Radio France. Le Domaine d’O quartier jazz du festival

Radio France. Le programmateur Pascal Rozat évoque les orientations de la programmation et l’accueil attentif d’un large public.

rozatLe volet jazz du festival de Radio France propose une riche sélection qui fait le bonheur des festivaliers tous les soirs à l’Amphithéâtre du Domaine D’O. A un peu plus de la mi-parcours Pascal Rozat, qui a pris la programmation en charge cette année, tire les premiers enseignements : « La singularité du festival , c’est ce lieu vraiment magique du Domaine d’O où les gens viennent souvent pique-niquer avant les concerts et la gratuité qui permet à un public très large de se laisser aller à la découverte, sans prendre de risque

Si l’on se fie à la fréquentation, déjà plus de 12 000 personnes depuis le début du festival, le public répond positivement à la proposition. Le jeune journaliste à Jazz Magazine connaît son affaire même si le défit d’élargir le Jazz à l’espace public ne coule pas de source.

« J’ai constitué la programmation sur la base de la qualité. Cela dit, il existe aujourd’hui beaucoup de bons musiciens et de bonnes musiques. Et on a, pour le moins, l’embarras du choix. J’ai privilégié les groupes disposant d’un bon contact avec le public. Ce qui n’a rien à voir avec le genre musical car ce rapport peut s’établir de différente manière comme on a pu le voir avec le show de la formation suisse d’Andreas Schaerer ou encore avec David Enhco Quartet dans une atmosphère beaucoup plus intime, presque pudique.» La programmation met clairement  en valeur la scène française tout en ouvrant le champ à la scène montpelliéraine avec des groupes comme,  Modern Times Quintet ou encore le Grand Ensemble Koa.

« La programmation est effectivement française avec des projets ouverts sur les autres cultures, indique Pascal Rozat comme le Gypsy Eyes, trio de Louis Winsberg qui marie avec générosité le jazz et le flamenco manouche, le jazz Vaudou de Jacques Schwarz-Bart qui puise dans les racine de Haïti ou la musique aux multiples saveurs du saxophoniste guadeloupéen Georges Troupé, Sonny qui clôturera le festival vendredi 24 juillet

Le jazz hermétique a semble-t-il vécu et les propositions purement instrumentales peinent à élargir un public de niche. A l’image de cette édition, la tendance actuelle est de proposer au public une musique qui croise les influences et sorte du format chanson habituel.

« Il y a finalement pas mal de chanteurs ou plutôt de vocalistes dans la programmation jazz de cette année,  4 sur 10 concerts: Andreas Schaerer, Celia Kameni avec le big band, la Haïtienne Moonlight Benjamin avec Jacques Schwarz-Bart, et enfin Leila Martial qui sera sur scène demain. Mais pour la plupart, notamment Andreas et Leila, ce sont des musiciens qui utilisent leur voix comme un instrument, pour aller au-delà de la simple chanson.»

De quoi éveiller notre curiosité et aller profiter de ces belles découvertes.

JMDH

Source : La Marseillaise 22/07/2015

Voir aussi : Rubrique Festival, rubrique Musique,

Trois jours de Tohu Bohu

Matthew-Dear

Matthew Dear mercredi à Montpellier

Versan électro du festival de Radio France c’est ouvert hier. Il se tiendra jusqu’à mercredi sur un nouveau site symbolique, celui du parvis de la mairie, baptisé comme l’on sait, place Georges Frêche. La programmation bien dosée, assurée par Pascal Maurin rassemble depuis une quinzaine d’année le public le plus jeune du festival et sans doute le plus incompris. Il suffit de dénombrer les annulations et difficultés rencontrées par les organisateurs de ce genre musical en France pour s’en convaincre.

Montpellier n’a pas dérogé à la règle après avoir frôlé l’annulation Tohu Bohu a été déplacé au Rockstore l’année dernière et retrouve l’air libre cette année, grâce à une mobilisation soutenue. Mais toujours pas les étoiles puisque que les sets sont programmés entre 19h et 22h.

On aurait tord de s’en priver pour autant. Ce soir DJ Molly se colle aux platines suivi de David Auguste jeune surdoué de la House natif de Hambourg. Demain ce sera au tout du duo parisien Syracuse, qui caressent la pop psyché et flirtent avec la bossa et l’acid house. A signaler le retour d’une pointure texane en la personne de  Matthew Dear. Et c’est gratuit…

JMDH

Matthew Dear – « Her Fantasy »

Voir aussi : Rubrique Festival, rubrique Musique,

Concert Marcus Miller. La boite noire de la musique

IMG_0260

Photo. Jmdi

C’est un paradoxe, les moments de haute musique en live se font rares alors que les propositions  émanant des festivals explosent. Dimanche, le concert de Marcus Miller en clôture de l’édition 2015 de Jazz à Sète compte parmi ces instants inoubliables.

On le doit sans doute à une conjonction de phénomènes comme le lieu, l’antre magnifique du Théâtre de la mer que ce bassiste hors pair foulait pour la première fois, une formation sans égal soudée au titane, un public avide d’oxygène, et l’énergie prodigieuse, positive et spirituelle, d’un moment unique qui vient de loin.

L’héritage vient des work-songs des esclaves, pour devenir les negro spirituals, le gospel, le dixieland, le jazz original, le blues, le R’n’B, la soul, le jazz, le funk, le hip hop. Aujourd’hui Marcus Miller remonte à la source des rythmes qui font la richesse de ce patrimoine musical, partant de l’Afrique pour les suivre, comme à la trace, jusqu’aux États-Unis en passant par le Brésil et les Caraïbes.

Né en 1959, il est devenu l’ambassadeur naturel des racines de la musique noire. « Après avoir été sélectionnés dans des conditions inhumaines sur l’île de Gorée au Sénégal, les esclaves franchissaient la porte de non retour vers l’Afrique. On les entassaient dans les cales comme des bêtes. Ils n’avaient pas le droit de se parler. Alors ils chantaient. La musique était plus que de la musique, c’était le seul et dernier lien avec l’Afrique. Cette musique a transporté toute l’histoire » explique celui qui a accepté d’être porte parole du projet de l’UNESCO. « La route de l’esclave » source d’inspiration de son dernier album « Afrodeezia ».

A l’instar de Miles Davis qui lui avait donné sa chance à 25 ans, Marcus s’entoure de musiciens confirmés et de jeunes très prometteurs avec une forte volonté de transmission.

JMDH

Source : La Marseillaise 20/07/2015

Voir aussi : Rubrique Festival, rubrique Musique, rubrique Afrique,

Burundi : explosions à l’ouverture d’un scrutin présidentiel tendu

4692081_6_6d49_le-president-pierre-nkurunziza-brigue-un_4f3729a3048891e1bc18d354d3be7bbfLes bureaux de votes ont ouvert mardi 21 juillet au matin au Burundi, pour une présidentielle qui devrait offrir à Pierre Nkurunziza le troisième mandat qu’il s’est acharné à briguer au prix d’une grave crise politique, émaillée de violences. Cette nuit et ce matin, des explosions et des tirs ont été entendus à Bujumbura, la capitale.

Des journalistes de l’Agence France-Presse (AFP) ont entendu au moins trois fortes explosions et des tirs parfois nourris, sans pouvoir déterminer leur localisation. D’après un responsable de la police ayant requis l’anonymat, un policier a été tué dans la nuit par l’explosion d’une grenade dans le quartier de Mutakura (au nord de la capitale).

Selon des témoins, des inconnus ont par ailleurs ouvert le feu sur des policiers, qui ont répliqué dans le quartier de Ngagara, au nord du centre-ville, où au moins deux explosions ont été entendues. Des explosions et des tirs ont également retenti à Nyakabiga, au nord-est du centre-ville ainsi que des coups de feu à Kanyosha, dans le sud de la capitale, selon des habitants. Au moins un policier et un civil ont trouvé la mort dans ces violences, a déclaré un responsable gouvernemental qui en fait porter la responsabilité à l’opposition.

L’ONU appelle à la reprise du dialogue

Une grenade a explosé lundi en fin d’après-midi dans une artère commerçante au cœur de Bujumbura, sans faire de victime, mais rappelant le climat délétère dans lequel se déroule le scrutin, boycotté par l’opposition et que le président, Pierre Nkurunziza, qui brigue un troisième mandat, paraît assuré de remporter.

Mardi matin, le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU), Ban Ki-moon, a appelé les autorités burundaises à « tout faire pour assurer la sécurité et la tenue pacifique » de l’élection présidentielle. Dans un communiqué publié quelques heures avant l’ouverture du scrutin, il invite « toutes les parties à s’abstenir de commettre toute forme de violence qui pourrait compromettre la stabilité du Burundi et de la région ».

Prenant acte de la suspension sine die du dialogue interburundais, il note que cette suspension « intervient alors qu’aucun accord n’a été trouvé sur un ensemble de questions susceptibles de contribuer à la création d’un environnement propice à la tenue d’élections crédibles et pacifiques ».
M. Ban « réitère son appel à la reprise d’un dialogue franc entre toutes les parties ».

0 morts durant la contestation

Des tirs, d’origine inconnue, étaient régulièrement entendus la nuit durant le mouvement de contestation, née à la fin du mois d’avril après l’annonce de la candidature de M. Nkurunziza à un nouveau mandat, en violation, selon ses adversaires, de la Constitution et des accords de paix d’Arusha. Ce mouvement a été émaillé de violences qui ont fait au moins 80 morts.

Les autorités burundaises ont déjoué un coup d’Etat militaire à la mi-mai et finalement réussi à mettre fin, mi-juin, à un mois et demi de manifestations quasi quotidiennes à Bujumbura, en les réprimant brutalement.

Les autorités ont ensuite été confrontées à une série d’attaques à la grenade. Des combats opposent par ailleurs depuis dix jours l’armée à des rebelles dans le nord du pays.

Plus de 150 000 Burundais ont trouvé refuge dans les pays voisins et quelque 1 000 personnes continuent de fuir chaque jour le Burundi pour se réfugier en Tanzanie, a indiqué lundi l’organisation Médecins sans frontières (MSF).

L’histoire postcoloniale du Burundi est jalonnée de massacre entre Hutu et Tutsi et le petit pays d’Afrique des Grands Lacs se remettait progressivement depuis dix ans d’une guerre civile ayant fait 300 000 morts entre 1993 et 2006

Source : Le Monde.fr avec AFP

A Gaza, un an après la guerre, rien n’a changé, sinon «pour le pire»

790096-des-enfants-palestiniens-devant-leur-maison-detruite-a-shujaiya-le-11-mai-2015

«On allait mieux il y a un an: le monde entier se préoccupait de Gaza alors qu’aujourd’hui, tout le monde s’en fout!». Dans sa maison éventrée par les chars israéliens, Rabah ne décolère pas car rien n’a changé depuis la guerre de l’été dernier, ou alors «pour le pire».

Sur une chaise en plastique dans ce qui fut son salon et n’est plus désormais qu’une dalle de béton et des armatures de fer, ce Palestinien de 57 ans contemple son quartier, Chajaya, dans l’est de Gaza. Dans un rayon d’une centaine de mètres, tout n’est que tas de pierres dont émergent là un petit sac à dos rose, ici un dossier médical déchiré ou encore un escarpin doré qu’une femme porta un jour de fête.

Mohammed, 18 ans, remue toute la journée ces restes d’une vie passée pour «nourrir ses frères et soeurs» à Gaza où 39% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté.

Sous un soleil de plomb, il remplit sa carriole pour la vendre «10 shekels», soit un peu plus de deux euros, à un recycleur qui s’en servira pour contourner le blocus israélien qui empêche quasiment l’entrée des matériaux de construction.

Il y a un an éclatait la plus longue, la plus meurtrière et la plus destructrice des trois guerres qui ont ravagé Gaza ces six dernières années. En 50 jours, 2.251 Palestiniens étaient tués, dont plus de 500 enfants, et 73 personnes côté israélien, la quasi-totalité des soldats.

– ‘Pas d’avenir’ –

Après ça, «la guerre, c’est devenu normal pour nous», lance Yahya, 20 ans. «On sait qu’on n’a pas d’avenir» dans un territoire exiguë et surpeuplé où neuf années de blocus ont virtuellement tué les exportations et créé des bataillons de diplômés chômeurs.

Cette guerre, assure Robert Turner, en charge des opérations de l’agence de l’ONU chargée des réfugiés palestiniens (UNRWA) à Gaza, a surtout mis à terre le moral des Gazaouis, leur laissant le sentiment que «la vie de leurs enfants ne sera pas meilleure que la leur et qu’ils n’auront jamais la chance d’avoir une vie normale».

De ce fait, selon un récent sondage, un Gazaoui sur deux veut émigrer, un record qui a mené à des tragédies: de nombreux Gazaouis ont péri en Méditerranée. Quant aux départs par les points de passage terrestres, ils se font au compte-gouttes côté israélien, et sur les milliers de Gazaouis qui se pressent à Rafah chaque fois que l’Egypte accepte d’ouvrir sa frontière, seuls quelques dizaines passent.

A la fin août 2014, quand les armes se sont tues, le Hamas islamiste, au pouvoir à Gaza, a proclamé sa «victoire». Israël, au même moment, assurait avoir rempli ses objectifs: détruire les tunnels et faire cesser les tirs de roquettes.

Un an plus tard, les Gazaouis continuent d’arborer un rictus amer à l’évocation de la «victoire» qui aura eu pour prix la disparition de familles entières. Plusieurs roquettes ont été tirées. Et les groupes armés islamistes se sont récemment payé le luxe de faire visiter leurs tunnels à la presse internationale.

Pour le politologue Moukhaïmer Abou Saada, il est «difficile de parler de gains» pour les belligérants. La seule avancée, «c’est qu’ils sont désormais conscients qu’il n’y a pas de solution militaire et qu’il va falloir s’asseoir et discuter».

– ‘Explosion’ –

De fait, Israël et le Hamas ont récemment indiqué «échanger des idées» sur une trêve à long terme. Une annonce qui n’a pas été du goût de Ramallah, qui a provoqué une crise gouvernementale et de nouveaux démêlés entre les frères ennemis palestiniens.

En 2007, le Hamas et le Fatah du président Mahmoud Abbas, se lançaient dans une guerre fratricide pour le pouvoir à Gaza. Réconciliés il y a un an mais de nouveau brouillés, c’est toujours le Hamas qui préside aux destinées du territoire.

Aujourd’hui, alors que grandissent colère, frustration et insurrection jihadiste dans le Sinaï frontalier, pour Ahmed Youssef, cadre du Hamas, «tous les ingrédients sont réunis pour l’explosion: la reconstruction n’est pas entamée et la guerre a montré qu’elle n’était pas la solution». Cette situation bénéficie aux radicaux, encouragés par des appels venus de Gazaouis partis faire le jihad en Syrie qui s’en prennent désormais directement au Hamas.

Avant la guerre, sur les 1,8 million de Gazaouis, «deux tiers dépendaient de l’aide alimentaire et plus de 40% étaient chômeurs. Un an plus tard, rien n’a changé», affirme M. Turner. Pire, «les dégâts de la guerre ont créé des besoins supplémentaires».

Les écoles de l’ONU viennent d’être fermées aux déplacés et l’UNRWA a «de quoi reconstruire 200 maisons, alors qu’il y en a 7.000 à reconstruire».

Pour Essam Younès, militant des droits de l’Homme, «on se sert des Gazaouis comme de cobayes: on mélange humiliation et enfermement et on attend de voir le résultat».

Source AFP 05/07/2015