Plusieurs milliers de personnes célèbrent à Paris la chute de Ben Ali

LE CONTEXTE — Après un mois de manifestations, et au moins 80 morts, le dictateur Ben Ali a quitté vendredi la Tunisie après 23 ans de pouvoir. Il a trouvé refuge en Arabie Saoudite.

17h45. Le porte-parole du gouvernement François Baroin a assuré qu’il n’avait «jamais été question d’une présence» de Ben Ali «sur le sol français», précisant qu’une telle demande n’avait «pas été formulée» et qu’elle «n’aurait pas été acceptée». Quant aux proches de l’ex-président présents sur le sol français — ils ont été vus dans un hôtel du parc Eurodisney — , ils n’ont «pas vocation à rester» et ils «vont le quitter».

17h30. «Le peuple est dans la rue. Il a donné son sang pour libérer la Tunisie». Reportage dans les rues de Toulouse, où 500 personnes exprimaient leur joie ce samedi après-midi. A lire sur LibéToulouse.

16h10. Ils étaient environ 800 à Lyon à manifester pour célébrer la chute de Ben Ali. Et plusieurs milliers (8000 selon l’AFP) dans les rues de Paris. Beaucoup de Tunisiens, mais aussi des Algériens, des Français, dont beaucoup de militants syndicaux et politiques. L’hymne tunisien est entonné sans cesse, les tunisiens sont en liesse, malgré les inquiétudes qui s’expriment quant aux violences qui se produisent toujours dans le pays.

(A Paris, samedi après-midi/ Elodie Auffray)

«La police de Ben Ali pille actuellement le pays. ce n’est pas le peuple, clame une manifestante sur sa pancarte». «Il faut nous aider, ajoute Kamel, 50 ans. La mafia de Ben Ali est en train de tout brûler et de tout casser. Le peuple tunisien n’est pas tombé dans les pièges qui lui sont tendus. Cette révolution est magnifique, historique et on tient à ce que ça reste comme ça».

15h30. «Tous les Tunisiens sans exception et sans exclusive» seront associés au processus politique, a affirmé le président tunisien par intérim, Foued Mebazaa, dans une brève allocution après sa prestation de serment. Il a également annoncé que le Premier ministre sortant Mohammed Ghannouchi était toujours chargé de former un nouveau gouvernement, ajoutant que «l’intérêt supérieur du pays nécessite un gouvernement d’union nationale».

14h30. Communiqué du gouvernement égyptien: «L’Egypte affirme son respect des choix du peuple tunisien et est confiante que la sagesse des frères tunisiens les incitera à la retenue et empêchera le pays de plonger dans le chaos».

14h10. Conclusion de la réunion interministérielle à l’Elysée ce midi: Paris appelle «à l’apaisement et à la fin des violences» en Tunisie, et demande «des élections libres dans les meilleurs délais», lit-on dans un communiqué de Nicolas Sarkozy. Et aussi: la France apporte un «soutien déterminé» à «la volonté de démocratie» des Tunisiens.

«Tunisiens restez debout le monde est avec vous»

13h45. Rassemblement place de la République à Paris. Plus de mille personnes sont déjà réunies pour participer à la «manifestation de soutien aux luttes des peuples tunisiens et algériens». Concert de klaxons, hymne national chanté à tue-tête, drapeaux tunisiens sur les épaules… L’ambiance est plutôt festive. «Avec mon âme, avec mon sang, je te protège Tunisie», chantent aussi les manifestants qui ont envahi la chaussée, bloquant la circulation, les services d’ordre se mettent peu à peu en place.

Beaucoup de manifestants exigent le départ du Premier ministre Mohammed Ghannouchi qu’ils considèrent comme complice de Ben Ali. Sur les pancartes, on lit aussi: «c’est fini Ben Ali», «Ben Ali assassin, Sarkozy complice», «Tunisiens restez debout le monde est avec vous» Et encore: «Yes we can» au recto, «Yes we did» au verso.  Notre reporter, Elodie Auffray, rapporte aussi ses propos d’une mère expliquant à sa fille: «On est là parce que les Tunisiens ont réussi à se libérer de leur dictateur. Mais, pour l’Algérie aussi ça va venir»

(Place de la République, samedi. / Elodie Auffray)

13h20. «Que va-ton faire à présent en Algérie, alors que Ben Ali est chassé du pouvoir par la rue?». La presse algérienne estime que la révolte des Tunisiens devrait constituer un exemple pour les autres pays arabes. Petite revue de presse ici.

Une prison incendiée, 42 morts

13 heures. Un grave incendie a ravagé une prison de Monastir, dans le centre-est de la Tunisie. Il y aurait au moins 42 morts selon un médecin.

12h32. Les opposants et exilés tunisiens sont libres de rentrer au pays, affirme le Premier ministre tunisien sortant, Mohammed Ghannouchi. «Ils peuvent rentrer quand ils veulent. C’est leur pays», a-t-il déclaré à Al-Jazira.

12h30. En France, Bruno Gollnisch, le vice-président du FN, y va de son petit commentaire. A peine arrivé au congrès du FN qui s’est ouvert à Tours, il juge «minable» que la France n’ait pas accordé l’asile à Ben Ali «avec lequel elle avait eu des relations extrêmement chaleureuses et suivies, au motif que l’on craindrait les réactions des Tunisiens en France». «Je trouve ça assez débectant, assez minable, quel qu’ait été le régime de M. Ben Ali».

Midi. Des proches de Ben Ali à Disneyland… Ils auraient trouvé refuge dans un hôtel de Seine-et-Marne, dans l’un des quartiers VIP du Disneyland Hotel à Marne-la-Vallée, lit-on dans le Parisien. Ils seraient arrivés depuis quelques jours avant que Ben Ali ne quitte le pouvoir hier soir.

Retour sur le mois de contestation en Tunisie. En images et vidéos. C’est par ici…

11h30. Le président du Parlement, Foued Mebazaa, a été proclamé samedi président par intérim par le Conseil constitutionnel écartant ainsi la possibilité d’un retour à la tête de l’Etat de Ben Ali qui a fui en Arabie saoudite.

(Photo de Foued Mebazaa, datant de 2004 / Reuters)

11h15. Tous les aéroports tunisiens sont rouverts au trafic aérien (officiel).

10h30. Sarkozy convoque une réunion interministérielle à l’Elysée samedi à midi «sur l’évolution de la situation en Tunisie et sur celle des ressortissants français» dans ce pays. Sont convoqués le Premier ministre François Fillon et les ministres Alain Juppé (Défense), Michèle Alliot-Marie (Affaires étrangères), Brice Hortefeux (Intérieur) et François Baroin (Budget, porte-parole du gouvernement).

La fuite de Ben Ali passionne la presse française. Revue de presse à lire ici.

9 heures. Les Tunisiens le surnommaient «Benavie». Finalement, il a duré vingt-trois ans. A lire dans Libé d’aujourd’hui, le portrait de Ben Ali.

8h45. L’hypermarché Géant, à la sortie nord de Tunis, a été pillé, a constaté un photographe de l’AFP.

Ce samedi 15 janvier. (AFP)

8 heures. La police a commencé à isoler le cœur de Tunis en fermant les accès à l’avenue centrale Bourguiba. Des barrières métalliques ont été dressées au travers des rues débouchant sur l’avenue Bourguiba, interdisant le passage des rares voitures et piétons.

Ce dispositif de sécurité semble avoir été décidé en application de l’état d’urgence décrété vendredi avec interdiction de tout rassemblement, au lendemain d’une nuit de destruction et de pillages dans plusieurs banlieues de Tunis.

Dans les rues de Tunis, vendredi. (Zohra Bensemra/Reuters)

7 heures. Le centre de Tunis est désert après une nuit de destruction et pillages dans plusieurs quartiers périphériques. La confusion règne sur l’heure de levée du couvre-feu en raison d’informations contradictoires, certains parlant de 6 heures, d’autres de 7 heures.

Des destructions et des pillages ont menés par des bandes de personnes encagoulées, selon les témoignages d’habitants apeurés relayés par les télévisions locales durant la nuit.

2 heures. Communiqué officiel de l’Arabie saoudite: «Le gouvernement saoudien a accueilli le président Zine El Abidine Ben Ali et sa famille dans le royaume». Le détail, ici.

Hier soir: La compagnie Air France a annulé jusqu’à nouvel ordre tous ses vols à destination de Tunis.

Libération

Voir aussi : Rubrique Tunisie, Fillon prolixe sur la coopération muet sur les droits de l’homme,

Le régime Moubarak joue avec le feu intégriste

chretiens-egyptiens1Les silences et les non-dits sont parfois plus forts que le vacarme des mots. Au-delà de sa condamnation de l’attentat d’Alexandrie, dans une allocution télévisée aussi inhabituelle que grave, le président Hosni Moubarak n’a pas jugé bon de décréter un deuil national à la mémoire des 21 victimes. Ce «détail», qui n’a pas échappé à la communauté copte (lire ci-contre), est vécu comme une preuve supplémentaire que l’Etat la traite comme un corps étranger au sein de la société. Autre motif de colère des chrétiens : le raïs, dans son allocution, s’est refusé à reconnaître toute spécificité chrétienne à l’attentat, qui aurait visé, selon lui, «le pays tout entier et non une communauté en particulier».

Un tel déni de réalité n’est pas une surprise pour tous ceux qui s’intéressent à l’Egypte, ce géant malade du monde arabe. Mais la plupart des touristes, qui découvrent souvent l’existence d’une communauté chrétienne une fois sur place, se voient servir le discours lénifiant sur l’Egypte éternelle et son indéfectible «unité nationale», défendue par un régime «modéré» adepte d’un islam «tolérant». Le plus étonnant, c’est que même les chancelleries occidentales continuent de faire semblant de croire à cette fiction, probablement au nom de la préservation des accords de paix avec Israël signés à la fin des années 70 par Anouar al-Sadate. Ce qui lui coûta la vie en octobre 1981, déjà dans un contexte de fortes tensions communautaires…

Entrave. Mais c’est ce même Sadate qui a initié une politique d’islamisation de la société afin d’en finir avec les restes de la gauche nassérienne. C’est lui qui, se faisant appeler «le président de la science et de la foi», a élargi les Frères musulmans alors en prison. Lui qui a cru bien faire en allégeant la taxe foncière des immeubles dans lesquels un local était réservé à une salle de prière. D’où l’explosion des zawiya, dirigées par des imams autoproclamés. Cette multiplication des lieux de culte musulmans se double d’une politique d’entrave draconienne à la construction d’églises. La communauté copte étant travaillée par le même mouvement de réveil religieux que les musulmans, elle vit ces limitations comme une injustice.

Après l’assassinat de Sadate – par un commando islamiste -, Moubarak a continué sur la même voie, alimentant le feu qu’il cherchait à éteindre. Pour montrer qu’il était inattaquable sur le chapitre de la bigoterie, il décréta l’interruption des programmes télévisés cinq fois par jour pour la prière. Il laissa Egyptair bannir l’alcool de ses menus, etc. Autant de petits symboles qui, mis bout à bout, ont contribué à polariser la société sur la question religieuse.

Prêches. Un nouveau coup d’accélérateur fut donné après 2006, suite à la percée électorale des Frères musulmans, la hantise du régime. Pour faire pièce à leur islamisme politique, les autorités ont encouragé le salafisme, variante ultrarigoriste de l’islam sunnite qui a l’avantage de prôner le quiétisme politique, c’est-à-dire le retrait des affaires du monde. Un calcul à courte vue car, dans sa version la plus extrême, le salafisme débouche sur le jihadisme, qui encourage la lutte armée contre les régimes impies et tous ceux considérés comme des infidèles (chrétiens, chiites, etc).

Dès lors, rien ne sert à l’Etat de tenter de contrôler les prêches dans les mosquées, alors même que l’islam d’Etat est gangrené par l’intégrisme le plus rétrograde. L’université d’Al-Azhar, dont le grand imam est nommé par décret présidentiel, n’a eu de cesse, ces dernières décennies, de vouloir s’arroger un pouvoir de censure sur la production culturelle et éducative de l’Etat.

Cette crispation touche l’ensemble de la société. Une grande partie de la presse, les journaux officiels en tête, fait ses choux gras depuis six mois sur le sort supposé de chrétiennes converties à l’islam et retenues de force dans des monastères. La communauté copte n’est pas en reste : chauffée à blanc par des chaînes satellitaires proches de la droite chrétienne américaine, elle bruisse de récits invérifiables de chrétiennes kidnappées et converties de force à l’islam.

En ciblant les coptes, les terroristes ont frappé le point le plus sensible de la société égyptienne. Ils savent qu’en cas d’affrontements interconfessionnels, les autorités sont incapables de stopper l’incendie. La police laisse faire quand elle ne prend pas cause pour la foule musulmane, comme ce fut le cas lors du pogrom antichrétien de Zawiya al-Hamra, dans la banlieue du Caire, lors de l’été 1981. Trois décennies plus tard, l’Egypte est plus que jamais un pays divisé, en crise et en proie à une interminable fin de règne…

Christophe Ayad (Libération)

Voir aussi : Rubrique Egypte, Législatives : Les Frères musulmans annoncent leur défaite, Israël construit un nouveau mur, rubrique Religion, Laïcité et République … , rubrique Rencontre, Khaled Al Khamissi , rubrique Livre Sarkozy au Proche Orient,

Dilma Rousseff investie présidente du Brésil

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Dilma Rousseff a prêté serment samedi en tant que première présidente du Brésil devant le Congrès. Mme Rousseff, qui succède au président sortant Luiz Inacio Lula da Silva, a été investie par le président du Sénat José Sarney lors d’une cérémonie solennelle pour devenir la première femme à diriger le Brésil. Mme Rousseff a promis de maintenir, de défendre et de renforcer la constitution fédérale, de respecter les lois, de promouvoir le bien-être au peuple  brésilien et de maintenir l’union, l’intégrité et l’indépendance du Brésil.

Plusieurs dirigeants étrangers, dont le président vénézuélien Hugo Chavez, le président colombien Juan Manuel Santos, le président uruguayen José Mujica, le président palestinien Mahmoud Abbas et le Premier ministre portugais José Socrates ont assisté à l’investiture de Mme Rousseff.

Plus tard dans la journée, Mme Rousseff a reçu l’écharpe présidentielle des mains de Lula devant le palais de Planalto, lors d’une cérémonie qui a été suivi par des milliers de Brésiliens qui se sont réunis sur la place des Trois pouvoirs à côté du palais. Avec un taux d’approbation record de 87 %, Lula a quitté le pouvoir après deux mandats consécutifs de quatre ans, le maximum autorisé par la loi brésilienne.

Selon un sondage publié cette semaine, 64% des Brésiliens estiment que le Brésil s’est considérablement développé sous la direction de Lula.

Xinhua

Voir aussi : Rubrique Brésil : Lula : changer la géographie du monde, Rencontre Bernardo Carvalho,

Les déboires du « printemps de Damas »

Judith Cahen : Le Monde Diplomatique, novembre 2002

Quel sera l’objectif américain après l’Irak ? La question hante les dirigeants de Damas, qui craignent de faire les frais de la politique des Etats-Unis, des tensions nées entre le Liban et Israël sur les questions de l’eau et des risques d’embrasement à la frontière des deux pays. Cette instabilité de l’ordre régional a permis aux caciques du régime baasiste de mettre un terme au « printemps de Damas », qui avait suivi la mort du président Hafez El Assad et son remplacement par son fils, M. Bachar El Assad.

A la mort d’Hafez El Assad le 13 juin 2000, après trente années de pouvoir sans partage, la société civile, les opposants au régime, et même certains baasistes, ont cru à la démocratisation du système politique. La personnalité et la jeunesse de son fils Bachar, successeur désigné du qaïd, sa volonté de modernisation et de lutte contre la corruption ont suscité un grand espoir. Certes, nombre de gens furent choqués par la rapidité avec laquelle la succession fut bouclée (1) et refusèrent la manière dont le nouveau pouvoir insistait sur l’« exception syrienne » qui empêcherait le pays de pratiquer la démocratie des autres. Mais l’insistance du jeune président sur le respect de l’opinion publique accéléra le mouvement de contestation réclamant plus de démocratie et de respect pour le droit des personnes.

« Il faut redonner la parole au peuple. Que le Parlement ait à nouveau le pouvoir de contrôler l’Etat. Sans ce retour aux principes républicains, la Syrie restera ce qu’elle est aujourd’hui : un régime totalitaire, une République héréditaire. » Par cette déclaration de juin 2000, M. Riyad Turk, chef du Parti communiste – Bureau politique, libéré après plus de quinze ans de prison, s’affirme comme la figure emblématique du « printemps de Damas 2) ». Pendant un an, des pétitions – émanant de groupes aussi différents qu’un collectif de « 99 intellectuels », d’avocats, de Syriens de l’étranger ou des Frères musulmans basés à Londres – paraissent dans la presse arabe non syrienne pour réclamer la fin de l’état d’urgence – maintenu depuis l’arrivée du Baas au pouvoir en 1963 -, le retour à l’Etat de droit, le pluripartisme et la libération de tous les prisonniers politiques.

Parallèlement, des muntadayat (forums de discussions organisés en appartement) s’ouvrent à Damas et dans la plupart des grandes villes du pays, recueillant un large succès. Des personnalités politiques indépendantes, des universitaires, mais aussi nombre de citoyens commencent à y exprimer, en public et sous l’oeil attentif de membres du Baas, leurs critiques contre la corruption, l’accaparement du pouvoir par les dignitaires du régime et leurs enfants ou appellent au multipartisme, au respect du droit d’expression et à la libération des prisonniers politiques.

Puis, en septembre 2001, le régime, après avoir lancé un premier avertissement sur les lignes rouges à ne pas franchir (3), jette en prison dix militants pour la démocratie, dont M. Riyad Seif, député indépendant, et M. Turk. A la fin d’août 2002, tous les militants sont condamnés à des peines allant de deux à dix ans de prison pour avoir « porté atteinte à la Constitution, incité à la sédition armée et aux dissensions confessionnelles, sapé le sentiment patriotique et propagé de fausses nouvelles ».

Certains observateurs étrangers soutiennent que M. Seif a été emprisonné à la suite d’un rapport au Parlement dans lequel il dénonçait des irrégularités entourant la création de deux monopoles de téléphonie mobile, SyriaTel et Investcom, dont M. Rami Makhlouf, cousin de M. Bachar El Assad, est le principal actionnaire. En réalité, M. Seif n’avait même pas cité ce dernier, mais il avait attiré l’attention sur le fait que la Syrie était l’un des rares pays dans le monde où l’Etat n’avait rien gagné par la vente des licences de téléphonie mobile et où les opérateurs n’étaient même pas soumis à l’impôt sur les sociétés…

Pour Me Haïssam Maleh, président de l’Association des droits de l’homme en Syrie (ADHS), contre lequel un mandat d’arrêt a été émis récemment, « le pouvoir a voulu, avec ces arrestations, envoyer un message clair à la société civile. Il n’avait pourtant rien à craindre de ce mouvement – et d’ailleurs personne ne croit en Syrie que le régime sera renversé par la force. Mais la peur est double : il y a celle du peuple, et celle du régime, qui craint pour ses privilèges ».

Une presse sous contrôle

Les forces ayant porté le « printemps de Damas » avaient d’ailleurs des contours flous et manquaient singulièrement d’assise populaire. Y… regarde, sceptique, le marc de son café ; il a préféré une rencontre dans un lieu public, les appartements des opposants étant trop souvent surveillés. Après avoir passé de longues années en prison, cet ancien membre du Parti communiste de M. Turk porte un regard amer : « Les jeunes sont formatés par le Baas de la maternelle à l’université. La nouvelle génération ne pense au mieux qu’à faire de bonnes études, au pire qu’à s’enrichir par tous les moyens. En Syrie, on ne peut pas vraiment parler d’opposition, mais plutôt d' »attitude oppositionnelle » consistant à en appeler à la « glasnost » et à la modernisation. Ses différents courants sont comme des tribus qui se côtoient, mais ne proposent pas de projet fédérateur. Et elle a échoué à conquérir la jeunesse, peut-être parce qu’elle continue à utiliser un vocabulaire politique qui n’a pas changé depuis les années 1950-1960. »

Cette jeunesse urbaine ressemble à celle des grandes villes européennes : portables et street wear sont l’apanage des Damascènes, qui ont depuis peu investi la traditionnelle medina, désormais remplie de cafés Internet, de restaurants implantés dans d’anciens palais et de discothèques pleines à craquer le jeudi soir, veille du week-end musulman. Les copines sortent en groupe, les lycéennes enlacent leur petit copain dans les lieux publics, et on aperçoit çà et là des femmes voilées fumer en pleine rue.

Du côté du pouvoir, les choses sont retournées à la situation initiale, confie un diplomate : « Le style présidentiel n’a pas changé, même s’il y a moins de portraits du président dans les rues. Avant son accession au pouvoir, on voyait Bachar El Assad partout, en toute simplicité. Aujourd’hui, non seulement on ne le voit plus, mais il reste totalement opaque pour son peuple sur les questions internes : aucune interview aux médias syriens, pas de discours télévisés… »

D’ailleurs, l’ancien système politique n’a jamais disparu. Plus que jamais, il s’apparente à une joumloukia (4). Pour confirmer son intronisation, M. Bachar El Assad a dû réunir le Congrès du parti, qui ne s’était plus tenu depuis 1985. Le Baas, un moment tenté par le « printemps », s’est soudé autour des dignitaires, de peur de perdre ses privilèges de parti « guide » de la Syrie. Seule nouveauté, quelques proches du nouveau président (huit sur trente-six ministres) détiennent des postes importants du point de vue économique, mais pas du point de vue politique.

M. Assad fils a permis l’introduction d’une nouvelle loi sur la presse (inchangée depuis 1949), qui autorise la publication de nouveaux titres, mais reste très restrictive : les journaux mettant en cause l’« unité » ou la « sécurité » nationale peuvent être interdits, la publication de fausses nouvelles est punie de un à trois ans de prison et d’une amende pouvant aller jusqu’à 18 000 dollars. Pour cet universitaire damascène, « la nouvelle loi institutionnalise la censure. Les fils des caciques du régime, par leurs liens avec le pouvoir et leur poids économique, sont les seuls à en profiter ». De fait, les nouveaux titres sont tous dirigés soit par des formations politiques inféodées au Baas, soit par des amis ou familiers de Bachar, soit par des fils de dignitaires du régime. Cette nouvelle presse s’est même montrée bien plus dure vis-à-vis du dossier Seif et des autres prisonniers d’opinion que la presse officielle.

Sur la corruption, ce diplomate européen constate, non sans une pointe de cynisme, que « derrière chaque homme d’affaires il y a un général qui veille au grain. Ici, la corruption est endémique. Par exemple, chaque colonel a droit à une dotation de diesel. Qu’en fait-il ? Il la revend à bon prix aux chauffeurs de taxi… La plupart des puissants ne pensent qu’à se faire de l’argent ; peu leur importe que ce soit dans une économie socialiste ou capitaliste. Mais, lorsqu’ils auront compris qu’il y en a plus à se faire dans un système capitaliste, alors peut-être ils songeront à la démocratie ».

Dans un pays où le chômage frappe au moins 20 % de la population active, où les 15-35 ans représenteront dans deux ans un peu plus de 8 millions de personnes, soit près de la moitié de la population, et où le produit national brut par habitant se situe en deçà de 1 000 dollars (5), le gouvernement mise surtout sur le thème de la réforme économique pour faire oublier l’absence de démocratie. Mais de quelles réformes s’agit-il et à quelle vitesse se réalisent-elles ?

Ainsi, malgré la loi no 28 sur la création de banques privées, votée en 2001, l’ouverture du premier établissement privé, prévue pour 2002, a été reportée. Le Conseil suprême de la monnaie et du crédit, qui gérera la Banque centrale et les activités bancaires publiques et privées, n’est toujours pas créé, et il faudra encore que les banques candidates passent par deux étapes préliminaires, dont une seule prend trois mois. L’investissement privé, autorisé en 1991, ne décolle pas, et les étrangers, eux, n’en représentent qu’à peine 1 %. Comment, il est vrai, s’engager dans un pays dans lequel la justice semble si inféodée au régime, même dans le domaine des affaires (6) ? Réputé proche de M. Bachar El Assad, ancien membre du Parti communiste, M. Issam Al-Zaïm, ministre de l’industrie, a affirmé, le 11 juillet 2002, que les réformes économiques peuvent tout à fait avancer sans qu’on touche au domaine politique, le modèle à suivre étant celui de la Chine…

D’autre part, et malgré le contrôle qu’exerce sur lui la Syrie, le Liban est devenu, surtout depuis deux ans, un terrain de relative liberté d’expression pour l’opposition syrienne. Le quotidien libanais An-Nahar (interdit en Syrie) et surtout Al-Moulhaq, son supplément culturel, dirigé par l’écrivain et homme de théâtre Elias Khoury, ouvrent régulièrement leurs pages à l’opposition syrienne. Pour M. Khoury, « dès avant la mort d’Hafez El Assad, certains intellectuels s’exprimant au Liban avaient brisé les tabous sur la Syrie. Maintenant, leur marge d’expression est devenue une lutte qui peut s’épanouir, car elle fait partie intégrante de la lutte pour la démocratie libanaise ». Le 5 juillet 2002, un sit-in de la gauche libanaise et de quelques chrétiens de l’opposition avait lieu à Hamra, artère principale de Beyrouth, pour demander la libération de M. Turk.

Le contexte régional, avec l’Intifada palestinienne, l’élection de M. Ariel Sharon, puis les attentats du 11 septembre, a placé le pays du « mauvais côté de la barrière (7) ». Le regain de tension offre au régime un prétexte pour repousser l’ouverture démocratique. Mais l’affrontement régional permet aussi à l’opposition d’exprimer, indirectement, ses critiques.

Ainsi, à partir du siège de Jénine par l’armée israélienne, au printemps 2002, des sit-in ont été organisés pendant quarante-deux jours devant le siège de l’ONU à Damas, dans le quartier chic d’Abou Roumané, sans qu’aucun slogan ni affiche fasse référence à la politique officielle du régime. Le mouvement est allé jusqu’à rassembler 5 000 personnes. « Or, commente un intellectuel, le pouvoir ne pouvait ni interdire, car, pour le principe, les manifestations propalestiniennes sont bienvenues, ni laisser faire, puisque celles-ci n’étaient pas prises en main par le parti et risquaient de finir en critiques contre l’inaction du régime face aux frères de Palestine. Il a donc décidé de neutraliser les manifestants par d’autres moyens : en faisant venir par bus entiers des centaines de jeunes appartenant au Baas ainsi qu’aux moukhabarat (services de renseignement), et en noyant ainsi la manifestation dans cette foule. »

A Damas, la vieille garde a repris le dessus. Une amnistie des prisonniers syriens, que Patrick Seale, biographe de Hafez El Assad, appelle de ses voeux (8), serait non seulement moralement nécessaire, mais également utile pour l’image du pays. Or M. Bachar El Assad donne l’impression d’agir comme s’il avait, quoi qu’il arrive, trente ans de pouvoir devant lui. Et même si l’époque des arrestations massives est passée, la façon dont le fils gère la contestation tend à montrer qu’un des slogans du temps du père (Assad lil abad wa baad al abad : « Assad jusqu’à l’éternité et après l’éternité ») a pris le sens d’une sombre prophétie. Pourtant, comme l’a si bien dit le dramaturge syrien Saadallah Wannous, décédé en 1997, les Syriens « sont condamnés à l’espoir ».

notes

(1) Sur les modalités de la succession, voir l’article d’Alain Gresh, « L’ascension programmée du « docteur Bachar » en Syrie », Le Monde diplomatique, juillet 2000, ainsi que ceux de Sakina Boukhaima et de Philippe Droz-Vincent (« Bachar Al Assad : chronique d’une succession en Syrie » et « Syrie, la « nouvelle génération » au pouvoir : une année de présidence de Bachar Al Assad », dans Maghreb-Machrek, respectivement n° 169, juillet-septembre 2000 et n° 172, juillet-septembre 2001).

(2) Le Monde, 28 juin 2000. M. Riyad Turk adopta, dans les années 1970, des positions hostiles à l’URSS et au régime en place à Damas : il créa sur cette base le PC – Bureau politique, dont il fut secrétaire général. Il passa dix-sept ans et demi dans une cellule d’isolement et fut libéré en 1998 sans avoir été jugé. Depuis septembre 2001, il est à nouveau sous les verrous et a été condamné à deux ans et demi de détention.

(3) Le 8 février 2001, dans une interview à Asharq Al-Awsat, puis en mars lors de manoeuvres militaires, M. Bachar El Assad déclare que l’unité nationale, la politique de son père, l’armée et le parti sont des sujets qui ne peuvent être critiqués. De son côté, le vice-président syrien Abdel Halim Khaddam déclarait : « L’Etat ne permettra pas que la Syrie se transforme en une autre Algérie. »

(4) Néologisme formé par le début du mot arabe signifiant république et par la fin de celui signifiant royauté. Cf. « Menaces sur le printemps de Damas », Chronique d’Amnesty, Paris, mai 2002.

(5) Chiffres de la Banque mondiale, 2000.

(6) Un tribunal syrien a débouté le géant des télécommunications Orascom dans la bataille juridique qui l’opposait à son partenaire (pour 25 %), SyriaTel. L’opérateur égyptien accusait la compagnie syrienne de vouloir détenir l’exclusivité d’accès aux comptes bancaires, contrairement aux accords passés. C’est maintenant chose faite : les 40 millions de dollars d’avoirs d’Orascom sont gelés par la justice, qui a nommé M. Makhlouf directeur général de SyriaTel.

(7) Pour rectifier son image, la Syrie collabore, depuis octobre 2001, avec la CIA. Le 21 juin 2002, M. Vincent Cannistraro, ancien chef de la CIA pour la lutte antiterroriste, déclarait au Washington Post que la Syrie « coopère entièrement dans les enquêtes sur Al-Qaida et sur les personnes liées à l’organisation. Dans certains cas, la Syrie a même reporté l’arrestation de suspects afin de suivre leurs conversations et déplacements pour en référer aux Etats-Unis ».

(8) Al-Hayat, Londres, 21 juin 2002, numéro censuré en Syrie.

 

Voir aussi : Rubrique Syrie, rubrique Histoire, Le mandat français en Syrie et au Liban durant les années 30 , Histoire de la Syrie, Syrie: fiche pays,

Câbles diplomatiques : L’Iran tête de serpent

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L’Iran est l’une des principales cibles des câbles diplomatiques révélés par Wikileaks. Ils révèlent les craintes des pays voisins face à ses velléités de puissance régionale et à sa course au nucléaire.

Missiles nord coréens

Cité par le New York Times, un message révèle que l’Iran a acquis auprès de la Corée du Nord des missiles de technologie avancée lui permettant d’atteindre l’Europe occidentale. Selon le journal, qui cite un télégramme diplomatique daté du 24 février dernier, des « rapports secrets du Renseignement américain ont conclu que l’Iran a obtenu des missiles de haute technologie, conçus sur la base d’un modèle russe ».

« Iran Watchers »

Les documents révélés par Le Monde montrent que le régime iranien laisse les Américains perplexes. Ils guettent le moindre indice pour essayer de comprendre comment son fonctionnement. Ils s’appuient sur les confidences d’observateurs variés. Ainsi, tel « homme d’affaires » non-iranien qui se rend fréquemment à Téhéran, « a appris d’une des ses connaissances que Rafsandjani [l’ancien président iranien] lui a confié que le Guide suprême Ali Khamenei a une leucémie en phase terminale et pourrait mourir dans quelques mois. En conséquence, Rafsandjani a décidé de cesser de défier Khamenei et se prépare à se faire désigner comme son successeur ». Mais l’information est contredite par une autre source: le 18 novembre 2009, un télégramme d’un diplomate américain en Israël, relate un entretien avec un représentant du Mossad. « Le Mossad a indiqué qu’aucune information ne suggère un changement dans l’état de santé de Khamenei, et que ceux qui l’entourent paraissent plus loyaux que jamais ».

Les angoisses des Pays arabes

L’Arabie Saoudite

Ryad appelle Washington à attaquer l’son ombrageux voisin: « Il vous a dit de couper la tête du serpent », déclare, en citant le roi, l’ambassadeur saoudien à Washington, Adel al-Jubeir, à son homologue américain en Irak, Ryan Crocker, et au général américain David Petraeus. L’ambassadeur leur rappelle les « exhortations fréquentes (du roi) aux Etats-Unis pour attaquer l’Iran et mettre un terme à son programme d’arme nucléaire », selon la retranscription d’une réunion du 17 avril 2008.
Les Saoudiens et d’autres monarchies du Golfe accusent en outre les agents iraniens de tenter d’implanter des « organisations sur le modèle du Hezbollah » libanais au Yémen et en Afrique, selon les documents. Ils soutiennent aussi que Téhéran appuie la rébellion zaïdite chiite dans le nord du Yémen.

Le Liban

Saad Hariri, le premier ministre libanais est lui aussi inquiet de l’influence grandissante de l’Iran dans la région et encourage Washington à attaquer l’Iran, selon lers documents. Les Etats-Unis devraient être prêts « à tout faire, si nécessaire », pour empêcher l’Iran de se doter de l’arme atomique aurait-il dit en 2006 à des responsables de Washington. « L’Irak, ce n’était pas nécessaire mais l’Iran ça l’est », aurait estimé, selon la même source, celui qui était alors chef de la majorité parlementaire libanaise, en faisant allusion à l’intervention militaire américaine de 2003 en Irak.

La Jordanie

L’Iran est décrit par des responsables jordaniens comme « une pieuvre utilisant insidieusement ses tentacules pour manipuler, fomenter et saper les plans des Occidentaux et des régionaux modérés » selon un autre document.

La politique de la main tendue d’Obama

Plusieurs Pays arabes sont inquiets, après l’arrivée au pouvoir de Barack Obama en 2008, de ses ouvertures envers le régime des mollahs.

Un câble de l’ambassadeur américain à Amman Stephen Beecroft, daté du 2 avril 2009, affirme ainsi que « le roi Abdallah II a indiqué à l’envoyé spécial George Mitchell en février (2009) qu’un dialogue américain avec l’Iran approfondira les schismes inter-arabes et que davantage de pays rallieront le camp iranien ».

Saad Hariri, le premier ministre libanais est lui aussi inquiet de l’influence grandissante de l’Iran dans la région et encourage Washington à attaquer l’Iran, selon lers documents. Les Etats-Unis devraient être prêts « à tout faire, si nécessaire », pour empêcher l’Iran de se doter de l’arme atomique aurait-il dit en 2006 à des responsables de Washington. « L’Irak, ce n’était pas nécessaire mais l’Iran ça l’est », aurait estimé, selon la même source, celui qui était alors chef de la majorité parlementaire libanaise, en faisant allusion à l’intervention militaire américaine de 2003 en Irak.

La Jordanie

L’Iran est décrit par des responsables jordaniens comme « une pieuvre utilisant insidieusement ses tentacules pour manipuler, fomenter et saper les plans des Occidentaux et des régionaux modérés » selon un autre document.

La politique de la main tendue d’Obama

Plusieurs Pays arabes sont inquiets, après l’arrivée au pouvoir de Barack Obama en 2008, de ses ouvertures envers le régime des mollahs.

Un câble de l’ambassadeur américain à Amman Stephen Beecroft, daté du 2 avril 2009, affirme ainsi que « le roi Abdallah II a indiqué à l’envoyé spécial George Mitchell en février (2009) qu’un dialogue américain avec l’Iran approfondira les schismes inter-arabes et que davantage de pays rallieront le camp iranien ».  Alors que dans le passé les Etats-Unis, l’Arabie saoudite et Saddam Hussein s’entendaient sur la nécessité de contenir l’Iran, la politique américaine a donné l’Irak à l’Iran comme un cadeau sur un plateau d’argent. » se plaint le roi Abdallah d’Arabie saoudite, cité dans un télégramme de décembre 2005

La Jordanie craint également qu’un dialogue entre les Etats-Unis et l’Iran ne se fasse au détriment des intérêts arabes, en particulier des pays « modérés », selon un autre document. « Si des pourparlers directs américano-iraniens devaient avoir lieu, le leadership jordanien insiste qu’ils ne se fassent pas au détriment des intérêts arabes, notamment ceux de (pays) modérés tels que la Jordanie, l’Egypte, l’Arabie Saoudite et l’Autorité palestinienne dirigée par le Fatah », indique l’ambassadeur dans son rapport.

Téhéran et le Hamas

En 2009, le roi Abdallah indique à des responsables américains avoir demandé au chef de la diplomatie iranienne, Manouchehr Mottaki, de s’éloigner du Hamas palestinien. « Ce sont des musulmans », aurait répondu le ministre, selon le document américain. « Non, ce sont des Arabes, et vous, Persans, n’avez pas à vous ingérer dans les affaires arabes », aurait répliqué le roi.

Ambitions afghanes

Washintgton regrette les ambitions iraniennes à Kaboul montrent des documents mis ligne par Le Monde. Se confiant à l’ambassadeur américain en poste à Kaboul, un proche du président afghan Hamid Karzaï confiait ainsi en février 2010 que les ambitions iraniennes étaient motivées par « une guerre d’objectifs » et non plus simplement – comme par le passé – par des « sympathies religieuses ». Téhéran entend « Contrer l’influence occidentale en Afghanistan » explique le conseiller du président afghan. A à cette fin, le soutien à des talibans sunnites n’est plus tabou. « L’Iran aide des factions de talibans à condition qu’elles ne soient pas affiliées au mollah Omar », le chef du mouvement taliban.

L’Iran et l’Amérique latine

Les Etats-Unis sont préoccupés par les liens croissants de Téhéran avec le Venezuela, le Brésil et la Bolivie. Washington s’est renseigné au moins depuis 2007 sur les possibilités d’une augmentation de production d’uranium, notamment au Venezuela, un pays qui a intensifié ces dernières années ses relations avec l’Iran, selon le journal espagnol El Pais. Les diplomates de plusieurs ambassades des Etats-Unis en Amérique latine estiment, selon ces câbles, que « les rumeurs sur l’uranium ne doivent pas être dédaignées » dans ces pays sud-américains, notamment au Venezuela.

La réactions de Téhéran

L’Iran a décidé de répondre par le mépris aux révélations de Wikileaks sur l’inquiétude et l’animosité des voisins arabes de l’Iran, pour ne pas tomber dans un « piège » des Etats-Unis.

Les milliers de dépêches diplomatiques, s’inscrivent dans un « complot » des Etats-Unis « pour semer l’iranophobie et la discorde dans le monde islamique », estimait le ministère iranien des Affaires étrangères le 30 novembre. Les pays de la région « ne doivent pas tomber dans ce piège », souligne de son côté le porte-parole du ministère, Ramin Mehmanparast.

« Les documents WikiLeaks ne révèlent rien, les Iraniens connaissent depuis longtemps les sentiments des pays arabes du Golfe à leur égard. Mais avoir la preuve écrite que vos voisins encouragent votre ennemi à vous attaquer ne peut pas ne pas laisser de trace », note un diplomate occidental à Téhéran.

L’Express