Essai. Un recueil de textes de journalistes spécialisés et d’historiens démontre que la politique française au Proche -Orient est loin de débloquer le processus de paix israélo-arabe.
Pas simple dans l’hexagone de se faire une idée sur la politique étrangère française. Celle-ci, en vertu de notre constitution, reste l’apanage exclusif du chef de l’État. L’ouvrage Sarkozy au Proche Orient* fait le point sur la politique française dans l’espace complexe du conflit israélo-palestinien. Est souligné d’entrée de jeu, que la politique menée au Proche-Orient depuis l’élection de Sarkozy répond de manière basique au projet du président avant son élection?: » Rompre avec la politique d’indépendance vis-à-vis des États-Unis et raviver l’idylle franco-israélienne « . Les deux objectifs pouvant aux yeux du chef de l’État, apparaître liés.
Le livre propose un ensemble de textes de journalistes spécialisés et d’historiens sous la direction de Farouk Mardam-Bey, ancien conseiller culturel de l’Institut du monde arabe qui dirige chez Actes-Sud l’intéressante collection Sindbad. Il en ressort que la rupture a consumé la remarquable constance à laquelle la diplomatie française se tenait depuis quarante ans. Ce que l’on a baptisé, en dépit de nombreuses entorses, la politique arabe de la France, reposait sur trois principes fondamentaux, rappelle Mardam-Bey dans le propos introductif : le droit de tous les États du Proche-Orient, y compris Israël, à vivre dans des frontières sûres et reconnues. Le refus d’entériner tous » les changements réalisés sur le terrain par l’action militaire « . La nécessité, enfin, d’une intervention commune de toutes les grandes puissances afin de garantir la mise en application des deux premiers principes.
On découvre à travers différentes analyses comment Nicolas Sarkozy affiche un pragmatisme à la petite semaine qui, comme le souligne l’universitaire Alain Chenal, » stupéfie plus d’un diplomate par la vacuité de ses propos « . Et on conclut, que sur ce terrain aussi, le locataire actuel de l’Élysée qui voit la scène internationale comme un moyen de soutenir son image intérieure a beaucoup de chemin à faire pour reconduire son bail en 2012.
L’écrivain hispano-péruvien, Mario Vargas Llosa, qui s’est vu décerner ce jeudi le prix Nobel de littérature, s’est imposé depuis des années comme un des grands noms de la littérature mondiale, auteur d’une oeuvre d’inspiration historique aux formes narratives innovatrices. Déjà lauréat, entre autres récompenses, du prix Cervantès, la plus importante distinction littéraire en espagnol, il est l’auteur d’une trentaine de livres (essais, romans, nouvelles, théâtre) traduits dans le monde entier.
Cet ancien journaliste et professeur a été le candidat d’une coalition de centre-droit à la présidence du Pérou en 1990, battu par Alberto Fujimori. Né à Arequipa (sud du Pérou), le 28 mars 1936, il est élevé par sa mère et ses grands-parents maternels à Cochabamba (Bolivie) puis au Pérou. Après des études à l’Académie militaire Leoncio Prado de Lima, il décroche une licence de lettres à Lima. Grâce à une bourse, il poursuit ses études et obtient un doctorat à Madrid. Il s’installe ensuite à Paris, où, marié à sa tante Julia Urquidi, de 15 ans son aînée, il exerce diverses professions: traducteur, professeur d’espagnol, journaliste à l’Agence France-Presse.
En 1959, il publie son premier recueil de nouvelles Les caïds. Mais c’est avec le roman La ville et les chiens que sa carrière littéraire décolle en 1963. Trois ans plus tard, il consolide sa notoriété avec La Maison verte. Séduit par Fidel Castro et la révolution cubaine, il se rend à La Havane qu’il quittera pour regagner l’Europe avec une nouvelle épouse, Patricia. En 1971, l’auteur rompt publiquement avec la révolution castriste et les mouvements d’extrême-gauche, devenant un critique acerbe du «lider maxim». Le prestige littéraire de Vargas LLosa s’est entre-temps renforcé avec la parution en 1969 de son roman documentaire Conversation à la cathédrale.
Suivent d’autres succès comme Pantaleon et les visiteuses (1973), satire du fanatisme militaire, La tante Julia et le scribouillard (1977), inspiré de son premier mariage, La guerre de la fin du monde (1982) évoquant la politique brésilienne, Qui a tué Palomino Molero? (1986) sur les violences politiques au Pérou, et Le poisson dans l’eau (1993), récit autobiographique, ou encore Eloge de la marâtre, La fête au bouc et Tours et détours de la vilaine fille.Une étroite amitié le liera pendant plusieurs années à l’écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez, resté proche de Castro, mais elle se terminera abruptement dans un incident qu’aucun des protagonistes n’a expliqué. Il avait obtenu en 1993 la nationalité espagnole.
AFP
Voir aussi :Rubrique Littérature latino-américaine, Rubrique Littérature espagnole,
Revue. Les temps nouveaux s’intéresse au mouvement social et à la lutte politique dans la perspective de construire une alternative.
L’idée de croiser les réflexions de responsables syndicaux et associatifs, intellectuels engagés et acteurs du mouvement social, qui enragent de l’atonie du débat sur les alternatives nécessaires, résonne bien avec le sentiment d’urgence qui se repend dans les têtes et dans les rues. Après trois décennies de politique libérale, la libération des forces du marché a développé à l’échelle de la planète des politiques destructrices de progrès social et de liberté, accompagnées d’une normalisation de la pensée et de la culture, constatent les protagonistes. Claude Debons, du Parti de gauche, pose dans l’éditorial l’ambition affichée d’élaborer une réponse associative, syndicale et politique à la hauteur des enjeux, et de construire dans un même temps des rapports de forces nécessaires à leur mise en œuvre.
Ce premier numéro de la revue publié par les éditions Au bord de l’eau, rassemble un bel éventail de pensées critiques. Chacun dans leur domaine, les contributeurs se retrouvent pour dénoncer les règles actuelles du pouvoir financier. De la montée en puissance de la stigmatisation, à l’enjeu social de la réforme des retraites, une cohérence se tisse.
La première partie fait le point sur l’actualité des mouvements, avec un regard sociologique mettant en perspective la grève des travailleurs sans papiers, qui trace les contours d’un droit de grève pour les salariés les plus précaires. Le dossier central aborde l’acuité de la crise en sondant en profondeur les contradictions du capitalisme financier, sans oublier de révéler sa face cachée.
La dégradation salariale et la montée de la souffrance au travail qui vont immanquablement s’intensifier invite ardemment à trouver une nouvelle issue. Après avoir dressé un état des lieux du chantier, l’économiste Michel Husson, membre de la fondation Copernic envisage des réponses progressistes en situant l’enjeu crucial : « quelle est sur l’échelle du radicalisme, la position du curseur qui permet le mieux de mobiliser ?
Une revue à découvrir où l’on ne renonce pas à l’exigence du sens, et où l’on se garde de confondre La gauche radicale de rupture avec le social-libéralisme d’accompagnement.
Jean-Marie Dinh
Les Temps Nouveaux, automne 2010, éd Le Bord de l’Eau, 14 euros.
Essai. L’avancée de la politique environnementale chinoises pourraient être au cœur du renouvellement de l’économie de marché.
L’historien géographe Jean-Claude Levy livre avec le concours de Fan Xiaohong, auteur chinoise d’une thèse sur l’émergence d’une politique chinoise de l’environnement, une réflexion sur une problématique incontournable de l’économie mondiale. Comment protéger le capital naturel directement concerné par la crise urbaine et capitalistique ? Actuellement missionné par le ministère des affaires étrangères et européennes sur la Chine, et le développement durable, ce disciple de Braudel (1), évoque différentes politiques environnementales conduites actuellement dans le monde. Il revient aux fondements des grandes idées du XIXe ayant marqué la politique environnementale.
A l’origine du modèle économique qui semble aujourd’hui avoir fait son temps, se niche la philosophie de l’histoire. L’auteur remonte le fil pour en retracer le film de 1850 à 2009. La vison de la nature de Darwin avec sa théorie de l’évolution et celle de Marx, relative à l’organisation de l’espace, sont à la croisée de ce qui s’est fait au XIXe avance Jean-Claude Levy. Le XXe est le siècle de l’hygiène, se plait à rappeler l’historien qui pense que le XXIe, siècle devrait être celui de l’environnement et des pouvoirs locaux.
Si les aménagements haussmanniens sont connus pour avoir fournit un efficace antidote aux rébellions urbaines, l’auteur rappelle qu’ils ont aussi et surtout, apporté l’hygiène à la population avec le tout à l’égout. » Au XIXe, la pérennité capitalistique s’est imposée, brutalisant les hommes, négociant toutefois avec le milieu naturel pour l’eau, l’hygiène et l’assainissement. Mais durant tout le XXe siècle, le capital, principalement financier, a paru déraper sur lui-même jusqu’à ne laisser à la ville que le choix de croître démesurément et de mettre la nature en crise. »
Un problème majeur pour la Chine d’aujourd’hui. On découvre dans cet essai que l’empire du milieu s’y attache très sérieusement depuis une dizaine d’année. Il existe en Chine un nombre considérable d’expérimentations territoriales, réalisées par des politiques locales, appliquées aux plus petits territoires, mais accompagnées par l’Etat, elles contraignent les opérateurs industriels et administratifs à se plier à de nouvelles règles. Permettraient-elles d’élaborer un nouveau mode de production et de consommation dont l’économie circulaire serait devenue le pilier ? Interroge Jean-Claude Levy.
Le sommaire de L’économie circulaire : l’urgence écologique ? s’articule autour des nombreuses expériences qualifiées vécues par l’auteur. Un double regard, chinois et occidental qui a de quoi faire tourner la tête. Mais aussi un livre plein de réflexions passionnantes sur l’avenir du monde sans perdre de vue les avancées nécessaires de son développement social.
Jean-Marie Dinh
* L’économie circulaire : l’urgence écologique ? Aux Editions Presses Ponts et chaussées
Dans La civilisation matérielle, économie et capitalisme XVIe –XVIIIe siècle (Armand Colin 1979), Braudel évoque l’économie monde qui s’étend à la terre entière et s’intéresse aux évolutions historiques de l’économie chinoise.
Deux questions à l’auteur
Votre vision historique appréhende la crise économique et environnementale mondiale en comparant notamment la situation de l’Occident et de la Chine. Où en est la Chine en matière de politique environnementale ?
Depuis 1978, les réformes de Deng Xiaoping ont introduit les mécanismes de l’économie de marché au cœur de la dictature du prolétariat qui avait fortement malmené les ressources naturelles et humaines. La rupture et maintenant effective. L’environnement n’est pas la préoccupation principale du gouvernement, mais il y a dix ans, la Chine s’est posée la question des ressources naturelles et l’appareil législatif laisse depuis, une place à l’environnement avec des implications majeures dans les champs économique et social. Les Chinois ont pris à bras le corps la politique de l’eau. On a beaucoup critiqué le barrage des Trois Georges mais c’était une nécessité pour alimenter Pékin en eau. En terme d’énergie, ce barrage produit l’équivalent de trois centrales nucléaires. La Chine prend également beaucoup d’initiatives en matière de politique urbaine avec l’aval de la population qui accompagne le mouvement.
En quoi cette politique diffère-t-elle de la nôtre ?
Contrairement aux idées reçues, on est au bout du mythe de Robinson. L’idée que l’on va apporter aux bons sauvages ce que l’on sait, a trouvé ces limites. On n’a plus rien à apprendre aux Chinois. D’autant que le contexte et les besoins diffèrent. La Chine s’est hissée au premier rang en matière de recherche et investissement. Avec la pression de l’urbanisme, les Chinois construisent vites mais à 20 ans, quitte à tous revoir en 2030, alors que nous construisons pour une durée d’environ 50 ans. Tout va plus vite en Chine. Ils essaient de faire ce que nous avons fait en 150 ans en 25 ans. Ici la politique environnementale repose sur des engagements du type Agenda 21. En Chine, il existe 500 zones expérimentales avec l’émergence d’écozones ou d’écovilles affectées à l’économie circulaire. L’objectif est d’utiliser le plus efficacement possible les ressources et la protection de l’environnement. Une autre différence existe en matière d’implication. Chez nous, l’Etat dispose de moins en moins d’autorité sur les secteurs industriel et marchand. En Chine, l’avancement de l’économie circulaire a été déployé en deux ans, sous la forme d’une stratégie d’Etat. Le feuille de route vise à sortir du schéma de consommation aveugle de l’économie linéaire. C’est une réforme empirique, comme la réforme de l’ouverture économique en 1978.
Les Chinois ont pris conscience que pour continuer et réussir leur décollage pacifique, ils doivent trouver leur propre voie d’industrialisation et d’urbanisation en équilibrant la croissance économique avec la protection des ressources naturel.
La couverture des incendies russes par la blogosphère a pris une tournure moins tragique lorsque le réputé Premier ministre russe Vladimir Poutine a répondu à un billet de LiveJournal, la populaire plate-forme de blogs, et a par inadvertance créé un nouveau thème Internet appelé “rynda.”
L’histoire commence avec un billet de blog très lu de l’utilisateur LJ top-lap re-publié par Aleksey Venediktov, le rédacteur en chef hautement respecté de la radio russe “Echo Moskvy,” sur le site internet de la station [en russe].
Dans son introduction, Venediktov s’addresse à Vladimir Poutine :
Cher Vladimir Vladimirovitch,
Savez-vous que la population est indignée du travail effectué par le gouvernement pour éteindre les incendies dans les régions de la Fédération de Russie ? Evidemment, personne ne vous le dira en face, mais Internet est rempli de critiques et de colère.
En particulier, de nombreux habitants des régions touchées parlent en termes extrêmement peu flatteurs de l’action de votre gouvernement.
Ceci est un exemple, et pas le plus vif, de billet sur Internet.
Que répondriez-vous à cet homme ?
Et Venediktov de poursuivre avec l’intégralité du billet de top-lap. En voici des extraits :
Vous savez pourquoi nous brûlons ? Parce que c’est un merdier. […] Dans mon village sous les connards de communistes – que tout le monde critique – il y avait trois étangs anti-incendies, une rynda [Note de l’auteur : apparemment le vieux mot russe de “rynda” désigne une clochette servant à signaler les événements importants du village] que l’on sonnait en cas d’incendie, et, miracle – un camion de pompiers, un pour trois villages il est vrai, mais au moins il y en avait. Puis messieurs les démocrates sont arrivés et le merdier a commencé. La première chose qu’ils ont faite, c’est de combler les étangs anti-incendies et de vendre les terrains pour la construction. On a aussi fait quelque chose au camion de pompiers, probablement les extra-terrestres l’ont embarqué, et la rynda a été remplacée (putain de modernisation) par un téléphone qui ne fonctionne que dalle parce qu’on a oublié de le connecter. Il est resté un pompier mais il n’a rien d’autre qu’un casque et une combinaison qui lui restent de ces mêmes méchants communistes.
Top-lap continuait en décrivant comment le manque de moyens élémentaires rendait impossible d’éteindre efficacement les incendies. Plein de rage, le blogueur interroge :
J’ai une question.
Où va notre argent ? Pourquoi est-ce que chaque année nous glissons toujours plus vers une société primitive ? A quoi bon un centre de recherche à Skolkovo [Note de l’auteur : à propos de ce projet, voir ici [en russe]] si nous n’avons même pas de camions de pompiers élémentaires ? Pourquoi avant, y avait-il des gens comme les gardes-forestiers, qui prévenaient des feux et transmettaient les informations opérationnelles aux pompiers, ne laissant pas ces incendies atteindre les habitations. Je ne veux pas un téléphone dans le village, je veux qu’on me rende les étangs d’incendie et ma rynda. Rendez-moi ma putain de rynda et creusez-moi un étang, je m’en occuperai moi-même et je le remplirai et si l’administration locale ne veut pas le faire, donnez-moi juste un emplacement.
Critiquant les autorités locales et préconisant l’autonomie, top-tap propose :
Libérez-moi de mes impôts ou enlevez-moi simplement mes déductions pour le fonds de pension, de toute façon, avec une vie pareille je n’arriverai pas jusqu’à l’âge de la retraite, et avec cet argent j’achèterai un camion de pompiers pour trois villages et je dormirai tranquille, sachant que personne ne l’enlèvera à mon peuple, à mes voisins villageois, parce que cette chienne sera à nous et que nous tuerons pour elle s’il le faut.
Top-lap conclut par ce cri :
Redonnez-moi ma putain de rynda et reprenez votre putain de téléphone.
Ce billet passionné et linguistiquement coloré aurait pu ne rester que l’une des millions de plaintes contre le gouvernement dans la blogosphère russe si la radio “Echo Moskvy” n’avait reçu une réponse officielle de Vladimir Poutine :
Cher usager,
Aujourd’hui, à la fin d’une journée de travail, respirant, comme tous les Moscovites, la fumée des forêts de banlieue en feu, c’est avec grand intérêt et plaisir que j’ai pris connaissance de votre appréciation sur la situation constituée en Russie centrale par les feux de forêt.
Pour être juste, il faut noter qu’il n’y a pas eu de températures aussi élevées en Russie en 140 ans et donc, non plus sous les communistes.
Un fait qui, pour Poutine, écarte en partie les reproches faits aux autorités. La réponse de Poutine conclut sur une vision positive de l’avenir et la promesse de rendre la rynda au blogueur :
Malgré tous les problèmes et toutes les difficultés, j’espère que nous tiendrons jusqu’à votre retraite.
Tous les moyens financiers nécessaires pour remédier aux conséquences de cette catastrophe naturelle et résoudre les autres problèmes urgents ont déjà été transférés du budget fédéral vers les comptes des sujets affectés de la Fédération de Russie.
Sur indication de votre adresse, vous recevrez immédiatement votre rynda de votre gouverneur.
Bien sincèrement à vous,
V. Poutine
Inutile de dire que la réponse inattendue et pince-sans-rire de Poutine a soulevé une vague de plaisanteries parmi les utilisateurs de RuNet. Jusque là largement inconnu, le mot “rynda” est devenu la nouvelle métaphore populaire symbolisant la lutte contre les incendies en Russie et l’incapacité des administrations locales actuelles à gérer efficacement la catastrophe naturelle. “Rynda” est aussi devenu un thème de caricatures politiques :
« Abramovitch? Salut ! Ecoute, tu as une rynda sur ton yacht? Voilà… Il faudrait la rendre. »
La popularité du site internet de “Echo Moskvy” semble être montée en flèche après la réponse de Poutine. L’utilisateur LJ teh_nomadaffirme [en russe] que le site a reçu 50.000 visiteurs dans les deux heures qui ont suivi la publication de la réponse.