Allocations sociales : les Français n’y comprennent pas grand-chose

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Une nouvelle étude montre que peu de Français maîtrisent réellement les conditions d’attribution des allocations sociales, même pour les plus connues.

C’est un rapport dont les tenants du choc de simplification devraient s’inquiéter. La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) dresse un constat assez embarrassant dans son étude «Prestations sociales: les personnes éligibles sont-elles les mieux informées?». Il apparaît en effet que non seulement certaines allocations pourtant courantes, sont à peu près inconnues du grand public, mais que même les plus connues sont loin d’être bien comprises. Pire encore: une partie non négligeable des allocataires ne saisissent pas exactement l’objectif de l’allocation qu’ils perçoivent.

Notoriété trompeuse

L’étude commence pourtant «bien» si on s’attache à la transparence du système social français auprès du grand public. Des allocations comme le RSA, les allocations familiales, la CMU les aides au logement ont un taux de notoriété entre 90% et 99%. Par contre, ce taux chute pour des prestations comme l’Allocation personnalisée d’autonomie (la moitié des sondés n’en ont jamais entendu parler). Quant à l’Aide médicale d’Etat (AME) ou l’Aide au paiement d’une complémentaire santé (ACS), deux tiers des Français n’ont pas la moindre idée de quoi il s’agit.

Et l’affinage des résultats est plus embarrassant encore. Lorsque l’enquête demande aux sondés s’ils «savent assez précisément qui peut en bénéficier», les chiffres chutent, y compris pour les prestations les plus connues. Si les allocations familiales, dispositif assez simple, sont épargnées (71% des personnes interrogées connaissent bien le système), ce taux n’est plus que de 51% pour le RSA et de 34% pour la Prime pour l’emploi (remplacé depuis par la prime d’activité) alors qu’elle est pourtant incitative au retour à l’emploi.

Et de fortes disparités émergent selon les différents groupes sociaux. L’étude montre en effet que les jeunes et les personnes âgées de plus de 70 ans sont les moins bien informés, même si, dans toutes les catégories, les femmes ont un meilleur niveau de connaissance. Le niveau d’étude est aussi un facteur fort: l’obtention d’un diplôme va souvent de pair avec une bonne compréhension du système. Un paradoxe, puisque les plus intégrés étant par définition ceux ayant le moins de chances d’avoir besoin de la solidarité nationale, ils devraient être moins enclins à s’y intéresser. A l’autre bout de l’échelle, la catégorie la moins informée est ainsi celle des jeunes ouvriers.

Pire encore: l’ignorance des conditions précises d’attribution, et donc de l’objectif, d’une allocation sociale concerne y compris… les allocataires. Seuls 27% des bénéficiaires de l’Allocation, personnalisée d’autonomie (APA) affirment bien connaître les publics ciblés par cette prestation et 19% des titulaires du RSA déclarent «ne pas savoir du tout» ou «pas très bien» à qui s’adresse un dispositif qui les concernent eux, ainsi que de 2,5 millions de foyers français.

La complexité, encore

Comment expliquer un tel déficit de compréhension de l’arsenal allocataire, alors que les autorités ne cherchent pas spécialement à cacher les informations et qu’il existe de nombreux relais sur le terrain pour sensibiliser les publics concernés? «C’est bien sûr une question de complexité issue de la manière dont on gère l’empilement de prestations depuis des décennies. Au début de la IVe République, il n’y avait que deux dispositifs: les allocations familiales et l’allocation de salaire unique. On doit être facilement à une cinquantaine aujourd’hui si on considère tout ce qui existe. On préfère maintenant rajouter un dispositif, une rustine, pour répondre à un besoin identifié plutôt que de penser une réforme en profondeur. C’est finalement assez simple puisque pour créer une allocation, il suffit de faire voter une simple loi, voire même un décret» explique Jacques Bichot économiste et membre honoraire du Conseil économique, social et environnemental (CESE). Qui rappelle de plus que «les législateurs sont par nature assez pressés, et qu’ils sont conseillés par des personnes qui n’ont pas forcément intérêt, pour garantir leur position, à ce que la législation soit simple».

Et au niveau de la base, alors qu’une information simplifiée et accessible pourrait suffire à l’ayant-droit, le compte n’y est pas non plus A commencer par le premier vecteur d’informations pour le grand public: les sites web. «Quand vous allez sur ces sites, vous vous demandez s’ils sont conçus pour informer ou pour chanter la gloire du système, tant l’information précise est noyée sous une présentation ou le message passé est “tout est très bien”» se désole Jacques Bichot. Un petit tour sur le site du ministère des Affaires sociales suffit d’ailleurs pour s’en convaincre… Une méconnaissance générale qui pose un vrai problème d’accès du citoyen à l’information, et qui renforce un peu plus la camp des partisans du revenu universel.

Source Le Figaro 16/03/2016

Voir aussi : Actualité France, Rubrique Société, Logement, Santé, Travail, Pauvreté, rubrique Economie, rubrique Education, rubrique Politique, Comment Valls s’attaque aux prestations sociales,

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