Michéa décomplexé

Conférence Sauramps. Le philosophe montpellierain revient sur quelques mythes politiques. Jean-Claude Michéa donne ce soir une conférence sur le thème  « Le complexe d’Orphée – La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès » autour de son essai Le complexe d’Orphée (Ed. Flammarion). La conférence sera animée par Vincent Taissere, libraire responsable du rayon Philosophie, politique et pensée critique, coordinateur du cycle de conférences La Fabrique de Philosophie.
« Semblable au pauvre Orphée, le nouvel Adam libéral est condamné à gravir le sentier escarpé du Progrès sans jamais pouvoir s’autoriser le moindre regard en arrière. Voudrait-il enfreindre ce tabou – « c’était mieux avant » – qu’il se verrait automatiquement relégué au rang de Beauf, d’extrémiste, de réactionnaire, tant les valeurs des gens ordinaires sont condamnées à n’être plus que l’expression d’un impardonnable « populisme ». C’est que Gauche et Droite ont rallié le mythe originel de la pensée capitaliste : cette anthropologie noire qui fait de l’homme un égoïste par nature. La première tient tout jugement moral pour une discrimination potentielle, la seconde pour l’expression d’une préférence strictement privée. Fort de cette impossible limite, le capitalisme prospère, faisant spectacle des critiques censées le remettre en cause. Comment s’est opéré cette double césure morale et politique? Comment la gauche a-t-elle abandonné l’ambition d’une société décente qui était celle des premiers socialistes? En un mot, comment le loup libéral est-il entré dans la bergerie socialiste? »

Ce soir à 19h Auditorium du musée Fabre (entrée libre)

Le complexe d’Orphée, Editions Flammarion 2011

Voir aussi : Rubrique Philosophie,

Théâtre et Philosophie : Spinoza au domaine D’O

Jean marc Bourg joue Spinoza. Photo Marc Ginot

Le pari du metteur en scène montpelliérain Didier Mahieu  redonne vie aux grands philosophes en  puisant dans le Panthéon des penseurs pour en faire des êtres de chair.

C’est une expérience humaine qui est à l’origine de ce mariage osé entre philosophie et théâtre : « Je suis retourné en fac assez tardivement, pour étudier la philosophie et je m’y suis retrouvé avec des jeunes, explique Didier Mahieu. Un jour que je lisais le texte d’un philosophe à voix haute, ceux qui m’entouraient m’ont fait remarquer que cette approche leur permettait une meilleure compréhension des idées développées. Cela m’a poussé à approfondir et à formuler une proposition dans laquelle j’ai mis à profit mon expérience théâtrale. »

Ainsi est née une série de spectacles-rencontres où les auteurs parlent de leurs textes sur scène. « Dramatiquement, j’essaie de retrouver le moment où les philosophes sont en prise avec leur pensée pour la rendre lisible. Ma démarche n’est pas didactique. C’est une forme de jeu qui vise à faire remonter le spectateur vers l’auteur en respectant le texte. Chaque spectacle est suivi d’une discussion. On peut même revenir en arrière, en rejouant certains passages. »

Platon, Descartes, Nietzsche, Bachelard…, la collection Philosophie de chair compte une douzaine d’auteurs. La dernière création coproduite par le Théâtre d’O et le théâtre de Chelles est dédiée au rationaliste du XVIIe Benoît de Spinoza, interprété par le comédien Jean-Marc Bourg .

« C’est pas du Feydeau »

Le philosophe qui tire les conséquences de la révolution scientifique, n’est pas d’un abord facile. Le spectacle s’appuie sur deux textes majeurs que Spinoza ne put conduire à leur fin, Le traité de la réforme et de l’entendement, et L’Ethique qu’il avait refusé de faire paraître de son vivant.
« Monter un spectacle philosophique, c’est pas comme un Feydeau, on peut ramasser et quitter la pensée discursive. Pour Spinoza nous innovons avec un travail sur les costumes et la scénographie. Nous nous sommes appuyés sur la géométrie et sur le métier de Spinoza, qui polissait des lentilles optiques, pour élaborer un travail sur la lumière en tant qu’objet physique pour matérialiser sa pensée. »

On a souvent dit que l’auteur avait rédigé L’Ethique selon la méthode géométrique, à partir  de définitions, de postulats aboutissant à des théorèmes. Mais Spinoza est souvent infidèle à sa méthode. Ce qui fait le plaisir de Didier Mahieu : « En tant qu’homme de théâtre, je traque les faiblesses du philosophe. Stendhal disait qu’il faut être sec et froid comme banquier pour être philosophe. Parce que le philosophe essaie d’être objectif alors que c’est un homme. Cà, c’est du pain béni pour l’art dramatique. »

Les grands thèmes abordés par Spinoza se concentre dans la typologie des genres de connaissances, la distinction entre le vrai et l’adéquat, ou la relativité du bien et du mal. Le spectacle s’appuie sur un dialogue entre le philosophe et un contradicteur qui incarne sa voix intérieure. C’est à Gilles Deleuze pour qui rien n’est moins fondateur que la pensée qui dépasse la conscience, que Didier Mahieu a judicieusement confié ce rôle. « Spinoza est un philosophe fou de raison. Il défend l’idée que c’est grâce à la conscience du fait que l’on n’est pas libre, que l’on est libre, » avance le metteur en scène qui précise : « Pour moi un philosophe est un créateur

Jean-Marie Dinh

Cet Asile de l’Ignorance, du 7 au 9 décembre Resa : 0 800 200 165

Voir aussi : Rubrique  Théâtre, rubrique Sciences humaines, rubrique Philosophie,

Sommet UE-US: les mensonges et omissions

 

 

Ils ont osé : les leaders « de l’Occident », comme ils se définissent eux-mêmes, ont conclu ce lundi leur « sommet UE-US » par trois petites déclarations (d’abord Obama, puis Van Rompuy puis Barroso) sans permettre aux journalistes de leur poser la moindre question (1).  Ces sommets « ne sont pas toujours les plus spectaculaires car nous sommes d’accord sur tellement de choses qu’il est parfois difficile de faire l’actualité » a asséné Barack Obama. Il est vrai que ces sommets n’intéressent pratiquement personne aux Etats-Unis (pas une ligne publiée dans les grands journaux américains jusqu’à ce lundi), et n’intéressent pas grand monde en Europe non plus (pas une ligne publiée dans la version papier de Libération jusqu’à présent, il faut l’avouer, seul l’internet permet de se défouler…). Mais si personne ne parle de ces sommets, c’est plutôt parce qu’Européens et Américains réussissent à masquer leurs différends.

En réalité, Barack Obama est très inquiet de la crise de l’euro et l’a fait savoir ce lundi encore, en invitant aussi son secrétaire au Trésor, Tim Geithner à se joindre aux entretiens avec les dirigeants européens. Dans ses discours aux Etats-Unis, Obama a pris l’habitude de citer la crise de l’euro, avec le tsunami japonais, comme explication des difficultés actuelles de l’économie américaine. Pour le cas où le président américain en ferait trop sur ce thème, ses invités européens avaient d’ailleurs préparé tout un contre-argumentaire sur la dette américaine et le récent échec du « super-comité » washingtonien censé réduire les déficits… Selon un diplomate qui a participé aux entretiens à la Maison Blanche, les Européens n’ont finalement pas eu besoin lundi de sortir leur couplet sur les dérives budgétaires et la paralysie politique de ce côté de l’Altantique. Mais dans sa déclaration publique, José Manuel Barroso a tout de même rappelé que les problèmes européens actuels proviennent de la « crise financière de 2008 », c’est-à-dire de la crise américaine… Sur le fond, les dirigeants américains ont encore une fois assuré qu’ils sont prêts à aider l’Europe… mais sans débourser l’argent du contribuable bien sûr (au dernier G20 de Cannes, Obama a déjà bloqué l’idée d’un renflouement de l’Europe avec l’aide du FMI).

Le climat est un autre exemple sur lequel « l’entente cordiale » (selon l’expression de Van Rompuy lundi) UE-US cache de profondes divergences. Barack Obama a exprimé sa « préoccupation » au sujet des quotas européens d’émission de carbone qui à partir du 1er janvier 2012 doivent s’appliquer à toutes les compagnies aériennes desservant l’UE, a rapporté William Kennard, l’ambassadeur américain à Bruxelles finalement chargé de « débriefer » les journalistes, avec son homologue européen à Washington, Joao Vale de Almeida. « Notre position est que la meilleure approche serait par le biais de forums multilatéraux, a expliqué l’ambassadeur américain. L’Union européenne a choisi de ne pas procéder par ce chemin ». L’argument est culotté, vu le grand cas que les Etats-Unis ont fait des négociations multilatérales sur le climat jusqu’à présent. L’ambassadeur européen n’a pas eu de mal à rétorquer: « Nous ne sommes pas opposés à des solutions multilatérales, s’il y en avait de bonnes. Mais il n’y en a pas sur la table ».

Pour mémoire, la Chambre des représentants a voté en octobre dernier une loi qui interdirait aux compagnies aériennes américaines de respecter la législation européenne sur les quotas d’émissions de CO2… A la veille de ce sommet, les diplomates européens espéraient encore qu’Obama pourrait mettre le holà à une initiative aussi « inouïe » des élus américains. Vu le peu d’empressement de la Maison Blanche pour raisonner le Congrès, Barroso et Van Rompuy en ont été réduits à rendre visite lundi à Harry Reid, le leader de la majorité démocrate au Sénat, pour le dissuader de voter une loi similaire à celle de la Chambre. L’idée est de « bien lui savonner la tête » expliquait un diplomate européen avant la rencontre.

Tout cela mériterait bel et bien de « faire l’actualité« , comme dit Obama, qui n’y a visiblement pas intérêt et fait tout son possible pour expédier ces sommets aux oubliettes. Pour la prochaine édition, les diplomates européens s’attendent déjà à ce que cette rencontre UE-US, théoriquement annuelle, soit reportée peut-être jusqu’au printemps… 2013, du fait des élections américaines (prévues en novembre 2012). Selon la règle de l’alternance des sommets, Obama ou son successeur devront alors se rendre en Europe. Déjà on les soupçonne d’avoir d’autres priorités…

Lorraine Millot (Blog Great America)

(1) A titre de comparaison: même les sommets de l’Union européenne avec la Russie (et la Russie n’est vraiment pas un modèle de démocratie) permettent aux journalistes d’interroger les dirigeants européens et russes. Et à titre de comparaison encore: même le prochain voyage du vice-président américain, Joe Biden, en Turquie et en Grèce a fait l’objet ce lundi d’un briefing téléphonique préalable de la Maison Blanche. Pas le sommet UE-US.

Voir aussi : Rubrique UE, rubrique Etats-Unis,

Até. Alain Béhar ou la structuration du désarroi

L’univers d’un nouveau monde dominé par le virtuel. Photo DR

Création théâtre. « Até », un nouvel ovni écrit et mise en scène par Alain Béhar au Théâtre de La Vignette jusqu’au 9 décembre.

Que devient la figure mythologique Até à l’heure du tout numérique ? Avec Alain Béhar, la déesse de la discorde renaît sous les traits d’un avatar. Son origine ne provient pas du fruit de l’amour mais d’une alliance composite. « Un détail important » précise-elle…

Alain Béhar privilégie une approche plastique dans laquelle s’intègre la problématique combinée de cinq personnages dont un comédien qui joue à distance. La mise en scène répond à une belle maîtrise de l’espace. Elle rappelle le principe des calques d’un logiciel de retouche d’images. Le texte est redoutable. L’impertinence des mots frappe et nous traverse, mais leur sens se dérobe sans cesse. L’univers de ce nouveau monde est dominé par le virtuel. L’auteur metteur en scène use du langage comme un terroriste lâche une bombe à fragmentation. Les mots pulvérisent le public sommé de se perdre dans la masse d’informations. Ce n’est que dans le flux des réseaux qui se croisent qu’il trouvera la matière d’une pensée qui prête toujours à caution.

Emotion paradoxale

Entre La Fontaine et Phèdre, la machine s’arrête et une priorité s’impose. Celle du renard convoitant les raisins mûrs de l’amour. Mais comme les fruits lui restent inaccessibles, il finit par se convaincre qu’il ne les désire pas.  Un péché d’orgueil qui signe sa perte. L’Até du XXIe parie sur le relationnel mais elle travestit l’émotion qui peut devenir source de nuisance pour l’individu et son entourage. Tout le monde pense et personne ne s’engage. L’Até joue avec l’émotion paradoxale. Comme si le nouveau combat du siècle était de parvenir à s’émanciper de cette hypertrophie de l’ego ou au contraire, d’inscrire la lutte au cœur de la subjectivité. Outre la dimension novatrice d’un langage radicalement contemporain, le parti pris de cette structuration du désarroi, pourrait être de demeurer inexploitable.

Jean-Marie Dinh

Até Création de la Compagnie Quasi. Spectacle co-accueilli avec La scène Nationale de Sète et du Bassin de Thau.

Au Théâtre de la Vignette 04 67 14 54 34.

Voir aussi : Rubrique Théâtre,

Legislatives en Russie

Consolidation du régime, crispation face à l’Occident, intégration eurasiatique… L’étape qui débute avec les législatives du 4 décembre et la présidentielle de mars 2012 sera, sauf énorme surprise, celle du retour de Vladimir Poutine au Kremlin pour les six, voire les douze prochaines années. Bienvenue dans la nouvelle ère Brejnev !

(Le courrier International)

 

Des centaines de personnes ont manifesté contre les multiples fraudes aux élections législatives du 4 décembre, qui ont vu la victoire du parti de Vladimir Poutine, Russie unie. Des dizaines d’opposants, dont le blogueur anti-corruption Alexeï Navalni, ont été interpellés à Moscou ce lundi soir. Ils tentaient d’organiser une marche de protestation pour dénoncer les fraudes aux législatives.

Selon le site d’information en ligne Gazeta.ru, près de 5000 personnes, pour la plupart des jeunes, se sont rassemblées sous une pluie battante dans le centre-ville en fin d’après-midi pour dénoncer la manière dont ont eu lieu les élections du 4 décembre, qui ont vu la victoire du parti de Vladimir Poutine, Russie unie, et ont été marquées par de multiples accusations de fraudes. La police a quant à elle fait état de 2.000 manifestants, d’après l’agence Interfax.

AFP (05/12/11)

 

Le grand perdant du scrutin ? Medvedev !

Dessin Tiounine.

Lors des législatives du 4 décembre, le parti au pouvoir, Russie unie, a perdu près de 15 millions d’électeurs par rapport à 2007. Le destin politique du président pourrait en être compromis.

Après examen de 95,1 % des procès-verbaux remis par les bureaux de vote, Russie unie, le parti au pouvoir, recueille 49,54 % des voix, ce qui lui donne 238 sièges à la Douma [sur 450, la majorité se situant donc à 226], le Parti communiste en obtient 19,6 % (92 sièges), Russie juste 13,22 % (64 sièges) et le Parti libéral-démocrate (LDPR) 11,6 % (56 sièges). C’est ce qu’a annoncé ce matin Vladimir Tchourov, le président de la Commission électorale centrale, précisant que Russie unie avait perdu sa majorité des deux tiers. Mais, selon nos experts, une trop nette victoire du parti au pouvoir n’aurait pas été une bonne chose pour Vladimir Poutine [candidat à la présidentielle de mars prochain].

Les décomptes provisoires montrent que les trois autres partis qui siégeaient déjà à la Douma ont amélioré leurs scores : le Parti communiste avait plafonné à 11,57 % en 2007 et Russie juste avait alors quasiment séduit moitié moins d’électeurs (7,74 %). Le parti nationaliste de Vladimir Jirinovski (LDPR) affichait à l’époque un score de 8,14 %.

Russie unie est donc le seul parti à avoir fait moins bien. A l’heure actuelle, on dénombre 30,38 millions de personnes qui ont voté pour ce parti, contre 44,7 millions en 2007, où son score avait été de 64,3 %. En 2003, en revanche, les chiffres étaient de 37,56 %, soit 22,77 millions d’électeurs en sa faveur. La majorité des deux tiers s’établit à 300 députés. Russie unie ne les obtiendra pas, alors qu’elle avait disposé de cette majorité absolue lors des deux précédentes législatures.

« Ce résultat en baisse s’explique entre autres par l’atmosphère consécutive à la crise, par le fait que le parti n’était pas emmené par Poutine lui-même [c’est Dmitri Medvedev qui était la tête de liste] et par la multiplication des critiques contre Russie unie durant la campagne. Mais la raison principale de cette chute est certainement que Vladimir Poutine n’avait pas besoin que Russie unie fasse un score impressionnant », estime le politologue Sergueï Tcherniakhovski. D’après lui, toutes les lois indispensables ont déjà été adoptées, et c’est sous le mandat de la Douma sortante que Poutine avait besoin de pouvoir provoquer un impeachment, tant que Dmitri Medvedev était président. « Vu le résultat d’aujourd’hui, on se demande ce que pèse Medvedev », poursuit Tcherniakhovski, pour qui Russie unie l’emportait largement quand Poutine était à la tête du parti.
« Ces législatives remettent en question le destin politique de Medvedev », renchérit le politologue Rostislav Tourovski. Le vice-président du Centre de communication politique, Gueorgui Tchijov, partage cet avis : en cédant la direction du parti à Dmitri Medvedev, Poutine a « bien joué et a évité de se retrouver associé à un parti qui est sur la pente descendante ».

Hier, le chef de l’administration présidentielle, Sergueï Narychkine, a déclaré que Dmitri Medvedev pourrait à l’avenir se contenter de diriger le parti. Evgueni Mintchenko, directeur de l’Institut international d’expertise politique, pense que « Medvedev a à plusieurs reprises été chargé de faire le ménage dans les institutions, que ce soit parmi les gouverneurs ou au sein des forces de l’ordre, et il n’est pas exclu qu’il lui incombe désormais de ‘nettoyer’ le parti ». Il note toutefois que la perte de popularité de Russie unie est patente. « Reste à savoir si un point de non-retour a été atteint. »
Cela dit, au siège même de Russie unie on se montre satisfait du résultat. Le secrétaire du présidium, Sergueï Neverov, estime qu’avec sa majorité simple dans la prochaine Douma le groupe Russie unie pourra « faire adopter sans hésiter les lois proposées par le parti afin de mettre en œuvre ce qui est prévu dans son programme ». Il précise que le parti continuera à appliquer la politique de Dmitri Medvedev et de Vladimir Poutine, et conservera Boris Gryzlov comme président de l’assemblée.

Rappelons que, dès hier soir, le président Medvedev en personne qualifiait l’issue de ces élections de « résultat d’une démocratie réelle ».

Natalia Bachlykova (Kommersant)

Voir aussi : Rubrique Russie, Poutine revient…fichons le camp !,