Le judaïsme libéral prône une adaptation au monde moderne

Cafond, président de la communauté juive libéral

Frédéric Calfond président de la communauté juive libérale de Montpellier

Un quatrième lieu de culte juif vient d’ouvrir ses portes dans un appartement du boulevard Clemenceau en présence de la première femme rabbin en France, Pauline Bède. Entretien avec Frédéric Calfond président de la communauté juive libérale de Montpellier à l’origine de cette ouverture.

D’où provient le mouvement des juifs libéraux ?

Le mouvement des juifs libéraux est apparu après la révolution française à la fin du XVIIIe siècle. Il s’est propagé en Allemagne où il a connu un essor important et ensuite dans les pays anglo-saxons. C’est aujourd’hui le mouvement juif religieux le plus important dans le monde bien qu’il soit minoritaire en France. On compte une dizaine de synagogues à Paris et autant dans le reste de la France.

Comment se différencie-t-il des autres tendances du judaïsme ?
Il se distingue par l’approche des idées et des pratiques, notamment par la place qu’il donne aux femmes. Nous prônons une participation égalitaire des hommes et des femmes qui peuvent devenir rabbin et participer à la prière comme les hommes.
L’ouverture de ce nouveau lieu à Montpellier était-elle attendue de longue date ?
La communauté existe à Montpellier depuis 2005. Elle compte 60 familles adhérentes et 200 sympathisants. Faute de moyens suffisants, nous ne disposions pas de lieu. Nous célébrions les grandes fêtes avec l’aide de la mairie qui mettait des salles à notre disposition. Aujourd’hui nous avons un lieu mais pas de rabbin. Lors des grandes célébrations religieuses, le rabbin bruxellois Abraham Dahan vient bénévolement à Montpellier. Désormais nous faisons un office tous les vendredis soir. Chacun lit une prière à tour de rôle. On se débrouille puisque la présence d’un rabbin n’est pas obligatoire pour faire un office.

Ces offices se tiennent-ils en français ?

Nous alternons entre l’hébreux et le français. Les textes sont lus en hébreux et suivis d’une traduction en français.

Comment se traduit votre volonté d’actualisation ?

Le mouvement juif libéral veut s’ancrer dans la vie moderne et tient compte des évolutions de la science. Pour les mariages, on applique plus facilement les conversions que chez les orthodoxes. Ma propre épouse n’est pas juive. Elle ne s’est jamais convertie puisque, à l’époque, il n’y avait pas de possibilité. Nous avons des enfants que nous avons élevés dans la religion et nos enfants n’ont pas eu de conversion à faire puisque la transmission chez les juifs libéraux se fait autant par le père que par la mère. Les valeurs des juifs libéraux sont ancrées dans l’esprit des lumières et dans la séparation de l’église et de L’Etat et notamment la loi de 1905 sur la laïcité.

Cette mise en question des pratiques concerne-t-elle les textes ?

Nous suivons tous les textes sacrés en affirmant qu’ils ont toujours évolué avec le temps et ne peuvent rester figés. Nous nous distinguons aussi à travers notre volonté d’ouverture vers les autres communautés, tout en affirmant notre refus du communautarisme.

Quel sont les points de crispation avec les autres communautés juives ?

Depuis notre création, nous avons de très bonnes relations avec le Centre communautaire juif de Montpellier (Crif) dont nous faisons partie. Nos différends tournent essentiellement sur la place des femmes et la transmission de la judaïcité. On se retrouve plus facilement sur les formes d’expression culturelle du judaïsme. C’est le cas aujourd’hui avec toutes les communautés autour de la commémoration de la Shoah qui ne fait pas proprement partie de la religion.

Quelle place accordez-vous à l’État d’Israël ?

Nous sommes d’abord des juifs qui sommes très attachés à la République française. Et nous sommes évidemment rattachés à Israël à travers les prières comme nous sommes viscéralement attachés à notre pays mais nous ne nous donnons pas de droits d’ingérence dans la politique d’Israël. Nous sommes ouverts à toute discussion sans nous calquer à la politique d’État. Mais nous sommes attachés à Israël comme les Palestiniens sont attachés à la création d’un État et à la survie de leur peuple.

Quel regard portez-vous sur les tragiques événements à Gaza ?

S’il y avait eu des manifestations rassemblant des organisations palestiniennes et israéliennes, portant un message exclusivement en faveur de la paix, nous aurions pu y assister. Mais dans certains cas, celles-ci étaient violemment opposées à Israël. Nous souhaitons la paix et la création d’un Etat pour la Palestine et pour Israël.

Quel regard portez-vous sur la conférence de l’Onu sur le racisme à Genève ?

S’il n’y a pas de dérapage, c’est intéressant. Si on répète Durban 1 ce sera dommageable

Est-ce que politique de la chaise vide est une solution ?

Je ne suis pas en mesure de vous répondre. Je demande un joker…

Recueilli par Jean-marie Dinh

Photo David Maugendre

Voir aussi : Rubrique livre : Etre juif après Gaza,

Soumaila Koly : « La culture africaine d’aujourd’hui est essentiellement urbaine »

La nuit de la vérité de Fanta Régina Nacro (Burkina Faso 2004)

La nuit de la vérité de Fanta Régina Lacro Burkina Faso 2004

Quilombo regards sur les cinémas d’Afrique et de la diaspora noire. La terre tourne, l’énergie citoyenne aussi, dans les veines du réalisateur Soumaila Koly réalisateur délégué à la manifestation.

Pourquoi ces rencontres ?

« Nous souhaitons mettre l’accent sur des visions différentes en ne proposant pas une seule lecture des choses à nos concitoyens. Ce que permet l’expression cinématographique à la différence du petit écran. Ces rencontres permettent une ouverture, parfois une confrontation dans un nouvel espace. Il m’est arrivé d’être choqué par la vision de certains spectateurs mais il faut accepter les différences de point de vue pour que le dialogue s’établisse. Paradoxalement nous montrons des images mais nous cherchons à libérer la parole.

Les vertus du cinéma facilitent-elles cette circulation ?

Au moment où nous plongeons dans une crise de sens sans précèdent, le cinéma résonne et fait miroir. En tant que cinéphile, j’ai vu beaucoup de films. Certains dont l’action se déroule à l’autre bout de la planète m’ont permis de relativiser ce que je vis ici. Le cinéma est une passerelle formidable.

Comment organiser un tel événement avec un si petit budget ?

Nous sommes soutenus par la Ville de Montpellier et l’Agglomération à travers son réseau de médiathèques. Nous avons également des partenaires pour la diffusion comme le Diagonal et les salles d’art et essai. Le ministère des Affaires étrangères souvent associé à la production de films africains nous cède les droits de certains films. Il y a aussi des producteurs qui jouent le jeu pour faire connaître le cinéma africain.

Comment se porte le cinéma africain ?

La situation du cinéma est catastrophique en Afrique. Parce que le cinéma s’appuie généralement sur une industrie ou c’est un art soutenu par l’Etat, comme en France où il a longtemps été l’étendard de la culture française. Il est difficile de parler d’industrie cinématographique en Afrique et tout aussi compliqué de trouver des Etats qui soutiennent leur culture. Les réalisateurs sont contraints d’entreprendre des aventures individuelles.

En a-t-on fini avec la décolonisation ?

La distribution des films continue d’être assurée par des compagnies étrangères. Il y a aussi des soutiens des Etats du nord. Ce qui permet à quelques films de faire surface. Mais les guichets de financements institutionnels ont certaines attentes. Celles d’un cinéma qui parle de la culture traditionnelle marche ici mais intéresse peu les Africains.

Emerge-t-il des thèmes nouveaux ?

On fantasme beaucoup sur les films ruraux alors que l’Afrique d’aujourd’hui est essentiellement une culture urbaine. En Afrique, la nouvelle donne provient du numérique. Cela permet l’émergence de jeunes réalisateurs qui réalisent des fictions sur la société contemporaine. Ils filment en HD. Les films sortent en vidéo et sont ensuite copiés. Un pays comme le Nigeria produit 1 000 films par an qui circulent sur tout le continent. Le documentaire m’apparaît aussi très porteur. C’est le cinéma du réel qui est en train de trouver son ton. »

Recueilli par Jean-Marie Dinh

Carrefour accusé d’abus de position dominante en Indonésie

Carrefour, le numéro deux mondial de la distribution, est l’objet en Indonésie d’une enquête de la Commission de la concurrence sur des soupçons d’abus de position dominante, des accusations que réfute l’enseigne française.
La direction de Carrefour Indonésie a été auditionnée  par la KPPU, la Commission de contrôle de la concurrence, « afin d’apporter des clarifications sur les soupçons d’abus de position dominante », a indiqué  Junaidi, porte-parole de la Commission.
Carrefour s’est fortement développé depuis 1998 dans le quatrième pays le plus peuplé au monde, où il contrôle quelque 70 magasins, dont 45 hypermarchés. Le groupe est ainsi devenu l’une des enseignes les plus connues dans un pays où les achats se font traditionnellement dans les marchés en plein air et les petites épiceries. Il a renforcé sa position de leader en acquérant en 2008 l’enseigne Alfa Retailindo, qui comptait 29 magasins, pour un prix de 49 millions d’euros.
Selon M. Junaidi, l’enseigne française contrôlerait désormais 66,7% du marché « en amont » (entre fournisseurs et distributeurs). Elle serait ainsi en « position dominante » et en profiterait pour faire pression sur les fournisseurs.
« Nous rejetons ces allégations. Nous n’avons pas de position dominante car notre part de marché est de 17% » dans le segment de la distribution moderne (en grandes surfaces), répond Irawan D. Kadarman, le porte-parole de Carrefour Indonésie, en citant des chiffres de l’institut AC Nielsen.
Il précise que la société avait obtenu en 2008 le feu vert des autorités boursières et ministérielles au rachat d’Alfa Retailindo.
L’ouverture de l’enquête survient dans un contexte de forte concurrence entre distributeurs en Indonésie, un marché au fort potentiel de développement. « Certaines personnes sont préoccupées par l’importance prise par Carrefour », indique une source du secteur citée par l’hebdomadaire Tempo.

Le vice-président irakien va discuter d’un contrat pétrolier avec Total

Le vice-président irakien, Adel Abdel Mahdi, va rencontrer des responsables du groupe pétrolier français Total pour discuter d’un contrat de plusieurs milliards de dollars, a-t-il déclaré , en visite de travail en France.
Lors d’une rencontre avec des journalistes , le vice-président et d’autres responsables irakiens ont déclaré souhaiter attirer des investissements français dans le secteur pétrolier de leur pays, dévasté par la guerre.
« Total a fait montre de sa volonté de travailler en Irak, en particulier dans le développement en amont des champs de gaz et de pétrole », a dit un conseiller gouvernemental et ancien ministre du pétrole, Thamer al-Ghabhdan.
Ce responsable a confirmé que Total, en partenariat avec la major américaine Chevron, avait été sollicité pour être candidat au développement de l’un des gisements les plus prometteurs du sud de l’Irak.
« Total, en partenariat avec Chevron, a été sollicité pour concourir directement pour le gisement de Nahr Bin Umar », a-t-il dit.
Le consortium franco-américain sera en concurrence avec les autres candidats, comme le norvégien StatoilHydro, a-t-il précisé.
Nahr Bin Umar est l’un des deux champs pétroliers dont Total négociait déjà l’attribution avec l’ancien régime irakien de Saddam Hussein, a-t-il dit.
« Total est donc dans une position réellement avantageuse », selon lui.
Abdel Mahdi, un ancien opposant à Saddam Hussein qui a passé 25 ans en exil en France, a ajouté: « Je leur ai parlé à de nombreuses reprises, et ils sont réellement intéressés » par le gisement.
Selon les responsables irakiens, le montant des investissements nécessaires pour ce champ n’a pas été fixé, mais un chiffre de 15 millions de dollars a été discuté.
L’ambassadeur irakien à Paris, Mowaffak Abboud, a estimé que les deux champs pétroliers visés par Total avaient un potentiel de production cumulée de plus d’un million de barils de brut par jour pendant 14 ans.

Les lumières noires de Harlem en mémoire

Zora Neale Hurston Icône de la Harlem Renaissance pour son insolence

Zora Neale Hurston Icône de la Harlem Renaissance pour son insolence

Revue Riveneuve. Un hors série passionnant sur le mouvement « Nouveau nègre » qui fut l’une des grandes avant-gardes du vingtième siècle.

L’internationalisation du mouvement Nouveau nègre et son faisceau créatif qui ont vu le jour dans les années 20 à Harlem ont permis la négritude. Il est donc toujours d’actualité à travers ses héritiers, un peu, mais surtout grâce à ceux qui s’en détachent, refusant de s’enfermer dans un ghetto. De fait, l’heure n’est plus aujourd’hui à l’affirmation identitaire mais au métissage. Comme le souligne l’écrivain nigérian, prix Nobel de littérature, Wole Soyinka : « Un tigre ne proclame pas sa tigritude, un tigre saute. »

Le parti pris de ce numéro spécial de Riveneuve Continents
coordonné par Anthony Mangeon, Maître de conférence à Montpellier III, est de revisiter l’explosion culturelle qui fait jour au début des années 20 dans ce quartier de New York. Il s’agit d’explorer à partir de regards croisés (une vingtaine de contributions), les grandes figures et les questions soulevées pour éclairer leurs incidences sur la création contemporaine.

On apprend comment Harlem devint Harlem. A l’origine destiné à devenir un quartier super smart ce quartier fit l’objet d’une surenchère spéculative des investisseurs avant de basculer en fiasco financier et d’être récupéré par quelques hommes d’affaires noirs avisés. Avec le soutien influent des pasteurs le quartier change de main et de couleur. Harlem devient un bouillon de culture et de créativités où les paysans noirs du sud cohabitent avec les émigrés africains et antillais, les soldats revenus d’Europe, les élites intellectuelles et les artistes.

Les blessures lourdes et profondes du peuple noir sont à l’origine du mouvement Nouveau nègre soutenu par les journaux et les associations qui cimentent l’esprit frondeur pour mettre un terme à l’annihilation culturelle. C’est aussi dans ces années où, l’Afrique était encore colonisée, qu’émerge le panafricanisme. La revue rend hommage à ses figures tutélaires, intellectuels et artistes de l’époque qui ont marqué l’âme du peuple noir : Chester Himes, Duke Ellington, W.E .B Du Bois, Langston Hughes, Zora Neale Hurston… La dernière partie du numéro donne un coup de projecteur sur le grand poète Claude McKay qui rédigea une partie de son œuvre à Marseille.

Survenue en 1920, la renaissance d’Harlem se perd dans les sables de la crise de 29. C’est le début d’une autre Harlem, celle de Harlem Ghetto

Jean-Marie Dinh

Harlem Heritage Hors série 2008 2009, riveneuve éditions, 20 euros.