Lors des élections municipales qui se sont déroulées à Chypre, le parti conservateur Rassemblement démocrate (DISY), qui représente l’opposition au Parlement, l’a emporté. La participation a été néanmoins nettement inférieure à celle des précédentes élections municipales. Les politiques et les partis doivent écouter le message de ceux qui ont tourné le dos aux urnes, écrit le quotidien conservateur Simerini : « L’abstention montre qu’il y a dans le système un problème généré par les partis eux-mêmes. Ceux-ci ne sont pas en mesure d’assumer leur rôle, à savoir être proche du citoyen, écouter ses problèmes et proposer des solutions fiables. … Les partis semblent ne pas se soucier de l’abstention. Car s’ils s’en inquiétaient, ils auraient déjà tenté depuis longtemps de s’améliorer. … Comme rien de tel ne s’est produit, soit ils ne comprennent pas ce qui se passe, soit cela leur est égal. Cela ne veut pas dire néanmoins que c’est une bonne chose pour notre système politique et surtout pour notre démocratie. Celle-ci est victime du manque de crédibilité des partis. »
Le 23 décembre, Le Parisien écrit « Le Premier ministre turc accuse la France de génocide en Algérie ». Mais les faits reprochés à la Turquie à propos de l’Arménie en deviendraient-ils moins réels ? Et pour quelle raison les instances internationales qualifiées ne font-elles pas la transparence sur l’ensemble de ces questions que des lois nationales ne paraissent pas aptes à régler « par la bande », dès lors que l’ONU existe et qu’en théorie ses compétences ont été admises ?
Paris Match constate à son tour « France-Turquie: Le divorce », et Le Point se demande « À quelle sauce les entreprises françaises vont être mangées en Turquie ». Camer répercute « France – Turquie : Erdogan accuse la France de « génocide » en Algérie », et Le Monde : « La Turquie accuse la France d’avoir commis un « génocide » en Algérie ». Se référant à l’appréciation d’un ancien diplomate, France 24 souligne « « Ankara prépare une deuxième vague de représailles contre Paris » ». Le Nouvel Observateur rapporte à son tour « La loi sur les génocides n’est « pas opportune », estime Alain Juppé ».
Mais en tout état de cause, peut-on imputer à un pays entier des faits dont quelques groupes dominants (économiques, politiques…) se sont trouvés à l’origine ? S’agissant de la politique coloniale française, il paraît indispensable de rappeler qu’elle rencontra en France une opposition très conséquente. Non seulement de la part du mouvement ouvrier et de groupes républicains progressistes, mais aussi de la part de courants catholiques fidèles à l’esprit de la bulle déjà ancienne Veritas Ipsa (1537) du Pape Alexandre Farnèse (Paul III) dont nous avons rappelé le contenu dans notre article « Crise, élections et « valeurs de gauche » (I) ».
Ce texte de Paul III avait été suivi d’une deuxième bulle du même Pape au contenu similaire, intitulée Sublimis Deus. Laissant de côté toute considération à caractère religieux, il paraît indispensable de rappeler clairement et de commenter encore ce document par rapport au colonialisme « moderne » qui lui fut très postérieur.
Quel a été vraiment, dans ce contexte colonial, le rôle de l’école prétendument laïque instituée par Jules Ferry ? Une école instrumentalisée à l’époque pour diffuser très largement une idéologie favorable au colonialisme, au racisme et au chauvinisme imposés à la population au cours de cette période historique. Et quelle est la facture historique de la première guerre mondiale, qui fut très largement le résultat de la montée de ce type d’idéologie au sein des principales puissances européennes ?
Indépendance des Chercheurs
[la suite, sur le lien http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2011/12/23/veritas-ipsa-et-les-errances-de-la-republique-coloniale.html ]
Crise, élections et « valeurs de gauche » (I)
Le 20 décembre, Les Echos publie un éditorial sur la crise intitulé « La grande fatigue ». Jean-Marc Vittori y évoque des « dirigeants européens » qui se trouveraient « au bout du rouleau ». Ces dirigeants font-ils autre chose que d’appliquer la politique des multinationales et des milieux financiers ?
La population faisant de moins en moins confiance aux partis politiques influents, les « petits candidats » se plaignent des blocages qui peuvent leur être opposés via l’exigence de 500 signatures d’élus. Mais Christophe Barbier (L’Express) estime « Présidentielle: il faut 1000 signatures ». Les « bonnes idées » dont parle Barbier seraient-elles « dévalorisées » par les résultats modestes des « petits candidats » ? Ou craindrait-on des résultats inattendus, dans un contexte de détresse croissante de la population ?
Le 20 décembre également, Radio Chine Internationale souligne « Le chef de la BCE appelle à l’ accélération du lancement du MES par crainte d’une dégradation de la note de la France », et Le Maghreb, « Crise de la dette : La zone euro sous pression se prépare à une nouvelle semaine délicate ». Challenges écrit « FMI : l’UE appelle le monde à la rescousse ». En réalité, l’image de la situation économique de l’Europe occidentale ne cesse de se dégrader dans le monde entier, alors que la coupole de l’Union Européenne défend systématiquement les intérêts des banques au détriment de la grande majorité de la population. Qui en fera les frais, si ce n’est les « petits citoyens » à qui, tout compte fait, on essaye de vendre la propagande électorale des mêmes partis politiques dont la stratégie des trois dernières décennies (délocalisations, privatisations…) a conduit à la crise actuelle ?
Et que signifient vraiment les prétendues « valeurs » au nom desquelles on cherche à attirer l’électorat ? « Valeurs de droite », « valeurs de gauche », « valeurs de centre »… Léon Gambetta et Jules Ferry, étaient-ils « de gauche » lorsqu’ils ont défendu une expansion coloniale qui, tout compte fait, s’est soldée par deux guerres mondiales et par la décadence des puissances européennes ?
Paradoxalement, alors que le colonialisme des « républicains » Gambetta et Ferry véhiculait une idéologie incroyablement raciste, un Pape du Concile de Trente (Paul III) avait diffusé trois siècles et demi plus tôt la première bulle antiraciste en défense des populations indiennes d’Amérique.
Indépendance des Chercheurs
[la suite, sur le lien http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2011/12/20/crise-elections-et-valeurs-de-gauche-i.html ]
Bradley Manning à son arrivée sur la base militaire de Fort Meade pour une audition devant une cour militaire, le 18 décembre.
A l’issue d’une année particulièrement riche en agitation médiatique, la liste des cent personnes les plus influentes de 2011 établie par [l’hebdomadaire américain] Time peut paraître un peu bizarre. Pour ne pas dire complètement délirante. Pour des raisons qui m’échappent, les lecteurs du magazine ont fait de Rain, chanteur et acteur sud-coréen, leur numéro un. [La chanteuse] Susan Boyle est troisième, à seulement 43 places devant Barack Obama.
Toutes les listes de ce genre ne sont que de l’esbrouffe divertissante, et celle-là plus encore que les autres. Malgré tout, une charmante juxtaposition la sauve en partie. Le numéro huit est attribué à Bradley Manning, l’homme par qui le scandale est arrivé dans l’armée américaine, aujourd’hui devant ses juges dans le Maryland pour savoir s’il doit passer ou non en cour martiale. Quant à Christopher Hitchens [un journaliste de renom, décédé le 16 décembre], il hérite d’une neuvième place posthume.
Il est certain que « Hitch » s’en serait mieux tiré s’il avait eu la finesse de mourir une semaine plus tôt. Mais de son balcon céleste, peut-être apprécie-t-il la symétrie, et l’asymétrie de son positionnement, juste derrière l’homme dont les fuites militaires et diplomatiques ont été la plus grande gloire de WikiLeaks. Si Hitchens était un fervent partisan de l’aventurisme impérialiste américain alors que Manning en est peut-être le détracteur le plus efficace, beaucoup de choses les rapprochaient. Tous deux fils de pères inaccessibles, ils ont nourri une formidable antipathie pour toute incarnation de l’autorité, jusqu’au Créateur lui-même. Longtemps avant que Hitchens ne rédige Dieu n’est pas Grand [traduit par Ana Nessun, Belfond, 2009], Manning, un athée brillant et convaincu, refusait déjà de faire ses devoirs en instruction religieuse.
Tous deux ont souvent été décrits comme des anticonformistes, capables du meilleur dans leur haine de l’injustice. Et l’un et l’autre avaient une connaissance intime de la torture. Si Hitchens avait choisi de se soumettre au « waterboarding » [pour en faire un article pour Vanity Fair], Manning a pour sa part été involontairement exposé à des formes de torture moins flagrantes mais pas moins répugnantes. Avant qu’il n’en soit libéré sous la pression de l’opinion publique, il avait été enfermé dans une prison brutale, sur la base des Marines de Quantico, en Virginie, condamné à l’isolement 23 heures par jour, privé de sommeil, obligé de se tenir debout et nu pendant les inspections, et sans ses lunettes, autrement dit, littéralement aveugle. Il aurait suffi de lui rajouter un collier pour chien, et il aurait aussi bien pu être une victime de sa collègue Lindie England à Abou Ghraib.
Il n’est pas nécessaire d’avoir été professeur de droit constitutionnel, comme l’était le numéro 46 de la liste du Time [Obama] avant qu’il ne se retrouve dans le Bureau Ovale grâce à sa promesse de mettre un terme aux mauvais traitements infligés aux détenus de la guerre en Irak, pour comprendre que les délicatesses de ce genre tombent sous le coup du passage sur les « peines cruelles et inhabituelles » dans le huitième amendement de la Constitution. Le reconnaître n’est pas le plus difficile.
Le plus difficile, c’est de décider si, en dévoilant certains des aspects les moins reluisants des entreprises militaires américaines, Manning a été un héros, un traître, ou un super-hacker paumé, solitaire et errant, souffrant d’un complexe d’Œdipe et d’une tendance à un narcissisme version « sauveur du monde » à la Julian Assange. Manning avait manifestement des problèmes psychiatriques, comme le savaient ses supérieurs avant qu’il ne commette ce que la cour martiale considèrera inévitablement comme des crimes, ce qui lui vaudra de rester encore longtemps à l’ombre (ce n’est pas parce que personne à la Maison-Blanche, au Pentagone ou au Département d’Etat n’est en mesure de citer ne serait-ce qu’un soupçon de véritable tort porté aux intérêts américains par ces fuites qu’ils vont se priver des joies d’une sentence dissuasive).
Avant que ce soldat du renseignement ne fasse des copies des documents, il avait adressé un courriel à son supérieur immédiat en Irak pour lui signaler que ses problèmes d’identité sexuelle, et la détresse émotionnelle qui en résultait, avaient une influence négative sur sa capacité à analyser les attaques menées par des militants chiites. Il avait même joint à son message une photo de lui habillé en femme. Que, dans ces conditions, Manning ait eu accès à des documents secrets paraît incroyable – cela pourrait même ressembler à un piège.
De toute façon, on ne reviendra jamais assez sur l’incompétence crasse de l’armée américaine qui, après des décennies de guerres catastrophiquement contre-productives, n’est plus à démontrer. Le geste le plus ostensiblement héroïque de Manning, outre les révélations sur la corruption qui ont contribué à balayer le régime tunisien, a été de dévoiler la banalisation de la brutalité à laquelle il a été depuis lui-même soumis, sous une forme moins violente. Si le monde n’avait pas le droit de voir les vidéos de pilotes d’hélicoptères américains en train de mitrailler des civils à Bagdad en gloussant comme des adolescents devant leur console de jeu, qu’a-t-il donc le droit de savoir ? Comme dans tout empire, l’hypocrisie américaine, qui consiste à perpétrer des crimes abominables au nom de la liberté, est trop profondément ancrée dans les mentalités pour que l’on y renonce.
Quel chagrin, pour quiconque éprouve encore une vague admiration pour lui, de constater qu’Obama – qui, osera-t-on penser, a sans doute plus d’influence sur ce genre d’affaires que Susan Boyle – s’est contenté de ne pas lever le petit doigt tandis qu’un jeune homme fragile et chétif se retrouvait couvert de chaînes les rares fois où on le sortait de sa cellule, où il était enfermé sans ses lunettes pour avoir fait la lumière sur une guerre dont l’esprit méphitique continuera de planer longtemps après sa fin officielle, et ce tant que Bradley Manning restera un prisonnier politique.
Immigration, vieillissement démographique et financement de la protection sociale,
par Xavier Chojnicki et Lionel Ragot
(CEPII, mai 2011)
Globalement les principaux effets sur les finances de la protection sociale sont positifs et le sont d’autant plus, à court moyen-terme, que la politique migratoire est sélective (en faveur des plus qualifiés). A long-terme ces effets bénéfiques peuvent disparaître pour une politique très sélective. Cependant, les gains pour les finances publiques provenant de flux migratoires nets plus conséquents sont relativement modérés en comparaison des évolutions démographiques qu’ils impliquent.
L’immigration peut être une aubaine pour les pays industrialisés
par Isabelle Moreau (La Tribune, 1 déc 11)
Dans leur ouvrage « les Trente glorieuses sont devant nous », Valérie Rabault et Karine Berger estiment que l’économie française a besoin de 10 millions d’étrangers d’ici à 2040. « Compte-tenu de la structure de la population et des projections de l’Insee, la part des plus de 65 ans passera de 17 % à 28 % en 2040 si la France ne modifie pas sa politique d’immigration », prévient Valérie Rabault. Partant de là, ajoute-t-elle, « les dépenses de santé vont augmenter et la population active diminuer. Pour corriger cette évolution, il faut que la France redevienne attractive. Il ne faut ni une immigration subie, ni une immigration choisie. Pour que les ingénieurs indiens viennent en France et non aux États-Unis, il faut être attractifs, innovants et dynamiques. A cette condition, la France pourra se positionner dans la compétitivité mondiale. »
Immigration, vieillissement démographique et financement de la protection sociale.
CEPII. Mai 2011.
Document de travail du CEPII n°2011 (13 Mai 2011) : « Immigration, vieillissement démographique et financement de la protection sociale: une évaluation par l’équilibre général calculable appliqué à la France ».
par Xavier Chojnicki et Lionel Ragot.
L’immigration est souvent avancée comme l’un des instruments d’adaptation des économies confrontées au phénomène du vieillissement démographique. Dans cet article, nous évaluons, à l’aide d’un modèle d’équilibre général calculable dynamique, la contribution d’une politique migratoire à la réduction du fardeau fiscal lié au vieillissement démographique en France. Quatre variantes, par rapport à un scénario central qui reprend les projections officielles pour la France (INSEE, COR….), sont réalisées, avec pour objectif de quantifier au mieux les effets de l’immigration sur les finances de la protection sociale. La première consiste à évaluer les effets économiques de l’immigration en France telle qu’elle est projetée dans ces prévisions officielles. Les trois autres sont construites sur l’hypothèse d’un flux annuel d’immigrés plus élevé (correspondant aux flux qui ont caractérisés la deuxième grande vague d’immigration en France au XXème siècle). Elles se différencient par le niveau de qualification des nouveaux entrants. Nous montrons que la structure par qualification et par âge des immigrés est une caractéristique essentielle qui détermine en grande partie les principaux effets sur les finances de la protection sociale. Globalement ceux-ci sont positifs et le sont d’autant plus, à court moyen-terme, que la politique migratoire est sélective (en faveur des plus qualifiés). A long-terme ces effets bénéfiques peuvent disparaître pour une politique très sélective. Cependant, les gains pour les finances publiques provenant de flux migratoires nets plus conséquents sont relativement modérés en comparaison des évolutions démographiques qu’ils impliquent.
Source TERRA : http://ses.ens-lyon.fr/1306825935340/0/fiche___actualite/&RH=40
L’immigration peut être une aubaine pour les pays industrialisés
Société – 01/12/2011 |
Alors que la France veut diminuer le nombre d’étrangers en situation régulière, d’autres pays européens optent pour la démarche inverse.
« Ne faisons pas des immigrés des adversaires », a lancé mardi l’ex-Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, en direction de l’UMP et de ses militants réunis lors d’une convention nationale sur le projet du parti majoritaire pour 2012. À quelques mois de la présidentielle et dans un contexte de crise et de flambée du chômage, le thème de l’immigration fait son grand retour sur la scène politique. Très incisif sur le sujet, le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, rappelle en boucle que la France accueille chaque année 200.000 étrangers en situation régulière et que c’est « trop ». D’où son objectif de diminuer en un an de 10 % cette immigration. Balayant les critiques qui l’accusent de braconner sur les terres du FN, il entend agir sur le regroupement familial, le recrutement des étrangers, dont les étudiants en fin de cycle, et même le droit d’asile qui serait « détourné » par des migrants économiques.
Déjà, en août, le gouvernement avait réduit la liste des métiers ouverts aux travailleurs non européens pour freiner l’immigration légale de travail. Car Claude Guéant est persuadé que l’on peut « résoudre les problème de l’emploi chez nous, au prix de la formation professionnelle ou de la réorientation professionnelle, plutôt que de faire venir des personnes d’ailleurs ». Reste que l’équation n’est pas si simple.
En France, comme ailleurs, « les travailleurs immigrés occupent des emplois dont ne veulent pas les populations locales et sont souvent surqualifiés par rapport aux postes occupés. Dans les pays affichant des forts taux de chômage, ils occupent des métiers comme le bâtiment ou les services à la personne », explique Raymond Torrès, directeur de l’Institut international d’études sociales de l’Organisation internationale du travail (OIT).
Ces questions d’immigration traversent l’ensemble des pays qui, tous, doivent jongler avec leurs impératifs démographiques et leurs besoins de main d’œuvre étrangère. La semaine dernière, le syndicat helvétique Travail.Suisse a appelé à une plus grande « flexibilité dans la politique d’administration de main d’œuvre étrangère en Suisse », estimant qu’il manquera d’ici 2030 quelque 400.000 travailleurs dans la Confédération. Outre-Rhin, la ministre des Affaires sociales veut, elle, faciliter l’entrée de travailleurs, non ressortissants de l’UE, sur son territoire. Ces positions sont à rebours de celles de la France. Pourtant, certains économistes estiment que l’immigration est une planche de salut pour la France.
Dans leur ouvrage « les Trente glorieuses sont devant nous », Valérie Rabault et Karine Berger estiment que l’économie française a besoin de 10 millions d’étrangers d’ici à 2040. « Compte-tenu de la structure de la population et des projections de l’Insee, la part des plus de 65 ans passera de 17 % à 28 % en 2040 si la France ne modifie pas sa politique d’immigration », prévient Valérie Rabault. Partant de là, ajoute-t-elle, « les dépenses de santé vont augmenter et la population active diminuer. Pour corriger cette évolution, il faut que la France redevienne attractive. Il ne faut ni une immigration subie, ni une immigration choisie. Pour que les ingénieurs indiens viennent en France et non aux États-Unis, il faut être attractifs, innovants et dynamiques. A cette condition, la France pourra se positionner dans la compétitivité mondiale. »
Cinéma. Le Havre, le dernier film d’Aki Kaurismaki aujourd’hui sur les écrans. Un conte attendrissant et un nouveau regard sur le drame des clandestins.
Marcel Marx (André Wilms), ex-écrivain bohème reconverti en cireur de chaussures, a jeté l’ancre au Havre où il coule une vie tranquille. Loin du bling bling, hors du temps, la culture populaire de la ville portuaire suffit à son bonheur. Marcel s’adonne à une vie routinière. Il aime son travail anonyme et ouvert aux hasards de la vie. Le soir, il retrouve Arletty (Kati Outinen), sa splendide femme finlandaise qui lui mitonne des petits plats pleins d’amour.
Marcel ne roule pas sur l’or mais dans le quartier tout le monde le respecte. Sa boulangère lui accorde une ardoise longue comme le fleuve Congo, son épicier s’efforce de lui masquer son grand cœur et il atteint des sommets dans la communication non verbale avec la patronne du bistro du coin. Toute cette humanité sans prix va se mobiliser quand le destin met sur le chemin de Marcel, Idrissa, un petit Gabonais clandestin débarqué de son cargo par erreur.
Avec Le Havre, premier volet d’une trilogie consacrée aux grandes villes portuaires, Kaurismaki nous aiguille hors des eaux glacées du réalisme. A la police, bras armé d’une politique aveugle, le réalisateur finlandais renvoie la beauté sensible du monde. Il prend le contre-pied du film documentaire en puisant dans la magie du conte.
Morceaux d’histoire
Le film joue avec le passé, se saisit de l’atmosphère intemporelle du Havre, des carrosseries anguleuses des voitures des sixties et des seventies, remonte le temps pour faire référence à la France occupée. Le réalisateur saisit sans complaisance les morceaux d’histoire qui ont fécondé la politique nationale française. Jean-pierre Leaud incarne la France de la collaboration dans le rôle du voisin délateur. Le costume du commissaire, placide et ambivalent (Jean-Pierre Darroussin) rappelle celui de la gestapo.
Mais Kaurismaki ne s’en tient pas là. Il use de la magie populaire. On assiste au retour de l’ange du rock havrais Little Bob Story. On saisit la force du personnage Idrissa dans l’innocence de son regard, enchanté par cet étranger dont toute la famille est désignée indésirable. Sa mère est à Londres, son père n’a pas survécu à l’exil, son grand père est en camp de rétention, mais il sait, lui, que le Havre ne sera qu’une étape.
Le conte stoïque de Kaurismaki transmet de façon simple et populaire l’art de traverser les épreuves et de se ressourcer aux origines de l’humain. Le Havre ouvre des passages qui permettent de comprendre et d’agir dans une réalité de plus en plus complexe. Un film à voir qui offre des clefs de sagesse et des portes d’inspiration. Le souffle Kaurismaki nous emporte. Il est bien plus puissant que le populisme et le racisme ordinaire.