Expo photo : Optiques ouverts pour un voyage dans les villes

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Boris Mikhailov, Sans titre de la série "At Dusk" 1993.

Exposition. Le Pavillon populaire de Montpellier ouvre l’espace urbain à des interventions photographiques qui traversent l’histoire de l’Europe de ces quarante dernières années.

Comme la lumière, la photo traverse les frontières. Après l’Amérique, retour en Europe au Pavillon Populaire dont l’ambition est de s’affirmer comme un lieu qui compte pour la photographie d’art à l’échelle nationale et internationale. Le succès de la dernière l’exposition  Les Suds profonds de l’Amérique qui a rassemblé  20 000 visiteurs, réjouit l’adjoint à la culture de Montpellier Michaël Delafosse très impliqué dans la nouvelle dynamique impulsée par Gilles Mora.

« A la différence de l’Amérique, la photographie européenne de rue est marquée par son implication sociale, politique, et par une dimension plus fun, explique le directeur artistique du Pavillon Populaire. La ville apparaît pour certains comme un lieu de plaisir, alors qu’elle est revendiquée par d’autres comme un lieu de douleur. » Une impression dont on découvre les contrastes palpables dans le parcours de l’expo consacrée aux figures de la photographie urbaine en Europe depuis 1970.

Gilles Mora a confié le premier volet d’une série de quatre expos sur le thème de la photographie urbaine à la conservatrice en chef du Musée de l’Albertina à Vienne, Monika Farber, qui assure le commissariat de Aires de jeux champs de tensions à voir jusqu’au 24 avril prochain. «  J’avais  trois grands artistes en tête, Bogdan Dziworski, Michael Schmidt, Christ  Killip, qui me semblaient répondre à la proposition de Gilles Mora, puis j’ai ouvert à des artistes talentueux que j’apprécie pour la singularité de leur travail. Je voulais mettre en avant la qualité. La différence de reconnaissance entre ceux qui vendent très bien sur le marché de l’art et des artistes qui disposent de peu de notoriété n’a pas d’importance. J’ai voulu aussi adjoindre la vidéo aux possibilités photographiques »

Jeux et tensions

L’expo propose trois vidéos dont le travail très percutant du Suisse Christoph Rütimann qui fixe des roulettes à sa caméra pour attaquer, façon skater, les rambardes du mobilier urbain. De Londres à Zurich, on fuse sur les lignes à grande vitesse et on évite la chute grâce à un montage cut ingénieux.

Face à la ville, l’approche du photographe varie pour effectuer ses prises de vue. Pour le Japonais Seiichi Furuya qui brave l’interdiction en vigueur et photographie le mur de Berlin côté Est dans les années 70, les images sont saisies à la sauvette. En photographiant  les manifestations officielles en noir et blanc et les activités de loisirs dominicales en couleur, l’artiste joue sur les tensions et montre comment le gouvernement utilise la rue. A la même époque, le réalisateur polonais Dziworski dont on découvre l’œuvre photographique remarquable dans le travail sur le mouvement, saisit l’instant.

Les faux passants. Rosenfeld 1997/1998.

Les faux passants. David Rosenfeld Amiens 1997/1998.

A l’inverse, le photographe français David Rosenfeld présent à  Montpellier lors du vernissage s’arrache au mythe d’une photographie  de rue hors d’usage. « Mon regard est fuyant. Je travaille sur des petits formats. Pour sortir  de l’inflation des grands formats et du regard sociologique. Ce qui m’attire c’est l’intemporalité dans le temporel. Ce qui est antérieur à ce que l’on voit. Je recherche le désir dans la neutralité. Je traite la dimension urbaine comme un décor de théâtre. Pour moi la ville est formelle. L’humain est comme un comédien dans sa scène. Je  m’intéresse à cette fausse absence. Au simulacre par exemple sur certaines de mes  photos. On croit voir des gens qui marchent, mais ils ne marchent pas. »

Juxtaposition des réalités
On retrouve un peu de cette juxtaposition simultanée des réalités dans les photos de la photographe tchèque Jitka Hanzlovà dont les portraits sont baignés d’une lumière radieuse mais où les visages sont fermés. L’artiste accentue l’ambivalence des sentiments avec des cadres sans horizon.

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Chris Killip, Father and Son, Newcastle, 1980

Côté tension, le regard  de l’Anglais Chris Killip osculte les effets des années Thatcher à travers le sombre quotidien des chômeurs. La qualité narrative de ses mises en scène de rue traduit l’impossibilité d’évolution de la classe des ouvriers sacrifiés. Celui de l’Ukrainien Boris Mikhailov nous transporte sur les traces amères et radioactives de l’effondrement économique de l’URSS avec un travail panoramique bien trash dont les effets cinématographiques donnent froid dans le dos.

L’Autrichien Octavian Trauttmans-Dorff est peut-être le seul à revendiquer un regard plus sociologique sans se départir d’une esthétique singulière. Il présente un échantillon  de la population viennoise grandeur nature photographiée dans la même rue sur une toile de 18 mètres de long avec des effets obtenus par absence de fixateur. L’artiste affirme pour sa part être arrivé à ce résultat en effectuant ses tirages avec l’eau polluée du Danube.

Jean-Marie Dinh

Aires de jeux champs de tensions au Pavillon Populaire  jusqu’au 24 avril prochain.

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Libye: déssaccord à l’Otan sur l’option militaire

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L’option d’une intervention militaire de l’Otan en Libye suscite de profondes divisions en raison des craintes de réaction dans le monde arabe, des réticences à voir l’alliance élargir son champ d’influence et de la complexité de l’opération.

Une réunion des ambassadeurs des 28 pays de l’organisation, programmée de longue date, s’est tenue à Bruxelles. En débat : « La situation libyenne en général  » et il est probable que l’éventualité d’une zone d’exclusion aérienne ai fait partie des sujets sur la table, a indiqué à l’AFP un responsable de l’Otan, alors que le régime du colonel Kadhafi organise la contre-offensive avec des raids aériens contre les insurgés.

Mais si Londres et Washington ont poussé en ce sens, dans les faits « il n’y a pas de consensus au sein de l’Otan pour le recours à la force », a reconnu mardi le secrétaire à la Défense américain Robert Gates.

La France, en particulier, a fait connaître son opposition clairement. « Je ne sais pas quelle serait la réaction de la rue arabe, des populations arabes tout au long de la Méditerranée si on voyait les forces de l’Otan débarquer sur un territoire du sud méditerranéen« , a déclaré le nouveau ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé, « je pense que cela pourrait être extrêmement contre-productif« .

La Turquie, autre membre de l’Otan, ne veut pas non plus en entendre parler. « Est-ce que l’Otan doit intervenir en Libye? Ce serait absurde. L’Otan n’a rien à faire là-bas. L’Otan ne peut uniquement intervenir militairement lorsqu’un pays allié est attaqué« , a prévenu lundi le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, cité par l’agence Anatolie.

Moscou, qui coopère avec l’alliance atlantique, veille aussi au grain. « Les événements récents donnent un prétexte à l’Otan pour essayer de s’implanter dans cette région, sous couvert de vouloir pacifier la situation en Afrique du Nord« , a accusé le représentant permanent de la Russie auprès de l’alliance atlantique, Dmitri Rogozine.

Sur le plan pratique, l’alliance de 28 pays aurait les moyens de réaliser une zone d’exclusion aérienne, malgré sa complexité et la lourdeur des moyens à mettre en oeuvre. Cela nécessiterait le déploiement d’avions de surveillance de type Awacs, dont une flotte de l’Otan est basée en Allemagne et que possèdent aussi à titre individuel les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France, mais aussi des avions chasse pour repérer les vols suspects et réaliser les interceptions, des ravitailleurs, radars etc.

L’Otan devrait dans un tel cas de figure s’appuyer sur les bases américaines en Italie comme plaque tournante. Elle l’a déjà fait dans les Balkans, en Bosnie-Herzégovine à partir de 1992. Mais elle agissait avec un mandat de l’ONU et ne pourrait le faire en Libye que dans ce cadre. Ce qui s’annonce très compliqué à obtenir compte tenu des divisions au sein de son Conseil de sécurité.

Lors d’une réunion cette semaine avec la chef de la diplomatie européenne, le secrétaire général de l’Alliance, Anders Fogh Rasmussen, a averti en outre qu’une telle zone en Libye serait « compliquée par les actions humanitaires » en cours en Libye, selon un diplomate européen.

Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, face à la dégradation de la situation en Libye, pourraient bien sûr en théorie décider d’aller seuls de l’avant en contournant l’ONU et l’Otan, comme en Irak en 1991 après la première guerre du Golfe.

Mais avec le risque de créer une crise diplomatique internationale et de raviver les divisions transatlantiques à un niveau jamais connu depuis l’invasion de l’Irak en 2003.

Yacine Le Forstier (AFP)

Voir aussi : Rubrique Lybie, rubrique On Line L’alibi de la Lybie,

La France et l’Italie, premiers fournisseurs européens d’armes à Kadhafi

Les membres de l’Union européenne ont vendu pour plus de 343 millions de dollars de matériels militaires à la Libye, en 2009.

Des membres de l'opposition à Ajdabiya, le 27 février.

Des membres de l’opposition à Ajdabiya, le 27 février. (REUTERS)

De 2005 à 2009, l’Italie, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont été les quatre premiers vendeurs d’armes à la Libye de Kadhafi, selon des données récoltées par le blogueur Dan O’Huiginn et relayées par le journal anglais The Guardian.

(Thomas Guillembet, Liberation.fr)

Soumises à l’embargo jusqu’en 2004, les ventes d’armes des Européens en direction de la Libye sont strictement recensées par l’Union européenne (ici, les données pour 2009). Pour l’ensemble de ses membres, le montant total des ventes s’élève en 2009 à 343 millions de dollars, en constante augmentation depuis 2005. L’utilisation de ces armes par les forces armées fait polémique depuis le début des révoltes, notamment en Belgique et en Italie.

L’Italie est le plus important vendeur, avec plus de 111 millions de dollars pour l’année 2009, loin devant Malte et l’Allemagne.

Sur le total des années 2005-2009, l’Italie est toujours devant (276 millions), suivie de la France (210 millions), de la Grande-Bretagne (119 millions) et de l’Allemagne (83 millions). Ce n’est pas très surprenant que ces pays soient en tête, puisqu’ils font partie des principaux vendeurs mondiaux.

La France a «fait son chiffre» essentiellement grâce à l’année 2008, où elle a vendu des équipements d’armement pour plus de 112 millions de dollars. Pour l’industrie militaire hexagonale, la visite officielle de Kadhafi en décembre 2007 semble donc avoir été une affaire bénéfique.

The Guardian note toutefois que les chiffres ne sont pas totalement sûrs pays par pays, des entreprises anglaises pouvant par exemple obtenir des permis de vente en passant par la France.

Si l’on regarde de manière plus précise pour la France, en 2009, sur 30 millions de dollars de chiffre d’affaires, notre pays a vendu principalement du matériel pour l’aviation pour plus de 17 millions.

Dans les tableaux de l’Union européenne, la catégorie Ml10 concernée désigne ainsi les avions non-habités et les équipements aériens modifiés car destinés à un usage militaire. Le tableau ci-dessous indique le total des ventes sur 2005 à 2009 pour la France:

(Thomas Guillembet, Liberation.fr)

Jean Guisnel, journaliste et auteur du livre Armes de corruption massive, secrets et combines des marchands de canon, interrogé le 25 février par Rue89, expliquait alors: «Ceux qui sont concernés par des contrats récents, ce sont MBDA, filiale d’EADS, pour les missiles anti-char Milan, EADS Défense et Sécurité pour des réseaux de télécommunication, et le pool Dassault-Thales-Snecma Sofema pour la rénovation des Mirage. A mon avis, ce sont les plus importants».

Les chiffres des ventes d’autres pays non-européens, notamment ceux de la Russie et la Chine, ne sont pas connus.

Thomas Guillembet, (Liberation.fr)

Voir aussi : Rubrique Libye, rubrique Défense, rubrique Affaires,

Chine : le budget de la défense nationale va augmenter de 12,7% en 2011

Armée chinoise en excercice. Photo Reuter

La Chine a déclaré vendredi sa volonté d’augmenter de 12,7% le budget de la défense nationale à 601 milliards de yuans (91,5 milliards de dollars) en 2011, contre une hausse de 7,5% en 2010.

« Le gouvernement s’efforce depuis toujours de limiter les dépenses militaires et il a fixé celles-ci à un niveau raisonnable pour équilibrer la défense nationale et le développement économique », a indiqué Li Zhaoxing, porte-parole de la session annuelle de l’Assemblée populaire nationale (APN, parlement chinois).

Les dépenses militaires chinoises sont de nature transparente et défensive, a poursuivi M. Li, un ancien ministre des Affaires étrangères. La majorité des dépenses militaires sera consacrée à l’amélioration modérée de l’armement, à la formation du personnel et au développement des ressources humaines, à l’augmentation des investissements dans les infrastructures des unités de base et à l’amélioration des conditions de vie des soldats et des officiers, a précisé M. Li. « La Chine s’engage à un développement pacifique en adoptant une politique de la défense nationale de nature transparente et défensive », a souligné le porte-parole.

Les dépenses militaires chinoises sont comparativement basses pour une population de plus de 1,3 milliard d’habitants, un vaste territoire et des longs littoraux, et elles sont inférieures au niveau moyen mondial. Le ratio des dépenses militaires chinoises dans le Produit intérieur brut (PIB) est inférieur à celui de nombreux pays, a dit le porte-parole. Les dépenses militaires chinoises représentent environ 1,4% de son PIB, alors que « ce ratio en Inde est bien supérieur à 2% en Chine pour autant que je sache », a-t-il déclaré en réponse à une question d’un journaliste indien.

Les dépenses militaires chinoises sont dépassées également par celles des Etats-Unis qui ont atteint 725 milliars de dollars et représentaient environ 4% du PIB du pays pour l’année fiscale 2011, a indiqué le général de division Luo Yuan, chercheur de l’Académie des sciences militaires de l’Armée populaire de Libération (APL, armée chinoise). « La puissance militaire limitée de la Chine a pour mission unique de protéger sa souveraineté nationale et son intégrité territoriale et elle ne sera une menace pour aucun pays », a-t-il affirmé.

Xinjua

Voir aussi : Rubrique Chine, loi de mobilisation pour la défense nationale,

Jean-Pierre Filiu : « Al-Qaida est totalement dépassée par la lame de fond arabe »

Jean-Pierre Filiu :

Les manifestants se sont mobilisés au nom de valeurs que les Djihadistes récusent.

Entretien avec Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences Po, conseiller des Affaires étrangères, il a été en poste en Jordanie, en Syrie et en Tunisie, ainsi qu’aux États-Unis.

Mouamar Kadhafi  dénonce l’influence d’Al-Qaida dans le soulèvement de la Libye. Que sait-on vraiment de la présence ou non de djihadistes dans ce pays ?

La dénonciation de Ben Laden par M. Khadafi serait dérisoire si elle n’intervenait pas dans un contexte aussi tragique. La Libye a certe été, en mars 1998, le premier Etat à émettre un mandat d’arrêt international contre le chef d’Al-Quaida, à l’heure où peu de service de renseignement avaient pris la mesure de cette menace globale.

Tripoli avait en effet écrasé les maquis  djihadistes de Cyrénaïque et les dirigeants des groupes islamiste combattant libyens (GICL) avaient rejoint Oussama Ben Laden en Afghanistan. Le GICL a depuis été absorbé par Al-Quaida et il n’existe plus sur le terrain depuis une quinzaine d’années. Un certain nombre de djihadistes repentis se sont même ralliés dernièrement au régime de Kadhafi, qui agite cet épouvantail pour repousser l’heure de vérité.

Le colonel Kadhafi a été, par le passé, un parrain du terrorisme international, pourquoi cette opposition, aujourd’hui à Al-Qaida ?

Il est le doyen des chefs d’Etat arabes et tous les moyens lui ont été bons pour perpétuer un pouvoie absolu. La confrontation avec l’Occident a longtemps été son fonds de commerce et les sanctions internationales lui ont permis de resserrer le contrôle de la population par les Comités révolutionnaires. Il a ensuite profité de l’effet d’aubaine suscité, après les attentats du 11 septembre, par « la guerre globale contre la terreur ». Il a proposé ses services dans ce cadre et renoué avec les Etats-Unis sur cette base. Il n’a dès lors plus cessé d’exagérer la menace d’AL-Quaida, alors même qu’elle  avait disparu en Libye.

Comment Al-Qaida vit-elle ces soulèvement et ces révolutions arabes ?

Al-Qaida est totalement dépassée par le vague de fond qui traverse le monde arabe, car ce mouvement démocratique invalide tout ce qui les djihadistes proposent en termes de programmes et professent en termes d’analyses. Ces soulèvements populaires ont renversé, en peu de temps, des régimes qu’Al-Qaida n’a jamais sérieusement menacé en plus de vingt ans d’existence. Les manifestants se sont mobilisés en masse au nom de valeurs démocratiques que les djihadistes abhorrent et combattent.

Ben Laden et ses acolytes espèrent une contre-révolution violente qui pourrait les remettre en selle. Une fois de plus, Al-Qaida attend son salut de ceux qu’elle présente comme ses pires ennemis et qui, tel Kadhafi, la désigne pour s’accrocher au pouvoir.

Recueillis par Gilles Paris (Le Monde)

Jean-Pierre Filiu est l’auteur de La Véritable histoire d’Al-Qaida (Pluriel, 384 p., 9,50 euros) .

Voir aussi : Rester mesurés face à la menace du terrorisme