de type Awacs, dont une flotte de l’Otan est basée en Allemagne et que possèdent aussi à titre individuel les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France, mais aussi des avions chasse pour repérer les vols suspects et réaliser les interceptions, des ravitailleurs, radars etc.

L’Otan devrait dans un tel cas de figure s’appuyer sur les bases américaines en Italie comme plaque tournante. Elle l’a déjà fait dans les Balkans, en Bosnie-Herzégovine à partir de 1992. Mais elle agissait avec un mandat de l’ONU et ne pourrait le faire en Libye que dans ce cadre. Ce qui s’annonce très compliqué à obtenir compte tenu des divisions au sein de son Conseil de sécurité.

Lors d’une réunion cette semaine avec la chef de la diplomatie européenne, le secrétaire général de l’Alliance, Anders Fogh Rasmussen, a averti en outre qu’une telle zone en Libye serait « compliquée par les actions humanitaires » en cours en Libye, selon un diplomate européen.

Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, face à la dégradation de la situation en Libye, pourraient bien sûr en théorie décider d’aller seuls de l’avant en contournant l’ONU et l’Otan, comme en Irak en 1991 après la première guerre du Golfe.

Mais avec le risque de créer une crise diplomatique internationale et de raviver les divisions transatlantiques à un niveau jamais connu depuis l’invasion de l’Irak en 2003.

Yacine Le Forstier (AFP)

Voir aussi : Rubrique Lybie, rubrique On Line L’alibi de la Lybie,