Les 20 ans de la réunification Allemande. Entretien avec Walter Momper maire de Berlin ouest en 1989

momper

Walter Momper était maire de Berlin (ouest) au moment de la chute du mur. Membre du Parti social-démocrate (SPD), il est actuellement président de la Chambre des députés (Abgeordnetenhaus) de Berlin, il a également occupé à partir de 1989 le poste de « bourgmestre régnant » de Berlin-Ouest au moment de l’ouverture du mur puis pendant le processus de la réunification de la ville, ce qui fait également de lui le premier maire de la capitale allemande réunifiée, fonction qu’il occupera jusqu’en 1991. C’est lui qui a eu à gérer les immenses mouvements de foules nés de ce grand événement historique et la photo de l’« homme à l’écharpe rouge » aux côtés du chancelier Helmut Kohl et du chef du gouvernement de la RDA Hans Modrow, à la porte de Brandebourg, a fait le tour du monde. Entretien à l’issue d’une conférence organisée par la Maison de Heidelberg à Montpellier.

La réunification est souvent assimilée à l’image de la chute du mur. L’événement ne prend-t-il pas le pas sur sa gestion politique ?

Certainement, cela marque l’importance de la dimension symbolique en politique, mais la chute du mur comporte aussi une dimension politique très importante. N’est ce pas une absurdité de l’histoire que d’emmurer une population?

Etiez-vous en relation avec l’opposition en RDA dans les mois qui ont précédé le 9 novembre ?

Pas personnellement, mais j’étais en relation avec des membres de mon parti qui avaient ouvert le dialogue avec les représentants porteurs des conceptions sociales démocrates en RDA. L’objet des discussions portaient sur le programme des réformes. Nos collègues de l’Est manquaient un peu d’expérience. Ils n’avaient pas de vision globale en matière d’économie.

Y avait-il à l’Ouest une vision qui fasse consensus sur la réunification au sein de la classe politique allemande ?

Le débat concernait l’évolution des réformes mais l’option de la réunification n’était pas sérieusement envisagée chez les politiques. En ce sens on peut dire que le peuple a véritablement pris le pouvoir. En RFA, l’opinion publique était partagée avec un clivage assez net entre les jeunes qui avaient du mal à chambouler leur vision des deux Allemagnes et les anciens qui avaient connu le pays avant la construction du mur. Finalement la pression du réel est venue de l’Est. Je connais la théorie qui avance que la réunification a été poussée par la volonté de grands groupes industriels. Cela ne s’est pas passé ainsi ; Kohl était très prudent. Le Chancelier a avancé à pas de velours. Et l’industrie, qui se battait pour conquérir des marchés bien plus vastes, était assez peu intéressée par celui de la RDA qui comptait 17 millions d’habitants.

Quel regard portez-vous sur la gestion politique de Kohl ?

Le chancelier avait les donnés économiques du coût de la réunification. Mais c’était un vieux renard. Il s’est gardé de dire que l’unité devait se payer. Il a annoncé qu’il n’augmenterait pas les impôts. C’est ainsi qu’il a pu gagner les élections.

Vingt ans après la réunification, il reste toujours des pierres d’achoppement à surmonter. Où voyez-vous les principaux défis ?

Il faut poursuivre les efforts pour faire de l’Etat Est une économie performante. Le taux de chômage y est toujours supérieur de 10 à 15% par rapport à l’Ouest. Il faut investir et restructurer le tissu des PME. L’autre défi concerne la dimension mentale. Depuis la réunification, la réalité de l’Etat providence n’existe plus. C’est important de partager la même base pour faire évoluer la société démocratique.

A vos yeux, quelles sont les valeurs apportées par la population de RDA ?

Ils nous ont apporté un peu de leur histoire en montrant comment résister à une dictature absolue. Comment on peut rester honnête. Cela à travers une révolution pacifique qui est parvenue à transcender le système et qui fait désormais partie de l’histoire Allemande.

Vous présidez le Parlement de Berlin à la tête d’une coalition avec Die Linke. Le parti de la gauche allemande a-t-il plus de points communs avec le SPD qu’avec le FDP ?

Oui, nos affinités sont plus fortes avec la gauche qu’avec les libéraux. Le SPD s’oriente vers une coalition Verts et rouge.

La France prône une gouvernance renforcée face à la crise de l’Euro. Partagez-vous ce point de vue ?

Il nous manque une politique coordonnée du groupe Allemagne – France – Italie. Je souhaiterais que les Britanniques nous rejoignent mais c’est plus difficile.

Recueilli par Jean-Marie Dinh

SPD parti des sociaux démocrates allemands

Commentaire

Le SPD un pas à gauche

Les relations franco- allemandes seront à l’affiche demain. On attend Angela Merkel et Nicolas Sarkozy posant main dans la main tout sourire à l’occasion d’un sommet bilatéral qui tente de colmater les brèches face à la crise de l’Euro. Sur le fond deux visions s’opposent, entre la France qui défend l’instauration d’un gouvernement économique dans une UE plus interventionniste, et l’Allemagne pour qui la BCE doit être uniquement un régulateur économique et monétaire.

Sur sur le terrain de  la politique intérieure, les effets sociaux de la crises sont déjà considérables. Ils pourraient dans un avenir proche, devenir insurmontable pour les tenants du libéralisme au pouvoir dans les deux pays.

En France, l’UMP ne tient plus le centre. En Allemagne avec 23% des voix le parti des sociaux démocrates a perdu un tiers de ses élus lors des élections fédérales de 2009 au profit du parti antilibéral Die Linke.

La participation du SDP à la grande coalition menée par Angela Merkel (CDU) , a permis au parti de gauche allemand de s’établir avec 11,9% lors des élections fédérales. Il est passé à 22% dans certains lands de l’ex Allemagne de l’Est.

Fondé en 1875, le SPD est le plus ancien parti socialiste d’Europe. Il  se retrouve aujourd’hui devant une de ses contradictions historiques entre son programme de gauche est une politique beaucoup moins radicale. Une alliance SPD Verts Rouge parait viable. La dégradation des indicateurs sociaux aidant, il semble que les sociaux démocrate allemands s’orientent dans cette direction. La question pourrait se poser à peut près dans les mêmes termes au centre de l’échiquier politique français à l’horizon 2012.

JMDH

Voir aussi : Rubrique Allemagne Histoire entretien avec Markus Meckel Politique Election législative en Allemagne  Rubrique UE Les Européens protestent contre les mesures d’austérités, Merkel Sarkozy arroseurs arrosés, Sous pression l’UE répond aux marchés,

« Les journalistes font face à l’accélération du temps »

 

Web journalisme, photo Lionel Charrier (Myop)

Qui l’aurait dit il y a dix ans : pour un journaliste, passer au Web est majoritairement perçu comme une opportunité aujourd’hui. Mais la formation pèche. C’est l’un des résultats de l’enquête sur les pratiques et les représentations professionnelles réalisée par l’Observatoire du webjournalisme (1). Une quinzaine de rédactions nationales ou régionales, papier et audiovisuelles, soit 90 journalistes ont répondu. Les questionnaires n’ont pas encore été totalement exploités, mais quelques tendances ont été dévoilées lors des premiers Entretiens du webjournalisme à Metz, organisés lundi et mardi par le Centre de recherche sur les médiations de l’université Paul-Verlaine et par l’Observatoire du récit médiatique de Louvain. «L’objectif est de confronter des universitaires et des professionnels et de faire que l’Obsweb soit un lieu de réflexion des journalistes sur leurs propres pratiques», a expliqué en préambule Arnaud Mercier, l’initiateur du projet.

Stratégies.Dans l’amphi, cette observation de soi-même a son pendant logique. Des caméras et des boîtiers se baladent, les ordinateurs portables sont déployés et les tweets de mise (#obsweb). Il y a là la deuxième promotion de la licence professionnelle journalisme et médias numériques (16 élèves), qui captent les débats et vont alimenter leur webzine école Webullition. Il y a aussi Denis Robert, le parrain de la première promo qui a décidé de faire un docu sur la suivante, parrainée, elle, par John-Paul Lepers. Les cours vont du «Rich Media» à la «datalyse», en passant par l’économie des médias. Côté recherche, les premiers Entretiens s’annoncent comme le prélude à la construction d’un réseau européen et la réalisation d’enquêtes dès 2011 avec Louvain, Genève et Laval sur les stratégies locales et les métiers de l’information numérique.

Desk. Autre enseignement de l’enquête d’Obsweb : «Les directeurs et rédacteurs en chef mettent en avant la nécessité d’être visibles sur les réseaux sociaux», rapporte la chercheuse Brigitte Sebbah, qui précise que les journalistes de base sont plus nuancés. «La majorité ne voit pas l’intérêt de tenir un blog ou d’être sur les réseaux sociaux, considérant leur plus-value utopique.» Cette nécessité de la visibilité et de la différenciation apparaît comme un moteur du personal branding. Pour Steven Jambot, qui collabore notamment au desk de France24.com, «la profession se trouve en plein bouleversement et les jeunes journalistes doivent se faire remarquer. Mais être sur les réseaux ne suffit pas, il faut être un bon journaliste.» L’ utilisation de Facebook ou de Twitter constituent pour certains un laboratoire d’apprentissage pour se protéger et jouer des commentaires.

Journaliste et community manager à France 3-Lorraine, Jean-Christophe Dupuis-Rémond a repris en main le site depuis septembre et demandé aux internautes ce qu’ils en attendaient. La page Facebook a été vivifiée, et a doublé son nombre de fans, dont une surreprésentation des jeunes (70% entre 18 et 44 ans) par rapport au petit écran. Samuel Goldschmidt, journaliste-reporter à RTL, ne se déplace jamais sans Twitter… Il évoque le plaisir d’être le premier à informer. Main sur l’iPhone, prêt à appuyer sur «envoi», il avait préparé le message avant même que le procureur dans l’affaire du petit Grégory n’annonce la réouverture de l’enquête.

(1) http://obsweb.net

Interview Arnaud Mercier

L ‘universitaire, analyse les difficiles conversions des rédactions aux nouveaux modes d’information.Arnaud Mercier, directeur de la licence professionnelle journalisme et médias numériques à l’université Paul-Verlaine à Metz, lancée à la rentrée 2009, explique la montée du webjournalisme.

Pourquoi une formation et un observatoire spécifique au webjournalisme, Obsweb ?

Nous participons tous à un vrai moment internet. Aujourd’hui, quelque chose se joue dans les pratiques, qu’il est nécessaire de restituer dans la recherche. Il faut permettre aux journalistes de descendre de leur vélo pour se regarder pédaler. Personne n’a la recette et n’expérimente le même modèle. Moi aussi, j’ai tâtonné dans l’élaboration de cette formation. Mais je suis parti d’un constat de base. Si un webjournaliste est un journaliste comme un autre, il y a une culture web, une dimension plurimédias, des compétences qui justifient une différenciation.

Qu’on le veuille ou non, un journaliste web dans un média «NEL» [«né en ligne » pour remplacer l’expression « pure player », certains ayant désormais des déclinaisons papier, ndlr], doit acquérir d’autres formes de compétences par rapport à un journaliste traditionnel. Nous dispensons ainsi un cours de datalyse et il faut pour cela bouffer de la ligne de code et savoir se servir d’outils web pour enrichir le contenu. Cela s’apprend et s’acquiert comme un réflexe. Il y a des résistances. Dans le cadre d’Obsweb, un doctorant va ainsi travailler sur les changements dans les rédactions et les résistances à ces changements. Par ailleurs, beaucoup de journalistes, qui se plaignent de ne pas être assez accompagnés dans le passage au Web, sont très critiques vis-à-vis de leur hiérarchie dans la construction de leur stratégie en ligne.

Certains des intervenants aux Entretiens ont avancé que les journalistes étaient réticents au changement, technophobes et nuls en sécurisation de leurs données. Qu’en pensez-vous ?

C’est un retard qui peut être lié à une appréhension du changement. Toute la sociologie de l’innovation montre que les passages s’accompagnent de freins culturels et mentaux. L’autre obstacle évoqué est l’absence de modèle économique pertinent des expériences en ligne. Dans le cadre de notre enquête réalisée dans une quinzaine de rédactions, la hiérarchie de l’une d’elles nous a expliqué ceci : nous avons changé tout le système informatique pour un process multimédia, comme ça nous sommes prêts quand le modèle économique sera là. Mais c’est attendre l’arme au pied ! Est-ce qu’on se lance dans l’eau froide ou on attend qu’elle devienne tiède au risque que la baignoire ait disparu ?

Pourquoi dites-vous «pas de professionnalisation sans déprofessionnalisation»?

Les nouvelles compétences peuvent contribuer à effacer le sentiment de professionnalisation ancré sur leurs anciennes compétences. C’est un défi pour les médias qui doivent continuer à attirer leur public en capitalisant sur la marque, tout s’en adaptant à l’immédiateté et en intégrant les aspirations participatives.

Les journalistes doivent faire face à l’accélération du temps, suivre le rythme des innovations, apprendre à gérer la relation directe avec les internautes, devenir homme-orchestre et être réactif à l’écoute des aspirations du public… Pour la presse quotidienne régionale qui souffre d’un problème de vieillissement de leur lectorat, le Web est le moyen de retrouver un rajeunissement d’une audience. Ce moment-là nécessite un esprit pionnier. Il faut se lancer.

Il n’y a pas de modèle et vous dites qu’il faut foncer…

Le bout du chemin est sûr mais la trajectoire pour l’atteindre ne l’est pas. Tout le monde sait que l’essentiel des pratiques d’information demain se fera par Internet et les supports mobiles. Ne serait-ce que parce que les jeunes générations élevées dans les nouvelles technologies vont vieillir. Je ne crois pas du tout que tout d’un coup, à 40 ans, elles se mettront au papier. La consommation en ligne n’est pas comme les joints qu’on fume à 17 ans et qu’on stoppe en disant j’arrête les bêtises. Ce n’est pas une phase de transition liée à un moment de rébellion. Obsweb accueille aussi un doctorant qui va plancher sur les pratiques d’informations des 15-25 ans. Si on arrive à comprendre leurs usages, on pourra alors trouver les chemins y pour arriver.

Que vous inspire l’événement WikiLeaks ?

Sans le Web, il n’y aurait pas de WikiLeaks. Je suis estomaqué de la réaction frileuse de vieilles bigotes des journalistes traditionnels par rapport à l’idée qu’ils ont des sources confidentielles. Et pourtant, c’est ce qu’ils cherchent à faire au quotidien. C’est peut-être un blocage mental et culturel lié à la modernité de WikiLeaks. Owni a développé un outil qui amène à une valorisation des Warlogs, des données tellement vastes qu’elles ne peuvent pas être exploitées par un journaliste seul. Ce qui est peut-être dur à entendre aussi, c’est que la parole publique n’est plus seulement aux journalistes patentés.

Frederique Roussel ( Libération)

 

Wikileaks : l’Empire contre-attaque

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« Je n’est jamais vu un tel acharnement »

Cédric Manara est professeur de droit à l’Edhec et membre du comité scientifique de Juriscom.net. Depuis 1995, il travaille sur les questions liées à Internet.

La démarche d’Eric Besson, qui a demandé l’arrêt de l’hébergement de WikiLeaks en France, est-elle légitime ?

La communication du ministre, c’est surtout une façon d’attendrir la viande. Il sait très bien que seule une décision de justice peut aboutir à ce résultat. Mais le juge ne peut statuer qu’en fonction d’un texte de loi, et il n’en existe pas qui protège les télégrammes diplomatiques américains. Et quand il n’y a pas de texte, la seule solution, c’est de faire appel au trouble à l’ordre public, qui permet d’interdire un acte contraire aux valeurs portées par la nation. Eric Besson veut donc convaincre l’éventuel futur juge en charge de l’affaire que WikiLeaks entre précisément dans ce cadre. Et il y a des chances pour que ça passe.

C’était aussi une manière de faire pression sur l’hébergeur OVH, qui aurait pu céder et fermer son serveur avant même l’intervention d’un juge…

Oui, ce qui aurait sans doute beaucoup nui à son image. La réaction d’OVH a été très intelligente. Ils savent que selon la loi, ils doivent retirer tout contenu «manifestement illicite» dès qu’ils ont connaissance de son existence. Ils ont appris la présence de WikiLeaks chez eux, mais ils ne pouvaient pas décider du caractère «manifestement illicite», et ils ont donc saisi la justice, qui a finalement refusé de se prononcer, car il faut un débat contradictoire.

Le service de paiement Paypal, qui a clôturé brutalement le compte de WikiLeaks, Amazon, qui a refusé de continuer à les héberger, et EveryDNS qui s’occupait du nom de domaine Wikileaks.org, ont eu moins d’états d’âme…

Ils dépendent du droit américain, qui est très libéral sur le sujet. Dans tous les contrats de ce genre d’entreprises, dans la partie CGU (conditions générales d’utilisation), il y a toujours une clause qui explique, en gros, «on arrête quand on veut, et vous êtes d’accord». Et c’est un des problèmes : Internet, aujourd’hui, est devenu très dépendant de ce droit-là, qui ne garantit pas les droits élémentaires des internautes. Dans le cas présent, il a sans doute suffi d’une pression insistante, directe ou indirecte, du gouvernement des Etats-Unis, et les prestataires se sont très vite exécutés.

Que pensez-vous de l’emballement des derniers jours dans les mesures contre WikiLeaks ?

Ça fait quinze ans que je travaille sur le sujet d’Internet, et je n’ai jamais vu un tel acharnement ! Que ce soit pour des affaires de contrefaçon, pour des ventes aux enchères d’objets nazis, pour le cybersquatting ou pour des sites illégaux de jeux d’argent, les affaires prenaient du temps. On passait soit par l’hébergeur, soit par le fournisseur d’accès, et la justice finissait par se prononcer. Mais pour Assange et WikiLeaks, c’est invraisemblable : on a utilisé en quelques jours tous les leviers possibles. Il ne manque plus que le filtrage, et qu’on interdise l’accès de WikiLeaks aux internautes, et on pourra comparer le tout au modèle chinois. Je trouve cette accélération très inquiétante.

Jusqu’à quel point ?

Jusqu’ici, les problématiques liées à Internet, c’était de la pacotille. Elles répondaient presque exclusivement à une logique économique, comme dans le cas de la contrefaçon. Aujourd’hui, on a l’impression que les Etats viennent de se rendre compte qu’ils ne contrôlent pas vraiment Internet et qu’ils exercent leur pouvoir grâce à des dispositifs techniques qu’ils ne maîtrisent pas totalement. A l’époque des pneumatiques, c’était gérable. Plus maintenant. Quelques jours après le 11 Septembre, les Etats-Unis publiaient un texte d’exception, le Patriot Act, qui mettait en place des mesures liberticides pour, soi-disant, lutter contre le terrorisme. J’ai peur qu’on ait à faire face rapidement à un Patriot Act version Internet pour reprendre la main sur ce qui circule sur le réseau. Et s’affranchir des délais et des contraintes de la justice. Il va sans dire que tous ceux qui réclament plus de contrôle depuis des années, comme les ayants droit, profiteront de cette nouvelle donne.

Les répercussions risquent donc de dépasser le cadre de l’affaire WikiLeaks…

Oui, et finalement on peut penser ce qu’on veut des révélations et du fonctionnement de WikiLeaks. On peut même ne pas avoir d’avis. Mais je crois qu’il faut être plus vigilant que jamais. Ce qui est en train de se passer peut mettre en péril l’Internet que nous connaissons. Et ça peut aller très vite.

Recueilli par Erwan Cario (Libération)

 

Voir aussi : Rubrique Médias , rubrique Rencontre Ignaciao Ramonet l’info ne circule plus à sens unique,


Main basse sur l’information

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Un communiqué du SNJ-CGT

Le pluralisme, ou ce qu’il en reste, maintenu bon gré mal gré dans notre pays notamment par un système de distribution mutualisé des titres de presse écrite est-il en train de connaître ses ultimes moments sous les coups de boutoir des grands groupes de presse et de leurs obligés au sein du parti majoritaire ?


Le Premier ministre avait missionné un inspecteur général des finances, Bruno Mettling, pour se pencher sur l’avenir de Presstalis, le nouveau nom des Nouvelles messageries de la presse parisienne (NMPP). Est-ce un hasard ? Le rapporteur a dessiné l’avenir de l’entreprise à partir du seul critère de sa situation financière, en décrétant l’état d’urgence, annonçant même le dépôt de bilan si sa réforme n’était pas mise en œuvre rapidement.


En premier lieu, le rapport préconisait l’abandon du statut de coopérative pour celui de société anonyme, permettant ainsi la sortie du groupe Lagardère de son capital et de son rôle d’opérateur.


Le rapport propose, société anonyme oblige, une augmentation des coûts de traitement et d’acheminement des quotidiens (2,5 %) et des magazines (1 %) pour « restaurer l’exploitation ».


Le rapport Mettling prévoit ainsi de fermer la filiale SPPS de Presstalis (ex-NMPP). SPPS, le plus gros dépôt de France, distribue la presse quotidienne nationale (PQN) à Paris et dans une dizaine de villes des alentours de la capitale, représentant un quart de sa diffusion totale.


Les salariés de ce secteur avec leur syndicat CGT  (SGLCE), confrontés à la plus dangereuse réforme du système de distribution héritée de la loi Bichet, ont dénoncé la grave menace non seulement sur le réseau, mais aussi sur l’emploi puisque 225 emplois sur 269 doivent disparaître. Le SGLCE a fait des propositions pour réduire le déficit à SPPS estimé, selon Presstalis, à 26 millions d’euros en 2011.


L’Etat, garant du pluralisme? Bien au contraire, selon le dogme libéral, il crée les conditions pour la fermeture des titres qui ne pourront pas supporter le nouveau système libéral des messageries. D ‘ailleurs, le médiateur désigné pour sortir de la crise, Roch Olivier Maistre, fait pression pour la fermeture de SPPS contre la remise de fonds pour sauver l’entreprise de distribution.


Le groupe Lagardère, encore actionnaire à hauteur de 49% de Presstalis, va-t-il saborder la distribution en France en s’en retirant? Pour mettre ses titres avaleurs de publicités en situation de monopoles dans les kiosques après avoir réduit le nombre de ses prétendus concurrents? La recherche du profit maximum, pour être agréable à ses actionnaires, entrainera-t-elle le sabordage des titres de presse les plus fragiles ?


Pour le SNJ-CGT cette situation est extrêmement dangereuse car ce sont les titres d’opinion et notamment les plus faibles économiquement qui risquent d’être touchés par cette réforme.


Si l’on ajoute qu’un autre rapport, celui d’Aldo Cardoso (Pdg par intérim du cabinet Andersen et par ailleurs administrateur de GDF Suez, Accor, Rhodia, Orange, etc) , portant sur la réforme des aides à la presse va à l’autre bout de la chaîne faire pression là aussi sur les titres à faible revenu publicitaire.


Les tenailles du libéralisme, si rien n’est fait contre ces plans mortifères, risquent de se refermer sur le pluralisme de la presse.


En clair, tant le rapport Mettling que le rapport Cardoso vont constituer des points d’appui majeurs aux groupes multimédias internationaux – comme le souhaitait Nicolas Sarkozy lors des Etats Généraux de la Presse Ecrite – pour se renforcer et réduire encore plus le choix des lecteurs dans l’hexagone.


N’est-ce pas le  vieux rêve de Georges Pompidou qui se met en marche: le président de l’époque souhaitait en effet n’avoir qu’un quotidien le matin et un autre le soir…?


Un monde de la presse acquis aux concepts du marché, du tout libéral, du soutien au clan majoritaire pour 2012: voilà ce qui nous est promis par ces réformes qui touchent à toute la chaîne de la production : fermeture d’imprimeries, recapitalisation des titres comme Libération  et Le Monde, avec main mise des banques sur les médias, comme le Crédit Mutuel prenant le contrôle du plus grand groupe de presse régionale, EBRA, diffusant de la frontière belge à la frontière italienne plus d’1,2 million de quotidiens par jour, mise en cause de la distribution.


Après l’audiovisuel, Sarkozy et son entourage font main basse sur la presse écrite pour assurer sa réélection en 2012, mettre tout le système informationnel au service d’un clan et d’une politique, celle du capitalisme le plus sauvage, destructeur des acquis sociaux.


C’est donc tous ensemble que les salariés des médias de la presse doivent se mobiliser et informer les citoyens des dangers de la situation. Car, demain, si rien ne fait obstacle à ces mesures annoncées, Xavier Bertrand ne se contentera pas d’éructer quand on lui pose des questions « gênantes », mais il n’y aura plus de journaliste pour les lui poser, mais seulement des « passeurs » de micro.

Voir aussi : rubrique Médias rubrique On line SNJ-CGT,


«Videz votre compte en banque ! » : l’appel de Cantona monte en puissance

Les banquiers après le krac

34 000 personnes disent, sur Facebook, vouloir participer à ce retrait massif d’argent le 7 décembre. François Baroin juge le mouvement «grotesque et irresponsable»

Va-t-il faire sauter la banque ? Economistes et spécialistes du monde bancaire s’accordent pour dire que l’appel d’ aux Internautes à vider en masse leurs comptes courants relève de l’utopie. Pourtant, le mouvement continue de prendre de l’ampleur sur Internet. 19 000 le 27 novembre, 30 000 le 2 décembre, plus de 34 500 le 4 décembre. Le nombre de personnes qui ont proclamé leur «participation» sur Facebook au mouvement initié par l’ancienne star du ballon rond ne cesse d’enfler.

Sur la page du réseau social intitulée «Révolution! Le 7 décembre on va tous retirer notre argent des banques», l’appel de l’ancien de est relayé en ces termes : « Parce que visiblement aujourd’hui manifester ne sert plus à rien pour se faire entendre de nos élites dirigeantes et que le pouvoir est tenu par les banques, allons tous d’un seul homme retirer notre argent des banques et fermer nos comptes épargne et pension le 7 décembre 2010».

cantonaL’appel de Cantona, relayé sur la toile, peut-il vraiment inquiéter les géants bancaires ? Jeudi, certains sont sortis de leur réserve comme le directeur général de BNP Paribas, Baudoin prot, qui affirmait «mal fondé» sur le plan bancaire cet appel. Le président de la Fédération bancaire française (FBF), François Pérol, a pour sa part expliqué ne pas croire que l’appel «traduise un malaise» des Français, mais estime qu’il «ne rend service à personne».C’est le 6 octobre dernier, dans un entretien au quotidien Presse-Océan, qu’Eric le Rouge avait prôné une «révolution». Le principe : une déferlante de retraits massifs dans les banques. Le résultat : faire en sorte que «le système s’écroule», expliquait Cantona. Jeudi, dans un entretien au journal Libération, l’ex footballeur était clair : «Le 7 décembre, je serai à la banque». «Le système tient par les banques, il doit être détruit par les banques. Et si 20 millions de personnes retirent leur argent, tout s’écroule. C’est une révolution sans armes, ni sang», rajoutait l’acteur, bien décidé à ne pas laisser passer ce casse du siècle.

Du côté des politiques, chacun tente un appel au calme. , Ministre de l’économie tentait mercredi un tâcle, rappelant que si Cantona était un «immense footballeur», il n’était pas…banquier. Ce samedi, François Baroin lui a même adressé un carton rouge : «C’est grotesque et irresponsable. Cantona en conseiller financier, ce n’est pas très sérieux (…) A chacun son métier, et les vaches seront bien gardées!», a brocardé le ministre du Budget dans une interview à France-Soir.

Reste que 99% des Français possèdent un compte en banque et que Cantona profite d’une cote de popularité inébranlable. Si les «participants» Facebook se donnent réellement rendez-vous, cela risque de causer des désagréments dans les agences bancaires… mais pas de quoi renverser un système fort de ses 40 000 agences et 53 000 distributeurs de billets.

Le Parisien

Un appel « Mal fondé » et « insécuritaire » pour Directeur général de BNP Paribas…

Le directeur général de BNP Paribas, Baudoin Prot, a jugé jeudi l’appel de l’ex-footballeur à retirer son argent des banques « mal fondé » et « insécuritaire ». M. Prot a indiqué respecter le « grand sportif et son souci de s’intéresser aux questions de pauvreté », mais a affirmé que « sur le plan bancaire », cet appel était « typiquement mal fondé ». « La recommandation de retirer les dépôts est totalement insécuritaire » tout en étant « complètement contraire à ce qui peut assurer le fonctionnement de l’économie », a-t-il ajouté.

Le directeur général de BNP Paribas s’exprimait lors du lancement du « Concept Store » à Paris, un nouveau format d’agence lancé par la banque. M. Prot a souligné que les 400.000 salariés du secteur en France « méritent davantage de reconnaissance que cet appel », rappelant que « les banques françaises sont au service de toutes les clientèles ». En outre, a-t-il dit, « les banques françaises n’ont aucunement contribué aux origines de la crise » et les aides de l’Etat de l’époque n’ont rien « coûté aux contribuables ».

Dans une vidéo sur internet, l’ancien joueur vedette de affirme que « s’il y a 20 millions de gens qui retirent leur argent, le système s’écroule », jugeant que « la révolution se fait par les banques ». Cet appel a donné des idées à des internautes qui ont créé une page sur Facebook sur laquelle plus de 27.000 personnes affirment vouloir participer à l’événement spécialement créé: « Révolution! Le 7 décembre, on va tous retirer notre argent des banques ».
M. Prot a affirmé qu’il n’avait mis en place aucune « campagne » ou « action particulière », pour cette échéance.

S’exprimant sur cette affaire sur RMC, le ministre du Budget et porte-parole du gouvernement François Baroin a jugé de son côté que « ce serait comique si ce n’était tragique », jugeant cet appel « pas sérieux ». « C’est un très bel avant-centre. Il n’a pas fait la Coupe du monde (1998, ndlr). Il n’a pas été sélectionné par Aimé Jacquet (sélectionneur de l’ à l’époque, ndlr). Il y a sûrement des raisons à cela », a dit M. Baroin.

AFP

A gauche les politiques prennent leur distance

Mélenchon sur France Info. Selon lui, ce n’est pas « la bonne stratégie ».Jean-Luc Mélenchon (Parti de gauche) et Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière) se sont démarqués vendredi de l’appel de Cantona à retirer massivement l’argent des banques le 7 décembre, estimant que provoquer la faillite du système bancaire n’était pas la bonne solution. « Je ne sais pas si on gagnerait quelque chose à une faillite générale et instantanée du système. Je me représente la chose autrement, avec des élections, avec des programmes », a déclaré M. « En même temps, je ne perds pas de vue que Cantona se moque de tout le monde, et il a bien raison », a toutefois ajouté le leader du Parti de gauche. « Il montre que ce système est un tigre de papier » qui « ne marche que par la peur que nous avons de lui et la soumission des gouvernements aux banquiers ».

Pour Nathalie Arthaud (LO), la solution pour empêcher les banquiers de « nuire » serait plutôt de les « mettre sous contrôle » en les expropriant. « Le problème c’est que les banques, on en a besoin, elles sont utiles », a-t-elle fait valoir sur LCI. « Mais par contre les banquiers qui transforment les salles de banque en casino, eux on doit le leur interdire. Et c’est pour ça que nous, nous sommes pour l’expropriation des banques, pour qu’elles soient fusionnées en une seule » afin de les mettre « véritablement au service de la population et de l’économie », a expliqué la porte-parole du parti trotskiste.

Mercredi, avait jugé « séduisant » l’appel d’mais pour le porte-parole du NPA, « s’attaquer aux banques n’est qu’une partie du problème » et « la réalité, c’est que beaucoup de ceux qui rêveraient de le faire n’ont plus forcément de l’argent sur leur compte en banque ».

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy parleront euro le 10 décembre

La France et l’Allemagne évoqueront la crise de l’euro lors d’un sommet bilatéral prévu le 10 décembre, une semaine avant un Conseil européen régulier, a déclaré vendredi un porte-parole du gouvernement allemand.

sarko-merkelIl n’y a en revanche aucun projet de sommet de l’Union européenne spécialement consacré à la crise de l’euro ce week-end, a ajouté Steffen Seibert. Une source gouvernementale française confirme à Paris que la chancelière Angela Merkel et le président Nicolas Sarkozy parleront « évidemment » à Fribourg des questions financières et de la situation de la zone euro. « Mais il n’y a pas de choses très spécifiques à ce stade » ajoute cette source, selon laquelle « la situation est en train de s’améliorer ».

L’Union européenne s’est accordée dimanche dernier sur un train de mesures pour enrayer la crise de la dette irlandaise et éviter sa contagion au reste de la zone euro, près de sept mois après avoir dû intervenir pour sauver la Grèce de la faillite. Les Vingt-Sept sont aussi convenus de pérenniser, après 2013, le mécanisme de gestion de crise mis en place à la suite de la crise de la dette grecque.

Ces décisions n’ont pas paru suffire, au début de la semaine, à rassurer les marchés. Les places européennes ont cependant clôturé jeudi en forte hausse, après des déclarations rassurantes du président de la Banque centrale européenne (BCE). Jean-Claude Trichet, que le président Nicolas Sarkozy devait recevoir vendredi en fin d’après-midi à l’Elysée avant de partir pour l’Inde, a réaffirmé vendredi matin qu’il n’y avait « pas de crise de l’euro en tant que monnaie ».

Steffen Seibert a pour sa part déclaré qu’il n’y avait ni projet « ni envie » de mettre en place une politique budgétaire commune dans la zone euro. Il a cependant souligné que des réformes étaient en préparation en vue d’une coopération plus étroite entre pays membres en matière de politique économique.

Interrogé sur le Portugal, considéré comme étant potentiellement le prochain pays à devoir solliciter une aide internationale, il a déclaré qu’il revenait à Lisbonne d’en décider le cas échéant.

Reuter

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